Finlande - Russie (Mondial U20, quart de finale)

VatanenSami2Le Canada est le premier qualifié pour les demi-finales des championnats du monde des moins de 20 ans, étant venu à bout de la Suisse 4-1 malgré le gardien Benjamin Conz qui a retardé l'échance pendant trente-sept minutes. Il aura donc sa revanche face aux États-Unis qui l'avaient détrôné l'an dernier. La Suède, elle, attend dans son fauteuil l'adversaire qui devra l'affronter en demi-finale... dans à peine dix-huit heures.

Les Russes disposent de beaux talents offensifs, mais la Finlande réalise un Mondial junior très solide : jusqu'ici, elle n'a cédé en prolongation que face aux Américains, et uniquement sur une boulette de son gardien après avoir raté au passage quelques cages ouvertes. Ce n'est pas le genre d'adversaire à laisser des courants d'air comme les Tchèques à l'heure d'affronter la Russie.

Défenses sérieuses

Comme on s'y attendait, les Finlandais se montrent beaucoup plus vigilants en défense. Ils sont parfois pris par la technique adverse, mais veillent à ne pas s'engager individuellement et privilégient le placement collectif afin de se regrouper et de maintenir les techniciens slaves en périphérie.

Les Russes, eux aussi, sont consciencieux dans leur repli, et pour voir une occasion, il faut donc attendre une erreur personnelle significative. En zone neutre, Georgi Berdyukov rate inexplicablement le palet qui arrive devant lui, puis glisse en se retournant et voit partir impuissant les Finlandais en 2 contre 1. Nikita Pivtsakin rattrape alors l'incartade de son partenaire défensif en se couchant bien entre les deux attaquants : Toni Rajala n'a plus comme choix que le lancer en angle, non cadré. Le second ratage est justement signé Pivtsakin. Il se fait contrer à sa ligne bleue par Stanislav Bocharov, qui file droit à sa cage. Mais lui ne peut guère compter sur la solidarité de son collègue : Berdyukov reste assez passif dans le slot pendant deux rebonds, et c'est le centre Denis Golubev qui revient gratter et sortir ce palet.

OrtioJoni2Les équipes changent alors de ligne, et sur la présence suivante, la Finlande encaisse un "autogol" dans la plus pure tradition : Sami Vatanen dévie malencontreusement un tir rasant de la bleue de Yuri Urychev et... lobe son propre gardien (0-1, 10'10"). Aurait-il voulu le faire exprès qu'il n'y serait jamais arrivé ! Incroyable malchance pour le capitaine et meilleur défenseur finlandais.

Le plan de jeu finlandais peut s'en trouver sérieusement bouleversé. Sans avoir commis d'erreur, les bleus se trouvent menés au score et vont devoir réagir. Ils le font avec conviction, en bataillant sur chaque palet et en s'en rendant maître. Iiro Pakarinen intercepte dans la neutre une sortie de zone de Panarin, et Teemu Pulkkinen tire du haut de l'enclave. Le gardien essaie de bloque ce palet contre lui avec sa mitaine mais le relâche. Pivtsakin a changé de partenaire sur cette séquence - son compagnon est Ignatovich - mais le nouveau duo ne fait guère mieux. Jamais Pakarinen n'aurait dû pouvoir récupérer ce rebond laissé sur le côté par le gardien Shikin, faire le tour du but et servir une cage ouverte à Pulkkinen (1-1, 12'32")...

Le score revient à un équilibre qui décrit plus convenablement la partie. Une occasion s'enchaîne de chaque côté. Jaakko Turtiainen déborde deux joueurs sur l'aile droite et sert Henri Tuominen dans l'enclave, puis Artemi Panarin travaille dans le fond de la zone et trouve Stanislav Bocharov démarqué dans le slot. Mais les deux tirs ne sont pas à la hauteur des deux passes en retrait.

La Russie face à un mur

La deuxième période commence par la première pénalité de la soirée, quand le numéro 10 finlandais Erik Haula accroche le numéro 10 russe Vladimir Tarasenko qui conserve le palet dans la bande. Pendant ces deux minutes, Joni Ortio, le solide gardien du TPS Turku, capte sans rebond le lancer puissant de Dmitri Orlov et reste bien placé face à Maksim Kitsyn qui s'approche en angle. Une fois sorti de prison, Haula est accroché à son tour par Berezin. La Finlande ne fait pas mieux qui n'installe son jeu de puissance que dans les trente dernières secondes, quand la paire Pivtsakin-Berdyukov se trouve en face. Le commentateur russe s'énerve même vis-à-vis de ce dernier qui n'arrive pas à dégager.

KuznetsovEvgeniLa crosse de Junttila traîne près des jambes de Dvurechenski qui tombe en roulé-boulé : faute (par principe) plus simulation (par morale). Les espaces à quatre contre quatre profitent à Evgeni Kuznetsov notamment. Dès que l'on revient au complet, les défenses redeviennent maîtresses du jeu. Seule exception, Anton Burdasov arrive lancé et fait un grand pont en zone neutre à Jyrki Jokipakka : il choisit la passe à 2 contre 1, mais le petit Sami Vatanen se couche sur ce palet en vrai patron. La Russe domine de plus en plus. La déviation de Semyon Valuiski frôle le cadre après un mouvement rapide de Tarasenko en récupération et Sobchenko en passe instantanée.

La Finlande tourne très peu derrière. Dès qu'elle n'aligne pas ses quatre meilleurs défenseurs, elle est en difficulté : Sergei Kalinin déborde Kivistro et passe en retrait à Maksim Kitsyn qui a pris le meilleur sur Virtanen dans le slot. L'attaquant de Novokuznetsk tire d'abord dans la botte, puis dans la crosse posée de Joni Ortio, alors qu'il n'avait qu'à lever le palet dans la cage ouverte. Il pourra regretter très longtemps cette action... car sur l'engagement, Yuri Urychev se fait contrer par Julius Junttila qui se présente face à Shikin et place un tir dans le haut du filet côté bouclier (2-1, 37'26"). Trente secondes plus tard, un palet échappé de la crosse de Manelius arrive sur Bocharov, qui tire dans le plastron du gardien alors qu'il est seul face au but. Deuxième gros regret pour la Russie.

Les Russes prennent deux pénalités dans la dernière minute : Orlov laisse traîner sa crosse, et Kuznetsov commet un geste d'énervement totalement inutile en plaquant de la main une tête adverse dans le plexi. La Finlande peut donc tuer le match à 5 contre 3 à la reprise... mais elle ne réussit toujours pas à prendre le moindre tir en supériorité numérique. Au moment où la Russie entrevoit le bout du tunnel, Berezin dégage dans les tribunes. Retour provisoire à trois et long passage à quatre. La mitaine de Shikin relâche encore un palet, et Joonas Donskoi, passant entre Kuznetsov et Berdyukov passifs, va exploiter son propre rebond (3-1, 42'28").

plongeonÀ cette heure, on ne voit pas ce qui peut sauver les Russes, qui ne convertissent même pas une pénalité provoquée - vraie celle-ci - par Dvurechenski contre Kivistö. Une prison sévère en zone offensive contre Kalinin n'arrange rien. Pendant l'infériorité, le gardien Shikin plonge dans sa cage - animation ci-contre - parce qu'une crosse finlandaise pointe dans son dos. Il se relève et se fait masser. Ni faute ni simulation, cette fois. On réengage et, en se couchant devant un slap puissance de Vatanen qui frappe sa cheville de plein fouet, Artyom Voronin montre que les Russes ont l'intention de tout donner jusqu'au bout.

Kuznetsov, le héros soudain

Leur capitaine Vladimir Tarasenko montre l'exemple en provoquant à lui seul deux pénalités contre Haula (non utilisée), puis contre Pulkkinen à qui il a pris le palet. Cette prison est presque terminée quand Evgeni Kuznetsov insiste près du poteau droit pour faire passer le palet derrière la ligne - photo ci-dessous (3-2, 56'19").

2011-01-03-Finlande-Russie-juniorQue ce soit Kuznetsov qui relance son équipe ne manque pas de sel. Il a été inexistant voire contre-productif pendant cinquante-cinq minutes, particulièrement éloigné de la "future superstar mondiale" que décrivait Andrei Nazarov, son ancien entraîneur au Traktor Chelyabinsk. Mais dans les cinq dernières minutes, il est littéralement transformé. Il réussit en effet une feinte magnifique dans l'axe face à Sami Vatanen - à qui cela doit rappeler son bizutage mondiale face à Peter Regin - et se présente seul devant Ortio. Le gardien repousse mais Maksim Kitsyn a suivi au rebond, sous le nez du pauvre Vatanen à genoux (3-3  ). Comme un symbole pour le capitaine finlandais.

En prolongtation, les Russes cafouillent longtemps leur hockey et ratent les passes les plus simples. Joel Armia n'arrive pas à mettre la meilleure occasion au fond, une constante dans tout le tournoi. On se dirige vers les tirs au but quand Evgeni Kuznetsov, une fois de plus entre en scène. Il perd la mise au jeu, et ne le reçoit ensuite en zone neutre que pour une passe imprécise d'au moins deux mètres. Oui, mais Maksim Kitsyn va chercher ce palet en fond de zone, recevoir une charge et laisser le palet à Kuznetsov, qui prend un tir derrière le défenseur... en pleine lucarne (3-4).

Qui pouvait croire que la Finlande pouvait être battue avec deux buts d'avance, une organisation défensive remarquable et un bon gardien ? Un seul homme : Evgeni Kuznetsov, sur sa pure classe individuelle, a renversé le match à lui seul alors qu'on le croyait sorti mentalement après son geste de frustration... L'anti-héros du soir, Sami Vatanen, devra passer par un rude apprentissage de l'humilité après avoir été le principal motivateur du vestiaire russe. Pardonnera-t-on au "mini-Nummelin" d'avoir craqué en fin de match au vu de son temps de jeu très important a sans doute contribué à son fléchissement en fin de match.

Commentaires d'après-match

BraginValeriValeri Bragin (entraîneur de la Russie) : "La vie continue. À la seconde pause, j'ai dit au joueur que, quelle que soit l'évolution du match, il fallait se battre à la dernière minute. Tout est dans le caractère au hockey, on l'a encore vu aujourd'hui. Nous sommes passés de la froide patinoire de Niagara à l'aréna de Buffalo, de 4 à 5 degrés plus chaude. Notre équipe a manqué de fraîcheur, alors que les Finlandais se sont adaptés à cet environnement pendant tout le tournoi. J'espère que ce sera mieux contre la Suède de ce point de vue. Nous sommes deux équipes égales, on l'a vu dans notre première rencontre. Tout se jouera sur l'état physique, il va falloir vite évacuer les émotions et dormir."

Evgeni Kuznetsov (attaquant de la Russie) : "Au fait, qui était le défenseur que j'ai dribblé ? Vatanen ? N'est ce pas celui qui a dit dans une interview que la Russie n'aurait aucune chance contre la Finlande. Bon, vous lui passerez le bonjour... Dès que j'ai quitté la glace, j'ai tout oublié. La seule chose qui le reste est cette interview de Vatanen. Ces mots apparaissaient devant moi durant tout le match. J'ai eu peur que ce soit mon dernier match. Il se peut que ma saison se termine ici si le Traktor ne va pas en play-offs. Je dois me faire opérer de l'épaule et je ne sais pas quand je rejouerai."

Lauri Marjamäki (entraîneur de la Finlande) : "C'est terrible pour les joueurs. Cette équipe a beaucpup de bons joueurs et a montré son niveau de jeu. Le talent individuel des Russes a fait la différence, [Kuznetsov] a passé trois joueurs sur son but égalisateur. Nous avons bien joué la prolongation et nous avons eu la chance de gagner, mais cela n'a pas fonctionné cette fois."

 

Finlande - Russie 3-4 après prolongation (1-1, 1-0, 1-2, 0-1)
Dimanche 2 janvier 2011 à 19h30 à la HSBC Arena de Buffalo (USA). 13471 spectateurs.
Arbitrage de §Matt Kirk et Pat Smith (CAN) assistés de Jaromír Bláha (TCH) et Jesse Wilmot (CAN).
Pénalités : Finlande 10' (0', 4', 6', 0'), Russie 12' (0', 8', 4', 0').
Tirs : Finlande 37 (17, 8, 10, 2), Russie 45 (13, 12, 15, 5).

Évolution du score
0-1 à 10'10" : Urychevassisté de Sobchenko et Tarasenko
1-1 à 12'32" : Pulkkinen assisté de Pakarinen
2-1 à 37'26" : Junttila assisté de Salomäki
3-1 à 42'24" : Donskoi assisté de Pulkkinen et Vatanen (sup. num.)
3-2 à 56'19" : Kuznetsov assisté de Kitsyn (sup. num.)
3-3 à 58'22" : Kitsyn assisté de Kuznetsov et Kalinin
3-4 à 66'44" : Kuznetsov assisté de Kitsyn


Finlande

Gardien : Joni Ortio.

Défenseurs : Sami Vatanen (C) - Jyrki Jokipakka ; Rasmus Rissanen - Nico Manelius (A) ; Tommi Kivistö - Jesse Virtanen.

Attaquants : Iiro Pakarinen (A) - Erik Haula - Teemu Pulkkinen ; Toni Rajala - Joonas Nättinen - Joel Armia ; Joonas Donskoi - Miikka Salomäki - Julius Junttila ; Valtteri Virkkunen - Henri Tuominen - Jaakko Turtiainen.

Remplaçants : Sami Aittokallio (G), Olli Määttä, Teemu Tallberg.

Russie

Gardien : Dmitri Shikin.

Défenseurs : Yuri Urychev - Dmitri Orlov (A) ; Nikita Pivtsakin - Georgi Berdyukov ; Andrei Sergeyev - Maksim Berezin ; Maksim Ignatovich.

Attaquants : Semyon Valuiski - Danil Sobchenko - Vladimir Tarasenko (C) ; Maksim Kitsyn - Evgeni Kuznetsov - Sergei Kalinin ; Anton Burdasov - Artyom Voronin - Nikita Dvurechenski (A) ; Artemi Panarin - Denis Golubev - Stanislav Bocharov.

Remplaçants : Igor Bobkov (G), Nikita Zaïtsev.