Les petits secrets de la Coupe Magnus

TristanAlricLa Coupe Magnus fête cette saison ses vingt-cinq ans d'existence puisqu'elle fut remise pour la toute première fois en 1986 à l'équipe de Saint-Gervais, avec dans ses rangs Pierre Pousse (qui avait assisté à la sortie d'usine de la coupe, photo ci-contre). C'était juste avant que le club de la Haute-Savoie, sacré champion de France pour la deuxième saison d'affilée, ne fusionne ensuite avec Megève, son proche voisin, pour devenir l'entente du "Mont-Blanc".

Pour l'anecdote, cette première cérémonie s'était déroulée presque en catimini puisque les dirigeants fédéraux de l'époque ne saisirent pas tout de suite l'intérêt médiatique que pouvait avoir ce nouveau trophée. Il était pourtant très spectaculaire sur le plan visuel (plus d'un mètre de haut) mais cette coupe avait le tort d'avoir été imaginée en dehors du cadre fédéral par un jeune journaliste qui écrivait à l'époque des articles de hockey dans le quotidien national L'Équipe.

À l'occasion de ce 25e anniversaire, Tristan Alric, le créateur de la Coupe Magnus, a accepté de nous livrer quelques petits secrets inédits sur ce trophée qui a connu quelques années plus tard une belle reconnaissance. En effet, en 2006 la nouvelle fédération indépendante, soucieuse de renouer avec la mémoire historique de son sport, a décidé de donner son nom au championnat élite qui est devenu ainsi pour la postérité la "Ligue Magnus". On notera que dans la foulée, Tristan Alric fut embauché comme archiviste-documentaliste de la nouvelle FFHG ce qui constitua une autre belle preuve de reconnaissance de la part des nouveaux dirigeants fédéraux.

"Lors de la construction de la Coupe Magnus par une petite entreprise située à Scionzier en Haute-Savoie, les noms des clubs champions de France n'étaient pas encore gravés sur les flancs de la coupe mais sur des petites plaques métalliques qui étaient collées dessus", raconte Tristan Alric. Malheureusement, ces plaques ne résistèrent pas longtemps à l'enthousiasme des vainqueurs et surtout à la rugosité des gants des joueurs qui les décollèrent peu à peu presque toutes. "J'ai donc demandé à un artisan de Valence dans la Drôme de graver tous les noms directement sur la coupe", explique l'ancien journaliste. Ce dernier en profita pour faire graver également les palmarès des divers trophées individuels (meilleur buteur, meilleur gardien, meilleur joueur français et meilleur espoir), qu'il avait également créés depuis 1978.

TristanAlric2On sait tous que la Coupe Magnus a pris le nom de Louis Magnus car ce dirigeant français fut le premier président de la Ligue internationale de hockey devenue par la suite l'IIHF. Ce que l'on sait moins en revanche, c'est la signification des noms des divers trophées individuels. Son créateur explique : "J'ai donné le nom de Charles Ramsay au trophée du meilleur buteur car ce hockeyeur américain fut une vedette énorme dans l'ancien Vel'd'Hiv de Paris juste avant la seconde guerre mondiale. On n'imagine pas aujourd'hui quelle était sa notoriété ! Même chose pour Albert Hassler qui a donné son nom au trophée du meilleur joueur français. Le trophée du meilleur gardien de but porte le nom de Jean Ferrand car l'ancien président du Comité national de hockey puis de la FFSG joua comme goal à Gap dans sa jeunesse. Enfin, j'ai donné le nom de Jean-Pierre Graff au trophée du meilleur espoir car ce jeune joueur de Strasbourg, qui était un passionné de hockey, est malheureusement décédé très tôt d'une tumeur au cerveau."

Si vous regardez attentivement le palmarès des champions de France qui est inscrit sur la coupe, vous remarquerez qu'il comporte une erreur. En effet, les recherches et vérifications historiques menées à l'époque par Tristan Alric n'étant pas encore terminées lors de la conception de la coupe, le palmarès débute en 1904 alors qu'en réalité le premier titre officiel du champion de France fut décerné au club de Lyon en 1907. "L'erreur vient du fait que j'avais repris le palmarès qui figurait sur l'ancienne coupe décernée au champion de France que détenait le club de Chamonix", explique Tristan Alric (ci-contre dans une photo de Manu Molle).

Devenu le trophée officiel du championnat de France malgré des débuts chaotiques, la Coupe Magnus n'a pas subi uniquement l'usure physique du temps, notamment à cause des excès d'enthousiasme des joueurs qui l'ont parfois malmenée sérieusement. En effet, la coupe a connu aussi quelquefois un sort peu compatible avec la mémoire sportive qu'elle est censée représenter au regard de l'histoire comme le raconte son créateur : "Il y a une dizaine d'années, je suis arrivé dans le bar de la patinoire de Rouen et j'ai vu avec stupeur que la Coupe Magnus était déposée sur le comptoir au milieu des effluves de l'huile à frites entre les sandwiches et les robinets à bière... Sa vasque supérieure était remplie de bonbons et tout le monde pouvait la toucher sans aucun égard. C'était devenu un objet anonyme et sans intérêt. Le mythe était cassé. J'ai donc envoyé une lettre à l'ancien président, Jean-Claude Ducable, pour lui faire part de mon mécontentement et pour lui demander de préserver le caractère symbolique de cette coupe, ce qu'il a accepté de faire par la suite."

On notera enfin, que le financement de la Coupe Magnus lors de sa création fut possible grâce au soutien financier de tous les présidents des clubs de l'ancienne Nationale A qui acceptèrent de donner chacun 1000 francs (153 euros) sauf le président de Viry-Châtillon, Claude Pourtanel qui refusa de donner son obole "parce qu'il ne voulait pas que son argent paye un trophée qui risquait d'être remporté par le club des Français Volants de Paris avec qui il était en guerre...", conclut en souriant Tristan Alric.