HC Košice, la force tranquille

Julius_HudacekUn avenir désormais proche dira si Košice aura frappé un grand coup pour la majorité de l’Extraliga. Car même si tout laisse à penser que les Cassoviens sont imbattables en 2010/2011, la mésaventure de Bratislava, dans un état de grâce similaire l’an passé, entraîne les pronostiqueurs à la modération. Les doubles tenants de la couronne nationale, qui jouent ce soir leur premier quart-de-finale à domicile contre Nitra, ont semblé plus forts que jamais au cours de cette saison régulière remportée avec trois semaines d’avance sur la fin des festivités et surtout avec trois nouveaux records en poche. Après avoir établi début décembre la plus grande série de victoires à l’extérieur (15), ils ont terminé la première phase avec 137 points au compteur, soit onze de plus que leur propre marque de 2008/2009, et ils relèguent leur dauphin Poprad à vingt-six longueurs, un écart là aussi inédit.

« Si quelqu’un avant le début du championnat nous avait dit que ça allait se dérouler de la sorte, on aurait immédiatement signé des deux mains, se réjouit Július Hudáček, le gardien du club. Nous sommes très heureux d’avoir assuré la première place et ce bien en avance. Cela nous a permis d’affiner notre forme sur les matches restants. L’entraîneur a aussi pu essayer tous les joueurs en prévision des play-offs et de voir qui pourra évoluer à tel ou tel poste. C’est un avantage certain par rapport aux autres équipes. » Un avantage, certes, mais pas une assurance tous risques pour conquérir un troisième titre consécutif, une prouesse encore jamais réalisé en dix-huit éditions. Et le meilleur portier de la ligue, appelé sous les drapeaux fin 2010, se méfie comme de la peste des poursuivants des Oceliari au classement. 

« La tâche ne sera pas simple, poursuit-il. Tous les clubs du haut de tableau se sont renforcés dernièrement. Slovan Bratislava, même s’il n’a pas fait la saison qu’il escomptait, est toujours un favori à la victoire finale. C’est le rival contre lequel on a l’habitude de jouer au plus haut niveau. Il essaye maintenant de se redynamiser en s’appuyant notamment sur ses deux Canadiens1. Poprad a acheté les joueurs qui lui faisaient défaut auparavant et l’équipe est désormais très dangereuse. Idem pour Banská Bystrica qui dispose en plus d’éléments qui savent jouer des coudes. » En attendant les hypothétiques confrontations avec ces formations, la réception des Corgoňi dans quelques heures servira de premier test pendant lequel il faudra éviter de se faire piéger par l’une des équipes du moment, malgré une huitième place finale acquise à l’arrachée.

Les joueurs de la Métropole de Slovaquie orientale possèdent tout de même les arguments les plus persuasifs de toute la compagnie pour passer sans encombre ce premier tour. La densité de sa force de frappe notamment. Après 57 rencontres, onze attaquants locaux ont inscrits chacun plus de dix buts et il est presque tout naturel de retrouver le co-meilleur buteur du championnat dans leurs rangs, à savoir Michel Miklík qui, avec 29 réalisations (comme Roman Tománek de Banská Bystrica), effectue cette année la plus belle prestation de sa carrière. Sur les cinq recrues offensives arrivées cet été, deux n’ont pas tenu la comparaison et sont reparties illico presto ; Martin Kriška a fait le retour vers Liptovský Mikuláš (2e division) tandis que l’indolent Dávid Buc, transfuge de Poprad, n’a pas plus convaincu les dirigeants cassoviens qui l’ont alors cédé en octobre à leur « ennemi » Slovan.

Miroslav_ZalesakZálešák, l’arme fatale

Pour le reste, ça tient plus que la route. Ses passes millimétrées, ses slaloms dans les défenses adverses et sa capacité à conserver la rondelle en infériorité ont fait du Tchèque Jaroslav Kristek un cadre de l’attaque, au même titre que Peter Bartoš, Stanislav Gron ou Vladimír Dravecký2. Les râblés Dušan Pašek et Marcel Haščák, quant à eux, sont parvenus à imposer leurs coups d’épaules dans les coins et devants les buts et ont alors explosé – à double titre – sous les couleurs de Košice. Le premier s’est cassé la clavicule contre Poprad le 28 novembre tandis que le second s’est blessé au genou contre Skalica le 12 décembre. Les deux archers figuraient alors parmi les plus prolifiques du groupe et ont raté les cours pendant plus de deux mois. Un mal pour un bien pour Košice qui a récupéré ses gaillards juste avant les play-offs et pourra donc compter sur leur fraîcheur.

Malgré ce réservoir d’attaquants qui en ferait pâlir d’envie plus d’un, le coach Rostislav Čada a tenu à renforcer ses lignes à la nouvelle année, histoire de faire face à d’autres aléas, comme le départ surprise de Róbert Tomík, blasé du hockey, ou la blessure la semaine dernière de Dušan Andrašovský, qui a terminé sa saison là-dessus. Pour ce faire, le club a mis à l’essai le Tchèque Zdeněk Blatný (avant de le laisser à Trenčín) et a engagé deux hommes de poids, Peter Fabuš et surtout Miroslav Zálešák, le meilleur pointeur de l’Extraliga acheté à Skalica le 31 janvier. Sans conteste LA transaction de l’année en Slovaquie. « Košice me montrait un intérêt depuis longtemps, raconte l’intéressé, mais j’ai attendu que mon contrat se termine à Skalica avant de venir ici. » Celui qui a fait douze piges en NHL pour les San José Sharks avoue avoir traversé le pays pour ajouter le championnat à son palmarès et jouer la Ligue des Champions à laquelle les Oceliari devraient goûter l’année prochaine en qualité de vainqueurs de la saison régulière.

Avec lui, les champions se dotent d’une nouvelle arme redoutable qui, associée au reste de l’arsenal, risque de faire très mal aux défenses adverses, comme cela a déjà été fait depuis l’arrivée de l’international. Sa première réalisation devant son nouveau public le 4 février contre Martin (4-2) reste pour lui un instant inoubliable. « La façon dont les spectateurs ont ovationné mon but m’a procuré beaucoup d’émotions, se souvient-il. Encore plus à la fin de la rencontre, après le tour Zalesakd’honneur, lorsqu’ils ont scandé mon nom. J’ai toujours su que Košice avaient d’excellents supporters. » Le centre de 31 ans, qui a côtoyé Žigmund Pálffy les trois précédentes saisons,  a fini d’être adopté par les « Steelers » vendredi dernier après avoir contribué à la victoire contre ses anciennes couleurs (5-1). « Skalica est la ville où je suis né et où j’ai grandi, explique « Miro ». Je connais tout le monde là-bas. Mais je suis à Košice désormais et je vais jouer à 100% pour l’équipe. Comme on dit ici : « je ne connais plus mes camarades ». » 

Indestructible Hudáček

L’attaque n’est pas le seul point fort des Košičania. La défense était d’ailleurs l’atout local en 2009/2010 et elle n’a connu, hormis le retour de Marcel Šterbák cet été, aucun apport. Les lignes arrières sont composées d’éléments à vocation offensive qui ont su élever leurs performances ces derniers mois. Ján Tabaček et Ján Homer font souvent parler leur précision depuis la « bleue » tandis que Michal Grman et Radek Deyl (sélectionné par Glen Hanlon en équipe nationale) savent parfaitement porter le danger en zone d’attaque. Au-delà de sa rigueur sur la glace, Michal Šeda a également fait preuve d’une force de caractère en revenant deux semaines seulement après un terrible choc contre Martin en octobre. Le corps inanimé, le Tchèque a été immédiatement transféré à l’hôpital où on lui a diagnostiqué un traumatisme crânien et une fracture de quatre centimètres à la nuque.

Surtout, le HC Košice bénéficie du gardien le plus vigilant de tout le championnat (93,6 % d’arrêts). Âgé d’à peine 23 ans, Július Hudáček fait preuve dans ses cages comme dans le verbe d’une surprenante maturité mais aussi d’une certaine malice que les supporters apprécient. Ses chorégraphies fantaisistes Hudacekréalisées après chaque victoire (voir ci-contre) en ont fait le choucou de la Steel Aréna. Si ses qualités sportives avaient été saluées les deux dernières saisons, elles sont aujourd’hui plébiscitées. « J’ai devant moi une excellente équipe, avance-t-il humblement pour justifier sa régularité. Quand on a une bonne formation, le gardien suit avec. » Il est tout aussi gentleman lorsqu’il s’agit de parler de Tomáš Halász, le numéro 2 qui a assuré pendant une douzaine matches après sa blessure en octobre. « Tomáš est un très bon gardien qui a un grand talent et qui est encore jeune. Il a un style très moderne. Je pense que dans un ou deux ans, il pourra évoluer dans un championnat plus prestigieux. »

Meilleur gardien, meilleure défense, meilleure attaque, meilleur buteur, meilleur pointeur… Košice aurait-il un talon d’Achille ? « On sait exactement où ça grince, avance « Julo ».  Selon moi, on ne sait pas utiliser nos power-plays. C’est là que ça se joue dans le hockey moderne. On doit encore travailler nos gestions. On se complique trop la vie, il faudrait jouer beaucoup plus simplement, comme en NHL, et frapper autant que possible depuis la « bleue » au lieu de chercher les combinaisons. Michel Miklík, par exemple, a une excellente frappe. » Est-ce pour autant un réel point faible ? On est là en présence du paradoxe cassovien : l’équipe est nulle en supériorité mais est celle qui capitalise le plus en infériorité. « C’est vrai, constate-t-il. On a adopté une façon de faire que l’on peut retrouver dans les ligues plus prestigieuses ou même au niveau international. Les autres formations ont toujours ce style qui date d’il y a dix ans. C’est aussi grâce à cela que l’on a une marge d’avance. » 

À écouter ses protégés parler de lui, ce serait donc Rostislav Čada le vrai moteur de la vitalité cassovienne. Le Tchèque a pris les rênes du groupe il y a dix-huit mois, après la démission d’Anton Tomko, et ses méthodes ont de suite innové par rapport au conservatisme privilégié jusqu’alors. « L’équipe avait besoin d’un grand changement, explique le gardien. Et il est venu de lui. Son plus grand trait de caractère en tant qu’entraîneur, c’est qu’il est rigoureux. Ce que j’apprécie chez lui, c’est que l’on soit jeune ou vieux, quand il a envie de dire à quelqu’un ce qui ne va pas, il le dit sans faire de différence. Au-delà de son modernisme, c’est l’aspect le plus positif qu’il a instauré. » À Košice, il y a donc un berger qui veille sur le troupeau.

 

1 Les défenseurs Joe Rullier et Ric Jackman. Ce dernier était dans l’effectif des Anaheim Ducks vainqueur de la Stanley Cup en 2006/2007.

2 Dravecký est revenu au club fin novembre après une mauvaise expérience en KHL avec le Iougra Khanty-Mansiïsk. L’international slovaque avait quitté Košice à l’intersaison pour rejoindre justement les promus russes.

 

Photos : Michel Bourdier / www.hockeyarchives.info

 

Hudáček et ses souvenirs « d’en France »

Ce qui surprend agréablement lorsqu’on discute avec le jeune gardien slovaque, c’est son sens du détail et la connaissance de l’histoire de son sport. Il est capable de faire référence à un match de Karlovy Vary d'il y a quatre ans ou de vous donner l’identité du gardien de telle formation américaine dans les années 90. C’est donc avec la même précision qu’il raconte ses souvenirs au moment où le plumitif lui demande s’il a une anecdote liée à la France. « Cela reste mon premier grand moment de hockey. Quand j’avais 14 ans, on a disputé un tournoi international à Lyon. On jouait sous l’étiquette « Spišská Nová Ves » mais il y avait en fait d’autres joueurs de Poprad et Banská Bystrica, ce qui fait que l’on disposait d’une sélection très forte. Je m’en souviendrai toute ma vie ; en finale, on a battu l’équipe suisse d’Olten 2-1 aux tirs au but devant 2000 personnes. C’est la première fois que l’on jouait devant un tel public ! Après on a été voir un match de football entre Lyon et Saint-Etienne et on a compris pourquoi c’était un derby ! » Et à Hudáček de continuer à parler du ballon rond et de son idole Michel Bastos…

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