Russie - Canada (Mondial U20, poule B)

Le Canada en reconquête n'aura pas la partie facile en ouverture. C'est en effet la Russie qui se profile dès le premier match. Après 5 titres de suite, les joueurs à la feuille d'érable ont plié en finale face aux Américains, après prolongation, l'an dernier à Saskatoon. L'heure est à la revanche, presque à domicile : Buffalo n'est qu'à quelques kilomètres de la frontière et 80% des billets ont été achetés par des Canadiens ! Revanche aussi pour la Russie, qui s'est sentie humiliée en perdant en quarts de finale face à la Suisse de Nino Niederreiter, après avoir multiplié les podiums ces dernières années.

L'effectif canadien est privé de nombreux joueurs déjà en NHL : Matt Duchene et Ryan O'Reilly (Colorado) disputent leur 2e saison chez les grands. Taylor Hall (Edmonton), Tyler Seguin (Boston), Jeff Skinner (Carolina) et Kyle Clifford (Los Angeles) débutent cette année. Brayden Schenn (Los Angeles) a en revanche été libéré par les Kings, après quelques matchs en NHL puis AHL. Chez les Russes, seul Alex Burmistrov (Atlanta) est en NHL. Faute de "grand nom", on s'en remettra à de nombreux seconds couteaux pour proposer quatre lignes de qualité équivalente.

Le poste de gardien n'a pas de favori : c'est le plus âgé, Olivier Roy, qui débutera, alors que Mark Visentin a joué 2 des 3 matchs de préparation. Brett Connolly, secoué en amical et qui ne s'est guère entraîné cette semaine, tient finalement sa place, mais sera probablement économisé. Côté russe, Vladimir Tarasenko et Yevgeni Kuznetsov seront les deux buteurs à surveiller. La Russie n'a plus battu le Canada au Mondial junior depuis la finale 2003, autant dire que la tâche est immense.

 

La Russie débute bien

Après une entame canadienne physique, le portier québécois est le premier à céder. On joue depuis moins de quatre minutes lorsque la Russie ouvre le score sur une volée puissante de Yuri Urychev au cercle gauche, le palet se logeant juste sous la mitaine de Roy, masqué. Le but sera plus tard attribué à Maxim Kitsyn, sur une déviation (1-0). Coup de froid pour le public et le coach Dave Cameron...

La partie entre dans un duel d'échecs, aucune équipe ne parvenant vraiment à contrôler le disque longtemps. Les Russes cherchent l'exploit individuel, à l'image d'un slalom d'Artyom Voronin plein axe, Roy devant geler la rondelle. Il faut attendre une accélération de Brayden Schenn pour voir la première pénalité : Danil Sobchenko accroche Louis Leblanc et le jeu de puissance se met en place. Le capitaine Ryan Ellis mène le jeu, avec Ryan Johansen et Zack Kassian en fers de lance, Schenn ne parvenant pas à reprendre. Bien installés, les Canadiens ont cependant du mal à contrôler le palet et ne profitent pas d'une crosse russe cassée en fin de supériorité. Échange de bons procédés : pénalité et supériorité russe sur ce cinglage de Curtis Hamilton. Roy n'est pas trop inquiété et c'est même Casey Cizikas qui brille, volant un palet, lançant au but avant une longue conservation de la rondelle en zone offensive, sous les acclamations du public. Il réveille complètement son équipe avec cette action.

Retour au bras de fer avec une bonne action de Johansen derrière la cage, Igor Bobkov sauvant son tir du revers. Peu après, les esprits s'échauffent dans la foulée d'un hors-jeu de Vladimir Tarasenko : il y a de la tension côté canadien, et les deux bancs sont rappelés à l'ordre. Quinton Howden tente de porter le danger avec un joli petit pont, Bobkov sauve. Puis, c'est Cody Eakin qui réalise un petit pont à son tour et fonce au but. Son débordement à droite expédie Semyon Valuiksi en prison. Les Blancs ont pris l'ascendant, et allument Bobkov : Ellis, puis Johansen qui rate le cadre sur un tour de cage de Schenn, et encore Ellis avec un écran de Johansen.

Couturier ne cadre pas sur la séquence suivante. Mais dans la continuité, c'est Marcus Foligno qui bonifie le rebond d'un tir lointain de Calvin De Haan, alors que Leblanc percutait Bobkov (1-1). La révélation du camp de sélection Foligno, dont le père a longtemps joué à Buffalo et qui a été drafté par les Sabres, égalise dans son jardin. Les Canadiens poussent, avec une nouvelle chance de Johansen qui profite d'un rebond surprenant de la balustrade derrière le but de Bobkov.

Bras de fer

Le match a progressivement tourné en défaveur des Russes, qui subissent le début de la deuxième période. La ligne de Ryan Johansen met le feu d'entrée. Kassian, bien gêné, ne peut reprendre la déviation de Foligno devant une cage ouverte. Schenn s'offre ensuite un 2 contre 2 mais rate le cadre. Sur le reculoir, les Russes concèdent une pénalité : Denis Golubev est sanctionné le long de la bande. C'est cependant Tarasenko qui se montre dangereux en débordant à droite, repiquant sur le but de Roy. Le premier choix des Blues de St Louis est clairement le plus menaçant de son équipe. À aucun moment le jeu de puissance ne s'installe et la pénalité est tuée.

Le match s'équilibre peu à peu, chacun cherchant un peu trop l'exploit individuel. Les espaces s'amenuisent, le jeu se cantonnant dans les bandes. Finalement, Bobkov s'incline sur une action malchanceuse. Le tir puissant de Ryan Ellis à la bleue rebondit sur la balustrade derrière le but sur son propre patin (1-2). Pour son 3e Mondial junior, le capitaine défenseur fait encore parler la poudre offensivement.

La Russie réplique avec sa ligne forte, Tarasenko mettant le feu. Puis, un palet perdu dans la neutre sur une montée ratée de Dylan Olsen, et Artyom Voronin profite d'un mauvais changement de ligne pour lancer Nikita Dvurechenski en 1 contre 1. Du cercle droit, il trouve un trou de souris entre les jambières de Roy (2-2).

Les rouges se réveillent et mettent la pression sur la défense canadienne. Mais Simon Després monte bien et Carter Ahston gagne un duel dans les bandes. Il est relayé par Sean Couturier et Quinton Howden pour une mine plein axe d'Erik Gudbranson (2-3). L'espoir des Panthers de Floride a manqué de peu le train de la NHL au camp d'entraînement, puisque seul un désaccord sur le montant du contrat l'a renvoyé en junior. Un bonheur pour le Canada sur cette action !

La fin de tiers est stressante pour le public, puisque Zack Kassian se rend coupable d'un cinglage. Un tir de la bleue et Roy, masqué par Kitsyn, lâche un rebond, repris par Danil Sobchenko (3-3). Réaction canadienne immédiate avec une occasion de Jaden Schwartz sortie par une botte réflexe de Bobkov. La Russie, plus en retrait dans ce tiers, a tout de même fait preuve d'un réalisme froid, en profitant de quelques largesses de la défense canadienne et d'un gardien un peu hésitant.

Le jeu de puissance fait la différence

À la reprise, le Canada continue de dominer, face à une Russie plus attentiste et portée vers le contre. Ashton perce et provoque une faute de Kalinin dès la 3e minute.  La pression est terrible : Ryan Ellis garde le palet dans la zone, puis Jaden Schwartz tire en hauteur. Bobkov perd le palet de vue ; Kassian se bagarre et c'est Ryan Johansen qui finit le travail (3-4).

La Russie recule et concède une nouvelle pénalité, sur un cinglage d'Anton Burdasov : Johansen, avec un relais ligne de fond, est à quelques centimètres du doublé. Le jeu de puissance canadien fait exploser la défense russe, avec une première ligne terrible. Ellis dirige, Johansen travaille, Kassian fait l'écran et Brayden Schenn bonifie le rebond (3-5). Le trou est-il fait ? En tout cas, la domination des blancs se poursuit, à l'image d'une charge puissante de Tyson Barrie sur Kuznetsov.

Peu après, Cody Eakin concède un cinglage qui remet les Russes vers l'offensive. Mais leurs rares actions, trop individuelles, laissent Roy plutôt tranquille. Eakin à peine sorti déboule en 2 contre 1 avec Johansen, qui le lance d'une petite passe levée. Eakin échoue sur Bobkov côté crosse. Puis, c'est Roy qui est en lumière avec un maître arrêt, en grand écart sur un revers de Maxim Kitsyn. La Russie sort un peu la tête de l'eau et essaie d'installer sa ligne Tarasenko-Kitsyn-Sobchenko. Mais c'est timide, et la défense canadienne, portée par un Ryan Ellis exceptionnel, ne lâche rien. Mieux, sur une mise en jeu offensive, Curtis Hamilton surprend tout le monde d'un lancer en hauteur, que Bobkov capte mal de la mitaine (3-6).

Le Canada s'impose donc, grâce à un jeu de puissance efficace. Peu à son avantage en préparation, ce jeu en avantage numérique s'est réveillé au meilleur moment, grâce à son capitaine Ellis et au duo Kassian-Johansen, très actif. La Russie, trop timorée, n'a pas su profiter de sa bonne entame et a progressivement reculé, pêchant par indiscipline. Seul Tarasenko et Orlov sont sortis du lot, mais ils étaient bien seuls.

Désignés joueurs du match : Vladimir Tarasenko (Russie) et Ryan Ellis (Canada).

 

Russie - Canada 3-6 (1-1, 2-2, 0-3)
Dimanche 26 décembre 2010 à 16h à la HSBC Arena de Buffalo (USA). 18 690 spectateurs.
Arbitrage de Daniel Konc (SVK) et Jari Levonen (FIN) assistés de Andrii Kicha (UKR) et Felix Winnekens (ALL).
Tirs : Russie 27 (11, 9, 7), Canada 42 (16, 12, 14)
Pénalités : Russie 10' (4', 2', 4'), Canada 6' (2', 2', 2')

Évolution du score
1-0 à 03'57" : Kitsyn assisté de Urychev et Orlov
1-1 à 17'55" : Foligno assisté de Leblanc et De Haan (sup. num.)
1-2 à 30'35" : Ellis
2-2 à 31'51" : Dvurechenski assisté de Voronin et Orlov
2-3 à 35'15" : Gudbranson assisté de Howden et Couturier
3-3 à 36'52" : Sobchenko assisté de Tarasenko et Urychev (sup. num.)
3-4 à 43'46" : Johansen assisté de Kassian et Schwartz (sup. num.)
3-5 à 46'14" : Schenn assisté de Kassian et Schwartz (sup. num.)
3-6 à 59'33" : Hamilton assisté de Schenn


Russie

Gardien : Igor Bobkov

Défenseurs : Yuri Urychev - Dmitri Orlov (A) ; Maksim Berezin - Nikita Zaïtsev ; Georgi Berdyukov - Nikita Pivtsakin ; Andrei Sergeyev - Maksim Ignatovich.

Attaquants : Maksim Kitsyn - Danil Sobchenko - Vladimir Tarasenko (C) ; Sergei Kalinin - Semyon Valuiski - Evgeni Kuznetsov ; Stanislav Bocharov - Artyom Voronin - Nikita Dvurechenski (A) ; Denis Golubev - Artemi Panarin - Anton Burdasov.

Remplaçant : Dmitri Shikin (G).

Canada

Gardien : Olivier Roy.

Défenseurs : Dylan Olsen - Ryan Ellis (C) ; Jared Cowen (A) - Calvin de Haan ; Simon Després - Erik Gudbranson ; Tyson Barrie.

Attaquants : Jaden Schwartz - Brayden Schenn (A) - Louis Leblanc ; Cody Eakin - Casey Cizikas - Carter Ashton ; Zack Kassian - Ryan Johansen - Marcus Foligno ; Sean Couturier - Quinton Howden - Curtis Hamilton ; Brett Connolly.

Remplaçant : Mark Visentin (G).