Évry - Lyon (Division 2, 1/4 de finale aller)

Le grand retour en forme des Olsson

Benjamin_DE_AVELAR_Evry_-_9798Lorsqu'on évoque en D2 les places réservées aux invités et les salons VIP, on pense à la patinoire Charlemagne. Mais sur ce point également, Évry n'a pas l'intention d'en laisser le monopole à Lyon. L'invitation ne signifie pas seulement l'entrée gratuite, puisqu'elle l'est pour tout le monde. Le tiers des (maigres) gradins a été réservé pour les élus et décideurs, qu'il faut convaincre d'adhérer au projet du club. Les travaux de réhabilitation de la patinoire actuelle ont déjà été votés, mais les ambitions de haut niveau passent nécessairement par un emménagement dans une enceinte plus grande.

Avant de se précipiter vers le banc pour assurer le coaching, Sylvain Devaux se charge lui-même de présenter au micro la cérémonie d'avant-match : la minute de silence respectée dans toutes les patinoires pour le Japon, puis le coup d'envoi symbolique donné par le maire Manuel Valls, accompagné par Arnaud Briand, l'ancien capitaine de l'équipe de France. L'un comme l'autre assisteront au match pendant deux tiers-temps. Pour l'un d'eux, il s'agit de réussir à voir au moins la fin du match Rouen-Amiens et de goûter la joie de la victoire... Bonne prédiction.

Devant tant d'invités prestigieux, il s'agit de résister à l'adversaire le plus difficile qui soit. Lyon est l'adversaire dont le style de jeu convient le moins à Évry, comme l'ont prouvé les deux confrontations de saison régulière (8-2 et 10-4). Les Peaux Rouges ont un nouvel atout, leur "joker médical" Chris Mannix. Un gardien au nom de préservatif suffira-t-il à la protection maximale des cages ? Ce fut vrai au tour précédent contre La Roche-sur-Yon, mais le virus lyonnais s'annonce plus pénétrant...

Lyon prend position dans la zone évryenne dès le début du match, et le danger se rapproche de plus en plus. Après sept minutes, Alexander Olsson conclut un beau jeu en triangle de sa ligne enfin reconstituée (0-1, 07'02"). Les difficultés d'Évry se traduisent dans des pénalités. Kevin Ledoux en prend deux, mais ce sont une obstruction de Pousset et un cinglage de Morette qui réduisent leur équipe à 3 contre 5 pendant 57 secondes. Robert centre de la droite pour son homonyme Alexander Olsson (0-2, 12'46").

Une minute plus tard, Mathieu Reverdin feinte le lancer et délivre en fait une passe parfaite pour Thomas Puech à gauche du but (0-3, 13'56"). Évry demande un temps mort. Dans le cercle serré que forment les Peaux Rouges, on se doute que les mots "concentration" et "implication" doivent être prononcés. Malheureusement, ils ne rentrent pas en application. Seul dans le slot face à trois adversaires, Reverdin pousse le palet au fond, au rebond d'un slap de Mike Ruberto (0-4, 16'21"). Le score est sévère mais juste : il sanctionne une première période à sens unique.

Le deuxième tiers-temps commence différemment : Évry se crée autant d'occastions en cinq minutes que pendant les vingt premières. Mais cette domination à cinq contre cinq ne se concrétise pas à cinq contre quatre. Alors que les pénalités ont changé de camp, Lyon se sort confortablement des infériorités, et passe même tout près de marquer quand un tir à ras glace de Figon frôle le poteau. Les Lions mordent à nouveau, et après un lancer de Bonello de la bleue, Peduzzi est contraint à la faute sur un rebond très chaud contesté par deux visiteurs. Évry est en infériorité, Ledoux s'échappe et subit une obstruction non sifflée, alors que même les supporters lyonnais étaient prêts à concéder la faute. Le numéro 96 s'en lamente et écope d'une méconduite.

Romain_DANTON_Evry_-_9741Perdre pour dix minutes leur leader offensif semble porter un coup fatal à l'insurrection des Peaux Rouges. Ils n'abandonnent cependant pas le combat, et ils se montrent même enfin dangereux en powerplay, surtout dans une séquence où le gardien Quentin Wargnier a perdu sa crosse. Mais ce tiers-temps clairement en faveur d'Évry s'achève par... un but lyonnais. Mike Ruberto, au coude-à-coude avec Pousset, arrive à glisser le palet dans un trou de souris (0-5, 36'50").

Évry aborde la troisième période avec le même allant. En fin d'infériorité, Romain Danton se fait oublier en zone neutre derrière les lignes lyonnaises et part dans un breakaway, arrêté par Quentin Wargnier. Le jeune gardien des Lions, révélation de la saison, peut croire à son premier blanchissage. Mais sur un slap axial de Milan Sejna, le rebond est rabattu par Kevin Ledoux à l'extrême limite de la crosse haute (1-5, 43'10"). Cela vaudra une pénalité de banc mineur à Pascal Margerit pour contestation.

Un élan pour réduire l'écart semble possible, d'autant qu'Andrew Bonello accroche Harond Litim parti en contre. Mais à la fin de la pénalité, une belle charge au centre de la glace d'Alexandre Devaux est inutile, car Bonello tout juste sorti de prison monte dans le cercle droit et place le palet dans la lucarne gauche (1-6, 48'06"). Premier tir lyonnais du tiers, premier but... Un cinglage de Ledoux, et Robert Olsson marque un superbe but en utilisant Alexander Olsson en une-deux pour s'avancer près de la cage (1-7, 47'39"). Deuxième tir, deuxième but...

Le coup est rude pour Évry. En plus, Kevin Ledoux se fait sanctionner une fois de plus pour une crosse haute. Son ami Romain Danton arrive à intercepter le palet face à Damien Croux à la bleue et à s'échapper, mais son tir est trop croisé. Lyon s'installe à nouveau et le but est trop facile pour Baptiste Frioux, décalé par Robert Olsson face à une défense absente. Évry lâche totalement prise physiquement et mentalement, et Frioux inscrit encore un dernier but en cage ouverte (1-9, 58'23").

La victoire de Lyon ne souffre aucune discussion. Elle est la conséquence d'un premier tiers-temps sérieux, pendant lequel la défense est restée bien placée pendant que les attaquants dominaient leur sujet. Ensuite, alors que le score était acquis, Évry a peu à peu repris le contrôle de la partie, mais le réalisme des Lyonnais a alors continué de faire la différence, même quand le cours du jeu était inverse.

La soirée s'est donc idéalement déroulée pour Lyon, qui ne répètera pas sa mésvanture de l'an dernier en quart de finale. Seul mauvais point du match, la discrétion d'Elvis Zelubovskis, qui a très peu zébulonné, s'est peu engagé dans le jeu et n'a même pas cadré ses lancers. Interrogé sur le cas du Letton, Pascal Margerit a expliqué ses difficultés pour exploiter son indéniable potentiel : "Zelubovskis ne patine pas assez à mon sens. Ce n'est pas un gros travailleur mais il a beaucoup de talent. Quand il joue agressif, il est très pénalisé parce qu'il a un style de jeu dont on n'a pas l'habitude en D2 française. J'essaie de le calmer, mais j'ai l'impression que ça lui coupe un peu les pattes. Ce n'est pas facile de le gérer, mais quand il accélère, c'est un joueur décisif en powerplay, qui a un gros shoot et contrôle bien le jeu. C'était ma recrue de dernière minute avec un petit budget supplémentaire, car contrairement à ce que pense Évry, nous n'avons pas des joueurs chers, c'est juste une bonne pioche. Il était un peu dedans ce soir, mais j'espère le revoir."

Lyon-Zelubovskis2Si l'éclipse de Zelubovskis, qui pourrait être le maître à jouer naturel des Lions, n'a eu aucune influence, c'est que la ligne des Olsson et de Frioux, si dominante l'an passé, est revenue à son meilleur niveau, alors que c'était le premier match où les trois hommes étaient rassemblés. Robert Olsson a en effet été blessé aux adducteurs. Il devait reprendre du service à Clermont-Ferrand, mais son entraîneur Pascal Margerit l'a sorti en cours de match parce qu'il ne jouait pas bien, puis l'a laissé au repos au retour d'autant qu'il était malade. Ce soir, Robert Olsson a réussi un retour fracassant avec son frère. De nouvelles armes pour amener les Lyonnais jusqu'à la montée en D1.

Commentaires d'après-match

Pascal Margerit (entraîneur de Lyon) : "On était en confiance parce qu'on avait battu Évry deux fois, mais ils ont recruté un nouveau gardien, et ça peut tenir un match. Chaque fois qu'on a perdu cette saison, les gardiens en face ont fait des miracles. J'ai choisi de faire jouer notre gardien junior [Wargnier] plutôt que le Suédois [Svedin] parce qu'il mérite, et il a prouvé que je ne m'étais pas trompé. Même ceux qui ne jouent pas encouragent tout le monde, il y a un bel esprit dans cette équipe malgré ce que certains pensent. Je suis content du résultat parce que je pourrai jouer à quatre lignes au retour comme contre Clermont. J'ai une quatrième ligne qui est aussi bonne que la troisième, mais je ne peux pas jouer à quatre lignes normalement car mes joueurs-cadres ne sont pas dans le rythme. J'ai hyper-confiance en mon attaque qui a du talent, parfois on en oublie de défendre et on attend trop les contres ; il faut apprendre à maîtriser le coup de feu adverse, qui est souvent épisodique pendant cinq minutes, et laisser passer l'orage."

Sylvain Devaux (responsable d'Évry) : "Les Lyonnais ont une très belle équipe qui a la qualité pour monter, et on ne sait pas comment les prendre. Les gars se sont mis la pression tout seuls, alors qu'on ne devait pas avoir de pression puisque notre objectif d'aller en quart de finale est atteint. Contrairement à la Roche-sur-Yon où on a accepté de subir parce que c'était notre plan de jeu et où on a laissé passer l'orage avec beaucoup de patin, on est resté planté, on n'a pas assez patiné, et c'était plus facile pour les Lyonnais de nous tourner autour. On se fait prendre sur notre pressing, on affronte des 3 contre 2, et ça devient difficile pour les défenseurs et pour le gardien. Quand physiquement on était dedans comme au deuxième tiers, on a vu qu'on pouvait leur poser des problèmes, même si évidemment Lyon est au-dessus. Les gars ont pris une belle claque, mais ce sont des compétiteurs, ils auront à coeur de faire mieux au retour."

Kevin Ledoux (attaquant d'Évry) : "On savait que Lyon, ça déroulait. Aux deux matches précédents, on avait mal commencé. Là on a tenu dix minutes et après, les pénalités se paient cash. 4-0, ça fait mal. On arrive à se ressaisir, on arrive à les gêner, mais on manque de lucidité et d'expérience. Ils en ont, c'est une équipe qui va aller très loin. Je ne suis pas quelqu'un de nerveux, et j'ai 18 minutes de pénalité en un match, je n'avais jamais vu ça dans ma carrière. J'étais un peu nerveux, toute l'équipe s'est mis un peu la pression par rapport à l'engouement. Sur les dix minutes, j'aurais dû être plus calme, mais je pensais qu'il y avait faute. C'est frustrant, j'ai l'impression qu'il m'a pris en grippe."

 

Évry - Lyon 1-9 (0-4, 0-1, 1-4)
Samedi 19 mars 2011 à 18h15 à la patinoire François-Lecomte. 300 spectateurs.
Arbitrage de Damien Bliek assisté de Nicolas Lobry et Christian Maltaverne.
Pénalités : Évry 30' (8', 6'+10', 6'), Lyon 18' (4', 8', 6').
Tirs : Évry 26 (4, 13, 9), Lyon 29 (12, 8, 9).

Évolution du score :
0-1 à 07'02" : A. Olsson assisté de Frioux et R. Olsson
0-2 à 12'46" : A. Olsson assisté de R. Olsson (double sup. num.)
0-3 à 13'56" : Puech assisté de Reverdin et Bonello (sup. num.)
0-4 à 16'21" : Reverdin assisté de Mi. Ruberto et Puech
0-5 à 36'50" : Mi. Ruberto assisté de Zelubovskis
1-5 à 43'10" : Ledoux assisté de Sejna (sup. num.)
1-6 à 48'06" : Bonello assisté de Magallon et Désérable
1-7 à 49'39" : R. Olsson assisté de A. Olsson (sup. num.)
1-8 à 56'04" : Frioux assisté de R. Olsson et A. Olsson (sup. num.)
1-9 à 58'23" : Frioux assisté de Magallon


Évry

Gardien : Christopher Mannix.

Défenseurs : Yann Morette - Nicolas Pousset (A) ; Alexandre Devaux (A) - Milan Sejna ; Benjamin De Avelar.

Attaquants : Harond Litim - Kévin Ledoux (C) - Romain Danton ; Romain Gentilleau - Dan Gordon - Victor Peduzzi ; Arnaud Niverd - Mohamed Benyahia - Loïc Morette.

Remplaçant : Vincent Vancayseele (G). Absents : Matt Burto (remercié), Alexis Niverd.

Lyon

Gardien : Quentin Wargnier.

Défenseurs : Thomas Puech - Andrew Bonello ; Matt Ruberto - Damien Croux (C) ; Nicolas Deshaies - François-Henri Désérable (A).

Attaquants : Elvis Zelubovskis - Mathieu Reverdin (A) - Mike Ruberto ; Alexander Olsson - Robert Olsson - Baptiste Frioux ; Arnaud Magallon - Mathieu Combe - Frédéric Figon.

Remplaçants : Daniel Svedin (G), Martin Croguennec, Christopher Cirgues, Paulin Jouanin, Adryan Serrano, Dorian Duchosal.