Épinal - Briançon (Ligue Magnus, 12e journée)

Plus dure est la chute…

Briançon pouvait craindre ce long déplacement chez l'équipe en forme du moment. Une ICE ayant déjà épinglé Rouen, Amiens, Grenoble et Angers... et qui restait surRamon_Sopko une série de quatre victoires d'affilée en championnat. Du jamais vu à ce niveau de compétition dans toute l'histoire du hockey spinalien. Même au début des années 80, lorsque la "fièvre verte" battait son plein...

Il ne fallait pas remonter aussi loin pour retrouver trace du dernier succès vosgien face à des Diables rouges souvent malmenés à Poissompré. Et battus trois fois de suite entre 2007 et 2009. Trois défaites en mort-subite et deux buteurs en or : le Tchèque Michal Petrák, intenable ces derniers temps, et un certain Stéphane Gervais. Le même qui était considéré par Luciano Basile, dans le Dauphiné Libéré, comme "le seul à être moins bon à Briançon que dans son club précédent." Une motivation supplémentaire pour le Franco-Canadien, pas encore revenu à son meilleur niveau mais déjà buteur par trois fois depuis son retour au jeu, le 6 novembre dernier.

Reste que Gervais n'a pas eu l'occasion de se montrer dans ce match plié en neuf minutes. Neuf minutes pour un hat-trick parfait de Marc-André Bernier face à un Loïc Lacasse pas exempt de tous reproches. Ensuite, il n'y avait plus qu'une seule équipe sur la glace. Trop forte, trop rapide, trop tout ce que vous voulez pour des Spinaliens en décomposition avancée. Totalement méconnaissables, comme vidés de ces ressources mentales et physiques ayant récemment fait leur force. Comment expliquer une telle déroute, autant collective qu'individuelle ?

De bonnes choses, mais pas de finition

Eh bien tout d'abord dans l'incapacité des Vosgiens à fructifier leurs temps forts en début de match, eux qui ont imprimé un rythme effréné lors des dix premières minutes de jeu. Incisifs à souhaits, ils ont ainsi fait plier le roseau briançonnais. Mais sans jamais le faire rompre. "Le tournant du match, dira d’ailleurs Luciano Basile à Vosges-Matin après la rencontre, c'est d'avoir su braver la tempête au début du match."

Difficile de ne pas corroborer les dires de l'Italo-Canadien tant cette entame, empreinte d'une domination spinalienne sans partage, aurait pu sourire aux "rose et bleus". De bonnes dispositions pas payées en retour, faute d’efficacité dans le dernier geste. Même lorsque Sopko sert Chassard sur un plateau (06'40")...

La "bande à Basile" a laissé passer l'orage, s’en remettant notamment à son "petit" gardien, géant devant Boisclair (11'35"). La seule véritable occasion d'un jeu de puissance léché, mais trop timoré dans sa prise de lancers.

Comme un ouragan

"L'armée rouge", elle, fait chou blanc à son premier powerplay mais son emprise se confirme au fil des minutes. Sa marge de manœuvre, très réduite en début de partie, s'accroît, renforcée une nette baisse de régime spinalienne en cette fin de période. Le danger se précise donc devant Lacasse et Briançon se procure de bonnes occasions, ratées de peu par Marc-André Bernier (15'45") et Mickaël Perez (17'24"), à chaque fois décalés par Damien Raux.

Ce n'est que partie remise pour Bernier, à l'affût d'un rebond lâché par Lacasse sur un tir pourtant peu appuyé de Korenko (0-1 à 21'03"). Le gardien québécois n'est guère plus inspiré face à Bernier lorsque celui-ci, mis sur orbite par Raux, se présente seul face à lui. À bout portant, le grand ailier enfile l’aiguille, par dessus la mitaine de son compatriote (0-2 à 26'06").

Santino Pellegrino tente alors de stopper l'hémorragie en repositionnant Jan Hagelberg aux-côtés de Michal Petrák et Ján Plch. Une nouvelle retouche étonnante de l'Italo-Canadien, toujours aussi déroutant dans ses choix tactiques et notamment dans son obstination à maintenir Benoît Quessandier aux avant-postes. Et dire qu'Anthony Rapenne et Nathan Ganz rongent leur frein sur le banc. Pourquoi se priver de leur combativité alors que Ján Plch (toujours lui !) est bien seul à surnager ?

Les rapports de force sont totalement à l'avantage de Briançonnais ne laissant aucun répit au porteur du palet. Une intensité visiblement trop élevée pour les Spinaliens. À ce rythme, le troisième but ne se fait pas attendre, marqué de près par l'inévitable Marc-André Bernier dans un silence de cathédrale (0-3 à 29'28").

Complètement dépassés par les événements, les Dauphins ne sont pas loin de se voir administrer une leçon de hockey. La situation est grave. Presque désespérée. Pourtant l'ICE n'a t-elle pas surmontée plus d'une situation compromettante cette année ?

Lacasse, sombre héros…

Mais voilà, si l'histoire est un éternel recommencement, elle ne bégayera pas ce soir. Car la cause est entendue sur une énième perte de palet en zone neutre, offrant un break à un Terglav déjouant habilement Lacasse (0-4 à 33'27"). Un Lacasse désertant aussitôt sa cage... avant de réapparaître, trois minutes plus tard. Pellegrino avait-il peur de laisser Perrin affronter le powerplay haut-alpin ?

Ce qui est sûr en revanche, c'est qu'une remise en question s'impose pour un Loïc Lacasse visiblement en proie à certains problèmes de concentration. Sur ce qu'il montre actuellement, Lacasse n'est pas digne des attentes placées en lui. À vrai dire, on ne voit pas ce qu'il apporte de plus qu'un Petrik ou un Tojkander, qui faisaient au moins aussi bien devant le filet (et à qui Pellegrino reprochait de ne pas être suffisamment décisifs) !

Tout décevant qu'il soit sur ce match, Loïc Lacasse est avant tout livré à lui-même par une défense "courants d'air" laissant "Speedy" Rohat filer dans son dos pour saler la note. Sur ce coup, Lacasse est bien malchanceux, lui qui croyait avoir suffisamment fermé son angle et ses bottes (0-5 à 43'51").

Passablement démobilisée, l’arrière-garde vosgienne montre toute l’étendue de son laxisme sur le sixième but briançonnais, inscrit du revers par un Nicholas Romano libre de tout marquage dans l’enclave (0-6 à 44'32"). L'ex-Tourangeau, de retour aux-côtés de Terglav et Lampérier (ses habituels compagnons de trio), remet ça peu après en déviant un shoot excentré de son capitaine (0-7 à 47'38"). Loïc Lacasse boira décidément le calice jusqu’à la lie…

Huit ça suffit…

Les Diables rouges maîtrisent leur sujet dans ce match à sens unique. Et encore, ils sont privés de Kévin Dusseau, la révélation de ce début de saison, actuellement en pleine préparation pour le mondial des moins de 20 ans. Un forfait qui aurait nécessité, en temps normal, le repositionnement de Greg Alberti à l'arrière. Mais voilà, l’attaquant américain s’est blessé à la cheville et ne pouvait pallier son indisponibilité. Pas plus que le Rouennais Chakiachvili, lui aussi réquisitionné chez les U20.

Malgré des moyens plus restreints cette saison, Basile a pu conserver une base (les Raux, Sopko, Terglav, Szélig et autres Bernier) lui garantissant un certain degré de compétitivité. Et la possibilité de maintenir cette rotation à quatre lignes, caractéristique de Briançon depuis plusieurs années.

Décidé à laisser tout le monde participer à la fête, Luciano Basile intronise son back-up Aurélien Bertrand, rapidement battu par un tir complétement excentré de Maxime Boisclair (1-7 à 50'14"). Le Canado-Haïtien, piètre patineur indigne de sa réputation de buteur, n’avait plus marqué depuis le 26 octobre dernier...

En pleine réussite, Briançon en ajoute un huitième sur une percée d’Edo Terglav. Le plus québécois des Slovènes résistant à Mäntylä pour marquer dans un trou de souris (1-8 à 56'35").

L'actuelle meilleure défense du championnat a tenu son rang mais s’inclinera, une dernière fois, sur un rebond que Ján Plch est le plus prompt à exploiter (2-8 à 58'39"). Un but de plus pour le meilleur compteur de Ligue Magnus, mais finalement anecdotique...

Ça remet les idées en place !

Se sont ils vus trop beaux ces Spinaliens ? Surclassés dans tous les secteurs du jeu et desservis par un Lacasse chancelant, les hommes de Santino Pellegrino n'ont pas su concrétiser leur bonne entame, rendant par la suite leur pire copie cette saison. Un bon "rappel à l'ordre" pour Benoît Quessandier, bien conscient des lacunes affichées par ses coéquipiers. Qui ont maintenant beaucoup de choses à se faire pardonner. Surtout qu’une double confrontation les attend dans quinze jours face à Dijon, la nouvelle équipe en forme du moment...

Pour voir un exploit sportif dans les Vosges, il fallait donc plutôt aller chez les footeux de l'US Raon l'Etape, tombeurs de Grenoble en Coupe de France...

 
Épinal - Briançon 2-8 (0-0, 0-4, 2-4).
Samedi 11 décembre 2010 à 20h15 à la patinoire provisoire de Poissompré. Environ 400 spectateurs.
Arbitres : Alexandre Bourreau assisté de Mathieu Loos et Alexis Grabit.
Pénalités : 6' (2' + 2' + 2') contre Épinal ; 6' (2' + 0' + 4') contre Briançon.
Tirs : 30 (11 + 7 + 12) pour Épinal ; 34 (8 + 13 + 13) pour Briançon.

Évolution du score :
0-1 à 21'03" : Bernier assisté de Korenko et Perez
0-2 à 26'06" : Bernier assisté de Raux et Perez
0-3 à 29'28" : Bernier assisté de Raux et Perez
0-4 à 33'27" : Terglav assisté de Romano et Lampérier
0-5 à 43'51" : Rohat assisté de Bourgaut et Ankerst
0-6 à 44'32" : Romano assisté de Lampérier et Tošič
0-7 à 47'38" : Romano assisté de Terglav et Lampérier
1-7 à 50'14" : Boisclair
1-8 à 56'35" : Terglav assisté de Romano et Lampérier
2-8 à 58'39" : Plch assisté de Leroy et Quessandier (sup. num.)


Épinal

Gardiens : Loïc Lacasse [Mathieu Perrin de 33'27" à 36'15"].

Défenseurs : [en alternance] Fabien Leroy - Niko Mäntylä ; Peter Slovák - Guillaume Papelier ; Jan Hagelberg - Stéphane Gervais.

Attaquants :  Tarik Chipaux [puis Hagelberg à 26'] - Michal Petrák (A) - Ján Plch (A) ; Timo Kuuluvainen - Maxime Boisclair - Guillaume Chassard (C) ; Benoît Quessandier - Nathan Ganz [puis Chipaux à 26'] - Kévin Benchabane.

Remplaçants : Jonathan Gury, Anthony Rapenne, Erwan Agostini. Absents : Ján Šimko (aine), Martin Charpentier.

Briançon

Gardiens : Ramón Sopko [puis Aurélien Bertrand à 48'27"].

Défenseurs : Viktor Szélig (A) - Michal Korenko ; Gary Lévèque (A) - Kai Öhberg ; Luka Tošič.

Attaquants : Charlie Townsend [ou Romano] - Loïc Lampérier - Edo Terglav (C) ; Mickaël Pérez - Damien Raux - Marc-André Bernier ; Nicholas Romano [puis Peter Bourgaut ou Pierre-Charles Hordelalay] - Jaka Ankerst - Sébastien Rohat.

Absents : Gregory Alberti (cheville), Kévin Dusseau et Florian Chakiachvili (équipe de France U20).