Russie - Bélarus (Euro Hockey Challenge, match 2)

Lieu historique, défaite historique

MELESHKO_Dmitri-100516-836Napoléon n'avait pris la ville qu'incendiée et privée de tout stock de nourriture. Les troupes nazies s'y étaient embourbées et ont échoué à avancer vers Moscou. Aujourd'hui, c'est l'équipe de Russie qui y patauge pour commencer sa campagne de préparation aux championnats du monde. Qu'est-elle venue faire dans cette galère ?

Au départ, une idée généreuse : faire jouer l'équipe de Russie ailleurs qu'à Moscou ou Saint-Pétersbourg, pour que tout le pays puisse profiter de sa "Sbornaïa". Face au Bélarus, le choix de Smolensk était historiquement légitime. Smolensk a en effet été la première capitale de la République Socialiste de Biélorussie, en 1919, avant que l'URSS ne la réattribue à la Russie après la Seconde Guerre Mondiale pour services rendus. Et puis, à une soixante de kilomètres de la frontière, les voisins ont pu venir encourager leur équipe.

Il n'y avait certes pas besoin de ça pour remplir une patinoire qui avait initialement 300 places assises. On a installé des tribunes partout où c'était possible pour porter la capacité à 800 sièges. La patinoire était archi-pleine pendant ces deux jours, placés sous l'égide du "Jour de l'unité entre les peuples", qui commémore chaque 2 avril un accord de communauté de 1996 entre le Bélarus et la Russie. En ce jour de fraternité, même les arbitres se font applaudir, ce qui n'est pas le cas dans toutes les patinoires du monde. Il faut dire que le speaker annonce en préambule qu'il s'agit du dernier match d'Aleksandr Antropov avant sa retraite. Le sifflet sera à l'honneur ce soir : trois pénaltys dans un même match, cela n'arrive pas tous les jours !

Les grands pays européens arrivent généralement à mater leurs voisins même avec des équipes B ou C. Pourquoi la Russie, qui joue rarement sans vedette, n'y arriverait-elle pas ? Valeri Bragin aligne six des joueurs qu'il a emmenés au titre de champion du monde junior.

Cela devrait suffire pour dérouter une défense biélorusse arrivée à sept hommes dont un réserviste de dernière minute (Sushko) à la suite de divers forfaits : poignet d'Eronov, muscles abdominaux de Shvedov, intoxication alimentaire subite de Shinkevich... Les solutions sont limitées à l'arrières pour le Bélarus (qui attend cependant Denisov d'Ambrì et trois finalistes de son championnat) car le joueur de NHL Ruslan Saleï, jeune papa, a déjà annoncé qu'il ne serait pas du voyage.

Se sachant limités, les arrières biélorusses tâchent d'être disciplinés. Ils commettent moins de fautes stupides que la veille et se concentrent sur leur placement. Les visiteurs proches sont certes dominés, mais ils placent des contre-attaques rapides, et dès la sixième minute, leur capitaine Andrei Mikhalev reprend une passe d'Evgeni Kovyrhsin. La Russie paraît comme assommée et met de longues minutes avant de réagir : le trio Glinkin-Popov-Kuznetsov du Traktor Chelyabinsk égalise à un partout.

KULAKOV_Alexander-100516-858Le début de la deuxième période va se transformer en "koshmar" pour Vassili Koshechkin. Alors qu'il a l'occasion de s'affirmer comme titulaire pendant l'imbroglio contractuel qui laisse Nabokov en tribune, le gardien de deux mètres grille au contraire ses cartouches en encaissant trois buts d'affilée. Il ne voit pas venir le premier, un lancer masqué de la bleue de Korobov, en supériorité numérique car le jeune talent Tarasenko ayant commis un excès de zèle au pressing. Il est impuissant sur le second, un magistral tir de pénalité (Rylov avait fermé la main sur le palet) de Meleshko qui revient à ses feintes éprouvées après avoir cherché à innover hier pendant la séance de tirs au but. Et quand Koshechkin s'incline pour la troisième fois en une minute et demie face à Efimenko, il n'a plus qu'à rentrer au banc tête basse pour céder son poste à Kasutin.

À 1-4, l'écart est conséquent et la victoire russe incertaine. Maksim Rybin, fauché dans sa contre-attaque avec Gorovikov, manque le cadre sur son tir de pénalité. C'est alors que le gamin Tarasenko se souvient des remontées fantastiques du Mondial junior et se mue en leader précoce : il prêche par l'exemple, se bat sur chaque palet, et mène le jeu avec deux passes décisives pour Buravchikov, et une troisième que gâche Panarin dans une cage ouverte. Vu que Filichkin a marqué entre-temps, il reste toujours deux buts à remonter (3-5).

Les Russes passent presque entièrement les vingt dernières minutes dans la zone offensive. Une pression de tous les instants... qui ne fait pas fléchir le vieux sage Mezin. La seule façon de le battre, ce sera encore une fois un tir de pénalité, signé Kuznetsov (4-5). Il reste alors quatre minutes et l'espoir renaît, mais il est douché quand une pénalité idiote de Bodrov oblige son équipe à terminer en infériorité. Drozd décale Kulakov qui gagne son duel avec Kasutin (4-6).

C'est la première fois depuis onze ans que la Russie perd à domicile contre son petit voisin, depuis un 0-1 au Mondial de Saint-Pétersbourg face à un gardien qui s'appelait déjà Andrei Mezin. L'enjeu est moindre cette fois, mais il peut servir d'alarme. Urgence numéro un : la défense. Les arrières Emelin, Korneev et Grebeshkov feront donc le voyage en Suisse sous les ordres de Bragin pour remettre en ordre ce secteur, pendant que les stars offensives de Kazan, pourtant déjà sorties des play-offs en même temps (depuis une semaine), reprendront doucement l'entraînement à Moscou sous les ordres de l'autre "coach B" Nazarov.

Désignés joueurs du match : Evgeni Kuznetsov pour la Russie et Aleksei Ugarov pour le Bélarus.

Commentaires d'après-match

Valeri Bragin (entraîneur-adjoint de la Russie) : "Nous nous sommes créé beaucoup d'occasions mais nous avons fait trop de passes. Ceci dit, je ne peux pas omettre Mezin, qui a été notre principal problème dans les moments décisifs du match. L'objectif du staff durant ces deux rencontres était de regarder les jeunes, j'ai confiance dans cette génération. Kuznetsov et Tarasenko sont en bonne forme, ils ont une place dans l'équipe. Malheureusement Kuznetsov s'est démis l'épaule en fin de match. C'est dommage, il avait une chance d'aller au Mondial selon moi. Même si le dernier mot revient dans tous les cas à Bykov et Zakharkin."

Eduard Zankovets (entraîneur du Bélarus) : "Notre adversaire s'est battu jusqu'à la dernière seconde, il a fallu beaucoup d'effort et de dévouement pour affronter la pression. Mezin a été excellent à chaque match. L'attaque m'a plu par sa constance. Surtout si l'on prend en compte le temps passé en infériorité qui a fait peser un poids sur les centres. La quatrième ligne, qui devait simplement soulager les autres, ne devait pas être utilisée en infériorité, mais la situation requérait un ajustement et elle s'est bien débrouillée. Mais les défenseurs ont souffert pour aider Mezin, c'est là que les changements sont les plus probables."

 

Russie - Bélarus 4-6 (1-1, 2-4, 1-1)
Samedi 2 avril 2011 à 19h00 à Smolensk. 1000 spectateurs.
Arbitrage de Konstantin Olenin et Aleksandr Antropov (RUS) assistés de'Aleksandr Sadovnikov et Aleksandr Zakharenkov (RUS).
Pénalités : Russie 6' (0', 4', 2') ; Bélarus 18' (4', 4'+10', 0').
Tirs : Russie 44 (18, 13, 13) ; Bélarus 28 (11, 9, 8).

Évolution du score :
0-1 à 05'54" : Mikhalev assisté de Kovyrshin
1-1 à 13'07" : Glinkin assisté de Kuznetsov et Popov
1-2 à 23'14" : Korobov assisté de Pavlovich et Osipov (sup. num.)
1-3 à 25'04" : Meleshko (tir de pénalité)
1-4 à 25'44" : Efimenko assisté d'Antonov et Osipov
2-4 à 32'11" : Buravchikov assisté de Tarasenko (sup. num.)
2-5 à 33'58" : Filichkin assisté de Khoromando
3-5 à 35'22" : Buravchikov assisté de Tarasenko
4-5 à 55'54" : Kuznetsov (tir de pénalité)
4-6 à 59'13" : Kulakov assisté de Drozd (sup. num.)


Russie

Gardien : Vassili Koshechkin puis Ivan Kasutin à 25'44".

Défenseurs : Yakov Rylov (-2) - Nikolaï Belov (A, -1) ; Aleksandr Budkin - Nikita Pivtsakin (-1) ; Vyacheslav Buravchikov - Maksim Chudinov (-1) ; Roman Derlyuk - Denis Bodrov (2').

Attaquants : Maksim Rybin (A, -1) - Konstantin Gorovikov (C, -1) - Denis Kokarev (-1) ; Anton Glinkin (+1) - Andrei Popov (+1) - Evgeni Kuznetsov ; Vladimir Tarasenko (2') - Artem Panarin (-2, 2') - Vadim Shipachev (-1) ; Sergei Kalinin (-1) - Ilya Zubov - Nikita Dvurechensky.

Bélarus

Gardien : Andrei Mezin.

Défenseurs : Andrei Antonov (2'+10') - Nikolai Stasenko (+3) ; Dmitri Korobov - Viktor Kostyuchenok (A, -1, 2') ; Mikhaïl Khoromando (+1) - Andrei Filichkin (+2) ; Vadim Sushko (-1).

Attaquants : Sergei Demagin - Andrei Stas (2') - Dmitri Meleshko ; Aleksei Ugarov – Sergei Drozd - Artem Demkov ; Andrei Mikhalev (C, +1) - Evgeni Kovyrshin (+2, 2') - Aleksandr Pavlovich (+2) ; Aleksandr Kulakov - Nikita Osipov - Aleksei Efimenko (+1).

Remplaçant : Dmitri Milchakov (G).