Grenoble - Angers (Ligue Magnus, 25e journée)

Le naufrage grenoblois

2011-02-22-Grenoble-Angers5Les mauvaises nouvelles s'enchaînent pour les Brûleurs de Loups. Après Baptiste Amar et Eddy Ferhi, c'est Mitja Sivic qui voit sa saison se terminer prématurément avec une blessure au genou lors d'une incroyable défaite concédée à Dijon dimanche (7-4). Une défaite qui s'est dessinée dans le dernier quart d'heure avec cinq buts encaissés alors que Grenoble menait 4-2 et semblait bien parti pour enchaîner un deuxième succès à l'extérieur après Épinal vendredi.

Un à un, tous les joueurs cadres grenoblois se blessent : Ludek Krayzel, déjà absent à Épinal et Dijon, souffre du dos et manque également à l'appel ce soir. Une série noire pas complètement surprenante car Grenoble est surtout en train de payer le manque de profondeur de son effectif : trop de jeunes et trop peu de joueurs cadres, énormément sollicités depuis le début de la saison, avec souvent un temps de glace déraisonnable. En fin de saison, les organismes finissent par devenir plus vulnérables, surtout quand la malchance s'en mêle.

Les plus jeunes devront donc prendre la relève mais que peuvent-ils bien espérer face à l'armada angevine, certes privée de Braxenholm et Irani, mais qui aligne quatre lignes d'attaques homogènes et qui est en pleine confiance avec cinq victoires de rang en Ligue Magnus ? Grenoble sans son gardien titulaire, son meilleur défenseur et ses deux meilleurs buteurs, aura bien du mal à rééditer la performance du match retour de la coupe de la ligue qui avait vu les Brûleurs de Loups s'imposer contre toute attente (4-1) et décrocher leur billet pour la finale de la compétition. Avant la suite que l'on connaît... Angers doit s'en souvenir, tout comme du 7-0 infligé lors du match aller. Voilà des retrouvailles qui promettent...

2011-02-22-Grenoble-Angers2Et ce sont les Ducs qui se montrent les premiers dangereux : après seulement une minute de jeu, Poudrier gagne un palet le long de la bande et centre pour Laprise tout seul devant le slot. La reprise sans contrôle du Québécois surprend un Sébastien Raibon encore froid (0-1, 01'05"). Le match n'aurait pas plus mal commencé pour Grenoble qui se trouve déjà mené au score.

Pas de panique ni de réaction après ce but : aucune équipe ne parvient à imposer un rythme vraiment soutenu. Raibon réalise ses premiers arrêts face à Fortier et Chauvel tandis que Aubry passe un début de match plutôt tranquille. Sur une mauvaise relance de Gillet, Albert fait passer le frisson devant la cage grenobloise mais Raibon se couche sur le palet. Suite à une bonne action de Baylacq en zone offensive, Belanger se fait pénaliser. Mais les Brûleurs de Loups ne profitent pas de l'occasion, gênés par un bon jeu en infériorité numérique des Angevins. Les Ducs se contentent par la suite de contrôler une équipe grenobloise qui peine à créer le danger. À l'inverse, sur une tranquille remontée de palet côté gauche, Marc Belanger feinte facilement Vincent Llorca et tire en angle fermé : Raibon ne fait qu'effleurer le palet et laisse passer la rondelle (0-2, 12'06").

Sans avoir eu à forcer leur talent jusqu'à présent, les Ducs ont déjà une avance de deux buts. Poudrier retient Elie Raibon mais les Grenoblois ne connaîtront pas plus de réussite que pendant leur première supériorité numérique, Ludek Broz vendangeant une belle transmission de Rouleau en préférant comme souvent la passe au tir. Mais les partenaires de Christophe Tartari, qui a récupéré le capitanat ce soir, profitent de la fin de la prison pour créer enfin le danger devant la cage angevine avec Le Blond et Gillet notamment. Aubry réalise des arrêts propres et préserve ses cages inviolées jusqu'à la fin du tiers. Dans la dernière minute, les Ducs sèment même la panique dans la zone grenobloise : Crossman perd le palet derrière la cage au profit de Bellemare qui centre pour Fortier mais le tir de ce dernier n'est pas cadré. La sirène délivre les Grenoblois, déjà à l'agonie.

2011-02-22-Grenoble-Angers3Angers démarre pied au plancher la deuxième période avec deux tentatives de Laprise notamment. Pourtant Arrossamena aurait pu réduire le score mais il rate une déviation complètement seul devant la cage d'Aubry. Encore une fois, le réalisme sera angevin : sur une attaque côté gauche, Juho Jokinen embarque les défenseurs grenoblois, temporise et centre de l'autre côté pour Brian Henderson qui reprend victorieusement d'un tir sous la barre (0-3, 24'40").

Les affaires se compliquent pour Grenoble d'autant que Broz part en prison dans la foulée pour un accrocher sur Poudrier. Pour leur première supériorité numérique du match, les Ducs se font pourtant surprendre : Bellemare perd le palet à la ligne bleue, Tartari s'échappe et joue parfaitement le deux contre un avec Arrossamena qui parvient à marquer malgré le retour de Belanger (1-3, 25'51"). Ce but marqué en infériorité numérique va-t-il enfin lancer les Grenoblois dans le match ? Pas du tout, c'est même tout le contraire car sur le coup d'envoi, Poudrier profite de la passivité de la défense grenobloise pour s'infiltrer et centrer mais le palet rebondit sur le patin de Crossman et finit sa course au fond de la cage (1-4, 25'59"). Angers reprend ainsi immédiatement trois buts d'avance.

Papa essaie de sonner la charge avec un bon tir sur la cage, bientôt imité par Baylacq et Le Blond suite à une bonne présence en zone offensive mais à chaque fois Aubry repousse sans trembler. Et Grenoble se met de nouveau en difficulté sur une pénalité pour accrocher de Baylacq. Angers installe le jeu de puissance en zone offensive avec Thierry Poudrier à la manœuvre derrière la cage. Il centre tranquillement pour Manavian qui s'approche de la cage sans opposition et marque d'un tir qui passe sous le bras de Sébastien Raibon, encore une fois peu inspiré (1-5, 27'15"). Les valises grenobloises commencent à s'alourdir et lorsque Gillet part en prison pour la troisième pénalité grenobloise du tiers, Jean-François Dufour peut trembler pour ses joueurs qui en sont à 0/2 en infériorité numérique. Mais malgré deux minutes passées quasiment intégralement dans leur zone, les Brûleurs de Loups résistent cette fois jusqu'au retour à cinq contre cinq.

Après une réaction d'Avenel, les Grenoblois retombent dans leurs travers : après une remontée de palet en zone offensive, Wallin donne le palet directement à Bellemare qui lance habilement Fortier en contre-attaque. Celui-ci joue parfaitement le deux contre un avec Belanger qui bat facilement Raibon pour la deuxième fois de la soirée malgré la présence de Llorca (1-6, 31'39"). Pôle Sud n'en revient pas mais c'est bien une déroute qui se profile pour les locaux. La réaction est timide, tout comme l'engagement des Grenoblois ce soir qui manquent singulièrement de conviction. Une pénalité de Frecon n'y change rien : les Brûleurs de Loups sont bien en train de passer à côté de leur match.

2011-02-22-Grenoble-Angers4Avec cinq buts de retard, les Grenoblois ne peuvent plus espérer grand chose au début du troisième tiers. Ils montrent d'ailleurs peu d'entrain en laissant Manavian s'infiltrer avant que Tartari ne se fasse sanctionner par deux minutes de pénalité. Les Ducs ne se montrent guère entreprenants sur la supériorité numérique et ne parviennent pas à creuser l'écart. Après plusieurs minutes où le jeu stagne en zone neutre sans que rien ne se passe, Bellemare rate de peu la conclusion d'un beau mouvement collectif angevin avec le palet qui vient mourir sur la barre transversale. Se sentant à l'abri de tout danger grenoblois, Martin Lacroix se permet même le luxe de sortir Aubry et fait rentrer Lucas Normandon pour la fin du match. Ses joueurs lui donnent raison puisque quelques instants plus tard, Eric Fortier lance Belanger en profondeur qui prend de vitesse la défense grenobloise et feinte sans difficulté Sébastien Raibon avant de recevoir un coup de crosse de Rouleau dans les patins par pure frustration (1-7, 48'55").

Gillet part en prison pour la deuxième fois de la soirée après une charge limite dans les bandes. Grenoble résiste pendant l'infériorité numérique mais laisse une nouvelle fois trop d'espace derrière : Simon Lacroix trouve Juho Jokinen sur une passe transversale, ce dernier tire dans les jambières de Raibon qui se met le but tout seul (1-8, 52'20"). C'en est trop pour les Brûleurs de Loups qui "dégoupillent" sur une charge dans le dos de Rouleau sur Doyle qui répond avec une charge à la tête. Colotti et Henderson tombent les gants et s'expliquent franchement de leur côté alors qu'Arrossamena avait tombé les gants de son côté.

Après cette bagarre générale qui leur permet d'évacuer en partie leur frustration, les Brûleurs de Loups finissent le match en roue libre en encaissant un neuvième but sur un jeu en triangle initié par Fortier, relayé par Albert et conclu par Belanger dans la cage ouverte (1-9, 55'06"). Pour conclure une soirée décidément noire, Le Blond rate un dernier face-à-face avec Normandon qui ne se laisse pas déstabiliser et prive ainsi les Grenoblois d'un deuxième but.

Les Ducs d'Angers ont pris leur revanche de la coupe de la Ligue en confirmant de manière éclatante le résultat de l'aller (7-0). Les hommes de Martin Lacroix ont disputé un match d'entraînement, déroulant leur jeu tranquillement et démontrant un nette supériorité dans tous les compartiments du jeu. Peter Aubry s'est montré solide, Marc Bélanger, auteur de quatre buts ce soir, s'est amusé, à l'image de ses compères de ligne et la défense n'a que rarement été prise en défaut alors que l'attaque a profité des énormes espaces laissés par la défense grenobloise. Angers s'est simplifié la tâche en marquant rapidement pour assurer un succès facile qui permet de faire le plein de confiance avant les play-offs. Les Ducs devraient terminer à la deuxième place de la saison régulière, en embuscade derrière Rouen, et pourront envisager un éventuel quart de finale contre Grenoble avec beaucoup de sérénité.

2011-02-22-Grenoble-Angers1Les Brûleurs de Loups sont complètement passés à côté de leur match ce soir. Certes, les nouvelles absences de cadres comme Sivic et Krayzel ont pesé lourd dans une confrontation très déséquilibrée face à un adversaire bien plus expérimenté, plus fort techniquement et physiquement. Mais cela ne suffit pas à expliquer la débâcle d'une équipe grenobloise perdue sur la glace. À l'exception d'Amar, la défense était au complet ce soir et pourtant elle a pris l'eau de toute part. Une perméabilité difficile à expliquer car avec la présence de cadres comme Rouleau, Wallin, Gillet ou Moisand, les Brûleurs de Loups avaient de quoi contenir les attaquants angevins, du moins pendant un certain temps. Mais tout le monde a joué à l'envers ce soir : les défenseurs se sont trop souvent portés à l'attaque sans couverture défensive et les attaquants n'ont pas effectué le travail défensif suffisant tout en manquant de réalisme devant la cage. Au lieu d'aborder le match prudemment en attendant les Angevins en zone neutre et en bloquant la ligne bleue, les Grenoblois se sont découverts maladroitement, offrant des boulevards à une équipe angevine qui n'en demandait pas tant. Et comme Sébastien Raibon n'était vraiment pas dans un grand jour, la carapace grenobloise s'est très vite fissurée avant d'exploser en plein vol.

Après la plus grosse raclée reçue à domicile depuis près de 20 ans (il faut remonter à 1992 et une défaite 2-10 face à Rouen pour retrouver trace d'une telle humiliation à domicile), une remise en question s'impose si l'équipe conserve encore un soupçon d'ambition et de motivation pour la fin de saison ce dont on peut douter au vu du match de ce soir. Sans quatre de leurs cadres habituels, les jeunes grenoblois ont réellement montré leurs limites à ce niveau. Incapables de s'organiser, manquant de concentration après l'unique but grenoblois du match et baissant les bras très rapidement lorsque l'écart au score venait à grossir : le constat d'échec est cuisant et demande un remise en cause de certains joueurs qui se voyaient peut-être un peu trop vite arrivés. D'autant plus que les cadres restants (Wallin, Rouleau entre autres) se sont montrés en dessous de leur niveau habituel.

La porosité de la défense inquiète : avec seize buts encaissés au cours des deux derniers matchs, Sébastien Raibon est en pleine crise de confiance. Au point que le recrutement d'un remplaçant à Eddy Ferhi (réglementairement autorisé) pourrait redevenir d'actualité en vue des play-offs. Car le manque d'alternance à Raibon (Anthony Koren est encore un peu tendre) est un problème réel : comment peut-on laisser un gardien se noyer pendant un match entier sans même le remplacer ? Tout dépendra des ambitions du club pour cette fin de saison. Passer le premier tour des play-offs semble pourtant un objectif minimal sportivement et important économiquement, mais le groupe actuel en a-t-il seulement les moyens ? Pas évident, surtout que le moral doit être sérieusement touché ce soir. Une réaction est pourtant nécessaire dès samedi à Marseille contre Gap, sous peine de voir la saison s'achever un peu trop rapidement sur les bords de l'Isère.

Désignés meilleurs joueurs du match : Maxime Moisand (Grenoble) et Marc Bélanger (Angers)

(photos www.hockey-passion.com)

Commentaires d'après-match (d'après Le Dauphiné Libéré) :

Alexandre Rouleau (défenseur de Grenoble) : "C'était honteux. On s'est fait humilier, chez nous, devant notre public. On a bien entamé le match, ensuite on a vu leur machine à buts..."

Antonin Manavian (défenseur d'Angers) : "On leur a mis une pile ! Ce sont des choses qui arrivent. On a fait un très bon match, mais ils ont pas mal de blessés, c'est difficile pour eux."

 

Grenoble - Angers 1-9 (0-2, 1-4, 0-3)
Mardi 22 février 2011 à 20h à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3500 spectateurs

Arbitrage de Savice Fabre assisté de Guillaume Gielly et Geoffrey Barcelo.
Pénalités : Grenoble 46' (0', 6', 10'+10'+10'+10'), Angers 32' (4', 2', 6'+10'+10').
Tirs cadrés : Grenoble 28 (13, 9, 6), Angers 28 (9, 12, 7).

Évolution du score :

0-1 à 01'05" : Laprise assisté de Poudrier et Baluch
0-2 à 12'06" : Belanger assisté de Fortier
0-3 à 24'40" : Henderson assisté de Jokinen et Albert
1-3 à 25'51" : Arrossamena assisté de Tartari (inf. num.)
1-4 à 25'59" : Poudrier (sup. num.)
1-5 à 27'15" : Manavian assisté de Poudrier et Frecon (sup. num.)
1-6 à 31'39" : Belanger assisté de Fortier et Bellemare
1-7 à 48'55" : Belanger
1-8 à 52'20" : Jokinen assisté de Lacroix
1-9 à 55'06" : Belanger assisté de Albert et Fortier

 

Grenoble

Gardien : Sébastien Raibon.

Défenseurs : Viktor Wallin - Vincent Llorca ; Jason Crossman - Alexandre Rouleau (A) ; Maxime Moisand - Aymeric Gillet ; Rémi Colotti.

Attaquants : Raphaël Papa - Ludek Broz - Nicolas Arrossamena ; Julien Baylacq (A) - Christophe Tartari (C) - Mathieu Le Blond ; Elie Raibon - Loup Benoît - Graham Avenel ; Joris Bedin ; Maxime Suzzarini.

Remplaçant : Anthony Koren (G). Absents : Baptiste Amar (double fracture de la cheville), Eddy Ferhi (ligaments du genou), Mitja Sivic (entorse du genou), Ludek Krayzel (dos).

Angers

Gardien : Peter Aubry [puis Lucas Normandon à 47'49"].

Défenseurs : Daniel Carlsson - Lauri Lahesalu ; Antonin Manavian - Simon Lacroix ; Pavol Mihalik - Charlie Doyle.

Attaquants : Eric Fortier - Jonathan Bellemare (C) - Marc Bélanger ; Tomas Baluch (A) - Thierry Poudrier - Pierre-Luc Laprise ; Juho Jokinen (A) - Brian Henderson - Julien Albert ; Brice Chauvel - Valentin Michel - Mathieu Frécon.

Absents : Per Braxenholm, Michael Irani (blessés).