Interview de Stanislav Gron (HC Košice)

Heureux qui comme « Stano »

Jamais un mot plus haut que l’autre. À la ville comme dans les patins, Stanislav Gron n’est pas du genre démonstratif. Mais derrière ce manque apparent d’exubérance se cachent une humilité et un respect d’autrui qui lui ont jadis fait défaut mais qui semblent faire aujourd’hui sa force. Longtemps cantonné aux seconds rôles en attaque, le numéro 97 (clin d’œil à l’année où il a été drafté par les New Jersey Devils) attire désormais sur lui bon nombre de projecteurs. « Stano le discret » est en effet l’un des meilleurs éléments de l’Extraliga 2010/2011, et si une vilaine déchirure du ménisque contre Skalica le 19 novembre ne le tenait pas à l’écart jusqu’au 30 décembre, il serait actuellement en tête des pointeurs nationaux.

« Quand il est en pleine mesure de ses capacités, Stano est l’un des tous meilleurs hockeyeurs slovaques et il l’a d’ailleurs prouvé dans la première moitié de championnat, dit de lui son équipier Richard Jenčík. Lui et Peter Bartoš aident énormément le groupe et il y a beaucoup à apprendre d’eux. ». À travers le long entretien qui suit, le centre cassovien évoque une carrière déjà bien remplie et dont il se montre en tous points satisfait. Rencontre avec un gentleman.

Stanislav, la saison régulière en est plus ou moins à sa moitié. Pouvez-vous nous faire le bilan jusqu’à maintenant du HC Košice, qui caracole en tête du classement ?

On peut dire que l’on a plutôt bien négocié cette première partie. On voulait d’ailleurs bien commencer et tout nous réussit jusqu’à présent. Nous sommes contents, évidemment, mais nous n’allons pas trop nous réjouir car tout peut encore changer. On doit continuer sur notre lancée, à savoir nous entraîner correctement, pour que nous puissions effectuer la seconde moitié de la même façon.

L’équipe est toujours invaincue à l’extérieur depuis le 10 septembre, ce qui constitue un record en Extraliga. Comment expliquez-vous cette santé en déplacement alors que vous avez rencontré en fait l’essentiel de vos difficultés sur votre glace de la Steel Aréna ?

On a un style de jeu en défense qui convient certainement mieux sur des patinoires de moins grande surface que celle de Košice qui est la plus large du pays. C’est plus difficile de défendre sur des plus petites mais paradoxalement cela nous convient mieux. La formation qui nous reçoit doit plus créer et se concentre moins sur sa défense que lorsqu’ils viennent ici. C’est peut-être ça qui explique que l’on soit bon à l’extérieur. Sinon, je dirais que c’est parfois une part de chance. 

Vous êtes à ce jour le meilleur pointeur du championnat1 avec 33 points (12+21). Comment expliquez-vous vos performances ?

Premièrement, j’ai d’excellents équipiers à mes côtés. Je suis aussi en bonne santé, j’ai donc l’occasion d’être souvent sur la glace et j’ai surtout un peu de chance. C’est comme ça que je résume en gros mes points. Il y aussi peut-être le fait que beaucoup d’attaquants ont quitté le club à l’intersaison – je pense à Rudolf Huna, Vladimír Dravecký2 ou Petr Šachl – et que j’ai de ce fait peut-être plus de place sur la glace. Mais à vrai dire, je n’en sais trop rien car on ne tient pas ici les statistiques de temps de jeu. Effectivement, je sens un peu plus de responsabilités en attaque mais ça ne fait pas une énorme différence par rapport à l’année dernière.

Excepté vous, Peter Bartoš est le joueur de Košice à avoir montré d’excellentes dispositions dès le début du championnat Pouvez-vous nous dire un mot sur le capitaine ?

Peter a l’habitude de planter des buts et marquer beaucoup de points tous les ans. C’est un joueur exceptionnel, un excellent patineur de même qu’un bon technicien. Les années passent mais il nous est toujours d’une aide précieuse, non seulement dans le jeu vers l’avant mais aussi à l’arrière où il sait prouver que c’est aussi un bon joueur défensif. Son credo est d’attaquer comme de défendre. Il sait se dévouer comme personne lorsque l’équipe est en infériorité et sait aussi très bien maîtriser le palet. De sorte que les gars en face ont souvent du mal à le lui prendre et on évite ainsi des occasions adverses.

Kristek_HascakComment jugez-vous les recrues, notamment Jaroslav Kristek et Marcel Haščák qui se sont rapidement intégrés dans le système cassovien ?

Les « nouveaux » nous apportent énormément. « Jaro » est ce genre de joueur intelligent, doté d‘une lecture de jeu intéressante, et c’est aussi quelqu’un qui sait très bien patiner. Il démontre régulièrement que c’est un excellent passeur et qu’il sait se défaire des défenseurs en un contre un. Marcel est lui aussi très habile dans sa glisse mais il a surtout un incroyable tir. Contrairement à Jaroslav, c’est un joueur plutôt puissant qui parvient à s’imposer devant les buts ou dans les coins. Il est redoutable au corps à corps.

Si l’on compare avec les années précédentes, vous avez effectué cette saison des matches de préparation plus intenses. On pense notamment à la Cassovia Hockey Cup lors de laquelle vous avez affronté à domicile le vice-champion tchèque Vítkovice et surtout le prestigieux CSKA Moscou à guichets fermés…

Ce fut un tournoi de premier choix, en effet. On a tous été très heureux de pouvoir en découdre avec ces deux formations, surtout contre Moscou. Le stade était plein comme jamais pour un match de préparation et on a réussi à l’emporter. Battre une équipe de KHL, ça nous a donné de la confiance, c’est certain. Dans l’ensemble, la préparation estivale a été très bonne cette année et nous avons été surtout contents de jouer contre d’autres groupes que ceux d’Extraliga. Là, on a rencontré des Suisses, des Autrichiens, des Russes, des Tchèques, des Allemands… Ça nous a sans conteste servi pour le championnat. On a beaucoup voyagé, c’était parfois assez fatiguant, mais ça valait vraiment le coup. Tout le monde signerait de nouveau pour une telle préparation la saison prochaine.

Vous êtes né et avez grandi à Bratislava mais vous êtes désormais cassovien. On sait qu’en Slovaquie les matches entre Košice et Slovan sont toujours particuliers du fait de leur rivalité nationale. Comment vivez-vous ces rencontres où la tension est à son maximum ?

C’est vrai, je suis Bratislavčan. J’ai joué là-bas jusqu’en juniors avant de partir outre-Atlantique et je n’y ai pas vraiment remis les pieds depuis. À mes débuts avec Košice, j’étais peut-être un peu plus sensible à ces confrontations, mais avec le temps je considère Bratislava comme n’importe quel adversaire. Ce n’est pas tout à fait ça non plus puisque Slovan est toujours le grand rival de Košice, mais je veux dire par là que je ne le perçois plus en tant que natif de Bratislava évoluant dans la métropole de l’Est. Je suis là depuis plus ou moins quatre ans et je m’y sens très bien, que ce soit d’un point du vue professionnel ou privé. Je dois juste toucher du bois pour que ça reste ainsi.

Il semble que Košice et Slovan aient échangé leurs parcours cette saison. C’est désormais le premier qui rit et l’autre qui pleure. Ne craignez-vous pas qu’à la fin de cette Extraliga la morale soit la même que l’an passé et que les Danubiens vous jouent le même mauvais tour que vous leur avez fait en finale ? 

C’est effectivement, dans l’autre sens, la même situation que l’an passé lorsque Slovan était intouchable en tête du classement et que nous rencontrions les plus grandes difficultés à avoir de bons résultats. À savoir maintenant si nous avons certaines craintes… Je dirais que l’on en a et que l‘on n’en a pas. Si nous jouons et nous entraînons jusqu’à la fin de championnat comme ce fut le cas jusqu’à maintenant, si nous sommes épargnés par les pépins de santé3 et que nous avons parfois un peu de bol, alors il n’y a pas à se poser de questions sur nos capacités. C’est certain que Bratislava va se requinquer d’ici les play-offs mais je suis convaincu aussi qu’on lui sera encore supérieur. 

Les dernières éditions l’ont prouvé, les clubs qui sont en forme en début de saison ne sont pas forcément les premiers à la fin (ex. Slovan, Banská Bystrica). N’êtes-vous pas en forme trop rapidement ? Comment rester compétitifs jusqu’au bout ?

C’est sûr que la saison est encore très longue et il est difficile de toujours jouer à 100% tout en conservant sa forme maximale. Elle fluctue au cours de la compétition, c’est indubitable. Mais je crois que l’on a déjà vécu de mauvaises passes même si cela ne s’est pas forcément répercuté au niveau des résultats. Mais on a prouvé que même en jouant de façon Stansilav_Gron_2médiocre on pouvait toujours réussir à l’emporter, que ce soit d’un but ou après le temps réglementaire. C’est peut-être ce qui fait notre force ; même en jouant un cran en-dessous de nos capacités habituelles on parvient à tenir une longueur d’avance au score.

Vos favoris pour le titre ?

On pouvait attendre mieux de Slovan mais ils ont de bons éléments et surtout beaucoup de blessés actuellement. Ce n’est encore que la moitié de la saison régulière, si bien qu’ils arriveront selon moi à surmonter la situation du moment et être présents en play-offs. Ce sont eux, les grands favoris, mais je pense que nous, Košice, nous aurons une grande part à jouer dans la lutte pour le titre. Banská Bystrica ou Poprad sont aussi des formations qui devraient bien figurer. Toutes les deux ont un énorme potentiel offensif.

Comment jugez-vous cette édition de l’Extraliga ?

Je pense que notre championnat s’améliore d’année en année. Surtout dans le fait que les équipes défendent plus et avancent de meilleures performances collectives. Cette année, le niveau est donc très bon. Ce qui dénote des précédentes saisons c’est la présence de jeunes joueurs talentueux qui se rodent pour plus tard. Certains ont de belles perspectives d’avenir et et montrent d’intéressantes dispositions pour évoluer dans des championnats plus prestigieux.

Pensez-vous, comme certains suiveurs, que le niveau s’est d’autant plus élévé après la réduction cette saison du nombre des clubs engagés ?

Personnellement, je ne crois pas que l’Extraliga soit meilleure à cause de cela. Elle est en revanche peut-être plus dense en qualité dans ce sens où les joueurs des douze équipes présentes auparavant ont dû se répartir dans les dix effectifs actuels. Mais, franchement, ce n’est pas plus flagrant que cela.

Quelle est votre position en ce qui concerne la présence de la sélection slovaque U20 en Extraliga ?

Difficile à dire. Malgré ce qui peut paraître, les matches contre les juniors ne sont pas faciles ; ils s’accrochent et jouent plutôt bien. Ils savent aller au contact. Je ne suis certainement pas le plus compétent pour juger, mais selon moi, il serait plus profitable pour eux de disputer plus de rencontres dans la saison au cours desquelles ils pourraient marquer plus souvent, tenir un avantage au score et par là même se donner plus de confiance. Peut-être que dans une division inférieure ils pourraient s’adonner davantage et s’exercer plus efficacement avec le palet car il me semble, un peu comme le style américain, qu’ils cherchent trop à assurer leur jeu.

Il y a un an, le club vivait une grave crise, notamment en termes de résultats. Si l’on compare la situation à cette époque et celle de maintenant, c’est le jour et la nuit. Qu’est-ce qui a donc changé ?

C’est difficile d’en trouver les raisons exactes. On s’est toujours entraîné consciencieusement. On donnait tout dans chacun de nos matches. Peut-être que, contrairement à l’année dernière, on n’a pas changé brusquement de style. On avait voulu jouer un hockey très offensif qui ne nous convenait pas alors. L’entraîneur Anton Tomko a démissionné, il a été remplacé par Rostislav Čada qui a instauré progressivement un système de jeu basé davantage sur la défense. On a appris à le maîtriser, on s’y est habitué, et ça nous a bien réussi puisqu’on a gagné le titre. On pérennise simplement ce qui a marché en fin de saison dernière.

Comme Peter Bartoš, vous donnez une impression de calme et de force tranquille. On ne vous a jamais vu vous énerver. Ce trait de caractère vous aide-t-il à être productif sur la glace ? Que pensez-vous des bagarres en hockey ?

Je ne me laisse pas facilement sortir de mes gonds, en effet. Je m’efforce toujours de garder la tête froide, même lorsqu’il m’arrive de m’énerver au cours du jeu. Je me dis alors que je dois me calmer et poursuivre tranquillement mon match car, dans le passé, ça ne m’a jamais rien donné de réagir agressivement contre un provocateur. C’est certain que c’est ce qui me caractérise. Si ça m’aide à être meilleur ? Je ne peux pas vraiment le dire puisque je n’ai jamais été un bagarreur. Je ne peux donc pas comparer. Mais ça ne doit certainement pas me faire de mal d’être ainsi. En ce qui concerne les bagarres en hockey, je dirais que ça fait partie de ce sport. Les spectateurs ont plaisir à en voir. Chez nous, en Slovaquie, ce n’est quand même pas un phénomène aussi répandu qu’en Amérique où c’est plus ou moins toléré. Ici, les arbitres sanctionnent plus facilement. Quoi qu’il en soit, elles existent en Extraliga et j’estime qu’il ne faut rien faire contre pour le moment tant que ça reste comme maintenant.

Vous avez déjà soulevé à trois reprises le trophée de l’Extraliga, avec Žilina en 2006 et les deux dernières saisons avec Košice. Quelle différence faîtes-vous entre les titres glanés dans ces deux clubs ?

Le titre avec Žilina était pour le moins inattendu. Nous étions une formation de milieu de tableau pendant la saison régulière et personne n’aurait misé un kopeck sur le fait que nous passerions le tour suivant en play-off. C’était précisément la situation inverse à Košice où tout était mis en oeuvre pour devenir champion. Il y avait l’argent, il y avait des joueurs de qualité. Cela faisait longtemps que les gens ici espéraient la victoire. Avec Žilina, on a gagné alors qu’on ne devait pas, tandis qu’à Košice chacun dans le groupe sentait la responsabilité d’aller au bout victorieusement. D’un point de vue mental, psychique, c’était plus difficile à Košice.

Que pouvez-vous encore attendre sportivement à Košice ?

J’aimerais remporter un troisième titre, réaliser ce fameux triplé. Jamais encore une équipe n’a remporté le titre trois fois de suite en Extraliga et je désire faire partie de ceux qui y parviendront.

Vous êtes l’un des plus vieux dans la boîte avec Peter Bartoš et Richard Jenčík. Que pouvez-vous nous dire sur vos quelques quatre ans passés ici ?

Si je devais terminer maintenant avec Košice, je dois dire que j’aurais les meilleurs souvenirs de ma carrière ici. Sincèrement. De mon arrivée au club jusqu’à aujourd’hui, il y a toujours eu un très bon collectif et un parfait environnement. Les gens ici ont un véritable intérêt pour le hockey. C’est une ville de hockey, tout simplement. J’ai connu les crises et les périodes difficiles que le club a traversées, mais les meilleurs moments les surpassent de loin.

Gron_Jencik_Bartos

Vous avez été sous les ordres de trois entraîneurs différents sous le maillot des Oceliari : Ján Šterbák, Anton Tomko et Rastislav Čada. Pouvez-vous nous décrire leurs méthodes respectives ?

Chaque entraîneur a ses propres méthodes qu‘il estime être les meilleures. Ján Šterbák est le garant d’un hockey et d’un entraînement d’un style ancien qui peut paraître un peu dépassé mais avec lequel, sous sa direction, on est devenu champion avec Žilina. Rostislav Čada est plus original, plus moderne dans sa façon de coacher. Il accorde beaucoup d’importance à la discipline et au collectif afin qu‘il soit au maximum de ses moyens. Ses entraînements sont complètement différents, ils sont basés à fond sur la vitesse. Anton Tomko a officié avec l’un et avec l’autre. Il a pris de chacun ce qui lui semblait le meilleur. Tous les trois ont leurs propres qualités mais des styles différents. En tous cas, j’ai toujours bien joué avec chacun d‘eux.

Vous avez fait vos classes pendant cinq ans aux États-Unis4 avant de revenir en Europe. Quels souvenirs gardez-vous de votre bail américain ?

J’en ai de très bons souvenirs. Si je revenais en arrière, à l’époque où j’ai décidé de partir là-bas à dix-huit ans, je ne changerais rien du tout. Ce fut une excellente expérience, que ce soit mes deux ans en junior ou les trois autres dans les équipes réserves. Cela a été un enrichissement sur le plan sportif, bien entendu, mais aussi personnel. J’ai appris l’anglais et j’ai plutôt très bien vécu pour un gars de mon âge. J’aurais voulu jouer davantage en NHL – c’est d’ailleurs pour ça que j’ai traversé l’océan – mais même si je n’ai disputé qu’un match je peux me montrer satisfait d’y avoir goûter au moins une fois.

Vous avez également évolué en République tchèque (Vítkovice, Slavia Prague) et en Allemagne (Duisbourg). Quelles sont les principales différences entre le hockey dans chacun de ces pays ?

Chacune de ces ligues a un hockey différent. En Amérique, il est beaucoup plus exigeant dans la mesure où il y a énormément de matches et que les joueurs y sont majoritairement puissants. C’est donc plus physique. Mais je me rappelle qu’il y avait quand même une différence assez grande entre les types de hockeyeurs. Il y avait des techniciens assez intuitifs dans le jeu et puis à côté des gars moins habiles mais plus costauds qui se contentaient d’aller au contact. Ça se jouait plus sur la sécurité et on travaillait moins le palet, contrairement à la République tchèque où, à l’époque où j’y étais, les joueurs étaient plus techniques et se permettaient plus de tricoter. Si bien que la transition entre les États-Unis et la Tchéquie a été plus problématique pour moi que la précédente entre la Slovaquie et l’Amérique. Mais je suis certain que ça a depuis évolué en République tchèque et que le hockey y est maintenant plus défensif, plus physique et plus rapide.

En ce qui concerne l’Allemagne, je dirais que c’est un mix européo-américano-canadien car il y a pas mal de joueurs d’Amérique du Nord dans le championnat qui sont toutefois techniquement plus efficaces. Ça se joue donc quand même plus sur la technique. C’est le cas également en Slovaquie. Les joueurs s’efforcent de bien faire avec la rondelle, de créer quelque chose, faire des passes. Mais on défend aussi beaucoup plus que lorsque je suis revenu il y a six ans. Évoluer ici est désormais une autre paire de manches.

Lequel de ces styles vous convient le plus ?

Je crois que le plus difficile, c’était en Amérique. Le jeu là-bas me plaisait des fois et ne me plaisait pas les autres. Ce n’était pas vraiment mon style. Je dois avouer que je me sens mieux dans les championnats tchèque et slovaque. Je m’y exprime mieux.

Vous avez rejoint le championnat allemand après votre premier titre slovaque en 2006 mais vous êtes revenu au pays assez rapidement, six mois après votre départ. Que s’est-il passé en DEL ?

La situation était mauvaise à Duisbourg. L’équipe était très faible, on perdait toujours. Il n’y avait pas non plus un bon groupe, je veux dire qu’il n’y avait pas une saine ambiance. Quand j’allais à l’entraînement, j’y allais un peu à reculons. Je n’ai jamais senti que je pourrais tout donner là-bas, m’exprimer pleinement en tant que joueur. Et puis ma famille n’était pas non plus à son aise. Alors j’ai décidé de repartir en Slovaquie et signer à Košice qui était intéressé par mon profil. 

Évoquons à présent l’équipe nationale. La Slovaquie organise cette année les championnats du mnde à Bratislava et Košice. Est-ce pour vous un objectif d’y participer ?

C’est un important évènement qui s’annonce pour la Slovaquie et il est clair que j’aimerais y participer. Qui ne voudrait pas représenter son pays aux Mondiaux, qui plus est à domicile ? C’est le genre d’objectif que l’on ne se fixe pas comme objectif. Si je suis de la partie, je serais très heureux. Si je reste à quai alors il ne se passera rien. J’ai participé l’année dernière à mes premiers championnats du mnde et ce fut une incroyable expérience même si je n’ai eu qu’un faible temps de jeu. Je suis tout de même très satisfait d’avoir pu au moins une fois y aller. C’était une de mes ambitions personnelles et je l’ai réalisée. La chance de revivre ça cette année est assez faible.

Vous venez de le dire, vous avez porté pour la première fois en championnat du mnde le maillot de la Slovaquie en mai dernier,mais une blessure est venue tout contrarier. Comment l’avez-vous vécu ?

Je voulais vraiment participé à un Mondial une fois dans ma vie. Néanmoins, je n’ai eu pas la possibilité d’en profiter pleinement sur la glace car le sélectionneur m’en a donné peu l‘occasion et puis j’ai manqué de veine en me blessant par la suite. De ce point de vue là, ce fut un peu décevant pour moi. Mais tout comme mon unique match en NHL, j’en conserverai une agréable trace et je suis fier d’avoir pu représenter la Slovaquie en Allemagne.

Stanislav_Gron_1À Cologne, la Slovaquie a montré un double visage, parfois séduisant parfois très médiocre. Vous qui avez vécu son parcours de l’intérieur, comment jugez-vous les prestations de la sélection nationale ?

Notre but était de passer la phase de groupe et d‘atteindre les quarts de finale. On s’est donc loupé. On valait peut-être mieux mais on a tout de même perdu contre des adversaires largement à notre portée. Ça s’est passé comme ça s’est passé. Il n’y a eu aucune honte ni aucune gloire, juste une sorte de performance moyenne.

Vous avez quand même pris une rouste par le Danemark (0-6)...

Après ce match, tout le monde a pensé que l’on était une équipe très faible. C’était une défaillance collective, certes, mais qui s’est avérée assez brève. Exceptée la première période, on a fait jeu égal avec eux. Moi, j’étais dans les tribunes mais il est évident que les Danois ont joué de façon exceptionelle. À chaque fois qu’ils tiraient au but, ça rentrait ! Personne n’est à l’abri de ce genre de rencontre, et lorsque ça arrive, il faut rapidement tourner la page et penser au match suivant en affichant la même foi en soi qu'auparavant.

Nous arrivons à la dernière question. Vous avez fêté vos 32 ans fin octobre, ce qui vous laisse encore de beaux jours de hockey devant vous. Comment voyez-vous la suite des choses ?

Quand j’ai débuté ma carrière, je ne me voyais tenir que jusqu’à 30 ans. Je fais donc un peu de rab ! De nos jours, les hockeyeurs peuvent jouer plus longtemps, jusqu’à quarante balais même, pourvu qu’ils tiennent la santé. Si mon corps me le permet et que quelqu’un veut encore de moi, alors je serais ravi de prolonger ma carrière car je ne prends pas le hockey comme un job. J’ai ça dans la peau et même encore maintenant j’essaye de m’améliorer. Je ne me suis pas fixé de limite. 35, 37 ou 40 ans… On verra bien. C’est pareil pour mes ambitions. De toute façon, je n’ai plus rien à démontrer. Je sais que je ne jouerai plus en NHL, certainement pas plus en championnat du monde. Le plus réaliste de mes objectifs, c’est de glaner ce troisième titre de suite avec Košice. C’est le maximum, je crois, de ce que l’on peut attendre de moi désormais. 

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1 Interview réalisée mi-novembre. Blessé, il s'est depuis fait doubler par Miroslav Zálešák (Skalica, 17+20), Michal Hudec (Banská Bystrica, 16+18) et René Školiak (Skalica, 11+23) tandis que le meilleur buteur Roman Tománek (Banská Bystrica) est revenu à sa hauteur (23+10).

2 Vladimír Dravecký est revenu à Košice fin novembre après un début de saison difficile en KHL avec les promus de Yugra-Khanty Mansiysk (division Kharlamov).

3 L’interview semble avoir porté malheur au groupe cassovien puisque Stanislav Gron s’est donc abîmé le ménisque peu après, et l’infirmerie du club a été grossie depuis par Róbert Tomík (élongation à l’aine) et Dušan Pašek, ce dernier s’étant cassé la clavicule contre Poprad le 28 novembre (indisponible deux mois). Rien de préoccupant toutefois pour les Oceliari qui bénéficient d’un conséquent réservoir d’attaquants. 

4 Il a porté les couleurs des Seattle Breakers (1997/98) et Kootenay Ice (1998/99) en WHL, des Utah Grizzlies (1998/99) en IHL, des Albany River Rats en AHL (202 matches entre 1999 et 2002) et des New Jersey Devils pour son unique prestation en NHL contre les Carolina Hurricanes le 23 février 2001 (défaite 2-3).