Avangard Omsk - Neftekhimik Nijnekamsk (KHL, premier tour des play-offs, match 7)

Ne pas avoir souffert pour rien

Après des années de crises et de drames, l'Avangard Omsk a remporté la saison régulière de KHL en terminant par 18 succès consécutifs depuis Noël. Mais à quoi sert une telle série victorieuse si c'est pour la voir s'interrompre dès le premier match de play-offs ? C'est bien ce qui s'est passé...

2011-03-06-Omsk-NijnekamskAndrei Ivanov, le capitaine du Neftekhimik Nijnekamsk, était bien content du pied-de-nez joué aux pronostiqueurs qui voyaient son équipe balayée, et avait une explication imparable : "Tout le monde sait ce que sont les entraînements physiques de Krikunov. Nous serions-nous entraînés toute la saison pour rien, aurions-nous donné tant d'énergie pour perdre en quatre manches et aller en vacances ? Cela n'arrivera pas !"

Les hommes de Krikunov sont toujours redoutables en play-offs, et l'Avangard est bien placé pour le savoir, puisqu'ils l'ont battu en trois manches la saison dernière. Cette année, si le premier tour s'était encore joué en trois victoires, Omsk aurait encore été éliminé ! Mais ce n'était dû qu'au calendrier olympique, et le vainqueur de la saison régulière, mené 3 victoires à 2, a obtenu un sursis. Cela a failli ne pas suffire. Au match 6, les Sibériens étaient dominés 2-1 à sept minutes de la fin, mais ils se sont sauvés par deux buts d'Anton Kuryanov dont un en infériorité.

Si les joueurs de Nijnekamsk évoluent avec la crainte d'avoir sué sang et eau dans des exercices à la limite de leurs possibilités physiques, ceux d'Omsk, eux, jouent avec la hantise des conséquences de leur défaite. Si les uns ont le coach le plus exigeant à l'entraînement, les autres ont le coach le plus dur dans le vestiaire : en cas d'échec, on peut toujours se demander quelles insultes ou quels objets Raimo Summanen, l'ex-sélectionneur finlandais, va leur jeter dessus.

2011-03-06-Omsk-Nijnekamsk3L'Avangard a bien besoin du soutien de son public pour se lancer une fois de plus à l'assaut de la forteresse tatare. Mais pour une fois, le verrou saute en cinq minutes. La ligne tchèque fait la différence, avec Roman Cervenka à la conclusion (1-0). Un avantage gâché par un oubli défensif de Nick Angell, le défenseur américain. Maksim Pestushko part en échappée, et même s'il ne réussit pas à conclure sa feinte entre les jambières du gardien, il l'a complètement déporté. Comme il a gardé le palet, il peut donc remettre en retrait à son capitaine Andrei Ivanov qui n'a plus qu'à viser la cage vide (1-1, photo). Tout est à refaire pour l'Avangard.

Le potentiel offensif des Sibériens éclate alors en deux actions. Aleksei Kalyuzhny - séparé de ses habituels compagnons Cervenka et Jagr car le Neftekhimik avait trouvé la parade contre cette première ligne - montre toute sa qualité de tir avec un lancer croisé à mi-hauteur côté mitaine (2-1). Et quand le talent individuel se combine à à la science collective de l'offensive à cinq joueurs, c'est encore plus beau ! Placé à la bleue côté droit, Aleksandr Popov pivote en zone offensive pour éviter son vis-à-vis et, dos au but, sert le défenseur Anton Belov, excellemment monté pour soutenir l'attaque. Dans son élan, l'arrière entre dans l'enclave face à Niklas Persson et à son homonyme Nikolaï Belov et place un tir du poignet dans le haut du filet (3-1). L'exécution de ce dernier geste est d'autant plus bluffante de la part d'un défenseur physique qui marque rarement, et généralement sur des slaps.

Krikunov change son gardien : Ivan Kasutin, solide pendant toute la série mais qui a pris trois buts en neuf tirs, cède sa place à sa doublure canadienne Scott Munroe, qui porte le logo des New York Islanders sur son masque. Un logo qui ne lui a pas porté bonheur, car pendant son année de contrat chez eux, il n'a joué qu'en AHL et n'a jamais porté le maillot assorti à ce masque...

2011-03-06-Omsk-Nijnekamsk2Avec deux buts de retard, on ne donne plus cher des chances de Nijnekamski, formation purement défensive. Mais le gardien finlandais Karri Rämö les relance en encaissant un but faible : il laisse passer sous sa botte droite un tir de Lubor Pivko, servi par une passe transversale de Niklas Persson (3-2, photo).

Lors du deuxième tiers-temps, l'Avangard élève encore le rythme. La défense tatare est coincée dans sa zone pendant plus d'une minute alors que les Sibériens font circuler le palet de manière virevoltante. Kuryanov se sacrifie en attaquant l'enclave et reste au sol, mais comme il a monopolisé deux défenseurs, Aleksandr Perezhogin a pu s'avancer pour lancer au fond des filets (4-2).

Il ne manquait plus que Jagr. Dévoreur d'espaces tout au long de ce deuxième tiers, il met dans le vent Yakov Rylov en entrée de zone, accélère le long de l'autre défenseur Nikita Shchitov, et une fois arrivé à proximité du but, délivre une merveille de passe transversale à son compère Cervenka (5-2). Le trou est fait.

La troisième période permet à Anton Kuryanov de réussir deux passes décisives supplémentaires, de derrière la cage de Kuryanov pour Perezhogin, puis à 5 contre 3 avec un décalage parfait pour Popov au poteau opposé (7-2). On pouvait le penser atteint moralement par les conséquences de son absence injustifiée de l'équipe nationale (le club a pris une amende mais il a échappé à la suspension), mais l'habituel joueur-modèle est toujours égal à lui-même.

La partie se termine par un tir de pénalité accordé pour un retard de jeu de Pivtsakin sur une action chaude devant la cage dans les deux dernières minutes. Petite controverse car le Neftekhimik essaient d'envoyer le petit technicien Simakov, alors qu'il n'était pas sur la glace. Les arbitres ne se laissent pas faire ; la substitution n'était pas utile puisqu'Igor Polygalov transforme sa tentative de manière parfaite (7-3).

La difficulté rencontrée par l'Avangard Omsk pour se qualifier, identique à celle du numéro 1 de Conférence ouest (Yaroslavl a aussi été poussé au septième match par Minsk), ne présage pas forcément de la suite. Les Sibériens vont tenir le même raisonnement que leurs adversaires : on n'a pas autant souffert et peiné pour rien ! Sur ce qu'ils ont montré ce soir, la qualité de leur hockey n'est pas en cause. Ils restent une très belle équipe, et on peut les déclarer favoris de la prochaine confrontation face à Magnitogorsk, pendant que Kazan et Ufa se feront face dans un choc de géants.

Commentaires d'après-match

Anton Kuryanov (attaquant d'Omsk) : "Le Neftekhimik est une équipe accrocheuse qui ressemble un peu au Lada. Nous avions toujours encaissé le premier but. Cette fois, nous avons enfin mené au score, et on a pu voir que le Neftekhimik est une équipe complètement différente quand elle mène ou quand elle est menée. Je pense que cela nous a servi de leçon. Maintenant, on va commencer à s'amuser."

Raimo Summanen (entraîneur d'Omsk) : "Nous avons gagné aujourd'hui parce que nous avions l'avantage de la glace. Merci aux fans pour cette fantastiquen atmosphère. Les équipes étaient proches : leur léger déficit de talent, le Neftekhimik l'a compensé par l'envie. Il n'y a pas une grande différence, mais nous avons un meilleur effectif avec plus de joueurs. Certains sont au repos pendant que d'autres sont sur la glace : Bondarev n'avait pas joué un seul match, Belov et Ryabykin en ont manqué plusieurs."

Vladimir Krikunov (entraîneur de Nijnekamsk) : "Nous avons perdu la série avant-hier en encaissant l'égalisation alors que nous étions en supériorité. Cela a influencé la psychologie des joueurs lors de ce match, même si nous avons bien joué. Nous avons eu trois excellentes occasions à 2-3. Malheureusement, nos gardiens n'ont pas joué à leur meilleur niveau. Je pense que nous avons montré un beau visage lors de cette série. Nous avons passé la saison à corriger les choix faits dans la composition, y compris au niveau des étrangers. Je n'ai eu une équipe prête pour travailler que mi-février, trois journées avant le début des play-offs."

 

Avangard Omsk - Neftekhimik Nijnekamsk 7-3 (3-2, 2-0, 2-1)
Dimanche 6 mars 2010 à 14h00 à l'Arena-Omsk. 10318 spectateurs.
Arbitrage de Konstantin Olenin et Aleksei Ravodin (Moscou) assistés de Sergei Shelyanin et Dmitri Sivov (Moscou).
Pénalités : Omsk 2' (0', 0', 2'), Nijnekamsk 10' (0', 4', 6').
Tirs : Omsk 38 (12, 15, 11), Nijnekamsk 18 (8, 5, 5).
Engagements : Omsk 42 (18, 11, 13), Nijnekamsk 25 (8, 7, 10).

Évolution du score :
1-0 à 05'16" : Cervenka assisté de Jagr et Vampola
1-1 à 08'38" : Ivanov assisté de Petsushko
2-1 à 10'24" : Kalyuzhny assisté de Pervyshin
3-1 à 12'46" : Belov assisté de Vampola et Popov
3-2 à 16'12" : Pivko assisté de Persson et Simakov
4-2 à 28'14" : Perezhogin assisté de Kuryanov
5-2 à 38'07" : Cervenka assisté de Jagr (sup. num.)
6-2 à 41'02" : Perezhogin assisté de Kuryanov et Popov
7-2 à 51'55" : Perezhogin assisté de Popov
7-3 à 58'04" : Polygalov (tir de pénalité)


Avangard Omsk

Gardien : Karri Rämö (FIN).

Défenseurs : Andrei Pervyshin - Martin Skoula (TCH) ; Nicholas Angell (USA) - Denis Kulyash ; Aleksei Bondarev - Anton Belov ; Nikita Pivtsakin [à 20'].

Attaquants : Igor Volkov - Aleksei Kalyuzhny (BLR/RUS) - Igor Averin ; Aleksandr Popov - Anton Kuryanov - Aleksandr Perezhogin ; Roman Cervenka (TCH) - Petr Vampola (TCH) - Jaromir Jagr (TCH) ; Sergei Kalinin - Dmitri Semin - Dmitri Vlasenkov ; Sergei Sentyurin.

Remplaçant : Aleksei Kuznetsov (G). En réserve : Dmitri Ryabykin, Andrei Mukhachev, Timofei Shishkanov, Vladimir Pervyshin.

Neftekhimik Nijnekamsk

Gardien : Ivan Kasutin puis Scott Munroe (CAN) à 12'46".

Défenseurs : Nikolaï Belov - Evgeni Ryasensky ; Nikita Shchitov - Yakov Rylov ; Sergei Bernatsky - Renat Mamashev ; Maksim Berezin.

Attaquants : Libor Pivko (TCH) - Niklas Persson (SUE) - Aleksei Simakov ; Andrei Ivanov (C) - Igor Polygalov - Maksim Pestushko ; Sergei Konkov - Aleksandr Islamov - Maksim Yakutsenia ; Igor Bortnikov - Anton Krysanov - Evgeni Lapenkov ; Emil Galimov [une présence, 11 secondes].

Absents : Pavel Brendl (TCH), Dmitri Makarov (deux doigts cassés à la main droite).