Amiens - Rouen (Ligue Magnus, 12e journée)

Paranormal activity

Billy_Thompson_regard_gardien_gros_planEn ouverture de la 12e journée de Ligue Magnus, les Gothiques d'Amiens recevaient les Dragons de Rouen. Chaque fois, le derby offre du spectacle. Et celui de ce vendredi 10 décembre était suivi par 3 200 personnes. Ce Coliseum, plein comme un œuf, a séduit par son affiche : les deux meilleures attaques de Magnus, et la possibilité pour le 2e du championnat, Rouen, de prendre provisoirement les commandes en cas de victoire chez le 5e. Mais la question était de savoir quel visage offriraient les Picards ce soir. Irréguliers depuis quelques semaines - au point d'être éliminés des deux coupes et de passer d'une victoire 8-1 contre Villard à une défaite 4-2 chez un adversaire gapençais qui a énormément progressé – les hommes d'Antoine Richer résistent pourtant aux assauts rouennais depuis un an et demi à domicile. En face, Rouen vient avec la fatigue et l'expérience d'une demi-finale de Continentale Cup, en échange du billet pour la finale biélorusse à Minsk.

L'an dernier, les Gothiques l'emportaient déjà au Coliseum et rééditaient cette saison au match aller de Coupe de la Ligue par 4-2. Hormis le match retour de cette Coupe à l'Ile Lacroix avec une victoire 6-0 des Dragons, l'ascendant était amiénois ce soir. Les deux groupes affichaient complet sauf pour les trois joueurs retenus en équipe de France U20 de chaque côté : Ylonen, Rech et Valier à Rouen ; Bertein, Serer et Claireaux à Amiens.

Un premier tiers au réalisme, au point d'en rester sur un 2-2 avec trois buts sur quatre inscrits en supériorité numérique. Un deuxième tiers où, Rouen domine, tourne en zone offensive, et une formation amiénoise qui paradoxalement s'offre les occasions les plus dangereuses. Avant un troisième tiers tendu. Le petit détail qui fait la différence, c'est cette frappe de la bleue signée Pavel Kowalczyk qui trompe Fabrice Lhenry. Il reste cinq minutes de jeu, et les Rouennais peuvent regretter leur manque de réalisme. Les choses ne s'arrangent pas pour les hommes de Rodolphe Garnier. Jouant le tout pour le tout, Lhenry sort et assiste depuis le banc au quatrième but amiénois.

Victoire savourée par les Gothiques dans un match où Billy Thompson et sa devise ont brillé : « Anything is possible »

Luc_Tardif_jrPas le droit à l'erreur

Round d'observation entre les deux équipes. Chacune attend que l'autre prenne l'initiative. Sans trop se livrer, Anthony Mortas sollicite Fabrice Lhenry. Pour toute réponse, les Dragons s'immiscent en zone amiénoise et commencent à créer le jeu. À la faveur d'un engagement offensif, Luc Tardif junior choisit de lancer rapidement. Billy Thompson ne peut que dévier le tir dans ses filets (3'25, 0-1). Les locaux tentent de réagir et se font aider par une pénalité d'Ilpo Salmivirta. Simon Petit trouve d'abord la mitaine sûre de Lhenry avant l'égalisation. Un jeu contre la bande est orchestré et le puck revient dans l'axe pour Martin Tomasek qui shoote immédiatement (7'25, 1-1). Les visiteurs décident d'attendre et font admirer la rapidité de leur jeu de contre qui aboutit notamment à tir de Jonathan Zwikel sur Thompson.

Les Dragons accentuent leur pressing lorsque Miroslav Pazak prend une pénalité (12'49). Amiens montre une défense soudée et un premier tir de la bleue, plein axe, est stoppé par une mitaine impeccable de Thompson en grand écart. Les visiteurs prennent un coup au moral et peinent par la suite à réinstaller le jeu de puissance. À quelques secondes du retour de Pazak, Jens Olsson décale Calle Bergström en fond de zone. Son tir est dévié devant le but par Tardif (14'35, 1-2).

Comme après le premier but, les Picards sonnent de nouveau la charge. Mais au jeu des tirs en fond de glace, Fabrice Lhenry écœure Teddy Trabichet en captant un shoot plein lucarne. Même à quatre contre cinq, le tarif est identique pour Kevin Hecquefeuille. C'est ensuite Kevin Bergin qui reprend le palet au second poteau sans succès. Rouen revient au complet sur la glace pour moins d'une minute : Teddy Da Costa part au cachot et donne une nouvelle chance à Amiens, cette fois fatale. Les Gothiques tentent de s'approcher au plus près et remettent en retrait à Pavel Kowalczyk qui libère le Coliseum avant la fin du tiers (19'05, 2-2).

3me_tiersRésiste, prouve que tu existes...

La phrase s'adresse particulièrement à Billy Thompson qui, derrière une défense soudée, détourne les grosses tentatives des jaunes. Mathieu Brunelle, d'abord, rate l'immanquable et laisse le public souffler. La tendance s'inverse quelque peu lorsque Rouen préfère jouer physique dans les coins pour fatiguer les Amiénois. Malheureusement, une infériorité numérique force les Dragons à redoubler d'efforts. Les Picards choisissent alors l'option de porter le palet de la ligne médiane jusqu'au coin, se faisant enfermer à maintes reprises et ne trouvant dans l'axe que des joueurs adverses. Seuls Florent Neyens, Martin Tomasek et Kevin Hecquefeuille sollicitent Fabrice Lhenry. Au complet, on assiste à une légère altercation entre Grégory Béron et Julien Desrosiers qui prennent deux minutes chacun.

Puis c'est Julian Marcos qui ne peut s'empêcher de répondre au jeu provocateur de Jens Olsson alors que le jeu est de l'autre côté du glaçon. On est à la mi-match, le 93 local laisse ses équipiers à quatre contre cinq, et Thompson avec la pression des 300 supporters rouennais juste derrière. Le trafic ne tarde pas à se faire devant le but et le portier se retrouve vite à terre. Les Dragons en profitent pour donner le palet en retrait à Juha Alen. Le 44 shoote et Thompson, toujours à terre, rabat son tir de la crosse pour geler le puck. Rare moment de jeu où les supporters des Dragons cessent de chanter. Amiens a eu chaud, mais continue de flotter dans ses changements de ligne.

Les Amiénois ne se font voir qu'en contre lorsque Hecquefeuille monte au créneau et sert Bergin sur la gauche. Le Canadien ne sait comment prendre Lhenry à défaut et offre un tir facile (35'). Les Gothiques profitent de leurs adversaires émoussés physiquement après le jeu contre la bande pour enfin pénétrer dans l'axe et s'offrir quelques occasions. Grégory Béron trouve le bouclier du gardien visiteur, tout comme Kowalczyk. Un tiers nul en but, fort en occasions et en tension. 

But_Amiens-StrasbourgContre pied parfait

Si le deuxième tiers est nettement à l'avantage des Dragons, le troisième est plus mitigé. Rouen se montre toujours dangereux mais la défense amiénoise n'est plus dépassée. Sous une bonne pression, Jonathan Janil et Teddy Da Costa lancent hors cadre. Puis c'est Alen qui trouve la botte de Thompson. Un trois contre deux avec un tir de Jonathan Zwikel ne parvient pas non plus à battre le 41 local. Les seules réponses amiénoises viennent en contre lorsque Anthony Mortas lance à la cage et que Pazak ne peut reprendre le palet.

À dix minutes de la fin du match, Julian Marcos prend sa deuxième pénalité. Le Coliseum retient son souffle et Marc-André Thinel tente sa chance sans succès. Marcos sort alors de prison au moment où les siens récupèrent le puck. Lancé en contre, le 93 résiste à deux charges litigieuses pour se présenter seul face à Lhenry et trouver la transversale. L'action a le don d'inverser totalement la tendance. À croire qu'Amiens prend confiance. Simon Petit poursuit le défilé devant le but des jaunes et échoue. Le puck longe la bande et trouve Kowalczyk sur la gauche qui profite de la mauvaise vision du gardien pour faire la différence (55'02, 3-2). Les Rouennais sont KO debout.

La stratégie amiénoise consistant à faire le dos rond est récompensée. L'incertitude gagne le gardien rouennais qui se fait surprendre. Attendant que le puck franchisse sa ligne de but pour avoir un dégagement interdit, le 33 des visiteurs calcule mal son coup et voit Béron récupérer le palet in-extrémis. Le 3 local repique plein axe et manque de peu d'alourdir la marque. On entre dans les deux dernières minutes de jeu et les joueurs de Garnier peinent à prendre la possession du palet. Derrière, leur portier hésite à sortir et réussit finalement à le faire sans trop de risque. À six contre cinq, Rouen joue le tout pour le tout en une minute. Les Amiénois sont soudés et pressent le long de la bleue. Pazak récupère un palet plein axe et attire l'attention de trois Rouennais dans la zone neutre. Le Slovaque garde le palet jusqu'à la bleue adverse où il donne très intelligemment à Bergin, venu à sa hauteur. Le Canadien profite du bon travail de son équipier et d'une ligne de mire dégagée pour achever Rouen (59'55, 4-2).

Amiens l'emporte donc 4 buts à 2. Le Coliseum est en transe, poursuivant sa résistance ici face à des Dragons tant craints. Tardif est logiquement élu homme du match côté rouennais. Du côté amiénois, c'est Kowalczyk qui reçoit les honneurs même si, de nombreux avis, les deux buts du Tchèque n'auraient jamais pesés autant sans la prestation haut de gamme – à laquelle on s'habituerait presque – de Billy Thompson.

Paranormal activity ?

Et bien oui. On peut affirmer sans trop de risque que ces derbys Amiens-Rouen amènent toujours au Coliseum une certaine tension, agitation. D'autant plus que, depuis bientôt deux ans maintenant, les Gothiques ont montré qu'ils pouvaient inverser la tendance. De fait, les supporters locaux sont passés de la crainte à l'espoir, ce qui change considérablement la façon d'encourager l'équipe. C'est un stress que l'on aime. Mais il y en a un second dont on se passerait bien à Amiens comme à Rouen : l'irrégularité des deux équipes. Soyons clair. Pour l'une comme pour l'autre, perdre ce vendredi n'était pas dramatique, mais perdre au regard des derniers matchs en Magnus inquiète. Seulement c'est le sport, il faut un gagnant et un perdant. Côté picard, on se dit maintenant « pourvu que le réveil soit le bon ». Côté normand, le message est légèrement différent : « pourvu que la défaite réveille l'équipe ».

À vous de comparer la différence, mais on peut vous assurer d'une chose : ce mois de décembre sera déterminant pour Amiens avec une double confrontation face à Strasbourg. Oui, deux défaites mettraient certainement les gris dans la panade, mais la saison ne serait pas pour autant finie. Côté rouennais, l'importance du championnat ne sera connue qu'après la finale de la Continental Cup. Un titre à Minsk sauverait à coup sûr les Dragons cette saison, et leur enlèverait de la pression. Paradoxalement, Rouen n'est jamais aussi fort que lorsqu'il est au plus mal et qu'il faut se relever.

Adrien Lhermitte

 

Amiens – Rouen 4-2 (2-2, 0-0, 2-0)
Vendredi 3 décembre 2010 à 20h00 au Coliseum d'Amiens. 3 200 spectateurs.
Arbitrage d'Alexandre Hauchart assisté de Pierre Dehaen et de Jérémy Rauline.
Pénalités : Amiens 8' (2', 4', 2'), Rouen 10' (6', 4', 0').
Évolution du score :
0-1 à 03'25" : Tardif assisté de Zwikel et Salmivirta
1-1 à 07'01" : Tomasek assisté de Trabichet et Deniset (sup. num.)
1-2 à 14'35" : Tardif assisté de Bergström et Olsson (sup. num.)
2-2 à 19'05" : Kowalczyk assisté de Pazak et Béron (sup. num.)
3-2 à 55'02" : Kowalczyk assisté de Petit et Pazak
4-2 à 59'55" : Bergin assisté de Pazak (cage vide)

 

Amiens

Gardien : Billy Thompson

Défenseurs : Kevin Hecquefeuille (A) – Teddy Trabichet ; Vincent Bachet (C) – Pavel Kowalczyk ; Thomas Roussel.

Attaquants : Martin Tomasek – Paul Deniset – Grégory Béron ; Simon Petit – Anthony Mortas – Miroslav Pazak ; Julian Marcos – Kevin Bergin (A) – Florent Neyens.

Remplaçants : Quentin Kello (G), Romain Bault, Maxim Belov, Aïna Rambelo, Yannick Offret Absents : Louis Boucherit, Marius Serer, Léo Bertein (G), Valentin Claireaux.

Rouen

Gardien : Fabrice Lhenry.

Défenseurs : Jens Olsson – David Holmqvist ; Juha Alén - Calle Bergström ; Jonathan Janil – Daniel Babka.

Attaquants : Teddy Da Costa – Carl Mallette (C) – Marc André Thinel (A) ; Alexandre Mulle – François-Pierre Guénette – Mathieu Brunelle ; Luc Tardif jr – Jonathan Zwikel (A) – Ilpo Salmivirta.

Remplaçants : Thibault Maggi (G), Cédric Custosse, Quentin Berthon. Absents : Sebastian Ylönen (G), Peter Valier, Anthony Rech.