République Tchèque - Suède (Euro Hockey Tour 2)

Les Tchèques ont-ils raté le train de la modernité ?

Les deux grands changements de sélectionneurs de l'été ont modifié le paysage du hockey européen. L'arrivée de l'ancien entraîneur des juniors Pär Mårts a extrêmement remarquée : le nouveau visage de la Tre Kronor, plus agressif et plus direct, est très apprécié en Suède, et est déjà cité en exemple à l'étranger, après seulement quelques mois, comme le prototype du hockey moderne.

On n'en dira pas autant de la République Tchèque, qui n'a pas vraiment ouvert une nouvelle ère puisqu'elle a rappelé un entraîneur du passé avec Alois Hadamczik. Elle est la grande nation d'Europe au jeu le moins actif, et certains sont déjà prompts à proclamer qu'elle a raté le train de la modernité. Ce n'est pas qu'un problème de sélectionneur : Hadamczik dénonçait hier un défaut culturel datant du plus jeune âge qui empêchait ses joueurs d'aller vraiment dans la zone de danger vers la cage adverse.

2010-12-19-Tcheque-SuedeAu premier tiers-temps, les deux formations se montrent fidèles à leur caricature. Les Suédois foncent droit au but selon leur nouveau style, alors que les Tchèques jouent dans le périmètre et restent le long des bandes. Pour autant, on ne peut reprocher à ces derniers une stratégie passive. Tout autant que son adversaire, la République Tchèque s'essaie au forechecking à deux. Mais on ne sent pas un système assumé depuis longtemps. Elle peine plus à se sortir de la pression adverse qu'elle ne met en danger les défenseurs d'en face.

Un pressing mal coordonné lui coûte même le premier but. Les deux ailiers sont montés, mais Sebastian Erixon dégage sans trembler par la bande. Niklas Persson est à la réception en zone neutre, alors qu'il y a quatre Tchèques (!) en zone offensive. Le centre Rolinek et surtout l'arrière Karel Rachunek sont positionnés trop haut. Le défenseur restant Blatak fonce sur Persson, qui libère dans l'axe Dick Axelsson lancé seul vers le premier but - photo de droite - inscrit d'un revers à mi-hauteur (0-1, 10'44").

Leur meilleure occasion, les Tchèques se la créent sur une erreur suédoise : à l'avant-dernière minute du premier tiers-temps, Magnus Johansson cafouille le palet à l'entrée de la zone neutre, et permet à Petr Vampola de se présenter seul sur la gauche du but, sans grand danger pour un gardien bien placé. Les blancs bénéficient de nombreux avantages numériques, mais des joueurs comme Zackrisson et Warg mettent une pression si inlassable sur l'adversaire qu'ils deviennent dangereux même en infériorité.

2010-12-19-Tcheque-Suede2C'est un relâchement de la Suède, au moment où elle vient de revenir à cinq contre cinq, qui provoque l'égalisation. Jakub Klepis est absolument seul dans le cercle gauche pour reprendre la passe transversale de Jan Marek, sur un palet sorti de la bande par Rolinek (1-1, 26'30"). Les minutes suivantes sont dominées par la Tre Kronor, mais Jakub Stepanek se montre solide dans les cages.

Et contre toute attente, les Tchèques prennent l'avantage sur une action individuelle : Ivan Rachunek réussit un petit pont sur Fernholm à la ligne bleue, prend un premier lancer, puis transforme le rebond par un revers non cadré qui rebondit sur le masque du gardien en direction du but - photo de gauche (2-1, 31'44"). Le jeu change du tout au tout, les Tchèques sont dans leur élan et ont maintenant l'avantage. Sur un palet remis de derrière la cage par Vasicek, la seule chose qui empêche Irgl de marquer après avoir contourné le gardien, ce sont... les patins de son coéquipier Kvapil ! Le croiras-tu, Alois, pour une fois il y avait trop de joueurs tchèques dans le slot !

Après une fin de deuxième période très difficile, la Suède se remotive à la reprise et repart de l'avant. Mais elle se crée peu d'occasions face à une défense bien organisée, et les tirs tchèques semblent plus incisifs. Une pénalité de Magnus Johansson est exploitée en quatorze secondes par un powerplay tchèque enfin efficace, pour la première fois du tournoi. Le tir de Karel Rachunek de la bleue est détourné par la botte du gardien sur Tomas Rolinek, oublié au second poteau par Staffan Kronwall, qui n'a plus qu'à pousser le palet dans les filets déserts - photo de droite (3-1, 46'20").

2010-12-19-Tcheque-Suede3Les Tchèques sont survitaminés par cette réussite retrouvée et retrouvent leur jeu de champions du monde. Ils protègent leur enclave avec ardeur et ne laissent pas les Suédois s'approcher. En infériorité, Jan Marek vole un palet à la ligne bleue. Mais sur une belle contre-attaque tchèque avec un joueur seul devant le but, la Suède repart dans l'autre sens et Dick Axelsson obtient son second breakaway de la soirée. Au moment de tirer, il reçoit la crosse de Barinka sur le poignet : tir de pénalité indiscutable. Axelsson feinte à gauche en allongeant son bras sur son revers pour piéger le gardien dans son déplacement... sauf que Stepanek ne prend pas du tout à la feinte et arrête très tranquillement le palet arrivé devant lui. Les Suédois tentent le tout pour le tout en sortant leur gardien très tôt, mais Vasicek conclut proprement en cage vide (4-1, 57'14").

Pour la première fois depuis leur titre de champion du monde, les Tchèques ont donc gagné dans le temps réglementaire et font taire les critiques. Une vraie victoire, avec l'art et la manière. Ils ont joué en crescendo tout au long de la partie et ont semblé prendre confiance. Le déclic était sans doute plus mental que technique ou même tactique. Ils prennent la deuxième place du tournoi, leur meilleure depuis huit ans, alors que les Suédois n'arrivent toujours pas à en faire autant dans cette manche russe de l'Euro Hockey Tour.

Désignés joeuurs du match : Jakub Stepanek pour la République Tchèque et Niklas Persson pour la Suède.

Commentaires d'après-match

Alois Hadamczik (entraîneur de la République Tchèque) : "Je suis content du résultat et du jeu. Nous avons pratiqué un bon hockey, la victoire n'était pas accidentelle. On a eu des leaders comme Tomas Rolínek ou Karel Rachunek. Je suis content des joueurs d'Extraliga : Adamsky a très bien joué, comme Jan Kovar et Ivan Rachunek. Aucun des défenseurs n'a déçu. Nous avions peut-être raté le premier tournoi, mais si nous n'avions pas perdu le premier match contre la Suède, tout aurait pu être complètement différent. Il s'avère que nous sommes capables de battre une très forte équipe, et j'aime ça."

 

République Tchèque - Suède 4-1 (0-1, 2-0, 2-0)
Dimanche 19 décembre 2010 à 18h00 à l'Arena Khodynka "Megasport" de Moscou. 3000 spectateurs.
Arbitrage de Konstantin Olenin et Aleksei Ravodin (RUS) assistés de Viktor Birin et Andrei Putilin (RUS).
Pénalités : République Tchèque 12' (2', 2', 8') ; Suède 10' (4', 2', 4').
Tirs : République Tchèque 32 (10, 11, 11) ; Suède 26 (9, 7, 10).
Évolution du score :
0-1 à 10'44" : Axelsson assisté de Persson et Erixon
1-1 à 26'30" : Klepis assisté de Marek et Rolinek
2-1 à 31'34" : I. Rachunek assisté de Lojek
3-1 à 46'20" : Rolinek assisté de K. Rachunek (sup. num.)
4-1 à 57'14" : Vasicek (cage vide)


République Tchèque

Gardien : Jakub Štepánek.

Défenseurs : Miroslav Blaták (+1) - Karel Rachunek (A, 2') ; Petr Cáslava (+2, 2') - Martin Lojek (+1, 2') ; Michal Barinka - Lukáš Krajícek ; Jakub Nakladal (4').

Attaquants : Tomas Rolinek (C) - Jan Marek - Jakub Klepiš (A) ; Martin Adamský - Jan Kovár - Martin Ruzicka ; Marek Kvapil (+1) - Josef Vašícek (+1, 2') - Zbynek Irgl (+1) ; Petr Vampola (+1) - Petr Koukal (+1) - Ivan Rachunek (+1).

Remplaçant : Miroslav Kopriva (G). En réserve : Jan Bulis (ménagé au dernier match, accord avec son club), Petr Hubacek (raisons médicales).

Suède

Gardien : Stefan Liv [sorti à 56'27"].

Défenseurs : Mattias Ekholm (-1) - Magnus Johansson (C, -1, 2') ; David Petrasek (A) - Daniel Fernholm (-1) ; David Rundblad (A) - Staffan Kronwall (-1) ; Sebastian Erixon.

Attaquants : Joakim Lindström (-1) - Niklas Persson (4') - Dick Axelsson ; Patrik Zackrisson (-1) - Mattias Sjögren - Daniel Brodin ; Nicklas Danielsson (-1) - Fredrik Warg (-2, 2') - Björn Melin (-1, 2') ; Jakob Silfverberg - Marcus Krüger (-1) - Martin Thörnberg (2').

Remplaçant : Daniel Larsson (G). En réserve : Jimmie Ericsson, Robert Nilsson.