Grenoble - Angers (Coupe de la ligue, 1/2 finale retour)

Grenoble : la finale au bout de l'envie...

2010-12-07-Grenoble-Angers4Tout oublier pour décrocher une place en finale. Oublier les quatre défaites consécutives qui se sont succédé depuis la reprise après la trêve internationale. Oublier la déroute subie vendredi en Anjou sur le score terrible de 7-0. Se rappeler uniquement que les Brûleurs de Loups n'ont qu'un but à rattraper pour revenir à hauteur des Ducs sur l'ensemble des deux matchs. Tel était l'état d'esprit des Grenoblois avant d'entrer sur la glace de Pôle Sud pour cette demi-finale qui donnait les clés de Méribel. Des Grenoblois pourtant en plein doute, en manque de repères et en proie aux critiques de plus en plus nombreuses quant à leur niveau de jeu et surtout à l'état d'esprit affiché sur la glace. Ce match est donc celui du rachat pour un groupe qui a beaucoup à se faire pardonner devant son public.

Du côté angevin, on garde en mémoire l'incroyable scénario des demi-finales de la saison précédente qui avait vu Grenoble rattraper un retard de quatre buts (4-8 à l'aller) pour finalement décrocher sa place en finale à Méribel (7-2 après prolongation au retour). Voilà donc les Ducs cette fois prévenus, ce qui devrait leur éviter de prendre le match à la légère malgré la large victoire de vendredi.

Pour ce match, les deux équipes sont privées de leur internationaux U20 (Charlie Doyle et Loup Benoît), partis au rassemblement préparatoire aux championnats du monde. Si Vincent Llorca, également sélectionné mais actuellement blessé, manque toujours à l'appel, les Brûleurs de Loups peuvent en revanche enregistrer un retour de poids à la ligne bleue : celui de Vitkor Wallin, finalement remis d'une petite commotion. Cette rencontre est aussi l'heure des retrouvailles à Pôle Sud pour la dernière recrue angevine, Antonin Manavian, de retour ce soir, ainsi que les ex-juniors grenoblois Lucas Normandon, Matthieu Frécon et Valentin Michel.

Avec un but d'avance, les Ducs ne semblent pas particulièrement désireux de faire le jeu et laissent le soin à leurs hôtes de mener les premières offensives. Mais l'attaque grenobloise manque de percussion et a du mal à atteindre les cages de Peter Aubry qui passe une première période assez tranquille. Les Brûleurs de Loups appliquent généralement une tactique "canadienne" bien rodée : lancer le palet au fond après l'entrée de zone et envoyer les ailiers au charbon pour aller le récupérer. Mais face à une équipe angevine très bien pourvue à la ligne bleue (sept défenseurs alternent ce soir), la tactique s'avère insuffisante.

À l'inverse Angers fait apprécier un jeu rapide tout en passe avec une très rapide transition vers l'avant. Les Ducs font forte impression lors des premières minutes et semblent un cran au dessus de leurs adversaires. Une impression vite confirmée sur une astucieuse passe avec rebond contre la bande de Tomas Baluch récupérée par Thierry Poudrier qui prend tout son temps pour ajuster Eddy Ferhi d'un tir croisé du revers, sans que la défense grenobloise ne s'interpose ni que Ferhi ne parvienne à lire la trajectoire du palet (0-1, 07'51").

2010-12-07-Grenoble-Angers1Le début de rencontre est idéal pour Angers qui à ce moment du match prend deux buts d'avance sur l'ensemble des deux rencontres et semble avoir la route toute tracée vers la finale. Du côté grenoblois, on ne panique pas même si les Brûleurs de Loups n'ont jamais réussi à s'imposer après avoir concédé l'ouverture du score cette saison.

Plus prudents qu'à l'accoutumée, les Grenoblois ne se livrent pas de manière inconsidérée et se concentrent avant tout sur le travail défensif ce qui limite les occasions angevines au strict minimum. Les minutes passent sans occasion majeure, la fluidité du jeu angevin (avec un excellent Valentin Michel pour son retour à Grenoble) s'opposant à la combativité des Grenoblois qui se montrent bien plus coriaces dans les duels le long des bandes que lors de leurs dernières sorties à Pôle sud.

La ténacité iséroise finit par payer lorsque Jonathan Bellemare prend la première pénalité du match. Impuissants à cinq contre cinq, les Brûleurs de Loups avaient une chance de revenir dans le match en supériorité numérique. Alors que le premier bloc en power play sous l'impulsion de Broz et Krayzel a tenté vainement de faire la décision, le second bloc se voit offrir la chance de finir le tiers. Ce dont profite Mitja Sivic qui marque un but de renard en revenant de derrière les buts pour glisser le palet dans les patins de Peter Aubry qui s'emmêle tout seul pour faire passer le palet derrière la ligne de but (1-1, 19'33").

L'égalisation grenobloise en fin de tiers redistribue les cartes et relance le suspense dans cette demi-finale. Les Ducs sont moins confortables et doivent s'employer pour préserver leur petit but d'avance de l'aller, toujours synonyme de qualification. À leur tour, ils bénéficient d'une première supériorité numérique pour une pénalité de Baylacq mais se montrent plutôt lents dans la transition du palet. Gênés par un bloc grenoblois très compact, les Ducs ne parviennent pas à se créer de décalage et Ferhi parvient à bloquer les tirs lointains qui lui sont adressés sans laisser de rebond. Ferhi est bien dans son match à l'inverse d'un Aubry plutôt fébrile après le but gag encaissé lors du premier tiers : voilà une partie des clés du match.

Peu après la mi-match, Michel se retrouve pénalisé pour avoir mis un peu trop de générosité dans son engagement. Un jeu de puissance une nouvelle fois concrétisé sans la participation de Broz et Krayzel qui ont d'ordinaire les clés. Cette fois, c'est Matthieu Le Blond qui s'échappe sur l'aile droite et expédie un tir croisé ras de glace qui surprend étonnamment Peter Aubry, pourtant pas masqué sur l'action (2-1, 32'14"). Deux supériorités, deux buts : Grenoble ne pouvait pas mieux tirer profit de son jeu de puissance !

2010-12-07-Grenoble-Angers2Cette égalisation sur l'ensemble de la série donne un coup derrière la tête d'Angevins jusque là plutôt sereins. Bousculés par une jeunesse grenobloise enfin conquérante à l'image du jeune Joris Bedin, de retour ce soir, qui se permet une mise en échec sur Antonin Manavian qui fait deux fois sa taille, les Ducs semblent marquer le pas. Frustrés par Ferhi sur chacune de leurs attaques, ils se retrouvent de nouveau en difficulté sur une contre-attaque de Nicolas Arrossamena, extrêmement actif ce soir. Le jeune international voit son tir repoussé par Peter Aubry plein centre, une aubaine pour Raphaël Papa qui passait devant la cage et expédiait le palet au fond (3-1, 34'47"). Trois buts d'attaquants opportunistes : voilà bien longtemps qu'on n'avait pas vu ça à Grenoble !

Ce troisième but, celui qui propulse Grenoble en finale, embrase Pôle Sud qui peine à croire le scénario inattendu qui se déroule sous ses yeux. Ses protégés sont en effet méconnaissables avec une envie de tous les instants qui se traduit par des duels gagnés le long des bandes et un excellent repli défensif qui permet de faire avorter nombre d'attaque angevines jusqu'à la fin du tiers. En infériorité numérique, les Grenoblois parviennent ainsi systématiquement à dégager le palet sans laisser les Ducs s'installer dans leur zone. Les unités spéciales, point faible travaillé à l'entraînement du côté de Grenoble, font pour l'instant la différence après quarante minutes, alors que Grenoble rate de peu le 4-1 sur un missile de Mitja Sivic qui vient s'écraser sur le poteau d'Aubry, battu.

Plus de question à se poser chez les hommes de Martin Lacroix au début de la troisième période : il faut marquer un but pour au moins décrocher la prolongation. Alors qu'on s'attend à une déferlante sur les buts gardés par Eddy Ferhi, on assiste à une bataille en zone neutre bien quadrillée par les Grenoblois qui tentent surtout de bloquer les sorties de zone angevines plutôt que de forechecker derrière la cage de Peter Aubry au risque de se prendre des contre attaques fatales. Les minutes passent donc au profit des Brûleurs de Loups toujours aussi combatifs et de plus en plus motivés à l'idée de rejoindre Méribel.

Le très bon jeu défensif des attaquants va de paire avec l'excellence des défenseurs : Amar, Rouleau comme à leur habitude mais aussi Wallin, auteur d'un très bon retour ce soir, sans oublier Gillet, toujours prêt à se sacrifier devant les palets adverses. Les Ducs semblent avoir perdu la créativité qui était la leur en début de match. Ils parviennent pourtant à se frayer de temps en temps un chemin jusqu'à la cage grenobloise mais se heurtent à un Ferhi extrêmement concentré et au diapason des ses partenaires. Le portier grenoblois, qui a perdu sa place en équipe de France au profit de Ronan Quemener pour la série de matchs internationaux de décembre, voit là une excellente occasion de se signaler après un mois de novembre plutôt difficile.

2010-12-07-Grenoble-Angers3L'arbitre M. Hauchart a décidé de laisser jouer dans ce troisième tiers et ne siffle pas grand chose alors que certaines actions parfois un peu limites de part et d'autres, auraient mérité d'être sanctionnées. Il se résout finalement à faire usage de son sifflet pour sanctionner simultanément Simon Lacroix et Nicolas Arrossamena alors que la tension entre les deux équipes était montée d'un cran.

Grenoble continue à s'accrocher becs et ongles à son petit but d'avance malgré une pression angevine de plus en plus forte. Martin Lacroix doit finalement demander un temps mort et sortir son gardien dans la dernière minute pour tenter de forcer la décision. Alors que le palet passe plusieurs fois devant la cage de Ferhi sans pouvoir être repris, Mitja Sivic parvient à mettre la crosse sur le palet et à sortir de sa zone pour filer droit vers la cage vide et marquer son deuxième but du match qui vient mettre un terme définitif aux espoirs angevins (4-1, 59'58").

Pour la deuxième année consécutive, Angers échoue aux portes de la finale de la coupe de la ligue face à Grenoble après avoir gagné le match aller. Comme l'an dernier, les Ducs n'ont pas su enrayer la révolte grenobloise et se sont endormis après un début de match pourtant prometteur. Le beau collectif angevin, avec ses individualités pourtant techniquement au-dessus des Grenoblois, a manqué de détermination, tombant dans la tentation de gérer le score surtout après le but de Poudrier qui aura finalement plus éteint les Ducs qu'autre chose.

Angers a surtout perdu le match des gardiens avec un Ferhi clairement au-dessus d'Aubry ce soir. Le portier angevin s'est montré en effet assez fébrile avec au moins deux buts où sa responsabilité est engagée. Mais Angers a aussi perdu le match des unités spéciales avec deux buts encaissés en infériorité numérique et un power-play complètement stérile. Étonnant après la démonstration de vendredi soir et qui peut légitimement questionner la capacité des Angevins à se transcender dans les grandes occasions.

Tout l'inverse de Grenoblois, amorphes voire inexistants en Ligue Magnus et transcendés par l'enjeu de la coupe de la Ligue. Les Grenoblois la voulaient sans doute un peu plus que leurs adversaires, cette finale. En tout cas, ils ont mis beaucoup plus de coeur et d'envie, deux qualités qui étaient complètement absentes de leurs dernières sorties, sauf au match aller comme par hasard... De là à penser que les Brûleurs de Loups "choisissent" leurs matchs, il y a un pas qu'il est aisé de franchir !

Car ce soir, de Ferhi, impeccable dans ses buts, à Sivic, auteur d'un doublé, tout le monde s'y est mis. Wallin, à qui on peut reprocher parfois une certaine nonchalance, a été sans doute le meilleur Grenoblois ce soir et a su élever son niveau de jeu pour l'occasion. Les jeunes Papa et Arrossamena, souvent irréguliers dans leurs prestations, ont livré également leur meilleur match de la saison avec le but décisif venant récompenser leurs efforts. Rouleau et Amar se sont ainsi sentis moins seuls ce qui a permis à Grenoble de réaliser enfin un match "référence" (comme on aime les appeler) face à un des cadors de la Ligue Magnus. Souhaitons que ce match qui ouvre les portes d'une troisième finale à Méribel (la quatrième en cinq ans !) ne soit pas qu'un feu de paille et permette aux Brûleurs de Loups de prendre conscience de leurs possibilités pour enfin lancer leur saison sur des bases plus élevées.

Désignés meilleurs joueurs du match : Eddy Ferhi (Grenoble) et Jonathan Bellemare (Angers)

(photos www.hockey-passion.com)

Commentaires d'après-match (d'après Le Dauphiné Libéré) :

Baptiste Amar (capitaine de Grenoble) : "C'est une belle histoire. Raphaël Papa, Nicolas Arrossamena... Ils ont tous livré un match énorme. On a su gérer nos efforts et rester lucide pour mettre de l'intensité quand il le fallait. Il va falloir redescendre sur terre. En terme d'émotion, c'est le match où on a pris le plus de plaisir. Il faut garder dans un coin de notre tête ce qui nous a permis d'y arriver. On est arrivé à jouer avec du coeur, avec de l'intensité, avec beaucoup d'envie, sans perdre la tête. On est arrivé à être compact, à prendre les bonnes décisions, à jouer en équipe. Tout le monde ne voit pas ce qu'il se passe dans le club. C'est un club en reconstruction, clairement. Qui est en train d'assainir ses finances, qui a un projet avec ses jeunes joueurs... On est capable de grandes choses, de rivaliser avec les meilleures équipes du championnat. On n'a pas encore trouvé la recette pour le faire tous les soirs. Mais on y travaille."

Jean-François Dufour (entraîneur de Grenoble) : "Il fallait se faire mal, tout donner. C'est ce qu'ils ont fait. On y croyait dès le départ. On était à fond, on n'a pas abandonné même quand on a pris le but. On a joué jusqu'à la dernière minute."

Eddy Ferhi (gardien de Grenoble) : "On avait une revanche à prendre. On s'est nourri de ces propos négatifs pour prouver qu'on était là."

 

Grenoble - Angers 4-1 (1-1, 2-0, 1-0)

Mardi 7 décembre à 20h00 à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 2500 spectateurs
Arbitrage d'Alexandre Hauchart assisté de Guillaume Gielly et Geoffrey Barcelo.
Pénalités : Grenoble 6' (0', 4', 2'), Angers 6' (2', 2', 2')
Tirs cadrés : Grenoble 32 (8, 11, 13), Angers 26 (6, 10, 10)

Évolution du score :

0-1 à 07'51" : Poudrier assisté de Baluch et Lahesalu
1-1 à 19'33" : Sivic (sup. num.)
2-1 à 32'14" : Le Blond assisté de Wallin (sup. num.)
3-1 à 34'47" : Papa assisté de Arrossamena
4-1 à 59'58" : Sivic (cage vide)

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi.

Défenseurs : Baptiste Amar (C) - Maxime Moisand ; Alexandre Rouleau (A) - Viktor Wallin ; Jason Crossman - Aymeric Gillet.

Attaquants : Julien Baylacq - Christophe Tartari (A) - Graham Avenel ; Ludek Krayzel - Ludek Broz - Mitja Sivic ; Raphaël Papa - Mathieu Le Blond - Nicolas Arrossamena ; Joris Bedin.

Remplaçants : Sébastien Raibon (G), Rémi Colotti, Maxime Suzzarini. Absents : Vincent Llorca (fracture du pied), Loup Benoît (équipe de France U20), Elie Raibon (blessure au genou).

Angers

Gardien : Peter Aubry [sorti de 59'12" à 59'58"].

Défenseurs : Michaël Irani - Lauri Lahesalu ; Per Braxenholm - Simon Lacroix ; Daniel Carlsson - Antonin Manavian ; Pavol Mihalik.

Attaquants : Tomas Baluch (A) - Thierry Poudrier - Pierre-Luc Laprise ; Eric Fortier - Jonathan Bellemare (C) - Marc Belanger ; Juho Jokinen (A) - Valentin Michel [puis Matthieu Frécon] - Julien Albert.

Remplaçants : Lucas Normandon (G), Nicolas Hébert. Absents : Brice Chauvel (reprise), Brian Henderson (blessure au genou), Charlie Doyle (équipe de France U20).