Suède - Russie (Euro Hockey Tour 2)

Bykov privé de Nabokov

2010-12-17-Russie-SuedeLundi après-midi, dans l'avion qui le ramène de Suisse, Vyacheslav Bykov reçoit un SMS qui lui apprend qu'Evgeni Nabokov quitte le SKA Saint-Pétersbourg. Le sélectionneur tombe des nues, comme tout le monde du hockey russe. Dès son arrivée, il est appelé par l'agent du joueur Sergei Isakov qui a tout de suite prévenu le staff de l'équipe nationale. Lorsque l'ancien gardien de NHL avait signé un contrat de quatre ans, jusqu'aux prochains JO, on voyait dans cette installation. Même si beaucoup de supporters et journalistes ont reproché à Nabokov l'échec olympique contre le Canada, Bykov lui avait toujours maintenu sa confiance. Il paraissait le possible numéro 1.

Mais Nabokov est déjà reparti. Son contrat a pris fin d'un commun accord, après seulement quelques mois et une rémunération qui s'en tiendra à deux millions de dollars. Officiellement, il retourne en Amérique pour raisons familiales. Sa femme, pourtant intéressée à découvrir la Russie, ne s'y est pas sentie bien, et leur plus jeune fils de quatre ans a souffert du froid de Saint-Pétersbourg. Sa famille est donc rentrée en Californie la semaine dernière. Peut-être la fera-t-il déménager bientôt sous le soleil de Floride, puisque son agent nord-américain est en contact avec Tampa Bay, dont les gardiens sont en dessous de 88% d'arrêts.

Sportivement, le séjour de Nabokov au SKA a été un échec. Il a perdu sa place de titulaire au profit du gardien tchèque Jakub Stepanek. Dimanche, la veille de la séparation, il a eu sa dernière chance : il est entré en jeu alors que score de 1-2 et sorti 109 secondes plus tard à... 1-5 ! Bykov comptait toujours sur lui, et les deux hommes se sont rencontrés mardi. En manque de pratique ces derniers temps, le gardien en plein déménagement ne se sentait pas prêt à jouer. Privé d'un concurrent, Koshechkin peut s'installer durablement dans la cage russe.

Des absents... dans les bouchons

Les deux équipes sont en fait bâties pour durer, elles présentent en effet les mêmes lignes défensives qu'en novembre. Dmitri Kalinin est donc toujours laissé de côté par les sélectionneurs russes, qui sont aussi ses entraîneurs de club et qui veulent le voir mieux jouer en championnat. Côté suédois, les deux grands absents sont le duo vedette du SKA Saint-Pétersbourg. En ce qui concerne Weinhandl, c'est en raison d'une nuque douloureuse selon le sélectionneur Pär Mårts : "Il doit prendre chaque opportunité de se rétablir. Il veut venir, mais la blessure des derniers championnats du monde n'a pas été guérie. Si je dois choisir entre l'avoir maintenant ou au Mondial, je préfère le Mondial." En revanche, pour Tony Mårtensson, 36 points marqués au total lors des cinq derniers championnats du monde, c'est bien un choix du nouvel entraîneur ! "C'est très tactique en KHL, il suit les directives et joue assez défensivement. J'aimerais voir Tony plus agressif."

Près de treize mille billets auraient été vendus dans la Khodynka Arena, mais à cause des célèbres bouchons de la patinoire moscovite, le premier tiers-temps se déroule devant des tribunes à moitié vides ! Hier, le nouveau gouverneur de Moscou, Sergei Sobyanin, a promis à René Fasel, qu'il recevait en raison de la candidature du Russe au Mondial 2016 de s'occuper des problèmes d'embouteillages qui préoccupaient le président de l'IIHF. On comprend que le Suisse s'en inquiète... Les chaises se rempliront dans les périodes suivantes.

Dans cette ambiance qui tarde à venir, les Russes commencent de façon un peu poussive. Ils sont plus vigilants dans le repli défensif, mais le collectif est encore en rodage offensivement. Les Suédois appliquent leur nouveau système et pressent plus. Leur meilleure occasion vient d'une position anodine à la quinzième minute. Le défenseur suédois David Petrasek monte à l'offensive côté droit et sa remise devant la cage ricoche sur l'intérieur de la jambière droite de Koshechkin. Le palet passe à côté du poteau. Eût-il été dedans que c'eût été pareil...

Enfin, pas tout à fait. Au score, ça fait une différence. On en reste à 0-0, et Mattias Ekholm prend la première pénalité du match juste après. Les deux attaquants débutants Jimmie Ericsson et Nicklas Danielsson mettent trop d'ardeur à presser en infériorité, et les Russes remontent la glace à trois contre deux. Aleksandr Radulov peut alors délivrer une parfaite passe transversale pour le buteur Sergei Mozyakin qui marque sous le bras droit de Liv (0-1, 17'12"). Ce but est tout de même mérité dans la mesure où Mozyakin a été le joueur le plus dangereux sur la glace.

La renaissance de Morozov

Un second but aurait été franchement généreux, mais comme c'est bientôt Noël, Niklas Persson, qui venait de se dégager du pressing contre la bande, s'est dit qu'il ferait un beau cadeau à Aleksei Morozov : un centre magnifique à l'adversaire en pleine zone défensive. Le capitaine russe, tout seul entre les cercles, fait tinter le coin de la cage entre poteau et transversale.

Persson ne tarde pas à se faire pardonner. Dès le retour des vestiaires, il est tout heureux de voir un rebond arriver sur son patin, et égalise du revers en cage ouverte. Après un premier tiers-temps morne, les buts s'enchaînent alors comme des perles. Le jeune Mattias Ekholm se fait contrer par Maksim Afinogenov en essayant de passer la bleue. Dans le cercle droit, l'attaquant du SKA Saint-Pétersbourg place un tir magnifique à mi-hauteur au premier poteau. Aleksei Morozov, servi par Nikolaï Belov à la ligne bleue dans le dos de Sebastian Erixon, ajuste ensuite Liv entre les jambières. Et enfin, Daniel Fernholm reprend une passe en retrait au second poteau de Fredrik Warg (2-3, 22'41"). Quatre buts en trois minutes, et retour à la case départ !

PERSSON_Niklas-100511-544Le capitaine suédois Magnus Johansson se rend coupable d'une obstruction sur un attaquant à la réception d'un centre, et le jeu de puissance russe se crée trois énormes occasions près de la cage en deux minutes. Stefan Liv répond alors présent au bon moment. Le jeu se calme ensuite de nouveau. Les Scandinaves ne profitent pas de deux prisons russes et peinent à produire quoi que ce soit en supériorité numérique.

C'est pourtant dans ce secteur qu'ils vont égaliser en troisième période. La passivité de la défense russe les y aide. Evgeni Biryukov laisse Fredrik Warg faire écran devant la cage, mais le Suédois n'est pas fils de vitrier. Le gardien Koshechkin penche la tête de gauche à droite, et inversement, et il ne voit donc pas partir le tir à mi-hauteur de Sebastian Erixon, que Guskov a laissé s'avancer et qui marque ainsi son premier but en équipe nationale (3-3, 48'48").

Durant le premier tournoi de la saison, l'attaque russe n'avait pas totalement convaincu. Le trio d'Omsk (Kuryanov-Popov-Perezhogin) avait été le meilleur, mais il a été laissé en réserve ce week-end, afin de tester un jeune trio jouant au Lokomotiv Yaroslavl (Kalyanin-Churilov-Galimov)... qui finira cependant le match sur le banc.

Pour forcer la victoire, la Russie compte en effet sur ses anciens, et notamment Aleksei Morozov. En novembre, il était en difficulté sur une ligne peu adaptée. Cette fois, il retrouve son complice de toujours Zaripov, de retour de blessure, et un centre plus technique avec Kaïgorodov au lieu de Svitov. La différence est notable, et on retrouve le Morozov étincelant à l'aise dans ses patins. Sa ligne signe le but décisif, une splendeur : contre-attaque à 2 contre 2, passe aveugle de Morozov pour Kaïgorodov qui centre en retrait vers Nikolaï Belov, monté dans l'axe, qui ne reprend pas de volée mais attend le déplacement du gardien pour le prendre à contrepied (3-4, 54'51"). Le duo magique Zaripov-Morozov conclura la soirée par un dernier but en cage vide à 2 contre 1.

Désignés joueurs du match : Magnus Johansson pour la Suède et Maksim Afinogenov pour la Russie.

Commentaires d'après-match

David Petrasek (défenseur de la Suède) : "Une contre-attaque, et la belle journée est finie. C'est une équipe de championnat du monde que nous avons rencontrée aujourd'hui. Cela doit être rappelé. Ce sont des gars qui ont été des stars en NHL, qui dominent complètement la KHL. De ce point de vue, je pense qu'on perçoit mieux l'enjeu."

Vyacheslav Bykov (entraîneur de la Russie) : "Je dois dire qu'il était intéressant de regarder le hockey de la Suède pendant les dix premières minutes. Nous avons étudié l'adversaire après la Coupe Karjala et nous avons vu les forces de cette jeune équipe. La victoire de ce soir est due en premier lieu à la discipline. Nous avons senti l'énergie des spectateurs, nous sommes très contents d'avoir joué devant une patinoire pleine."

 

Suède - Russie 3-5 (0-1, 2-2, 1-2)
Jeudi 17 décembre 2010 à 20h00 à la Khodynka Arena de Moscou. 13000 spectateurs.
Arbitrage de Jyri Petteri Rönn et Tom Laaksonen (FIN).
Pénalités : Suède 8' (2', 4', 2') ; Russie 12' (2', 4', 6').
Tirs : Suède 27 (7, 11, 9) ; Russie 35 (11, 13, 11).
Évolution du score :
0-1 à 17'12" : Mozyakin assisté de Radulov et Korneev (sup. num.)
1-1 à 20'25" : Persson assisté de Johansson et Nilsson (sup. num.)
1-2 à 21'48" : Afinogenov
1-3 à 22'13" : Morozov assisté de Belov
2-3 à 22'41" : Fernholm assisté de Melin
3-3 à 48'48" : Erixon assisté de Melin et Rundblad (sup. num.)
3-4 à 54'51" : Belov assisté de Kaïgorodov et Morozov
3-5 à 59'57" : Zaripov assisté de Morozov et Kaïgorodov (cage vide)


Suède

Gardien : Stefan Liv [sorti de 58'25" à 59'56"].

Défenseurs : David Petrasek (A, +1) - Daniel Fernholm (+1) ; Mattias Ekholm (-2, 2') - Magnus Johansson (C, -1, 2') ; Sebastian Erixon (-2) - David Rundblad (A, -2) ; Staffan Kronwall (-1).

Attaquants : Jimmie Ericsson (-1) - Mattias Sjögren (-1) - Nicklas Danielsson (-1) ; Martin Thörnberg (-2) - Niklas Persson (-2, 2') - Robert Nilsson (-2) ; Joakim Lindström (2') - Fredrik Warg - Björn Melin (-1) ; Jakob Silfverberg - Marcus Krüger - Dick Axelsson ; Daniel Brodin.

Remplaçant : Daniel Larsson (G).

Russie

Gardien : Vassili Koshechkin.

Défenseurs : Nikolaï Belov (+2) - Ilya Nikulin (A, +2, 2') ; Denis Grebeshkov (-1) - Konstantin Korneev (-1) ; Aleksei Emelin (+2) - Denis Kulyash (+1) ; Evgeni Biryukov (-2) - Aleksandr Guskov (-2).

Attaquants : Danis Zaripov (+3, 2') - Aleksei Kaïgorodov (+2) - Aleksei Morozov (C, +2) ; Aleksandr Radulov (A, -1, 2') - Igor Grigorenko (-1) - Sergei Mozyakin (-1) ; Enver Lisin (+1, 2') - Konstantin Gorovikov (+1, 2') - Maksim Afinogenov (+1) ; Aleksandr Kalyanin - Gennadi Churilov (2') - Aleksandr Galimov.

Remplaçant : Konstantin Barulin (G).