Interview de Lionel Charrier sur la sélection de l'équipe de France U20

Il y a deux ans, Lionel Charrier s'occupait de l'équipe de France des moins de 18 ans (voir interview d'époque). Aujourd'hui, il s'occupe de la même génération, mais en moins de 20 ans, et vient de composer son équipe pour les championnats du monde de division II, où les Bleuets sont descendus l'an passé.

- Trois joueurs qui ne faisaient pas partie de vos sélections en U18 ont intégré le groupe : les Grenoblois Llorca et Benoît, et le plus jeune de l'équipe Serer. Se sont-ils développés plus tard que les autres ?

Il y a des joueurs qui mettent plus de temps à arriver à maturité. L'exemple typique, c'est Vincent Llorca. Il jouait à Clermont-Ferrand il y a deux ans. Dès qu'il est arrivé à Grenoble, avec les meilleures conditions d'entraînement, il a immédiatement explosé. Loup Benoît est un joueur homogène, qui apporte offensivement mais qui complète aussi beaucoup le jeu défensif. Marius Serer peut compléter n'importe quel trio : c'est un joueur qui génère des "turnovers", c'est-à-dire qu'il fait faire des fautes à l'adversaire.

RECH_Anthony_100925_201- La ligne Gutierrez-Ritz-Rech a été votre premier trio cette année. Le restera-t-il ?

Je suis encore en réflexion sur la façon dont je vais composer les lignes. Je ne veux pas désorganiser certains trios, tout en gardant une certaine cohérence avec 11 joueurs en attaque. En division II mondiale, il y a deux places de moins dans l'effectif, et comme il y a trois ans en U18, on a choisi d'emmener 7 arrières et 11 avants. Notre intention est de donner le maximum de glace à tout le monde et de conserver le rythme le plus élevé possible.

Je ne considère pas qu'il y ait une première ligne. Il y a une ligne qu'on envoie en premier sur la glace, c'est tout. Ce qui me frappe le plus dans notre groupe d'avants, c'est son homogénéité.

- Un joueur a changé de rôle en deux ans : Julien Burgert, passé de la défense à l'attaque. Dans quel poste pensez-vous qu'il évoluera à l'avenir ?

Je ne peux pas dire ce qui va arriver, mais il semble qu'une orientation vers l'avant soit préférable. Cela suit l'évolution qu'il a eu dans son club de Strasbourg. Bien sûr, si j'ai un blessé à l'arrière, je sais que je peux compter sur lui, mais ce n'est pas pour ça que je l'ai pris. C'est un joueur intéressant dans l'enclave, difficilement bougeable et opportuniste devant la cage.

- Autre évolution, Peter Valier, qui était un joueur de quatrième ligne et est devenu le meilleur buteur de l'équipe.

Peter, je le connais depuis l'équipe de France U16. Il a énormément de qualités, c'est un patineur extraordinaire et il a de bonnes mains. On a fait de la vidéo chaque fois qu'on s'est vu. Il a eu des années difficiles, mais il a évolué tous les ans, et il fait beaucoup d'efforts pour s'imposer à Rouen cette saison.

- À l'inverse, Victor Barbero, qui était votre meilleur buteur en U18, est désormais plus discret. S'est-il moins développé ?

Barbero évolue à Genève, où la concurrence est plus rude qu'en France. Je suis satisfait qu'il ait beaucoup travaillé lors du tournoi de Courchevel en novembre. Il a eu des opportunités, mais n'a pas eu de réussite. C'est important qu'il attache aussi de l'importance au travail quand son compteur de buts ne se débloque pas.

- Robin Gaborit est interdit de match officiel au Canada, où les joueurs étrangers sont interdits en junior A. Ne craignez-vous pas son manque de compétition ?

Je n'ai pas senti son manque de rythme lors du tournoi de Courchevel. Par rapport au joueur que je connaissais, il a évolué physiquement, il a moins d'explosivité et plus de puissance. Il est intéressant dans les échecs-avant, il crée des revirements et est bon dans l'enclave.

- Charles Bertrand a longtemps été l'attaquant le plus coté de sa génération et il n'est même pas sélectionné. Pensez-vous qu'il y ait eu trop d'attentes autour de lui et qu'il n'a pas pu les assumer au dernier Mondial U20 ?

C'est sûr qu'il y a beaucoup d'attentes quand on vient d'un grand pays de hockey, qu'on est dans les meilleurs buteurs du junior élite finlandais et qu'on est pré-drafté en draft Europe. Je n'étais pas là l'an dernier, mais connaissant Charles, j'imagine qu'il s'est mis beaucoup de pression.

On ne l'a pas vu cette saison, il était peu disponible pour les camps et les tournois car il joue la carte de la SM-liiga. Son but est d'arriver à intégrer l'équipe du Lukko Rauma. On a régulièrement suivi son évolution, il reste dans le groupe U20, mais il a fallu faire un choix à un moment donné. Charles est au courant.

PAILLIE_Leo_100911_370- Votre défense a plus de gabarit avec notamment Kévin Dusseau. Le sentez-vous comme un leader ?

Kevin Dusseau, que je connais aussi depuis longtemps, a évolué ces derniers temps, et c'est plus dans l'attitude, dans cette recherche permanente du dépassement de soi. J'ai deux autres gros gabarits avec Vincent Llorca et Léo Paillie. Raphaël Faure est costaud, et Charlie Doyle est grand, en plus longiligne, comme Chakiachvili. Notre défense a une bonne couverture de l'espace grâce à cette taille. Le seul qui soit plus petit, c'est Aziz Baazzi. Avec ses qualités de pied, il a les capacités à participer plus à l'offensive.

- Avez-vous une hiérarchie entre vos deux gardiens ?

Le message que j'ai fait passer aux deux gardiens est celui d'une saine concurrence. Les deux ont un bon niveau, avec un style différent. Sebastian Ylönen est plus agressif par rapport au palet. Léo Bertein a une technique plus classique. Il a montré en Russie qu'il était capable de se bagarrer, avec plusieurs arrêts à la suite.

- Ces matchs en Russie en août vous ont-ils beaucoup servis dans la préparation ?

Cela nous a servi dans la défensive, on a bétonné notre zone et on travaillé dessus. On a aussi vu qu'on pouvait faire quelque chose en powerplay : les occasions n'étaient pas nombreuses contre une équipe russe au complet, mais on a été capable de saisir ces opportunités.

- Comment s'est faite la participation de l'équipe de France U20 à la Coupe de la ligue ?

C'est une possibilité à laquelle on avait déjà pensé collectivement il y a trois ans, et Renaud Jacquin en a mis en place l'organisation. Hormis pour le tournoi en novembre, mais cela ne fait que trois jours, on avait énormément de mal à trouver des nations pour organiser des rencontres. On a souvent eu des promesses, mais on s'est souvent retrouvé le bec dans l'eau. On a donc cherché des solutions de préparation en interne.

La coupe de la ligue, ce n'est pas facile tous les jours. Tout va très vite. On récupère les joueurs le mardi après-midi, pour jouer le mardi soir. On n'a pas beaucoup d'opportunités de s'entraîner. Mais on a vraiment une adversité avec un enjeu. Les équipes jouent leur match face à nous parce qu'elles veulent se qualifier.

- Pourquoi avoir choisi Mulhouse pour la préparation du Mondial ?

On avait pensé faire ça à Amiens et y rencontrer la Grande-Bretagne, mais elle n'a pas pu se rendre disponible. On est déjà allé à Mulhouse par le passé, on connaît les structures, avec un centre sportif régional à trois cents mètres. Et cela présente aussi un avantage pour le départ en Estonie, qui se fera par l'aéroport de Bâle-Mulhouse.

- Les pays de division II ne sont pas des adversaires habituels. Vous êtes-vous renseigné sur eux ?

On sait qu'on a un match important le dimanche, le dernier jour, contre les Pays-Bas, parce qu'ils étaient deuxièmes de leur groupe l'an passé et que ça peut être serré. Il y a une incertitude sur l'Estonie, qui a parfois de bonnes équipes générationnelles. Après, on sait ce que valent l'Espagne, la Belgique et l'Islande.