Ces tentatives de "Coup d'Etat" sportif (Coupe de la Ligue 2010-2011)

Coup_dEtat

En politique comme en sport, il y a des personnes, des équipes, qui se succèdent au pouvoir. On trouve à chaque fois des inégalités entre les uns et les autres, des stratégies différentes qui placent hiérarchiquement les « forts » et les « faibles » sur ces terrains sans pitié.

Cette quatrième Coupe de la Ligue, l'édition 2010-2011, nous a montré deux choses. D'une part, les quatre derniers prétendants au titre sont les mêmes que l'an dernier et assoient un peu plus leur autorité dans cette compétition. D'autre part, certaines équipes ont contesté cette « suprématie » sportive et sont passées proches de renverser la hiérarchie actuelle. Parmi ces deux équipes aspirant à un changement, l'une souhaite renouer avec le passé glorieux que ses aïeux lui ont laissé, l'autre joue des coudes pour se faire sa propre place.

Deux envies, différentes, qui rappellent tout de même au souvenir d'un homme, Louis Napoléon Bonaparte.

Le neveu du célèbre Empereur ne songe, sous la Monarchie de Juillet (1830-1848), qu'à prendre la tête de la France comme l'a fait son oncle. Un désir de renouer avec la gloire qui n'est pas étranger aux Gothiques d'Amiens dont les plus fidèles supporteurs, comme les plus fervents partisans du jeune Bonaparte, sont nostalgiques de ce passé et poussent leurs idoles respectives vers les sommets. Se servir de l'image conquérante de l'oncle est une chose, mais Louis Napoléon se doit tout de même de vivre dans son époque, vingt-six ans après la déchéance de l'Empire. Alors, le jeune descendant rêve également à son propre succès, à ses propres choix, et se veut politiquement dans l'air du temps. Être opportuniste, s'endurcir et agir, voilà aussi les qualités de l'équipe de Morzine-Avoriaz.
Pazak-Koivunen-BachetAnnée après année, ces deux formations, comme l'homme politique, ont fait leurs classes sous des régimes/favoris contestés mais jamais totalement déstabilisés. Louis Napoléon fait une carrière militaire on ne peut plus respectable - comme son aïeul - tandis que Morzinois et Amiénois font quelques résultats intéressants. Cependant, cela reste globalement dans l'ombre des projecteurs dirigés vers les hommes forts.

Louis-Philippe est à la tête d'une monarchie constitutionnelle depuis le 31 Juillet 1830 - après avoir juré de respecter la Charte de 1830 écrite par les députés français - au lendemain de l'échec de la Restauration monarchique, autrement dit d'un retour à la monarchie absolue. Cette monarchie constitutionnelle, compromis politique qui ne cesse de subir certains revers, est plus connue sous le nom de Monarchie de Juillet et tient jusqu'en 1848. Côté hockey, les quatre dernières places dans le carré final de Coupe de la Ligue depuis deux ans sont à Angers, Briançon, Grenoble et Rouen.

Mais sur ce vaste territoire français, il y a des lieux de résistance, des lueurs d'espoir pour les opposants aux suprématies. Cette lueur d'espoir naît durant les deux semaines séparant les matchs aller des matchs retour, comptant pour les quarts de finale de la Coupe. Les premières escarmouches ont lieu le 2 novembre. Si Angers et Grenoble font encore une fois un premier pas vers les demi-finales, les deux autres "grands" buttent sur Morzine et Amiens qui se montrent sous de grands jours. Les Pingouins s'imposent à Briançon sur le score de 4-2, tout comme Amiens qui repousse à domicile l'assaut rouennais.

bonaparteLe 6 août 1840, Louis Napoléon Bonaparte fait également parler de lui : à la tête d'une petite armée, le militaire excite le peuple et promet de nouveau la gloire à Boulogne-sur-Mer. On n'hésite pas à parler de tentative de coup d'État, tout comme les grandes formations rouennaises et briançonnaises digèrent mal les résistances adverses. Deux semaines, et deux buts à rattraper pour les deux équipes.

On envoie les troupes calmer Louis Napoléon, on remet les opposants dans le rang pour les Normands et les Alpins. Les coups d'État - sportif et politique - ne restent qu'une tentative. Rouen l'emporte à domicile 6-0 contre Amiens, quand Morzine cède quatre buts dans le dernier tiers pour être éliminé sur le score de 5-1 face aux Diables Rouges. Chacun reste à sa place, et cela n'empêchera pas les deux équipes de retenter l'an prochain.

Louis Napoléon a également retenté, toujours sans succès. En changeant de stratégie, le militaire est finalement arrivé sur les listes électorales pour se faire élire président de la IIe République Française (1848-1851) avec 70 % des voix dès le premier tour ! Une popularité qui permit au président de réussir enfin son coup d'État quelques années plus tard - le 2 décembre 1851 - avec l'appui de nombreux hommes forts du pays, et ce afin de devenir l'Empereur Napoléon III, de 1852 à 1870... Comme tonton Bonaparte...

Libre à Morzine et Amiens d'écrire leurs histoires comme ils l'entendent.

Adrien Lhermitte / Photo : Elie Lefebvre