Etude sur l'évolution du hockey français de 1996 à 2011

Passionné par l’histoire du Hockey sur Glace français, j’avais publié, en Novembre 1996, une étude sur l’implantation de ce sport en France, étude qui avait été largement diffusée dans les milieux du hockey (FFSG, Ligues, clubs, médias). Quinze ans plus tard, je me suis interrogé sur l’évolution de cette discipline durant cette période. Le hockey a-t-il maintenu son rang ? Progression ou régression générale ?

Cette brève étude, qui est tout à fait indépendante et qui n’engage que moi-même, portant sur douze critères différents, montre les points positifs et les points négatifs de cette évolution, de ces quinze années au cours desquelles le hockey français aura évolué et changé de physionomie.

Patrice Vincens, mars 2011

1) Indépendance du Hockey sur Glace

En 1996, le hockey était encore l’une des deux disciplines phares, avec le patinage artistique, de la poussiéreuse et très conservatrice FFSG dont certains dirigeants allaient hélas tristement s’illustrer. L’indépendance, survenue le 29 avril 2006 à Amiens, est assurément l’une des meilleures choses qui soit arrivée à ce sport depuis 1892, année du premier match de hockey disputé sur le Grand Canal du Château de Versailles. Malgré de nombreux points à encore améliorer au sein de la jeune FFHG, la création de celle-ci est indéniablement un point positif.

2) Etats Généraux du hockey sur glace

Ils se sont tenus à Grenoble du 4 au 6 mai 2001 sous l’impulsion d’un groupe de hockeyeurs qui prenaient de plus en plus leurs distances, et on les comprend, avec la FFSG. C’était la première fois de son histoire que l’on s’interrogeait réellement sur la place et le futur du hockey qui enfin avait le sentiment d’exister. Et même si tout ce qui avait été préconisé n’a pas (encore) été mis en œuvre, il s’agit là encore d’un point positif.

3) Nombre et implantation des clubs

Il ne s’agit là que des clubs fédérés, certaines petites structures continuant d’être autonomes et donc absentes des statistiques de la FFHG. De 1996 à 2011, le nombre des clubs fédérés (hors DOM-TOM) est passé de 107 à 111, soit une augmentation de seulement 4 clubs (+3,74%). Cette quasi stagnation est due en partie au fait que peu de patinoires ont été ouvertes dans des villes qui n’en étaient pas équipées. L’évolution de l’implantation des clubs varie de la façon suivante d’une région à l’autre (21 régions sur 22 restent concernées par le hockey que seule boude la Corse) :

- régions qui progressent : Centre/Val de Loire et Pays de la Loire  +2 ; Auvergne, Bretagne, Bourgogne et Languedoc- Roussillon +1.

- régions qui stagnent : Alsace (3), Aquitaine (2), Champagne-Ardenne (4), Franche-Comté (2), Limousin (2), Lorraine (5), Nord-Pas de Calais (4), Basse-Normandie (2), Haute-Normandie (3), Picardie (2), Poitou-Charentes (2) et PACA (11).

- régions qui régressent : Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes -1 ; Ile de France -2

Ces chiffres prouvent un affaiblissement progressif des deux principales ligues historiques, celle des Alpes et celle de l’Ile de France où, faute de nouvelles infrastructures, des clubs ont disparu.

Sur un plan départemental, en 1996, 66 des 96 départements métropolitains (68,75%) possédaient au moins un club fédéré. En 2011, 73 départements (76,04%) sont représentés. Huit départements ont été "gagnés" : Alpes de Hte Provence (Montclar), Aude (Narbonne), Cantal (Le Lioran), Côtes d’Armor (St Brieuc), Indre (Issoudun), Loir-et-Cher (Romorantin), Sarthe (Le Mans) et Yonne (Auxerre). Un seul à été "perdu", les Hautes-Pyrénées (Cauterets). Toutefois, il faut un peu relativiser ces chiffres, car le plus souvent il existait déjà dans ces départements des clubs qui peu à peu se sont fédérés, le seul département réellement gagné étant celui des Alpes de Haute Provence.

Un bilan par conséquent mitigé avec une progression que l’on aimerait bien sûr plus nette.

4) Licenciés

Classée au 10e rang mondial avec plus de 18000 licenciés en 2010, contre 16500 en 1996 (+9,09%), la France continue donc de connaître une croissance régulière mais assez lente de ses effectifs. Mais toute nouvelle augmentation se heurte au manque chronique d’heures de glace réservées aux clubs et au peu d’ouvertures de nouvelles patinoires.

5) Equipes de France

Sont-elles meilleures en 2011 qu’elles ne l’étaient en 1996 où l’équipe masculine alignait des joueurs de talent à forte personnalité ? Si la France est toujours dans le groupe A, elle est toutefois passée de la 11° à la 14° place mondiale, ne se maintenant qu’avec difficulté. Chez les féminines, de 13° mondiale en 1996, voilà la France au 15° rang et opérant au 3° niveau de la hiérarchie. Trop souvent chez les jeunes, les résultats ne sont pas en rapport avec les effectifs parfois moindres de nations souvent mieux classées. Dixième nation mondiale sur le plan des licenciés, la France est sportivement en dessous de ce rang.

6) Coupes d’Europe

En 1996, Rouen remportait la Coupe des Ligues Européennes. Depuis, les clubs français ayant participé ces 15 dernières années aux compétitions européennes (Amiens, Angers, Anglet, Brest, Caen, Grenoble, Lyon, Reims et Rouen) n’ont pu faire aussi bien, même si leur parcours fut parfois très honorable (Rouen finaliste en 2009). Si nos clubs arrivent à rivaliser avec leurs homologues des nations moyennes, leurs structures ne leur permettent pas encore de le faire avec ceux issus des nations majeures. Une réforme de l’Elite devrait en partie contribuer à combler le fossé existant.

7) Evolution des championnats seniors

- toutes divisions nationales confondues : le nombre d’équipes engagées en Elite, D1et D2 est passé de 42 (43,75% des équipes seniors) à 48 (63,16%). Le hockey sur glace est donc l’un des rares sports à aligner plus d’équipes en National qu’en Régional !

- Elite (Ligue Magnus) : de 8 équipes engagées en 1996, l’Elite s’est stabilisée à 14 depuis quelques saisons. Pendant ces 15 saisons, 5 clubs ont accédé pour la 1° fois à ce niveau : Mulhouse, Besançon, Dijon, Strasbourg et enfin Neuilly-sur-Marne. Durant cette même période, 4 nouveaux clubs ont inscrit leur nom au palmarès de la Ligue Magnus, Brest, Amiens et Reims par deux fois, et Mulhouse une fois. Si le statut 100% pro de cette division ne serait pas à terme réaliste, elle s’est toutefois en 15 ans professionnalisée.

- D1 : de 16 équipes réparties en deux groupes géographiques, elle s’est elle aussi stabilisée en un groupe unique de 14. En 15 ans, pas moins de 12 équipes ont remporté le titre de cette division : Gap, Caen et Villard par 2 fois, et Briançon, Clermont, Brest, Epinal, Morzine, Mont-Blanc, Strasbourg, Tours et Neuilly une fois.

- D2 : de 18 équipes réparties en trois groupes géographiques, elle en accueille désormais 20 ventilées en deux groupes de force équivalente. De 1996 à 2010, 14 équipes ont été titrées : Brest par 3 fois et Morzine, Cholet, Toulouse, Dijon, Besançon, Avignon, Montpellier, Annecy, Tours, Belfort, Nice et Anglet une fois.

- D3 : c’est la division qui semble avoir en 2011 le plus de problèmes identitaires. Il est loin en effet le temps où, au début des années 70, 20 clubs créés la même saison étaient en mesure d’aligner immédiatement une équipe ! Fini le temps des générations spontanées. Le nombre d’équipes évoluant dans cette division n’a cessé de décroître : 54 en 1996 réparties en 8 groupes régionaux, contre seulement 28 en 2011 ! Cela est dû à l’élévation constante du niveau de jeu de la D3, qui n’incite plus les nouveaux clubs à se lancer dans l’aventure, à la création d’une catégorie Espoirs qui la concurrence, et enfin à une meilleure organisation du hockey-loisir. Des mesures urgentes s’imposent donc.

Au tota, donc, le nombre d’équipes seniors est passé de 96 en 1996 à 76 en 2011. Cette très nette baisse (26,32%) est motivée pour les raisons expliquées ci-dessus. La FFHG ne pourra donc se dispenser de restructurer l’ensemble de la pyramide fédérale, du hockey-loisir jusqu’à l’Elite, le nombre d’équipes évoluant dans chacune des divisions n’étant plus en équation avec la réalité des forces en présence. Doit-on passer par un renforcement de la D2, ou par le resserrement de la D3, pour la rendre plus homogène, avec en corollaire la création d’une D4 ?

8) Coupe de France

Organisée chaque année depuis l’an 2000, elle est devenue une épreuve phare dont la finale se joue de façon désormais incontournable à Bercy devant plus de 13 000 spectateurs. La médiatisation de cet évènement est une réussite et cette finale au POPB est devenue une institution qui dépasse le cadre des supporters des deux équipes concernées. Un seul regret, que pas assez d’équipes de D2 et de D3 y participent.

9) Coupe de la ligue

Créée en 2006, cette coupe sera menacée si un jour la Ligue Magnus prend du volume (44 matchs ?). De plus, disputer la finale systématiquement à Méribel commence à lasser. Cette Coupe a eu sa raison d’être. Mais a-t-elle encore un avenir ?

10) Hockey-Loisir

En 1996, les équipes de hockey-loisir participaient à de nombreux matchs amicaux ainsi qu’à des tournois ou à des petites compétitions régionales. Mais sans véritable coordination entre elles et en dehors de véritables structures. Une Commission Loisir a été créée afin de tenter de rassembler tous ces clubs épars. Elle n’y est que partiellement parvenu, certains clubs et certaines ligues continuant de fonctionner de façon autonome (Ouest, Trophée des Alpes). Un Trophée Fédéral Loisir a été créé auquel ont participé en 2008/09 58 équipes. Mais là encore, un manque d’homogénéité et une perte de l’esprit loisir de base ont provoqué une baisse des inscriptions avec 50 équipes engagées en 2009/10. Ce qui a conduit la Commission à créer, en dehors du Trophée Fédéral (35 équipes en 2011), un Challenge 100% Loisir aux règles plus souples et répondant mieux aux besoins des petits clubs. Les chiffres concernant ce Challenge ne sont pas encore disponibles.

11) Hockey Féminin

Malgré de gros efforts entrepris par ses dirigeant(e)s, le hockey sur glace féminin a bien du mal à sortir de l’anonymat et à être totalement reconnu. Faute de motivation et d’heures de glace, trop de clubs négligent les féminines, d’où une certaine stagnation sur le plan sportif malgré une hausse du nombre des licenciées : Equipe de France au 14° rang mondial et opérant au 3° niveau, 14 clubs dans les championnats de France contre 19 en 1996. A noter aussi, dans le cadre de la Coupe d’Europe, la difficulté qu’ont les clubs champions de France à rivaliser avec leurs homologues des nations majeures européennes. Au rayon des satisfactions, le hockey féminin est médiatiquement un peu mieux traité dans la presse spécialisée, la France organise pour la 3° fois des Championnats du Monde, et enfin la nouvelle formule des championnats de France est la mieux adaptée aux forces de ce sport, le nombre d’équipes engagées devant repartir à la hausse. Un bilan donc contrasté, mais avec toutefois de réelles raisons de croire en un avenir meilleur.

12) Médiatisation et reconnaissance

Alors que le hockey sur glace est moins bien traité qu’il ne l’était il y a 15 ans par le seul quotidien sportif français, on peut dire que globalement les efforts entrepris par la Fédération, et la professionnalisation du secteur Communication, ont en partie porté leurs fruits, même si beaucoup reste encore à faire et à obtenir de la presse. En effet, la Ligue Magnus est mieux commercialisée et mieux couverte par la presse quotidienne régionale et les radios directement concernées, la finale de la Coupe de France à Bercy est de plus en plus populaire, le seul magazine spécialisé a augmenté sa pagination, et enfin la Fédération dispose d’un site internet qui a des " concurrents " privés, chose qui n’existait pas en 1996 ! De plus, de réelles avancées en matière de reconnaissance ont été obtenues de la part du Ministère et des pouvoirs publics ainsi que des sponsors. Au rayon des regrets, l’absence de la télévision privée ou publique, hors Jeux Olympiques et quelques évènements bien ciblés.

En conclusion

Malgré quelques ratés, faillites financières de clubs, retards à l’allumage et autres tergiversations, on peut dire que de 1996 à 2011 l’image de marque du hockey sur glace s’est améliorée et que ce sport est beaucoup plus pris au sérieux qu’il ne l’était. Il lui reste à se consolider et à évoluer à un stade supérieur, tant au niveau des équipes de France qu’à celui des ses compétitions domestiques.

Mais tout nouveau bond en avant du hockey français est intimement lié, d’une part à l’ouverture de nouvelles patinoires et à la modernisation du parc existant, très vétuste en certains endroits, dont en Ile de France, d’autre part à un sérieux et urgent lifting de ses compétitions seniors masculines, et enfin à une amélioration du niveau général de la formation.