Russie - Slovénie (Mondiaux 2011, groupe A, 2e journée)

La Russie flirte avec la poule de relégation

2011-05-01-Russie-Slovenie4La défaite contre l'Allemagne (0-2), la première dans l'histoire, a été prise comme une baffe par la Russie. En justification, Vyacheslav Bykov et Igor Zakharkin ont fait remarquer que les lignes n'avaient pas encore trouvé la cohésion à leur premier match, et que huit joueurs ont manqué de pratique durant la majorité du mois d'avril. Ces deux constats sont largement partagés. Mais pourquoi ne pas s'en être inquiété plus tôt ? Pourquoi avoir laissé une demi-douzaine de joueurs (dont un Kovalchuk poussif) s'entraîner une semaine à Moscou au lieu des les amener au dernier tournoi de l'Euro Hockey Tour à Brno ? Alors que toutes les autres équipes y testaient leurs combinaisons, la Russie est la seule qui n'était pas au complet.

Improviser des lignes sans les avoir testé en match était un peu suicidaire. Bykov et Zakharkin donnent raison à leurs détracteurs et battent apparemment leur coulpe puisqu'ils reconstituent l'ex-trio de Kazan (Zaripov-Zinoviev-Morozov) qui a fait ses preuves. Kaïgorodov disparaît des deux premières lignes, et Kovalchuk se retrouve avec de nouveaux partenaires, Tereshchenko et Radulov. Pour autant, ces trios-là aussi devront d'abord apprendre à se connaître.

Les promus slovènes devraient normalement permettre de se régler. Mais attention, ils ont quand même sérieusement menacé les organisateurs slovaques. D'ailleurs, que ce soit aux mises au jeu ou dans les bandes, ils semblent avoir plus de gnac. Andrej Hocevar compromet pourtant ce bon début de match en revenant faire trébucher Tarasenko dans un repli tardif. Le jeu de puissance russe, en lambeaux, met une minute et demie à s'installer. Qu'importe, Vitali Atyushov reprend parfaitement une passe pourtant levée à un mètre de hauteur par Kovalchuk, et son slap axial va droit en lucarne (1-0). Marcel Rodman fait grossièrement trébucher Zinoviev à la bleue adverse dans la foulée, et on se dit que les Slovènes font tout pour faciliter la tâche des Russes par leur indiscipline.

2011-05-01-Russie-Slovenie2Vingt secondes plus tard, on ne rigole plus. Aleksei Tereshchenko, après un virage brusque sur la ligne médiane, se fait faucher le genou par Sabolic qui arrivait lancé sur lui pour le mettre en échec (photo de gauche). Son hurlement de douleur n'augure rien de bon. La Russie doit dire adieu à un de ses doubles champions du monde.

Toutes ces polémiques sur les lignes viennent de s'évaporer en un instant. Les tâtonnements vont continuer, non pas choix tactique, mais parce qu'il va bien falloir emboîter d'une manière ou d'une autre les trois centres restants avec les quatre paires d'ailiers. Bien sûr, le treizième attaquant en réserve (Burmistrov) est un centre, mais il ne pourra être ajouté qu'en deuxième phase. Et le premier tour est loin d'être fini...

Tarasenko a le genou cloué, et pendant ce temps ses coéquipiers ont les patins cloués sur la glace. Leur  powerplay est terriblement statique. Au tour des Slovènes. Zinoviev est déjà en prison quand Anatoli Emelin explose le nez de Jeglic contre la bande par une vilaine charge dans le dos visant la tête. La sélection controversée d'Artyukhin ne doit en effet pas faire oublier que la Russie avait déjà un joueur pour le moins brutal avec le défenseur formé à Togliatti. Deux joueurs de plus sont donc déjà rentrés aux vestiaires : Jeglic en sang (photo de droite) et Emelin expulsé.

2011-05-01-Russie-Slovenie3La Slovénie joue pendant 1'52" à cinq contre trois, et réussit l'exploit de ne pas s'installer, notamment face au bon travail de Gorovikov qui a le temps de sortir au banc puis de revenir sur la glace pendant les nombreux dégagements de ses défenseurs. En toute fin de double supériorité, Mitja Robar finit certes par décaler Rok Ticar pour un tir en angle, mais Nabokov capte le palet d'un bon réflexe de la mitaine. À 5 contre 4, la seule action saillante est la charge de Sergei Zinoviev qui envoie Marcel Rodman passer par la porte du banc russe. Pourquoi le préposé à la porte a-t-il maintenu cette porte ouverte ? Il s'applique ensuite à la refermer un peu mieux.

Quand la sono de la patinoire passe "Désenchantée", on se dit qu'il n'y a pas meilleure sentiment pour qualifier ce match qui a perdu tout rythme. Quelques moments d'animation tout de même : un beau plongeon de Greg Kuznik pour contrer Afinogenov, et une passe de Ticar pour Sabolic, seul dans le slot, pour un tir détourné de justesse par le haut de la botte de Nabokov. La Slovénie tenait là le palet d'égalisation qu'elle ne s'était pas procuré pendant ses cinq minutes de supériorité numérique.

Qu'elle se rassure, elle en aura d'autres. En deuxième période, Ziga Pance s'échappe en contre-attaque pendant un changement de ligne russe mais manque son lancer en arrivant devant le but. Kaïgorodov a pris une pénalité sur l'action. Artyuhkin se fait ensuite sanctionner en percutant violemment le gardien, alors que David Rodman l'a quand même un peu poussé. La Slovénie est de nouveau à 5 contre 3, pour une minute et demie : lancer de Gregorc, rebond à bout portant de Hebar... et arrêt de Nabokov, qui semble avoir retrouvé tous ses réflexes.

La Slovénie mène à ce stade 19 tirs à 9 face à des Russes qui ne ressentent aucune urgence de marquer et se regarde jouer à distance respectable du but. Peut-être ont-ils comme stratégie d'endormir les entraîneurs adverses venus les observer ? Ils reçoivent la correction qu'ils méritent.

2011-05-01-Russie-Slovenie5Le vingtième tir slovène est une merveille : passe de derrière la cage de Blaz Gregorc déviée en l'air à un mètre du sol par Andrej Hebar (1-1, photo de gauche). L'avertissement ne semble pas suffire. Nikolaï Kulemin tente une sortie de zone croisée, contrée au départ par Marcel Rodman qui peut ainsi prendre un tir ouvert sur Nabokov.

La Russie ne produit pas de jeu et ne fait guère d'efforts pour aider sa cause. C'est donc un petit hold-up qu'elle prenne l'avantage sur un but de raccroc. Le tir d'Afinogenov est contré au départ par une crosse slovène et retombe en feuille morte en pleine lucarne de Hocevar, masqué par le grand gabarit d'Artyukhin (2-1).

En troisième période, Mitja Sivic (Grenoble) fait du bon travail derrière la cage pour se défaire de Dmitri Kulikov (New York Rangers) et centre en pivot vers le slot où Bostjan Golicic est tout seul pour conclure en deux temps, car Zaripov et Nikulin s'occupaient tous du même joueur, le centre Hocevar (2-2). Les Russes semblent enfin atteints dans leur orgueil, car Kovalchuk et Radulov se battent enfin. On aurait aimé que ce fût plus tôt.

C'est finalement Aleksei Kaïgorodov, obligé de se montrer digne d'un rôle de centre majeur après la blessure de Tereshchenko, qui creuse de ses mains l'écart tant attendu. Son effort pour récupérer un palet entré en zone sur un contre favorable et pour le ramener à la bleue et le céder du revers à Kulikov permet que le lancer de celui-ci soit dévié du patin (3-2). Kaïgorodov reste sur la glace et passe de derrière la cage à Afinogenov qui lance au but (4-2). Et bien voilà, c'était facile, non ?

2011-05-01-Russie-Slovenie6Ce qui ne veut pas dire qu'il faut se la jouer facile : dans la minute qui suit, une combinaison ratée, un dégagement axial de Kalinin dévié de manière imprécise par Gorovikov au centre de la glace, est sanctionnée d'un icing. Hocevar maîtrise physiquement Gorovikov sur la mise au jeu et le tir contré de Bostjan Golicic part dans une direction éloignée de la cage, rebondit sur le casque de Kalinin et se transforme en... lob (4-3, photo de droite).

Puisqu'on est dans le burlesque, allons-y franchement. Il était un temps où Sergei Zinoviev et Aleksei Morozov formaient un duo magique qui se trouvait tout seul sur la glace. Aujourd'hui, le centre a quitté Kazan après des fâcheries, mais Morozov trouve le moyen de perdre le palet en zone offensive en butant sur Zinoviev. Et c'est là que ça devient drôle : la Slovénie envoie au fond, Sivic travaille pour ressortir le palet vers Tavzelj qui lance au but, le palet décolle sur le patin de Radulov, tape le plexi et revient devant la cage où Rok Pajic l'envoie au fond (4-4). Du plus haut degré comique.

On s'ennuyait, maintenant on s'amuse... Kovalchuk veut jouer aussi : tir, patin du défenseur, masque du gardien, tribune ! C'est fun, le flipper, non ?

Aleksandr Radulov s'affirme comme joueur d'énergie capable de donner un électrochoc à une équipe moribonde. Il charge dans le coin Sabahudin Kovacevic, qui le fait trébucher. Même totalement allongé sur la glace, Radulov trouve encore moyen de ramener ce palet traînant devant le but, où Kovalchuk tire à bout portant. On reprend le flipper : crosse du gardien, patin de Gorovikov... et Radulov, relevé, n'a plus qu'à envoyer le palet dans la cage ouverte (5-4). Après 13 matchs sans but, l'attaquant du Salavat Yulaev Ufa marque le but le plus important qui soit, car un nouveau faux-pas aurait rapproché la Russie de la poule de maintien.

2011-05-01-Russie-SlovenieRok Pajic entre pour une déviation du revers de Mitja Sivic qui passe juste à côté de la cage. C'était la dernière chance d'égalisation. Ensuite, la "ZZM" réussit un exploit digne de sa légende. Morozov accélère (soulignons l'évènement car c'est la seule fois du match), franchit la ligne de fond et laisse en retrait à Zinoviev, celui-ci talonne (!) le palet vers Zaripov qui lui refait la passe au second poteau (6-4). Là, ce ne sont plus des loubards qui maltraitent un flipper dans un bouge de bas quartier, ce sont des artistes en gants blancs qui remportent la finale des championnats du monde de billard.

La Slovénie n'est pas passée loin du plus immense exploit de son histoire. Qu'elle ait dominé aux tirs est un peu trompeur, mais elle a tout fait pour provoquer sa chance et elle a eu raison car le destin lui a souri plusieurs fois. La Russie a eu très chaud, mais cela doit lui servir de leçon : quel que soit l'adversaire, il est impossible de jouer un match de championnat du monde en oubliant de patiner. Or les joueurs russes ont été très paresseux en la matière, surtout sans palet quand il fallait proposer des solutions au porteur ou se replier rapidement.

Désignés joueurs du match : Aleksandr Radulov pour la Russie et Bostjan Golicic pour la Slovénie.

Commentaires d'après-match

Aleksei Morozov (capitaine de la Russie) : "Le résultat me plaît, certaines de nos actions aussi. Le match contre la Slovénie a été beaucoup plus intéressant que celui contre l'Allemagne. Les fans ont été tenus en haleine jusqu'à la dernière seconde. À 4-2, il y a eu des rebonds ridicules. L'équipe slovène n'est pas exceptionnelle, mais elle travaille fort. Nous n'avons réussi à élever notre jeu que quand le score était de 4-4 et qu'il fallait sauver le match. Nous avons investi notre énergie dans la bataille. C'est logique que nous ayons su très vite chasser les doutes. Si on a peur des Slovènes sur le plan psychologique, on n'a rien à faire dans les phases finales."

Matjaz Kopitar (entraîneur de la Slovénie) : "Si j'étais fier de mes joueurs après la défaite 1-3 contre la Slovaquie, maintenant je suis doublement fier d'eux. Je ne peux rien dire de mal sur mon équipe. Par contre, je pourrais en dire du bien pendant des heures. De la façon dont mes joueurs ont combattu contre les superstars russes, on doit les appeler des héros. En football, notre pays a récemment obtenu une retentissante victoire sur la Russie, je suis convaincu que le jour viendra où nous battrons aussi cet adversaire au hockey."

 

Russie - Slovénie 6-4 (1-0, 1-1, 4-3)
Dimanche 1er mai 2011 à 16h15 à la Ondrej Nepala Arena de Bratislava. 9090 spectateurs.
Arbitrage de Danny Kurmann (SUI) et Sören Persson (SUE) assisté de Christian Tillerkvist-Jonsson (SUE) et Mirolslav Valach (SVK).
Pénalités : Russie 33' (2'+5'+20', 6', 0'), Slovénie 6' (4', 2', 0').
Tirs : Russie 25 (8, 5, 12), Slovénie 35 (10, 15, 10).

Évolution du score :
1-0 à 04'22" : Atyushov assisté de Kovalchuk et Radulov (sup. num.)
1-1 à 29'15" : Hebar assisté de Gregorc
2-1 à 35'41" : Afinogenov assisté de Korneev
2-2 à 42'49" : Golicic assisté de Sivic et Hocevar
3-2 à 46'15" : Kulikov assisté de Kaïgorodov
4-2 à 46'53" : Artyukhin assisté d'Afinogenov et Kaïgorodov
4-3 à 47'21" : Golicic assisté de D. Rodman
4-4 à 51'28" : Pajic assisté de Tavzelj
5-4 à 56'19" : Radulov assisté de Kovalchuk et Gorovikov
6-4 à 59'22" : Zinoviev assisté de Zaripov


Russie

Gardien : Evgeni Nabokov.

Défenseurs : Nikolaï Belov (+1) - Ilya Nikulin (+1) ; Fedor Tyutin (-1) - Vitali Atyushov (-1) ; Dmitri Kalinin (+1) - Konstantin Korneev (+2) ; Aleksei Emelin (5'+20') - Dmitri Kulikov (-1).

Attaquants : Danis Zaripov (-1) - Evgeni Zinoviev (2') - Aleksei Morozov (C) ; Ilya Kovalchuk (A, 2') - Aleksei Tereshchenko [blessé à 04'45"] - Aleksandr Radulov ; Evgeni Artyukhin (+2, 2') - Aleksei Kaïgorodov (+2, 2') - Maksim Afinogenov (+2) ; Nikolaï Kulemin - Konstantin Gorovikov (-1) - Vladimir Tarasenko (-1).

Remplaçant : Konstantin Barulin (G).

Slovénie

Gardien : Andrej Hocevar.

Défenseurs : Ales Kranjc (-3) - Gregory Kuznik (-3) ; Blaz Gregorc (+1) - Mitja Robar (A, +1) ; Andrej Tavzelj - Klemen Pretnar ; Sabahudin Kovacevic (+1) - Damjan Dervaric (+1).

Attaquants : Tomaz Razingar (-4) - Marcel Rodman (-3, 2') - David Rodman (-3, 2') ; Robert Sabolic - Rok Ticar (+1) - Ziga Jeglic [blessé à 08'18"] ; Rok Pajic - Mitja Sivic (+1) - Ziga Pance ; Andrej Hebar (+1) - Matej Hocevar (+2, 2') - Bostjan Golicic (+2).

Remplaçant : Robert Kristan (G).