Strasbourg - Rouen (Ligue Magnus, finale, match 3)

2011-04-01-Strasbourg-RouenOn avait dénoncé dès sa conception la petitesse de l'Iceberg, qui risquait d'être vite trop petit pour un club accédant alors à l'élite. La capacité du bâtiment avait-elle été plafonnée par l'influence politique d'autres sports qui ne voulaient pas d'ombre, comme on l'a parfois sussurré ? En tout cas, cinq ans plus tard, le football est en troisième division, et cette patinoire au tout début de sa durée de vie est déjà terriblement étroite. Des centaines de personnes ont été recalées à l'entrée, faute de places, tout au long du formidable parcours en play-offs.

Pour être capable d'ouvrir les tribunes au maximum de public, l'Étoile Noire a trouvé un accord avec ses sponsors pour qu'ils renoncent à leurs billets réservés lors de cette finale vraiment pas prévue au programme. Seuls de vrais passionnés ont donc pu obtenir les précieux tickets - tous partis en prévente - pour encourager leur équipe dans ce match de la dernière chance. Et pour ceux qui sont restés à quai, le match est diffusé sur écran géant sur un mur extérieur de la patinoire !

Même si la défaite a été au rendez-vous à chaque fois en Normandie, le deuxième match de Strasbourg a été plus convaincant que le premier, et il laisse donc de l'espoir. L'Étoile Noire se raccroche à son invincibilité à domicile dans ces séries pour affronter cette équipe rouennaise qui enchaîne les victoires depuis deux mois.

Mais pour lutter face à l'armada offensive des Dragons au grand complet, la défense alsacienne n'est-elle pas irrémédiablement affaiblie ? Dès le premier match, Strasbourg a perdu sur blessure une de ses trois paires (Petriläinen-Svete), et pas la moindre. Pasi Petriläinen était l'indéniable meneur défensif dans ces play-offs, le relanceur-clé. On se demande si les quatre arrières restants, renforcés du polyvalent Burgert, tiendront la distance. Mais c'est à la première présence qu'ils commettent une erreur : Teddy Da Costa, laissé tout seul devant Hiadlovsky, dévie de manière imparable le tir de la bleue de Calle Bergström (0-1, 00'16").

2011-04-01-Strasbourg-Rouen2Beaucoup d'équipes seraient déroutées par une telle entame, mais la force de la volonté strasbourgeoise n'est plus à démontrer dans ces séries. Les hommes de Daniel Bourdages passent tout de suite à l'offensive. Un revers de derrière la cage d'Édouard Dufournet cherche Liunel Tarantino, maîtrisé par la défense, et trouve au second plan David Striz, dont le lancer puissant à mi-distance est bien capté par Fabrice Lhenry. Lorsque la ligne des ex-Rouennais revient sur la glace, elle signe une nouvelle attaque collective : le revers de Tarantino et le coup droit de Cruchandeau frappent presque en même temps le palet pour jeter le trouble sur l'identité du buteur, mais pas sur la réalité du but (1-1, 04'34").

Rouen est cependant sans pitié. Une relance rapide de Marc-André Thinel trouve Fançois-Pierre Guénette à la bleue qui s'échappe entre les défenseurs et décale parfaitement Mathieu Brunelle (1-2, 05'49"). Un but révélateur de la stratégie des Dragons dans ce premier tiers, qui utilisent leur vitesse pour placer des contres assassins et obliger Hiadlovsky à des arrêts décisifs. De son côté, Strasbourg domine, mais de façon plus stérile. L'illustration la plus criante réside dans le jeu de puissance alsacien, qui est gêné dès la zone défensive et n'arrive pas à construire. La seule fois où l'on s'installe, David Cayer semble retrouver son patinage virevoltant... avant de rendre le palet à l'adversaire sur une mauvaise passe. Exceptionnel lors des tours précédents, le Canadien n'a pu faire la différence dans cette finale, éteint par la défense normande.

Le jeu garde la même physionomie au deuxième tiers-temps : Strasbourg pousse mais reste sous la menace. À une déviation manquée de Cibula sur centre de Cayer répond ainsi une contre-attaque immédiate de Da Costa qui décale Desrosiers au second poteau pour une parade-réflexe du gant de Hiadlovsky. C'est ensuite Thinel qui s'échappe en solitaire, accroché par Striz. La supériorité numérique est tout de suite concrétisée par Teddy Da Costa (1-3, 30'06"). C'est vraiment l'euphorie ces jours-ci dans la famille Da Costa : Teddy marque deux fois dans le match pour le titre aujourd'hui, alors que Stéphane va devenir demain le troisième Français à jouer en NHL (il a signé hier un contrat de deux ans avec Ottawa, et fera la fin de saison avant d'être libéré pour les championnats du monde).

2011-04-01-Strasbourg-Rouen4Avant-hier, Strasbourg avait déjà remonté un écart de 1-3 au deuxième tiers-temps. Rouen n'a pas retenu la leçon et Juho Lehtisalo réussit une subtile déviation au second poteau sur un centre d'Elie Marcos (2-3, 30'36"). Les Alsaciens ont un moral d'acier, mais ils s'emballent quelque peu et subissent un 3 contre 1 fatal : Olsson décale Desrosiers qui marque en lucarne (2-4, 33'28"). Dans la minute qui suit, le jeune Pierre Bougé, titularisé du fait des absences, se fait contrer par Mathieu Brunelle, mais Hiadlovsky ne prend pas à la feinte et remporte son duel en repoussant le palet de la jambière. Les Strasbourgeois précipitent leurs actions en cette fin de tiers, y compris dans leur zone, mais leur gardien leur évite le pire.

Strasbourg revient sur la glace du bon pied, à l'instar du duo Cayer-Cibula qui arrive à s'infiltrer dans l'enclave au milieu des défenseurs rouennais. Deux obstructions sont ensuite sifflées coup sur coup contre Carl Mallette et Juha Alen : 1'27" en double supériorité numérique, voilà une occasion inespérée de revenir. Un remarquable Thinel contre Bradley sur la première entrée de zone, et l'Étoile Noire n'arrivera jamais à installer son powerplay, son point faible ce soir. Sûre d'elle et bien organisée, l'équipe normande garde alors ses deux buts d'avance jusqu'à la fin.

2011-04-01-Strasbourg-Rouen3Le match aura été vivant, et Strasbourg un digne adversaire. Arrivés diminués après des play-offs épatants mais éprouvants, les Alsaciens ont rivalisé avec Rouen et n'ont jamais reculé devant l'adversaire, mais ils se sont logiquement inclinés face à la vitesse des attaquants normands et à l'efficacité de leurs unités spéciales.

Après ce vingtième match remporté de suite, les Dragons de Rouen sont les champions incontestés. Ils sont les maîtres de la Coupe Magnus sur laquelle ils gravent leur nom pour la onzième fois. Et ils mettent un terme à l'alternance en conservant leur titre, ce que personne n'avait fait depuis 1997.

Désignés joueurs du match : Hugues Cruchandeau pour Strasbourg et Teddy Da Costa pour Rouen.

Commentaires d'après-match (sur Sport +)

Daniel Bourdages (entraîneur de Strasbourg) : "C'est dommage qu'on ait dû jouer cette finale avec autant de blessés. Même certains joueurs habillés étaient blessés. On aurait aimé une meilleure résistance, mais on ne peut en vouloir à personne. C'est une belle expérience pour les jeunes et même pour les plus vieux, c'est du bonus."

Jonathan Zwikel (attaquant de Rouen, retraité ce soir, en photo dans les bras de son beau-père Luc Tardif lors de la remise des médailles) : "Tout ce que j'espérais, c'est cette victoire. C'est un mélange de sentiments. La joie mélangée à la tristesse, cela ne fait pas bon ménage. Je prends quelques jours en famille, j'espère que de belles choses s'annoncent pour moi, mais je ne sais pas encore."

Teddy Da Costa (attaquant de Rouen) : "C'est une super semaine pour la famille. Je suis super content pour Stéphane, c'est la première fois que je le vois pleurer de joie. Depuis tout petit, il travaille très dur pour pouvoir aller en NHL, et pas grand monde n'y croyait en France. C'est la deuxième année consécutive qu'on remporte le titre, et c'est énorme."

(photos de Nicolas Platel)

 

Strasbourg - Rouen 2-4 (1-2, 1-2, 0-0)
Vendredi 1er avril 2011 à 20h45 à l'Iceberg.
Arbitrage d'Alexandre Bourreau et Mathieu Barbez assistés de Pierre Dehaen et Jérémy Rauline.
Pénalités : Strasbourg 6' (2', 2', 2') ; Rouen 14' (6', 2', 6').
Tirs : Strasbourg 37 (13, 12, 12) ; Rouen 25 (6, 13, 6).

Évolution du score :
0-1 à 00'16" : Da Costa assisté de Bergström et Olsson
1-1 à 04'34" : Cruchandeau assisté de Bougé et Tarantino
1-2 à 05'49" : Brunelle assisté de Guenette et Thinel
1-3 à 30'06" : Da Costa assisté de Salmivirta et Tardif (sup. num.)
2-3 à 30'36" : Lehtisalo assisté de Marcos
2-4 à 33'28" : Desrosiers assisté d'Olsson et Mallette


Strasbourg

Gardien : Vladimír Hiadlovský.

Défenseurs : Michal Cesnek - David Stríž ; Hugues Cruchandeau (A) - Maxime Mallette ; Julien Burgert.

Attaquants : Ján Cibula - Paul Bradley - David Cayer ; Timothée Franck - Élie Marcos (C) - Juho Lehtisalo ; Lionel Tarantino - Édouard Dufournet - Pierre Bougé.

Remplaçants : Gilles Beck (G), Noé Gersanois, Jérémy Quillier. Absents : Pierre-Antoine Devin (luxation acromio-claviculaire), Pasi Petriläinen (fracture de l'annulaire), Ziga Svete (épaule).

Rouen

Gardien : Fabrice Lhenry.

Défenseurs : Jens Olsson - Calle Bergström ; David Holmqvist - Cédric Custosse ; Juha Alen - Jonathan Janil ; Daniel Babka [à 35'].

Attaquants : Julien Desrosiers - Carl Mallette (C) - Teddy Da Costa ; Marc-André Thinel (A) - François-Pierre Guénette - Mathieu Brunelle ; Luc Tardif Jr - Jonathan Zwikel (A) - Ilpo Salmivirta.

Remplaçants : Sebastian Ylönen (G), Aurélien Greverend, Alexandre Mulle, Anthony Rech, Romain Gutierrez.