Slovaquie – Allemagne (Mondial U20, Poule A)

Afin de s'éviter les mêmes frayeurs que l'an passé - huitièmes -, les juniors slovaques abordent le tournoi américain avec des ambitions revues à la hausse : la qualification pour les quarts de finale. Une présence dans le Top 6 mondial aurait pour principale conséquence d'échapper aux barrages de relégation et, indirectement, d'offrir un sursis en Extraliga à Orange 20, cette sélection de juniors internationaux évoluant dans la plus haute division nationale qui se voit de plus en plus contestée au pays devant son évidente carence de résultats.

Les joueurs des Tatras ont donc décidé de se retrousser les manches et d'aller au charbon. Il semble que leurs objectifs ne soient pas démesurés si l'on considère que le groupe A dans lequel ils concourent est, sur le papier tout du moins, plus abordable que le B ; hormis les favoris états-uniens, les trois autres nations représentées (Finlande, Suisse et Allemagne) sont "prenables". Surtout leurs premiers adversaires, les Allemands, promus dans l'élite cette année et qui, la veille, ont déjà courbé l'échine devant les Helvètes.

Avec près de 60 % d’éléments issus du championnat national, l’effectif slave se présente toutefois avec huit pensionnaires des ligues outre-Atlantique, dont le défenseur le plus productif de WHL, Martin Marinčin (Prince George Cougars), vivement attendu sous le maillot à la Double-Croix. On espère également trouver enfin le digne successeur de Tomáš Tatar, qui avait figuré il y a deux éditions au troisième rang des meilleurs attaquants (14 points). Tomáš Jurčo, Andrej Kudrna et surtout le capitaine Richard Pánik, sélectionné en senior pour le dernier Mondial, seront donc surveillés de près.

La sélection de Štefan Mikeš reste sur des prestations internationales mi-figue mi-raisin depuis août. Elle a disputé le Summer Challenge à Arosa et le Tournoi des Quatre Nations à Füssen, au cours desquels elle a perdu deux fois contre l’Allemagne, et deux matches de préparation la semaine dernière à Jamestown contre la Norvège (3-1) et la Russie (2-6). Un bilan de cinq défaites en huit rencontres peu encourageant pour prétendre à un beau parcours dans l’état de New York. Les Allemands en ouverture et les Suisses jeudi doivent à tout prix passer à la trappe pour respecter un tant soit peu le tableau de marche.

Les Allemands en ont pris quatre en moins de dix minutes la veille contre les Suisses pour leur retour dans l’élite et ne comptent pas beaucoup d’éléments ayant déjà goûté au haut niveau dans leurs rangs. La méfiance est toutefois de mise car les ouailles d’Ernst Höfner ont prouvé contre les Helvètes qu’ils avaient du caractère en quittant les débats avec seulement un but de retard. L’excellent gardien Philipp Grubauer, « américanisé » depuis quelques saisons désormais, Konrad Abeltshauser, unique défenseur de son équipe à jouer outre-Atlantique et à avoir été drafté (San José Sharks), ou bien les attaquants Tom Kühnhackl (33 points pour autant de matches avec les Windsor Spitfires) et Mirko Hofflin (repêché par Chicago) sont les points forts d’une formation bien organisée à l’arrière et qui fait souvent mouche en contre-attaque.

C’est la Slovaquie qui se créé la première occasion de la partie par un tir décoché depuis le cercle gauche par Oliver Jokeľ mais dévié par Grubauer (3’16). Certainement sur leur garde aux vues de leur entame catastrophique la veille, les Allemands se mettent peu à peu en jambes et le power-play provoqué par la faute de Peter Šišovský (7’03) amplifie leur pression sur les cages gardées par Dominik Riečický. Le portier slovaque repousse toutes les tentatives adverses : celle du capitaine Laurin Braun (7’53), de Bernhard Keil (6’40) et, beaucoup plus menaçante, celle de Norman Hauner parti seul côté droit (8’43).

Revenus à bon compte, les Bleus rééquilibrent à peine la tendance. Les promus tentent plus leurs chances de loin qu’en portant la rondelle devant les buts slovaques mais les statistiques au bout d’un quart d’heure sont limpides : après le back-end raté de Marc El-Sayed (13’59), ils ont tiré trois plus que les Slaves (5-14). Timides mais pas aphones, les Slovaques parviennent quand même à être dangereux, à l’instar de Michael Vandas qui, profitant d’une mésentente dans la défense allemande, se positionne devant Grubauer mais ce dernier couvre parfaitement son côté gauche et oblige le meilleur marqueur d’Orange 20 à gaspiller sa munition (14’47).

On pourrait penser que la pénalité infligée à Peter Lindlbauer (17’16) freine les ardeurs des Blancs mais c’est pourtant en infériorité qu’ils vont avoir la meilleure possibilité d’ouvrir la marque. Tom Kühnhackl file seul en zone d’attaque mais est fauché par la crosse de Peter Trška revenu trop tard derrière lui. Un tir de pénalité est logiquement attribué à l’Allemagne mais Riečický devine la trajectoire de l’attaquant et annihile sa tentative (19’03). La première période se conclut sur un score vierge mais le jeu a été animé.

Il augmente même d’un ton dans le deuxième acte. Huit secondes seulement après la reprise, Richard Pánik hérite du palet juste devant Grubauer après un raid mené à trois contre deux en compagnie d’Andrej Kudrna et Miroslav Preisinger. Déjà très productif l’an passé à Saskatoon (6+2), le joueur des Belleville Bulls trouve la voie des filets et permet donc à la Slovaquie de mener la bataille avec quand même un peu de veine (1-0, 20’08). Ce n’est pas suffisant pour refroidir les hommes d’Ernst Höfner qui maintiennent leur pression offensive.

À la demi-heure de jeu, Riečický n’arrive pas à contrôler la puissante frappe de Lindlbauer et relâche le caoutchouc. Si un défenseur slovaque l’envoie instinctivement vers l’avant, il revient cependant dans la crosse de Mirko Hofflin qui envoie alors un missile depuis la « bleue ». L’impact se produit sur le poteau droit des cages slovaques (30’22). Les efforts acharnés des Allemands vont toutefois être récompensés en fin de période lorsque Norman Hauner concrétise enfin son zèle offensif ; il égalise en reprenant le rebond de Corey Mapes juste en-dessous de la transversale (1-1, 36’46).

Les Allemands ont tiré deux fois plus que les Slovaques dans les quarante premières minutes (34 tentatives à 17) mais ces derniers vont prendre le jeu à leur compte dans le troisième opus, d’abord progressivement et ensuite plus nettement vers la 50e minute. Les deux formations jettent tout dans la bataille et l’on assiste à un hockey sacrément spectaculaire, sans réels temps morts, allant généralement d’un camp à l’autre. Michael Vandas, Dalibor Bortnák, Adam Jánošík et le trublion Marek Hrivík ne sont pas loin de mettre tout le monde d’accord. Tout comme Matthias Plachta qui trouve l’épaule de Riečický et qui provoque ainsi la panique dans le camp slovaque lorsque le palet retombe avant d’être repoussé par la défense (58’58).

La décision se fait dans les prolongations lorsque Thomas Brandl (61’58) file en prison et laisse son équipe évoluer à trois. Profitant de ces espaces et surtout d’une certaine mainmise depuis une dizaine de minutes, les Slovaques repartent de plus belle et Richard Pánik s’emploie, dans le coin, à servir du mieux possible Marek Hrivík qui transforme sa sixième tentative de la rencontre (2-1, 63’39). Le panache n’aura servi à rien pour l’Allemagne qui perd pour la seconde fois en autant de parties disputées. Sauf miracle, les barrages les attendent déjà. Quant aux Slovaques, ils devront se montrer bien plus concentrés contre leurs futurs adversaires, notamment le prochain, les États-Unis, s’ils veulent effectivement entrevoir la porte des quarts-de-finale.

Désignés joueurs du match : Andrej Kudrna (Slovaquie) et Philipp Grubauer (Allemagne).

Commentaires d'après-match

Štefan Mikeš (sélectionneur de la Slovaquie) : « Les victoires les plus précieuses sont glanées dans la difficulté. Peu importe la manière avec laquelle nous avons gagné, ce sont les points qui sont le plus important. On a joué collectivement, on s'est battus, on a tout donné. Ce ne fut pas idéal, évidemment. Le potentiel du groupe est plus grand que ce qu'il a montré. Les gars ont eu les jambes et les mains liées mais ils ont pris leurs responsabilités. Ils se sont efforcés de respecter ce que nous avions convenu et j'en suis très satisfait. Ce qui est dommage, c'est de ne pas avoir mieux exploité nos occasions et d'avoir commis trop de petites fautes. On a manqué de sang-froid dans la finition et on n'a pas assez occupé les buts adverses. On aurait pu tuer le match dans le temps réglementaire mais on a gagné et c'est le meilleur de ce qui pouvait advenir. »

Richard Pánik (attaquant de la Slovaquie) : « Je ne fais pas attention aux points que j'inscris mais ceux de ce soir se sont avérés décisifs pour l'équipe et j'en suis heureux. Sur le dernier but, ça faisait au moins deux minutes que j'étais sur la glace et je dois avouer que j'étais crevé quand j'ai reçu le palet. Mais j'ai vu Marek Hrivík arriver en trombe devant les buts allemands et je me suis alors efforcé de lui faire une belle passe. »

 

Slovaquie – Allemagne 2-1 après prolongation (0-0, 1-1, 0-0, 1-0)
Lundi 27 décembre 2010 à 19h00 à la HSBC Arena de Buffalo. 12 942 spectateurs.
Arbitrage de Pehr Claesson (SUE) et Rafail Kadyrov (RUS) assistés de Jaromír Bláha (TCH) et Daniel Winge (SUI).
Pénalités : Slovaquie 14' (2', 6', 6', 0') ; Allemagne 12' (2', 6', 2', 2').
Tirs : Slovaquie 39 (9, 8, 17, 5) ; Allemagne 48 (16, 18, 13, 1).

Évolution du score :
1-0 à 20'08'' : Pánik assisté de Jánošík et Preisinger
1-1 à 36'46'' : Hauner assisté de Mapes
2-1 à 63'39'' : Hrivík assisté de Pánik et Kudrna (sup. num.)

 

Slovaquie (2' pour surnombre)

Gardien : Dominik Riečický.

Défenseurs : Adam Jánošík (+1) – Martin Marinčin (2', +1) ; Lukáš Kozák – Peter Trška ; Peter Hraško (-1) – Henrich Jaborník (-1) ; Peter Čerešňák.

Attaquants : Juraj Majdan – Tomáš Jurčo – Andrej Kudrna ; Oliver Jokeľ (-1) – Andrej Šťastný (A, -1) – Michael Vandas (-1) ; Marek Hrivík (2', +1) – Richard Pánik (C, +1) – Miroslav Preisinger (A, 2', +1) ; Peter Šišovský (2') – Dominik Šimčák – Dalibor Bortnák (2'+2') ; Tomáš Matoušek.

Remplaçant : Juraj Hollý (G).

Allemagne

Gardien : Philipp Grubauer.

Défenseurs : Konrad Abeltshauser (A, -1) – Jannik Woidtke (2', -1) ; Dominik Bittner (+1) – Corey Mapes (+1) ; Peter Lindlbauer (2') – Benjamin Hufner ; Dieter Orendorz.

Attaquants : Tom Kühnhackl (2', -1) – Tobias Rieder (-1) – Laurin Braun (C, -1) ; Norman Hauner (+1) – Thomas Brandl (2', +1) – Marcel Ohmann (2', +1) ; Marcel Noebels – Mirko Hofflin (2') – Bernhard Keil ; Marc El-Sayed (A) – Matthias Plachta – Marius Mochel.

Remplaçant : Niklas Treutle (G).