Evgeni Nabokov suivra-t-il la voie de Fabrice Lhenry ?

MEZIN_Andrei-100516-795"Koshmar"... "Cauchemar", si vous préférez. C'est le mot d'étymologie française qu'a employé le principal quotidien sportif russe pour qualifier la saison d'Evgeni Nabokov après le dernier rebondissement qui vient de survenir. Cet été, le gardien champion du monde 2008 à Québec avait signé un contrat de 4 ans pour le SKA Saint-Pétersbourg et était censé devenir une des stars de la KHL. Mais son retour en Russie fut un échec à la fois sportivement, faute de confiance de son entraîneur, et en privé, car sa femme américaine ne s'est pas adaptée. Il a donc trouvé un accord avec son club pour mettre un terme prématuré à son contrat.

Rentré en Amérique, Nabokov a négocié avec plusieurs équipes et trouvé une entente avec les Detroit Red Wings. Mais les règlements de NHL empêchent un joueur revenant d'Europe de signer directement un contrat, sans être proposé sur le marché au tout-venant selon la règle du "ballotage".

Garth Snow, manager des New York Islanders, passe alors un coup de fil à son ancien joueur Aleksei Yashin, aujourd'hui au SKA. Les deux hommes prennent des nouvelles régulièrement, et quand on lui demande son avis sur Nabokov, qu'il a côtoyé quatre mois, Yashin répond le plus honnêtement du monde la vérité, à savoir que le gardien lui semble en forme et que son potentiel est intact. Ce que l'attaquant ne sait pas encore, et ce dont il se mordra les doigts par la suite, c'est qu'il vient, sans la moindre arrière-pensée, de ruiner la carrière de son collègue : le lendemain matin, Snow demande les droits sur Nabokov au ballotage.

Or, Nabokov, qui avait choisi le prestigieux Detroit pour aller loin en play-offs, n'a aucune intention de jouer pour les Islanders, cancres de la NHL chez qui il n'aurait aucun défi à relever. Il refuse de les rejoindre, et les Islanders demandent alors sa disqualification pour que son salaire ne soit pas comptabilisé. Nabokov est interdit de jouer en NHL, et il est de toute façon trop tard pour être transféré en Europe. Sa saison est finie, dans un chausse-trappes.

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La Russie ne l'a cependant pas oublié et est prête à lui donner une chance : elle l'invite au camp d'entraînement qui commence cinq semaines avant le championnat du monde. Evgeni Nabokov se prépare ainsi depuis le 24 avril sous les ordres de Sergei Cherkas, le coach des gardiens du SKA qui le connaît déjà, et que Tretiak a appelé pour l'aider en équipe nationale.

Tout est fait pour tenir Nabokov dans une bulle. La presse a même été tenue à l'écart de l'entraînement à Novogorsk, ordre à distance des sélectionneurs Bykov et Zakharkin (impliqués en play-offs) pour protéger le gardien des tabloïds qui l'avaient pris pour cible à l'automne.

Le pari n'est pas sans rappeler celui de l'équipe de France l'an passé pour Fabrice Lhenry, qui n'avait presque pas joué de la saison, longtemps blessé et qui n'avait pas réussi à reprendre son poste de titulaire à Rouen à son retour. Pour mettre en condition son numéro 1 de confiance, le staff tricolore l'avait fait jouer à chaque rencontre de préparation, au besoin en le remplaçant avant soixante minutes, afin qu'il retrouve ses habitudes de jeu. Confiance payante puisque Lhenry avait ensuite réussi son Mondial.

La difficulté est plus grande dans le cas de Nabokov. Les derniers mois, il ne les a pas passés sur le banc d'une équipe professionnelle en participant à tous les entraînements, mais reclus chez lui en Californie, loin du hockey. Pourtant, à la base de Novogorsk, il a vite convaincu tout le monde : arrivé avec son poids de forme normal, sa condition ne laissait rien présager de sa longue pause. Il était affûté et prêt, ne lui manquait donc que de retrouver le jeu.

GorovikovKonstantinLa décision avait donc été prise de le faire jouer dès le premier match amical contre le Bélarus. Coup de théâtre, pourtant, une demi-heure avant le coup d'envoi : Vladislav Tretiak, président de la fédération russe et éternel responsable des gardiens de l'équipe nationale, tient une conférence de presse pour expliquer que Nabokov a été retiré de la feuille de match au dernier moment, faute d'autorisation formelle écrite des New York Islanders. Cette permission était-elle vraiment nécessaire ? Certains en doutent, mais la FHR a voulu jouer la prudence. Nabokov ne jouera pas jusqu'à la fin de la saison régulière NHL (le 9 avril) et son retour au jeu prend autant de retard.

Titularisé à l'improviste, le géant Vassili Koshechkin ne réussit pas à faire oublier le grand absent Nabokov. Il encaisse deux buts en première période, en perdant de vue un palet exploité dans le slot par Aleksei Ugarov, puis en se faisant feinter par Nikita Ossipov, un joueur natularisé d'origine russe, formé à Samara, arrivé au Bélarus il y a cinq ans et qui fait ses débuts en équipe nationale.

La Russie, qui avait ouvert le score par ses champions du monde juniors (Kuznetsov sur passe de Dvurechensky), se retrouve donc menée sur sa glace. La diversion Nabokov refermée, elle montre son vrai visage, celle d'une équipe "bis". Comme les Russes alignent toujours une équipe forte en Euro Hockey Tour, ce début de préparation mondiale est toujours le seul moment où ils peuvent tester les jeunes joueurs.

Les vedettes du Mondial junior Tarasenko et Kuznetsov sont les rares éclairs de cette formation, finalement sauvée par les deux joueurs expérimentés de Saint-Pétersbourg, Maksim Rybin et Konstantin Gorovikov : les anciens coéquipiers de Nabokov égalisent enfin quand un tir précis de Rybin vient à bout du toujours coriace Mezin, et ils marquent les tirs au but vainqueurs.

Désignés joueurs du match : Maksim Rybin pour la Russie et Andrei Mezin pour le Bélarus.

 

Russie - Bélarus 2-2 (1-2, 1-0, 0-0, 0-0, 1-0) / 2-1 aux tirs au but
Vendredi 1er avril 2011 à 19h00 à Smolensk. 800 spectateurs.
Arbitrage de Konstantin Olenin et Aleksandr Antropov (RUS) assistés de'Aleksandr Sadovnikov et Aleksandr Zakharenkov (RUS).
Pénalités : Russie 8' (4', 4', 0') ; Bélarus 20' (8', 6', 6').
Tirs : Russie 38 (11, 14, 8, 5) ; Bélarus 18 (6, 9, 3).

Évolution du score :
1-0 à 08'33" : Kuznetsov assisté de Dvurechensky et Zubov
1-1 à 13'05" : Ugarov (sup. num.)
1-2 à 16'51" : Osipov assisté d'Efimenko
2-2 à 35'24" : Rybin assisté de Rylov et Gorovikov (sup. num.)

Tirs au but :
Bélarus : Meleshko (à côté), Demagin (réussi), Demkov (arrêté).
Russie : Kuznetsov (arrêté), Gorovikov (réussi), Rybin (réussi).


Russie

Gardien : Vassili Koshechkin.

Défenseurs : Yakov Rylov (2') - Nikolaï Belov (A) ; Aleksandr Budkin (+1) - Nikita Pivtsakin (+1) ; Vyacheslav Buravchikov - Maksim Chudinov ; Roman Derlyuk (-1, 2') - Denis Bodrov (-1).

Attaquants : Maksim Rybin (A) - Konstantin Gorovikov (C, -1) - Denis Kokarev ; Anton Glinkin (-1) - Ilya Zubov (+1) - Nikita Dvurechensky (+1, 2') ; Evgeni Kuznetsov - Vadim Shipachev (2') - Andrei Popov ; Sergei Kalinin - Vladimir Tarasenko - Artem Panarin.

Remplaçant : Ivan Kasutin (G).

Bélarus

Gardien : Andrei Mezin.

Défenseurs : Andrei Antonov (-1, 4') - Nikolai Stasenko (2') ; Dmitri Korobov (2') - Viktor Kostyuchenok (A, +1) ; Mikhaïl Khoromando (2') - Andrei Filichkin (2').

Attaquants : Sergei Demagin (-1) - Andrei Stas - Dmitri Meleshko (-1) ; Aleksei Ugarov (2') – Sergei Drozd (2') - Artem Demkov ; Andrei Mikhalev (C) - Evgeni Kovyrshin (-1) - Aleksandr Pavlovich (2') ; Aleksandr Kulakov (+1) - Nikita Osipov (+1, 2') - Aleksei Efimenko (+1).

Remplaçant : Dmitri Milchakov (G).