Épinal - Gap (Ligue Magnus, 16e journée)

L'ICE n'était pas Gap'

HangarGapVoir Épinal et Gap s'affronter pour une place sur le podium, à ce stade avancé de la saison, est une petite sensation. C'est donc un duel inédit du haut de tableau entre les deux clubs les plus pénalisés du championnat qui attend les quelques 400 âmes amassées au "hangar" de Poissompré.

Certaines d'entre elles n'ont pas oublié les anciens Gapençais passés par la Cité des Images ces vingt dernières années. Alain Pivron et Roman Trebaticky notamment, deux buteurs renommés qui tiennent une place de choix dans l'histoire du hockey spinalien. Contrairement à Justin Vienneau, que l'on aurait vite oublié s'il n'était pas réapparu, cet été, entre Provence et Dauphiné... trois ans après avoir posé un lapin aux Dauphins !

Difficile donc de ne pas se focaliser sur le Canadien, gros morceau d'une défense privée ce soir de son meilleur élément. Expulsé samedi face à Morzine, Milan Tekel loupe ainsi son deuxième déplacement consécutif dans les Vosges. Et comme bien souvent en pareil cas, c'est Baridon qui le remplace aux côtés de Suchánek en soutien du trio Rambousek-Jelen-Carnegie. Ce dernier a toujours été en verve face aux Dauphins, que ce soit avec Neuilly il y a deux ans ou à Gap présentement. N'est-ce pas lui qui avait crucifié Lacasse à l'aller, au bout d'une interminable fusillade ?

Dominer n'est pas gagner

L'ICE devait s'attendre à faire le jeu contre un adversaire réputé difficile à manœuvrer. Et redoutable en contre attaque par dessus le marché avec la vitesse de Carnegie, la vivacité d'un Charette ou le talent d'un Rambousek. L'ensemble est d'autant plus solide si Ronan Quemener est dans un bon soir, ce qui est le cas au vu de ses premiers arrêts, très sûrs devant Petrák et consorts (1e).

Très vite, les powerplay anti-conformistes de Pellegrino sont à pied d'oeuvre. Deux phalanges totalement inefficaces, qu'elle soient à cinq attaquants (et donc sans véritable spécialiste à la bleue) ou composées de quatre défenseurs. Trois, dirons-nous, puisque Jan Hagelberg terminera la rencontre comme attaquant. C'est tout l'inverse pour Benoît Quessandier, écarté des rotations défensives et réduit au rôle ingrat d'essuie-glace sur une troisième ligne sans impact.

Lacasse se troue, puis se reprend

Gap obtient à son tour son premier powerplay (13'45") et se fait une énorme frayeur sur un palet dégagé in extremis par Lacasse devant Paradis. Au point de chute en zone neutre, Kuuluvainen remise aussitôt sur Chassard, qui s'ouvre le chemin du but. Sauf que Ronan Quemener, droit dans ses bottes, sort une mitaine salvatrice à bout portant (09'26"). Les Rapaces ouvrent finalement le score sur une action confuse amenée par Jiří Rambousek et conclue, dans un trou de souris, par Jérémie Paradis (0-1 à 10'17").

Pour n'avoir pas su fermer son angle, Loïc Lacasse a mis ses coéquipiers dans l'embarras. Surtout que le Québécois, qui affectionne le jeu au bâton, manque de se faire piéger sur une sortie hasardeuse (13e). Un avertissement sans frais pour Lacasse, coupable ensuite d'un mauvais contrôle profitant à Charette, ligne de fond. Le lutin transmet aussitôt à Carnegie, qui marque sans opposition (0-2 à 14'07").

QuemenerRonanL'ICE file un mauvais coton, mais Maxime Boisclair la sort de l'ornière d'un one-timer du plus bel effet (1-2 à 14'31"). Un tir limpide dans le petit filet, côté mitaine, qui ne laisse aucune chance à un Quemener jusqu'alors intraitable. Pas étonnant que le Breton ait fait cette saison ses grands débuts internationaux !

Loïc Lacasse se rachète quant à lui d'une superbe mitaine sur un tir vicieux de Rambousek (19'57"), consécutif à une mauvaise passe de Petrák à Leroy en zone neutre. Avec des cadeaux comme ça, pas étonnant que Gap vire en tête à l'issue du premier tiers !

Gap "à l'italienne"

Les "rose et bleu" remettent vite Quemener sous pression au retour des vestiaires, sans arracher cette satanée égalisation. Au lieu de ça, c'est Gap qui aurait pu accroître son avance sans l'intervention décisive de Lacasse devant Carnegie, venu le défier en duel singulier (21'38").

Les hommes de Patrick Turcotte courbent l'échine au début de l'acte médian. À défaut de justifier, dans le jeu, leur quatrième place au classement, ils confirment bien leur statut d'équipe la plus sanctionnée du circuit avec trois pénalités en quatre minutes. Leur chance réside donc dans l'incapacité des Vosgiens à sévir en supériorité numérique, usant parfois d'un brin de malice, voire de roublardise, pour casser le rythme du match.

Aussi cette lamelle de protection décollée sur la balustrade leur offre-t-elle cinq bonnes minutes de répit au plus fort de la domination spinalienne... Quelques cages déplacées sont également recensées, comme sur cette incursion de Michal Petrák, qui s'était ouvert le chemin du but en fixant le gardien. Un Quemener suppléé sur ce coup par Cornaire, qui emporte la cage au passage (29'56").

Ronan Quemener s'en tire bien mais le roseau haut-alpin, à force de plier, va bel et bien rompre sur un rebond favorable à Timo Kuuluvainen après un lancer préalable de Ján Plch (2-2 à 31'06"). Les Lorrains refont surface mais restent à la merci des contres adverses, comme cette accélération de Sean Roche bien suivie par un Rane Carnegie décidément dans tous les bons coups ce soir. Tellement d'ailleurs qu'il se voit servi au second poteau... mais Lacasse a encore le dernier mot (36'33") !

Ce diable de Carnegie se venge peu après, en contrant une passe mal assurée de Petrák alors que le jeu de puissance spinalien s'était installé en zone offensive. Ni une ni deux, le Canadien s'amène aux avant-postes en remontant tout le flanc gauche. Ján Plch, venu au repli, ne peut l'empêcher de servir Charette au second poteau (2-3 à 38'16").

Quand rien ne va...

L'ICE saura-t-elle s'en relever ? Rien n'est moins sûr, surtout que M. Hauchart la punit d'un retard de jeu avant le premier engagement du troisième tiers-temps. Les Rapaces n'en demandaient pas tant et Sean Roche, complètement excentré, reprend victorieusement un rebond lâché par Lacasse sur une bonne tentative de Carnegie (2-4 à 40'36"). Le tournant du match...

Gap, pourvu d'une avance confortable, n'a dès lors plus qu'à laisser venir... pour mieux contre-attaquer. Les occasions ne manquent pas et Romain Moussier, idéalement servi par Julien Correia, accroît la frustration des locaux (2-5 à 47'10"). Nourris d'un fort sentiment d'injustice, les Vosgiens durcissent alors le jeu, passant notamment leurs nerfs au travers de mises en échec très appuyées et de slaps trop puissants pour être cadrés.

Santino Pellegrino tente le tout pour le tout sur une pénalité infligée à Justin Vienneau (perte de casque à 52'14") en sortant son gardien pour ajouter un joueur de champ supplémentaire. Et ce qui devait arriver arriva, Petrák offrant un sixième palet de but à Rambousek (2-6 à 53'23").

Pellegrino remet ça sur un faire trébucher de Paradis sur Plch (56'12") dans la minute suivant la réduction du score de Fabien Leroy dans un angle impossible (3-6 à 55'11"). Foutu pour foutu, l'Italo-Canadien rappelle une seconde fois Lacasse au banc, sans plus de réussite. Car cette fois, Julien Correia profite d'un palet traînant dans sa zone défensive pour servir l'inévitable Carnegie (3-7 à 56'59").

Ces deux buts donnés aux Gapençais rendent ce tir très précis de Jan Hagelberg (4-7 à 58'07") encore plus anecdotique. Car les Rapaces, plus opportunistes, plus réalistes (même en supériorité numérique, leur supposé point faible), ont mis fin, par ce quatrième succès de rang, à vingt-huit ans de disette dans la Cité des Images.

Peut mieux faire !

Ce qui aurait pu être une huitième victoire en neuf matchs devient la plus frustrante des défaites pour Épinal. Si certaines décisions arbitrales ont clairement influé sur le cours du match, force est de constater qu'avec trois buts encaissés en supériorité numérique (dont deux en cage vide), les unités spéciales n'ont pas brillé. Il est temps que Santino Pellegrino repense la configuration de ses powerplay et notamment reconsidérer le rôle dévolu à Ján Plch. À la pointe, le choix d'un Stéphane Gervais (même s'il n'est pas encore à 100 % de ses possibilités) ne serait-il pas plus pertinent ?

Les Dauphins auront malgré tout un bon coup à jouer à l'Ile-Lacroix. Eux qui devront gérer l'enchaînement des matchs (sept en trois semaines jusqu'à la prochaine trêve internationale) vont affronter des Rouennais soumis à une cadence effrénée en ce début d'année... et qui seront à peine rentrés de leur périple biélorusse ! Aux Spinaliens d'en profiter...


Épinal - Gap 4-7 (1-2, 1-1, 2-4).
Samedi 15 janvier 2010 à 20h15 à la patinoire provisoire de Poissompré. 403 spectateurs.
Arbitrage d'Alexandre Hauchart assisté de Benjamin Gremion et Pierre Dehaen.
Pénalités : Épinal 28' (4', 6', 18') ; Gap 20' (4', 8', 8').
Tirs : Épinal 32 (11, 12, 9) ; Gap 32 (9, 12, 11).

Évolution du score :
0-1 à 10'17" : Paradis assisté de Rambousek et Cornaire (sup. num.)
0-2 à 14'07" : Carnegie assisté de Charette et Uronen (sup. num.)
1-2 à 14'31" : Boisclair assisté de Chassard et Gervais
2-2 à 31'06" : Kuuluvainen assisté de Plch et Petrák (sup. num.)
2-3 à 38'16" : Charette assisté de Carnegie (inf. num.)
2-4 à 40'36" : Roche assisté de Carnegie et Uronen (double sup. num.)
2-5 à 47'10" : Moussier assisté de Paradis et Correia
2-6 à 53'23" : Rambousek (inf. num, cage vide)
3-6 à 55'11" : Leroy assisté de Mäntylä (inf. num)
3-7 à 56'59" : Carnegie assisté de Correia (inf. num, cage vide)
4-7 à 58'07" : Hagelberg assisté de Quessandier et Chipaux (sup. num.)

 

Épinal

Gardien : Loïc Lacasse [sorti de sa cage de 52'12" à 53'23" et de 56'12" à 56'59"].

Défenseurs : Niko Mäntylä - Fabien Leroy ; Peter Slovák - Guillaume Papelier ; Jan Hagelberg [puis Quessandier à 45'] - Stéphane Gervais.

Attaquants :  Ján Šimko - Michal Petrák (A) - Ján Plch (A) ; Timo Kuuluvainen - Maxime Boisclair - Guillaume Chassard (C) ; Benoît Quessandier [puis  Hagelberg à 45'] - Nathan Ganz [puis Erwan Agostini]- Kévin Benchabane [puis Tarik Chipaux].

Remplaçants : Mathieu Perrin (G), Jonathan Gury, Anthony Rapenne.

Gap

Gardien : Ronan Quemener.

Défenseurs : Jakub Suchánek - Jérémy Baridon ; Justin Vienneau - Alexandre Cornaire (A) ; Matúš Luciak - Ryan Jorde.

Attaquants : Jiří Rambousek - Jiří Jelen - Rane Carnegie ; Sean Roche - Jean-Charles Charette (A) - Jesse Uronen ; Romain Moussier (C) - Jérémie Paradis - Julien Correia.

Remplaçants : Adrien Fénart (G), Mathieu André, Romain Vitali, Kévin Zampa. Absent : Milan Tekel (suspendu).