Cohabitation impossible de gardiens champions du monde ?

TERESHCHENKO_Alexei-100516-276C'est le moment des derniers choix, plus ou moins cornéliens suivant les pays. La Finlande et la Russie attendaient la fin de l'Euro Hockey Tour pour nommer la sélection définitive, mais la complexité de la situation a décalé les annonces russes qui ne sont arrivées que ce mardi.

Qu'y a-t-il eu à retirer de ce dernier match ? Une grande prestation, à nouveau, du duo Zaripov-Morozov. Ils s'entendent tellement bien sur la glace que leur centre Alekseï Kaïgorodov a eu de plus en plus de du mal à suivre leurs idées et leur rythme. Joueur créatif et offensif, le centre de Magnitogorsk n'a sa place que sur les premières lignes. Sa place est-elle en danger ? Elle ne le sera pas car tous les centres seront gardés, comme on le verra.

Il est difficile de dire à ce stade qui jouera entre Zaripov et Morozov. Risquera-t-on les retrouvailles avec Zinoviev, comme au bon vieux temps à Kazan avant la brouille ? Ou promouvra-t-on Tereshchenko, leur actuel coéquipier de club, qui ne joue cependant pas sur la même ligne et semble dévolu à un rôle plus défensif ? Les options sont variables, sachant qu'il faut doter un de ses centres à Kovalchuk et un autre à Kulemin (qui jouera aussi à l'aile gauche).

Pas grand débat non plus au sujet de la ligne des jeunes de NHL. Jouant de manière nord-américaine, préférant le tir à la passe, elle a subi le revers de son activité en concédant des pénalités jusqu'en zone offensive. Le staff ne fera pas mystère que Dadonov, Burmistrov et Zharkov ont surtout été invités pour les comparer aux joueurs de KHL et les tester dans l'optique des Jeux olympiques de Sotchi. C'est trop tôt pour eux... mais le junior Aleksandr Burmistrov décrochera finalement un strapontin de centre de réserve, car Artyom Anisimov (tout juste éliminé en NHL avec les New York Rangers), centre de la quatrième ligne l'an passé, n'est pas convaincu lui-même de sa forme et n'a donc pas convaincu le staff de prendre le risque de le faire venir dans l'inconnu.

Rybin blessé, Parsin passif, Shipachev improbable, Dadonov et Zharkov trop tendres, la sélection des ailiers se fait donc d'elle-même. Plus personne ne contestera la présence de Tarasenko, l'ébouriffant junior, d'Afinogenov, que Bykov aligne désormais à chaque tournoi, et... d'Evgeni Artyukhin.

Le colosse du SKA est déjà controversé en Russie, mais il l'est déjà encore plus en Finlande après ce match. Les affrontements russo-finlandais sont houleux depuis les Mondiaux de Moscou, et cela ne risque pas de se calmer. Pour venger le défenseur Biryukov, victime d'une commotion et d'un nez cassé sur une mise en échec de Tuomo Ruutu, se venge comme un enragé en se bagarrant à tout-va avec trois Finlandais (Ruutu, Lepistö et Koivu). Pour les Russes, voilà leur garde du corps. Pour les autres, une brute irréfléchie.

Curieusement, c'est en Finlande que la décision définitive a été la plus difficile en attaque. On ne peut pas dire que les candidats se bousculent au portillon, surtout après un nouveau match offensivement terne, avec une demi-douzaine d'occasions dangereuses, et deux buts... de défenseurs (Mäenpää et Salmela). Mais comme trois attaquants devaient arriver après la finale finlandaise, Jani Lajunen, le vieux lion Ville Peltonen et le junior Mikael Granlund, il a bien fallu en éliminer un. Et c'est tomber sur un joueur de NHL, Jesse Joensuu, qui n'a pas démérité mais s'est vu préférer Mika Pyörälä dans le rôle du travailleur de l'ombre.

On a fait le tour... Non. Reste le problème dont toute la Russien parle, celui des gardiens. Entre le champion du monde 2008 Evgeni Nabokov et le champion du monde 2009 Ilya Bryzgalov, il semble qu'il ait fallu choisir. Un seul ego à la fois, et un discours plus long qu'à l'accoutumée de Bykov pour bien expliquer en détail la situation et désamorcer toute polémique sur le cas Bryzgalov.

Conférence de presse de Vyacheslav Bykov (entraîneur de la Russie) :

BRYZGALOV_Ilya-2009-7391"J'ai téléphoné à Ilya, on s'est parlé d'homme à homme et on s'est compris. Je vous demanderai de ne pas altérer ou embellir mes paroles. Durant la communication, Ilya m'a dit qu'il a donné une interview et que ce qu'il a lu dans le journal ne correspondait pas à ce qu'il avait dit. Les gars, ce n'est pas possible."

"Le retour d'Evgeni Nabokov en Russie jusqu'aux JO, comme cela a été présenté, était pour nous un baume au coeur, parce que nous pouvions compter sur un tel gardien pendant une olympiade complète. Mais son retrait de la KHL nous a posé un problème. Koshechkin avait de la compétition interne avec Stana, Barulin avec Koval, Eremenko et Kaustin étaient dans une situation similaire. Bryzgalov faisait une très bonne saison en NHL avec Phoenix, et attendre son échec en play-offs était risqué. Après avoir pesé les circonstances, nous avons pris contact avec Nabokov et discuté de la possibilité de jouer les Mondiaux avec un plan de préparation spécifique. Il ne s'agissait pas de charité, nous étions conscients de son attitude professionnelle. Plus d'un mois de travail était suffisant pour arriver aux championnats dans la meilleure forme. Nous avons fait le pari de Nabokov, plus les gardiens que nous avions (Barulin et Koshechkin)."

"Quand Bryzgalov est sorti des play-offs, je lui ai téléphoné et nous avons eu une franche conversation. Ilya veut jouer pour l'équipe nationale. Il m'a dit qu'il viendrait si je l'appelais. Mais on ne peut pas faire jouer deux gardiens le même jour, il faut miser sur l'un d'eux. Je lui ai décrit la situation avec Nabokov, et Bryzgalov l'a compris. Il s'est rendu compte que, si je l'invitais, c'était au détriment de Nabokov. Il a estimé cette solidarité, conscient que c'était notre choix."

"La question suivante était encore plus dure. La situation avec Nabokov étant encore incertaine, j'ai demandé à Bryzgalov s'il viendrait si Nabokov n'était pas autorisé à jouer. La réponse a été : 'je prendrai un billet pour le prochain vol vers Moscou. J'ai remercié Bryzgalov pour ces mots très agréables à entendre. Cela suggère que les relations bâties au fil des ans sont vraiment chaudes et amicales. Merci, Ilya, pour ta compréhension. Il reste membre de l'équipe nationale et on fera appel à lui à l'avenir."

 

Russie - Finlande 4-2 (1-1, 2-1, 1-0)
Dimanche 24 avril 2011 au Rondo de Brno. 4805 spectateurs
Arbitrage de Milan Minar et Martin Frano (TCH).
Pénalités : Russie 45' (2', 10', 8'+5'+20'), Finlande 16' (4', 2', 10'+5'+20').
Tirs : Russie 22 (8, 9, 15), Finlande 27 (10, 10, 7).

Évolution du score :
0-1 à 04'20" : Mäenpää assisté de Kapanen
1-1 à 12'13" : Atyushov assisté de Biryukov et Tereshchenko (sup. num.)
2-1 à 24'01" : Zaripov assisté de Morozov
2-2 à 31'38" : Salmela assisté de M. Koivu (sup. num.)
3-2 à 33'57" : Zaripov assisté de Rylov
4-2 à 59'52" : Tereshchenko assisté de Morozov et Zaripov (cage vide)


Russie

Gardien : Evgeni Nabokov.

Défenseurs : Nikolaï Belov (+2) - Ilya Nikulin (+2) ; Evgeni Biryukov (-1) - Vitali Atyushov (-1, 4') ; Denis Grebeshkov - Konstantin Korneev ; Aleksei Emelin (+1) - Yakov Rylov (+1, 2').

Attaquants : Danis Zaripov (+3) - Aleksei Kaïgorodov (+1) - Aleksei Morozov (C, +3) ; Evgeni Artyukhin (-1, 2'+5'+20') - Aleksei Tereshchenko (+1, 4') - Maksim Afinogenov (-1) ; Vadim Shipachev - Konstantin Gorovikov (-1) - Vladimir Tarasenko ; Evgeni Dadonov - Aleksandr Burmistrov (4') - Vladimir Zharkov (2').

Remplaçant : Vassili Koshechkin (G). En réserve : Konstantin Barulin (G), Denis Parshin.

Finlande

Gardien : Petri Vehanen [sorti de 59'20" à 59'52"].

Défenseurs : Sami Lepistö (-1, 4') - Anssi Salmela (-2) ; Mikko Mäenpää (-1, 2') - Juuso Hietanen ; Ossi Väänänen (2') - Pasi Puistola ; Topi Jaakola - Lasse Kukkonen (2').

Attaquants : Tuomo Ruutu (-1, 4'+5'+20') - Mikko Koivu (-2) - Juhamatti Aaltonen (-1) ; Mika Pyörälä (+1) - Niko Kapanen (-1) - Antti Pihlström (+1) ; Juuso Puustinen - Jarkko Immonen (-2) - Janne Pesonen ; Jesse Joensuu - Petteri Nokelainen (2') - Leo Komarov (-1).

Remplaçant : Teemu Lassila (G). En réserve : Niko Hovinen (G), Janne Niskala, Jyrki Välivaara, Janne Lahti, Jori Lehterä.