Suisse – Slovaquie (Mondial U20, poule A)

Déjà vu. La Suisse et la Slovaquie se sont rencontrées déjà à quarante-trois reprises chez les juniors, ce qui fait des Helvètes l’adversaire le plus redondant des Slaves, bien loin devant les voisins tchèques joués vingt-neuf fois. Qui s’assemble se ressemble, donc. Car comme l’an passé à Saskatoon, les deux « croisées » usent les mêmes bancs de la poule A et se rencontrent dans un contexte identique ; il s’agit en effet de s’imposer face à l’autre pour assurer sa place dans le Top 6 mondial. Malheur au vaincu qui se chargera quant à lui de sauver sa peau dans l’élite. Difficile de dégager un pronostic dans ce duel qui semble équilibré aux vues des composantes et du hockey de chacun.

Tout pourrait reposer sur les épaules des deux gardiens en lice, Benjamin Conz et Dominik Riečický. Le portier de la confédération n’est plus un inconnu en U20 – sacré meilleur à son poste au Mondial canadien –, pas plus d’ailleurs en senior après ses convaincantes sorties en Deutschland Cup il y a un mois et demi de cela. Son vis-à-vis slovaque a été sorti la veille après en avoir laissé passer six. Mais les apparences sont trompeuses ; le jeune Cassovien est celui, de toute la compagnie, qui a eu le plus de travail à fournir (88 tirs en à peine deux matches s’il-vous-plaît) et il figure avant le coup d’envoi parmi les meilleurs avec plus de 92% d’arrêts. Le sélectionneur Mikeš a pris cela en compte et lui a de nouveau accordé sa confiance contre la Suisse.

Ce sont les hommes de Richard Jost qui entament la partie le plus activement, et ils ne tardent pas à faire replonger les Slovaques dans leurs traditionnels doutes de début de match. Riečický fait preuve de fébrilité en relâchant le palet après une première tentative de Nicholas Steiner, et Gregory Walser ne se fait pas prier pour le reprendre et le glisser au fond des filets (1-0, 8'15). La réponse ne se fait pas attendre : Michael Vandas, certainement le meilleur élément slovaque depuis le lancement du tournoi, adresse derrière les cages de Conz une passe millimétrée à Peter Šišovský qui remet alors les compteurs à zéro malgré une finition peu académique (1-1, 9'18). Le match est lancé.

D’autant plus que les joueurs à la Croix blanche reprennent rapidement les devants en profitant d’une nouvelle défaillance du gardien adverse. Dominik Schlumpf s’essaye depuis la ligne centrale, côté droit, et sa frappe rebondit juste devant le pauvre Riečický, incapable de juger la trajectoire de la rondelle et donc trompé une deuxième fois (2-1, 11'50). En infériorité après la sortie de Miroslav Preisinger (18'02), les Slovaques ont l’occasion de revenir au score lorsqu’un tir de pénalité sanctionne la faute de Reto Schäppi mais Juraj Majdan tire au-dessus (18'17). Ils sont encore en train de ruminer l’action au moment où, sur le côté gauche, Dario Trutmann passe à Sven Bärtschi qui s’y prend à trois fois avant d’atteindre sa cible (3-1, 18'52). Pas de bol.

Suite à ses déboires, Riečický, encore une fois, ne termine pas son contrat, remplacé à la pause par Juraj Hollý. La Slovaquie est en train de voir s’éloigner ses objectifs initiaux mais la qualification tient pourtant encore à un fil lorsque Marek Hrivík conclut victorieusement le travail en relais d’Andrej Šťastný et Vandas alors que la défense suisse ne se laissait pas faire (3-2, 21'29). L’espoir est encore mis à mal à la demi-heure de jeu. Dominik Šimčák se troue en zone neutre et Nino Niederreiter profite de la bourde pour récupérer le caoutchouc. L’attaquant de Portland ajuste sa frappe entre les deux cercles et trouve un espace dans la lucarne droite (4-2, 30'15).  Les Suisses pensent avoir enfoncé le clou en fin de tiers mais la vidéo affirme le contraire (37'06).

Cette confrontation entre le septième et le huitième dans la hiérarchie mondiale (senior) est plaisante, et l’ultime acte est riche en suspens. Car les Slovaques, avec hargne et persévérance, parviennent à égaliser à huit minutes de la sirène. C’est d’abord Andrej Šťastný qui réduit le score grâce à un nouveau caviar de Vandas (4-3, 45'30) avant que le capitaine Pánik gagne le palet le long de la bande côté de gauche et file seul leurrer Benjamin Conz (4-4, 52'08).

Les « rouges » font preuve d’un sang-froid exemplaire ; alors que la Slovaquie savoure encore son exploit, ils restent bien organisés et repartent comme si de rien n’était. Samuel Wasler prolonge le rebond de Yannick Herren et valide le ticket suisse pour les quarts-de-finale (5-4, 54'06) avant qu’Inti Pestoni en ajoute un dernier pour la route après que Hollý a déserté son poste (6-4, 59'29). Game-over pour la Slovaquie.

Désignés joueurs du match : Gregory Hofmann (Suisse) et Richard Pánik (Slovaquie).

Commentaires d’après-match

Nino Niederreiter (attaquant de la Suisse) : « Nous avons tous bien joué aujourd’hui et nous avions faim de victoire. Ce fut un match plaisant sauf dans le troisième tiers-temps lorsque nous avons laissé notre adversaire revenir dans la partie. »

Dominik Schlumpf (défenseur de la Suisse) : « J’ai juste essayé d’attraper le palet depuis notre but et de l’envoyer dans notre zone d’attaque.  Ce fut un but très important pour nous mais je dois avouer que j’ai été chanceux. »

Štefan Mikeš (sélectionneur de la Slovaquie) : « C’est difficile de trouver les mots après un match comme ça. Les gars l’ont abordé consciencieusement, nous voulions accéder aux quarts de finale et nous avons tout fait pour cela. Le duel a pris une tournure très désagréable pour nous. On a eu l’occasion de marquer sur un tir de pénalité et de suite après l’adversaire mène 3-1. Les joueurs ont mis beaucoup d’engagement dans le jeu, ils ont montré du caractère, ils se sont serré les coudes. Ils méritent mes applaudissements. Après avoir égalisé à 4-4, il y a eu un petit moment de flottement et la Suisse a mis son cinquième but. C’était plié. C’est dommage car nous méritions de l’emporter, on a fait le jeu et on s’est créé des occasions. On a marqué quatre buts à l’excellent gardien Conz. Mais en encaisser cinq, c’est beaucoup et c’est ce qui a décidé de notre sort. »

Richard Pánik (attaquant et capitaine de la Slovaquie) : « On n’était pas vraiment prêt en entame de match et notre adversaire a mis des buts assez chanceux. On savait très bien qu’il nous fallait plus patiner et plus tirer au but. Je suis incapable de comprendre pourquoi on s’est arrêté de jouer après être revenu à 4-4. On était alors certainement trop euphoriques et on a oublié de jouer défensivement. »

 

Suisse – Slovaquie 6-4 (3-1, 1-1, 2-2)
Jeudi 30 décembre 2010 à 15h00 à la HSBC Arena de Buffalo. 12 731 spectateurs.
Arbitrage de Matt Kirk (CAN) et Patrik Sjoberg (SUE) assistés d’Andrii Kicha (UKR) et Johnathan Morrison (USA).
Pénalités : Suisse 14' (4', 4', 6') ; Slovaquie 12' (4', 2', 6').
Tirs : Suisse 37 (11, 10, 16) ; Slovaquie 33 (11, 10, 12).

Evolution du score :
1-0 à 08'15'' : Hofmann assisté de Steiner et Vermin
1-1 à 09'18'' : Šišovský assisté de Vandas
2-1 à 11'50'' : Schlumpf assisté de Trutmann
3-1 à 18'52'' : Bärtschi assisté de Trutmann et Pestoni (sup. num.)
3-2 à 21'29'' : Hrivík assisté de Vandas et Šťastný
4-2 à 30'15'' : Niederreiter
4-3 à 45'30'' : Šťastný assisté de Vandas
4-4 à 52'08'' : Pánik assisté de Jaborník et Jánošík
5-4 à 54'06'' : Walser assisté de Herren et Engler
6-4 à 59'29'' : Pestoni (cages vides)

 

Suisse

Gardien : Benjamin Conz.

Défenseurs : Romain Loeffel – Nicholas Steiner ; Luca Camperchioli (2') – Dario Trutmann ; Dominik Schlumpf (2', +2) – Samuel Guerra ; Ramon Untersander.

Attaquants : Reto Schappi (A, 2', +1) – Tristan Scherwey (A, 2', +1) – Nino Niederreiter (C, +2) ; Gregory Hofmann (2', +1) – Sven Bärtschi – Inti Pestoni (-2) ; Renato Engler (2') – Samuel Walser (2', +1) – Yannick Herren (+1) ; Gaetan Haas – Ryan McGregor (-1) – Benjamin Antonietti (-1) ; Joel Vermin (+1).

Remplaçant : Remo Giovannini (G).

Slovaquie

Gardien : Dominik Riečický puis à 20'00" Juraj Hollý [sorti de sa cage de 59'19'' à 60'00''].

Défenseurs : Adam Jánošík (+1) – Henrich Jaborník (2') ; Lukáš Kozák (-1) – Peter Čerešňák (-1) ; Peter Trška (-1).

Attaquants : Juraj Majdan (-2) – Dalibor Bortnák (2', -1) – Richard Pánik (C, 2'+2'+2') ; Andrej Šťastný (A, +2) – Michael Vandas (+2) – Marek Hrivík ; Peter Šišovský (-1) – Tomáš Jurčo (-1) – Andrej Kudrna (-1) ; Oliver Jokeľ (-1) – Dominik Šimčák (-1) – Tomáš Matoušek (-1) ; Miroslav Preisinger (A, 2').

Suspendus : Peter Hraško (D), Martin Marinčin (D).