Les adversaires de Rouen en Coupe Continentale (I) : Coventry

Brian LeeEn Grande-Bretagne, c'est la saison régulière qui est qualificative pour la Coupe Continentale : elle attribue un titre distinct des play-offs (dont les finales se jouent sur un week-end en un match sec), et souvent plus prisé puisqu'il récompense la régularité sur la durée d'un championnat. Coventry a terminé à la première place à quatre reprises en six ans (et deuxième les autres années !), ce qui en fait désormais un habitué des glaces continentales. On se souvient de leur prestation pas vraiment mémorable à Grenoble en octobre 2005, mais ils ont progressé depuis sur la scène européenne en vendant chèrement leur peau à Aalborg en 2007/08 et à Bolzano en 2008/09.

Cette année, l'EIHL a très mal commencé pour Coventry, avec quatre défaites inaugurales. Mais les Blaze ont récemment enchaîné un record de 12 victoires de suite en championnat, série arrêtée la semaine dernière à Édimbourg, et calmée également par deux défaites en coupe. Ils ne sont encore que cinquièmes du classement, et s'ils sont proches des équipes de tête, il ne leur sera pas facile de rattraper les points perdus initialement.

Leur capitaine - qui est aussi celui de l'équipe nationale de Grande-Bretagne - Jonathan Weaver sera opéré le 7 décembre pour régler un problème de genou qui date de la fin de saison dernière mais qui ne s'est pas résorbé tout seul. Il manquera pendant presque un mois, ce qui réduit probablement les chances de Coventry de conserver son titre car le calendrier sera très dense à ce moment-là avec l'accumulation des compétitions qui se pratique en Grande-Bretagne. Une accumulation qui explique que Weaver vient de fêter son 1000e match pro à 33 ans. Il sera en revanche bien là ce week-end.

Hormis Weaver qui est un pur défenseur offensif, le reste des lignes arrières est composé de joueurs avant tout physiques. Réputé pour son engagement sans faille et sa rugosité en ECHL, Brad Zanon s'est cependant vu confier à son arrivée à Coventry des missions plus offensives, au motif qu'il avait été le meilleur marqueur de son équipe en université (loin devant un certain... Stéphane Gervais). Il est du coup devenu le leader de la défense, éclipsant Brian Lee qui était le numéro 1 la saison dernière. L'ancien Briançonnais reste redouté pour ses mises en échec, mais il n'avait pas vraiment réussi en Ligue Magnus, où l'on se rappelle ses pénalités bêtes en finale.

Mathias Söderström est un cadre de cette défense, joueur de l'ombre très apprécié pour son dévouement. C'est sa huitième saison à Coventry, mais le coach a récemment dressé des louanges au Suédois pour ne pas qu'on oublie son rôle essentiel. La vitesse de jeu n'est cependant pas son fort et il reste à savoir s'il pourra tenir le rythme ce week-end. Le cinquième arrière Jeff Smith s'est blessé à la cheville et est out jusqu'au nouvel an, mais Coventry a réagi en faisant revenir Jason Robinson, qui a participé au titre l'an passé... et que Smith devait initialement remplacer poste pour poste ! C'est encore un profil défensif et rugueux. La défense sera donc au complet avec cinq hommes, une rotation usuelle dans la ligue britannique où les bancs sont courts (les joueurs locaux ne sont pas très nombreux derrière les dix imports autorisés).

La principale explication dans la série victorieuse de Coventry est le gardien Brett Jaeger. En début de saison, il avait connu des difficultés pour s'adapter sur grande glace et était souvent hors de position, mais il a ensuite retrouvé la forme et a signé de grandes performances, avec beaucoup moins de rebonds et des arrêts spectaculaires.

Greg OwenLe joueur-clé de l'attaque de Coventry est Dan Carlson, un centre compétent défensivement qui a une production offensive remarquable de régularité : l'Américain a toujours évolué à plus d'un point par match en ECHL puis pendant six saisons en Grande-Bretagne, seule sa tentative en 2e Bundesliga allemande ayant été moins convaincante. Carlson mène la première ligne avec son compatriote Luke Fulghum, le buteur-surprise de la saison passée, et Owen Fussey, le buteur en forme de cette saison. Ce Canadien à parents (et donc passeport) britanniques avait joué quatre matches de NHL avec les Capitals de Washington qui l'avaient drafté au troisième tour. Il défend mieux que Fulghum.

Brad Cruikshank, alias "Shanker", est une figure de la ligue britannique, qu'il avait rejoint comme "enforcer" avant de se découvrir une égale propension à marquer et à se bagarrer. Il était capitaine à Basingstoke, avant que l'incertitude financière ne le fasse partir pour Sheffield. Il y a un an, lors de la Coupe Continentale à Grenoble, l'ailier trapu n'était plus qu'un joueur anonyme de troisième ligne. Il était parti peu après pour Coventry, où il s'est ressourcé. Il est aujourd'hui l'homme fort du deuxième trio, grâce à une relation qui fonctionne bien avec l'international britannique Greg Owen, l'autre ancien joueur de Briançon, très fort aux mises au jeu. En revanche le point faible actuel de cette ligne est le troisième homme Greg Chambers : il se complique la vie et évolue loin de son niveau de l'an passé. Il a un bon tir du poignet et est un passeur capable, mais manque de condition physique et de vitesse.

Le Canadien naturalisé autrichien Sean Selmser, après un temps d'adaptation à la ligue, joue à 36 ans les mentors en troisième ligne pour Aaron Nell, un joueur de 21 ans formé à Swindon qui fait cette saison ses débuts à temps plein dans la ligue élite. Il est réputé pour sa capacité à utiliser son gabarit (190 cm) devant le but adverse. Russ Cowley, né au Canada mais bel et bien formé en Grande-Bretagne (à Swindon, tout comme Nell), est un joueur polyvalent rapide, extrêmement apprécié du sélectionneur puisqu'il n'a jamais manqué un championnat du monde depuis qu'il est junior.

Il faut dire que ledit sélectionneur, Paul Thompson, est aussi le coach de Coventry. Ce club est donc le plus représentatif du hockey britannique. Selon les standards de l'EIHL, les Blaze n'ont pas de véritable enforcer, mais selon les standards continentaux, plusieurs de leurs joueurs ont le goût du combat. La discipline sera sans doute un élément-clé, mais l'entraîneur national Thompson a l'habitude du jeu international. Il n'a pas de talents du niveau des quatre Fantastiques, mais regorge de joueurs travailleurs et robustes, qui peuvent s'imposer dans les secteurs-clés du jeu à la canadienne : aux points d'engagement, dans les coins et devant les cages. Il faudra les prendre de vitesse par un rythme de jeu supérieur, car si on se met à leur tempo, ils devraient faire la loi physiquement avec une défense solide.