SønderjyskE - Asiago (Coupe Continentale, troisième tour, groupe E)

Le dernier match du tournoi est une véritable finale, ce qui ne paraissait pas acquis d'avance. Outre les Roumains de Miecurea-Ciuc, invités-surpries battus mais pas ridicules, ce groupe comptait en effet un troisième prétendant sérieux en la personne du club ukrainien du Sokil Kiev. Il est arrivé par avion deux jours avant le début du tournoi, preuve de ses intentions sérieuses. Il s'agit d'un luxe pour un club qui paye toujours ses salaires en retard et qui s'est fut couper l'eau dans ses vestiaires...

PLASTINO_Nicholas-100508-069Igor Karpenko, champion d'Europe en 2000 et gardien titulaire en l'absence de Simchuk de retour de blessure, avait déclaré que, pour réussir dans cette Coupe Continentale, la priorité du Sokil devait être d'améliorer ses unités spéciales défaillantes. Mission accomplie : ces deux derniers jours, les Ukrainiens ont marqué quatre fois en supériorité et n'ont rien encaissé en infériorité. Malheureusement pour eux, leur bilan à cinq contre cinq est de 1 but marqué pour 6 buts concédés. Ils se sont donc inclinés contre les deux favoris Asiago (3-4 aux tirs au but) et SønderjyskE (2-3).

Le scénario de cette dernière rencontre est donc simplissime : le vainqueur se qualifie pour la Superfinale à Minsk, que ce soit dans le temps réglementaire ou après. SønderjyskE, le club de Vojens, n'avait pas a priori la faveur des pronostics : la seule équipe danoise à avoir accédé à une finale européenne était Aalborg en 2008 aux dépens de Grenoble. Mais depuis ce temps, la crise financière a durement frappé le championnat du Danemark, moins flambeur et du coup moins flamboyant. Vojens est la seule ville à échapper un peu aux restrictions, mais les blessures auraient pu s'en charger : si l'attaquant suédois Dejan Matejic s'est coincé un nerf dans une chute contre le Sokil, l'international Christoffer Kjærgaard ne s'est en revanche pas fracturé d'os dans le pied comme on le craignait.

Le tournoi équilibré laisse augurer d'une confrontation intéressante, dans un bon esprit. Les fans d'Aalborg déploient un grand drapeau italien, mélangé des couleurs danoises sur la partie rouge, et qui porte la mention "Grazie Asiago" de la part du VIK (Vojens IK). Les Italiens, eux aussi, vouent un grand respect aux Danois, et surtout à leur entraîneur Mario Simioni, dont la saison à 109 points (il en a mis plus de 500 sous le maillot d'Asiago) n'a jamais été oubliée ici. Il est même devenu une espèce de mythe, sur lequel circule divers fantasmes : du genre, on raconte qu'il était capable d'atteindre la barre transversale tirant du poignet du milieu de glace...

Asiago aborde la partie avec confiance et marque sur sa première occasion : Adam Henrich intercepte un palet, sert Vigilante dans l'angle opposé et prend lui-même le rebond (0-1, 03'45"). Les Danois réagissent et mettent la pression sur la défense locale qui commet deux fautes. À trois ou à quatre, les Italiens se montrent solides physiquement, devant un Bellissimo toujours solide.

Layne Ulmer fait trébucher Storm derrière la cage d'Asiago, mais le jeu de puissance danois, comme dans les rencontres précédentes, ne fonctionne pas. Même si Aalborg prend de plus en plus le contrôle du jeu, les Italiens partent à 3 contre 1 avec Intranuovo, Borrelli et Michael Henrich... qui rate de très peu le cadre. Une énorme occasion qui résume ce premier tiers : la possession du palet est danoise, mais Asiago est dangereux en pratiquant un style de jeu canadien, lançant au but dès que possible.

Asiago reprend le jeu à cinq contre quatre, mais un but de Vigilante est annulé pour une crosse haute préalable de Kovacevic sur Lund. La supériorité numérique passe alors en faveur d'Aalborg. Les spectateurs se réjouissent et réclament d'autres fautes danoises. Ils vont être exaucés car l'Aab enchaîne les fautes avec une obstruction de McDonald puis un palet dégagé au-dessus du plexi par VanBallegoie.

À chaque powerplay, Asiago se montre de plus en plus incisif dans l'enclave. Dans ces séquences spéciales, les Canadiens de la défense danoise font front aux Canadiens de l'attaque italienne. Le combat est donc intense, dans le plus pur style nord-américain ! C'est Adam Henrich qui a la plus belle occasion en ratant de quelques millimètres une cage ouverte.

Les coups de sifflet se renversent. À 5 contre 3, McDonald (connu en Italie car ancien de Fassa) réussit à se débarrasser de ses adversaires directs pour égaliser à 1-1. Un but qui désarçonne Asiago. L'espace d'un instant, Adam Henrich perce à travers la défense danoise, une superbe action sauvée par le gardien Alfie Michaud.

Sous les encouragements d'un public bruyant s'ouvre alors une fin de période spectaculaire. Le jeu est très ouvert, on en oublie de défendre, et Holm rate une cage ouverte. À une minute de la pause, Michael Henrich est sanctionné pour une charge trop haute sur VanBallegooie. Puis les arbitres sanctionnent le frère du condamné pour un geste d'énervement parfaitement inutile. Asiago reprend donc le jeu à 3 contre 5... sous un assourdissant concert de sifflets. Un très bon effort des Italiens en infériorité numérique permet aux frères Henrich de remonter sur la glace

STRAZZABOSCO_Michele-20100515-7809C'est à cinq contre cinq que SønderjyskE prend l'avantage. Mads Lund, le remplaçant de Matejic en première ligne qui fait un bon match, a été laissé seul par De Marchi devant la cage : il reçoit une passe de derrière la cage du vétéran letton Macijevskis et marque entre les jambières du gardien (2-1, 43'18").

Un but qui semble réveiller Asiago, qui joue alors son meilleur hockey avec de grosses mises en échec et une bonne vision du jeu. Ralph Intranuovo échoue deux fois en face-à-face avec Michaud, mais Michele Strazzabosco, d'une passe parfaite de ligne bleue à ligne bleue, lui offre une troisième chance : Intranuovo ré-essaie une feinte déjà tentée, mais réussit cette fois à glisser joliment le palet entre les bottes du gardien. L'égalisation ? Elle ne dure pas longtemps : 19 secondes plus tard, un lancer de la bleue de Daniel Villadsen touche Ulmer dans le slot et la déviation involontaire trompe son propre gardien (3-2, 47'37")

Aussitôt après, Michael Henrich se fait encore sanctionner, pour une crosse haute dans le slot adverse. On discute beaucoup durant et après cette pénalité, car des trous se sont formés dans la glace. Le jeu reprend après une petite interruption : il reste huit minutes au chronomètre, alors que le cadet Michele Stevan vient de provoquer une faute d'Andrews. Les joueurs de Vojens tuent cette pénalité, Steffen Frank fait avorter une nouvelle attaque de Matteo Tessari, et la centaine de supporters danois commence déjà célébrer la victoire qui se dessine.

Mais à deux minutes de la fin, Frank est pénalisé pour retenir. John Harrington utilise son temps mort et fait sorti son gardien pour jouer à 6 contre 4. Dave Borrelli gagne l'engagement, et dix secondes plus tard, Nick Plastino envoie un missile depuis la ligne bleue. Borelli convertit le rebond et l'Odegar explose de joie (3-3, 58'26"). Ce dénouement est mérité pour l'engagement physique des Italiens qui ont travaillé fort.

Andrews se fait pénaliser en de match (59'27"). Les Danois commencent donc la prolongation à 3 contre 4, ils sont verrouillés dans leur zone, mais Michaud arrête tout. À seize secondes de la fin de la prolongation, un tir anodin de Sabahudin Kovacevic, dévié par la crosse de VanBallegooie, touche le poteau et longe la ligne de but avant d'être éloigné par la défense. Quelle incroyable ultime occasion ! Kovacevic, remplacé par le nouvel arrivant Benysek et destiné à être écarté de l'équipe (les deux hommes cohabitent simplement pour le tournoi), a failli devenir un drôle de héros ! Malgré sa domination dans le temps supplémentaire, Asiago devra donc passer par la loterie des tirs au but.

Ce qui suit est à déconseiller aux cardiaques. Trois tirs de chaque côté : une réalisation partout. On passe donc à des duels directs, qui peuvent mettre fin au match à tout moment. Adam Henrich marque entre les bottes de Michaud et l'Odegar se prend à rêver, mais Christoffer Kjaergaard réplique. Il faut de nouveau prendre son mal en patience, pendant longtemps. Les deux entraîneurs envoient les mêmes joueurs, encore et encore, mais ils échouent... jusqu'à ce que, finalement, le défenseur canadien Dustin VanBalleggoie feinte Bellissimo et lève le palet en lucarne.

Dominateur physiquement mais un peu plus lent que son adversaire, Asiago est éliminé d'un rien, dans un match qui aurait pu basculer dans un camp comme dans l'autre. Malgré ce dénouement frustrant, le public italien sait avoir vécu un tournoi magnifique pour tout amateur de hockey sur glace.

Désignés joueurs du match : Daniel Bellissimo pour Asiago et Alfie Michaud pour SønderjyskE.

Commentaires d'après-match

John Harrington (entraîneur d'Asiago) : "Ils ont des joueurs qui patinent beaucoup et leur vitesse nous a mis en difficulté. Bellissimo a fait un grand match mais l'équipe était trop nerveuse et frustrée envers les arbitres, ce qui ne doit pas arriver. Au début de la prolongation, à quatre contre trois, nous n'avons pas été assez rapides pour faire circuler le palet et nous n'avons pas assez tiré, et c'était un moment de la partie qu'il fallait exploiter. Je suis néanmoins fier de mes gars, c'est leur mérite d'être arrivés si près de la qualification. J'ai vu beaucoup de carctère, ce qui donne espoir pour la suite de la saison. Peut-être qu'on ne pouvait pas faire plus."

 

SønderjyskE - Asiago 3-3 (0-1, 1-0, 0-1, 0-0) / 3-2 aux tirs au but
Dimanche 28 novembre 2010 à 20h30 au Stadio Odegar. 1700 spectateurs.
Pénalités : SønderjyskE 12' ; Asiago 20'.
Tirs : SønderjyskE 45 ; Asiago 46.

Évolution du score :
0-1 à 03'45" : A. Henrich
1-1 à 33'50" : MacDonald assisté de Lykkeskov et VanBallegooie (sup. num.)
2-1 à 43'18" : Lund assisté de Macijevskis et Kjaergaard
2-2 à 47'20" : Intranuovo assisté de Strazzabosco
3-2 à 47'39" : Villadsen assisté d'Andrews et Lund
3-3 à 58'26" : Borrelli assisté de Plastino (sup. num.)

Tirs au but :
Asiago : Vigilante (réussi), A. Henrich (manqué), Borelli (manqué), A. Henrich (réussi), Vigilante (manqué), A. Henrich (manqué), Vigilante (manqué), A. Henrich (manqué), Borelli (au-dessus).
SønderjyskE : Kjaergaard (réussi), VanBallegooie (transversale), Guerriero (manqué), Guerriero (réussi), Kjaergaard (manqué), Guerriero (manqué), Kjaergaard (manqué), Guerriero (manqué), VanBallegooie (réussi).


SonderjyskE

Gardien : Alfie Michaud.

Défenseurs : Dustin VanBallegooie - Joachim Holten Møller ; Daniel Villadsen - Daryl Andrews ; Matt MacDonald - Rasmus Damgaard.

Attaquants : Frederik Storm - Jason Guerriero - Kim Lykkeskov ; Christoffer Kjærgaard (A) - Aleksandrs Macijevskis - Mads Lund ; Steffen Frank - Rene Holm - Niclas Carlsen

Remplaçants : Christian Møller (G), Kenneth Müller, Mads Nielsen. Absent : Dejan Matejic (hanche).

Asiago

Gardien : Daniel Bellissimo.

Défenseurs : Michele Strazzabosco (A) - Nicholas Plastino ; Ladislav Benysek - Matt De Marchi ; Enrico Miglioranzi - Sabahudin Kovacevic.

Attquants : Ralph Intranuovo - David Borrelli - Michael Henrich ; John Vigilante - Layne Ulmer - Adam Henrich ; Nicola Tessari - Matteo Tessari - Michele Stevan.

Remplaçants : Gianfilippo Pavone (G), Marco Rossi, Andrea Gorza, Mirko Presti, Filippo Busa. Absent : Federico Benetti.