États-Unis – France (Mondiaux 2011, 2e phase, groupe F)

2011-05-07-Etats_Unis-France-8444Cela aurait pu sembler irréaliste il y a encore dix jours. Mais avant le coup d’envoi du match contre les États-Unis, les ambitions de qualification française pour les quarts-de-finale, relayées par l’entraîneur Dave Henderson en conférence de presse d’après-match contre la Suède, ne sont pas – plus – prises avec le sourire au coin des lèvres par la clique des suiveurs internationaux. N’allons tout de même pas jusqu’à dire que la France fait peur aux grosses écuries présentes à Košice ! Non. Ça se rapprocherait davantage du respect pour un adversaire que l’on n’attendait pas à pareille fête mais qui a offert certains gages de qualité jusqu’ici.

Cependant, les Tricolores, s’ils apprennent et grandissent de leurs duels avec les puissances mondiales, commencent quand même à être sérieusement éreintés. Si Stéphane Da Costa, mis au repos la veille face après quelque douleur au dos, revient sur la feuille de match contre les « States », Maxime Moisand reste à l’infirmerie et, plus dommageable, il y est désormais accompagné par Julien Desrosiers, qui se plaint lui aussi des adducteurs. Sans compter que la présence de Luc Tardif, finalement sur les patins, a été un temps incertaine…

Ce n’est que la septième fois, dont la troisième consécutive, que l’Aigle et le Coq s’affrontent en championnats du Monde et les Bleus ne sont parvenus à l’emporter qu’à une seule reprise, en 1998 en phase préliminaire. L’an passé, les deux formations en avaient décousu en poule de relégation et la rencontre avait été celle des deux rescapés pour… l’édition actuelle qui leur sourit donc un peu plus.

Comme à leur habitude, les Français commencent avec le frein à main. Les Américains prennent leurs quartiers en attaque mais ne se montrent pas vraiment dangereux, soit par approximation soit parce que bien pris par la défense bleue (euh, blanche, en fait). Stéphane Da Costa file à droite, temporise puis passe à son frangin Teddy, au centre, mais celui-ci ne peut réceptionner ; Mark Stuart envoie en effet balader le Rouennais dans les filets. Les deux se posent en prison (cinglage du Français) et les équipes évoluent à quatre contre quatre.

2011-05-07-Etats_Unis-France-8472Blake Wheeler n’est pas loin de contrer la relance tricolore lorsqu’il chipe la rondelle à Stéphane Da Costa sur la «  bleue » du camp français. Mais Sacha Treille la lui reprend aussitôt, remonte le long de la bande droite avant de repiquer au centre. La défense étatsunienne ne semble pas prendre au sérieux son avancée. Tant mieux ! Le Pragois d’adoption profite de cette nonchalance pour ouvrir la marque d’un tir du poignet à la sortie du cercle (0-1, 05'25).

En plus de mettre les ouailles de Dave Henderson sur les bons rails, la réalisation a le don de dévergonder la partie, qui manquait jusque-là de rythme. L’équipe de France commet cependant quelques erreurs dans sa zone. La mauvaise relance de Cristobal Huet lui revient aussitôt mais il se rattrape bien en repoussant de la jambière gauche (08'26). Les USA sont quand même les plus entreprenants et leurs menaces sont de plus en plus nombreuses. Les Bleus sont déjà contraints à la faute pour contrer la rapidité des actions américaines. Les Français se succèdent alors au purgatoire : Teddy Da Costa, encore (09'52), chauffe le banc pour Laurent Meunier (12'00).

Les hommes de Scott Gordon ne sont pas en reste et équilibrent le nombre de pénalités. Si bien que le jeu est haché. Sans être exceptionnels, les Américains prennent peu à peu la mesure des joueurs de l’équipe de France en mettant à profit les approximations de ces derniers. Comme tout à l’heure avec Da Costa, Wheeler réussit à prendre le puck à Kévin Hecquefeuille sur la ligne rouge et part en deux contre un en compagnie de Derek Stepan. Seul Yohann Auvitu est en soutien de Cristobal Huet qui se focalise avant tout sur la progression de Wheeler. L’attaquant d’Atlanta arrive dans le cercle gauche et sert Stepan en bout de course dans le slot qui reprend sans souci au fond de la cage laissée grande ouverte par Huet (1-1, 16'06).

2011-05-07-Etats_Unis-France-8163Nick Palmieri, alors qu’il sort de prison après un surnombre des siens, presse en zone neutre et parvient à s’échapper seul. Vincent Bachet annihile l’action en accrochant l’Américain. Nouvelle infériorité (17'35). Les attaquants US font parler leur vitesse sur les ailes mais manquent de finition. Yan Stastny, par exemple, déborde à droite avant de frapper dans le plastron du gardien français (18'58). Après vingt minutes, La France tient le score serré. C’était son objectif. Mais, prise de court dans les contres adverses, elle est trop souvent contrainte à faire la faute, même si elle gère bien ses infériorités.

La bannière étoilée revient plus vivement en deuxième période. Elle pousse rapidement la France sur la défensive. Chris Porter afflue le long de la bande droite avant de temporiser à hauteur du cercle. Paul Gaustad se dépêche à se placer devant le but mais il est bien pris en tenaille par Stéphane Da Costa et Bachet au premier poteau. Porter choisit donc l’autre solution qui se présente à lui : il centre pour  Mark Stuart, qui arrive après la meute et se trouve de ce fait démarqué. Le capitaine américain arme dans le rond gauche et sa frappe croisée donne l’avantage à son équipe (2-1, 21'16).

La France manque de mouvement offensif et ne tente que de loin. C’est l’inverse en face. Plus incisifs et surtout plus rapides, les Marines font le décalage plus rapidement mais trouvent toujours Cristobal Huet sur leur route. Nicolas Arrossamena accroche pour contenir un énième assaut et prend deux minutes (23'26). Chris Kreider, en entrée de zone à droite, passe à Andy Miele, sur la ligne de but. Le joueur de Grosse Pointe Woods, qui fait ce soir ses débuts en Mondial en remplacement de Mark Fayne, remet à son équipier qui s’est avancé dans l’enclave et qui profite d’avoir Treille et Thomas Roussel dos à lui au premier poteau pour faire feu (3-1, 25'24).

2011-05-07-Etats_Unis-France-But_France-8506Les États-Unis maintiennent une grosse pression en attaque pendant cinq minutes, les mauvaises transmissions françaises en zone neutre leur permettant d’aller donner du travail à Huet, avant de baisser clairement de rythme jusqu’au deuxième interlude. La France est un peu plus présente en zone d’attaque à partir de la demi-heure de jeu. Pierre-Édouard Bellemare file en breakaway mais le retour de Jack Johnson l’empêche de mettre en joue. Le slap de Kévin Hecquefeuille fait croire à la réduction du score mais l’effet visuel est trompeur ; le palet atteint seulement le petit filet droit (32'22). Puis vient la trêve. Les deux équipes font tourner le palet mais les assauts se raréfient. L‘assistance semble s’endormir. On entend même joueurs et staff s’échanger les consignes.

Le spectacle peut reprendre ses droits dans l’ultime tiers-temps. Et les Français y contribuent largement ! Après la reprise d’un centre venu de la droite par Stepan que Huet stoppe de la botte (47'56), ce sont les hommes de Dave Henderson qui ont la maîtrise du palet. Ils posent quelques problèmes à Conklin, qui doit sortir le grand jeu sur la frappe de Bachet dans l’axe (50'33) et sur celle du capitaine Meunier dans le cercle gauche détournée par le goalie sur le poteau droit (51'43). La double infériorité provoquée par les sorties de Nicolas Besch (faire trébucher, 52'01) et Bachet (obstruction, 52'25) coupe cependant l’élan bleu. Le gardien français contient la puissante salve de Johnson avant de mettre la pression sur Kreider qui loupe une première reprise et met à côté la seconde (54'32).

Le cinglage de Kreider (54'46) entraîne une fin de partie crispée pour les Américains qui voit arriver une déferlante bleue  dans leur camp. Le puck passe de Hecquefeuille au centre à Meunier à gauche, et après quelques mouvements de va-et-vient, le Tigre de Straubing décoche un slap qui passe entre les jambières de Conklin (3-2, 55'30). Les Bleus, qui se sentent poussés des ailes, sont proches de la sensation dans les dernières minutes mais le purgatoire de Treille, qui a envoyé la rondelle en-dehors de la surface (56'10), réduit presque à néant les minces espoirs français. Cristobal Huet demande à sortir à quarante-cinq secondes de la sirène et l’échec de Tardif dans l’axe (59'22) valide  définitivement le succès des États-Unis, mérité sur l’ensemble de la rencontre mais pas glorieux aux vues du pedigree américain.

La France terminera donc le tournoi lundi contre la Norvège avec comme ambition de clore l’exercice par une belle victoire qui, on ne sait jamais, pourrait lui permettre de terminer devant la décevante Slovaquie, éliminée prématurément à domicile au même moment.

Désignés joueurs du match : Paul Gaustad (États-Unis) et Sacha Treille (France).

Commentaires d’après-match

Sacha Treille (attaquant de l’équipe de France) : « Stéphane Da Costa me fait un bon block en entrée de zone mais je perds un peu l’équilibre et je sais que je ne vais pas aller bien loin. J’essaye donc de shooter le plus vite possible. Je pense que ça a surpris le gardien. Il y a eu beaucoup de pénalités, on sait que c’est quelque chose que l’on doit travailler. Les équipes que l’on rencontre maintenant sont meilleures, ça patine plus vite. C’est à nous de patiner avec eux pour justement ne pas accrocher et faire des fautes un peu stupides. On est partis dans l’optique de gagner le plus de matches possibles. On savait que ça allait être très dur. On va essayer de prendre des points contre la Norvège, on ne va pas leur donner le match, ça c’est sûr. »

Pierre-Édouard Bellemare (attaquant de l’équipe de France) : « On est déçus. On donne trois buts faciles. Je pense qu’on leur a fait un peu peur à la fin, on est bien revenus. Je suis content de tous les mecs, on a fait un gros match, ça faisait longtemps que la France n’avait pas perdu que 3-2 contre les États-Unis et en ayant le palet une grande partie de la troisième période. C’est dommage. On a pris beaucoup de pénalités mais ce n’est pas la première fois sur ce tournoi que l’on passe l’équivalent d’une période en prison. C’est peut-être par trop grand respect pour nos adversaires, on les regarde jouer, on se retrouve un peu à l’arrêt… Et puis il ne faut pas non plus chercher midi à 14 heures : ces gars-là font 80 matches à l’année, ils ont plus de jambes que nous, ils sont prêts faire les choses plus rapidement. »

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États-Unis – France 3-2 (1-1, 2-0, 0-1)
Samedi 7 mai 2011 à 20h15 à la Steel Aréna de Košice. 3101 spectateurs.
Arbitrage d’Eduards Odins (LET) et Peter Orszag (SVK) assistés d’Andre Schrader (ALL) et Sergei Shelyanin (RUS).
Pénalités : États-Unis 20' (8', 6', 6') ; France 22' (10', 6', 6')
Tirs : États-Unis 38 (11, 14, 13) ; France 5 (5, 5, 12)

Évolution du score :
0-1 à 05'25'' : Treille
1-1 à 16'06'' : Stepan assisté de Wheeler
2-1 à 21'16'' : Stuart assisté de Porter et Gaustad
3-1 à 25'24'' : Kreider assisté de Miele (sup. num.)
3-2 à 55'30'' : Meunier assisté de Hecquefeuille (sup. num.)


États-Unis (2' pour surnombre)

Gardien : Ty Conklin.

Défenseurs : Jack Johnson (A, 2') – Kevin Shattenkirk (2'+2', -1) ; Ryan McDonagh (+1) – Cam Fowler (+1) ; Mike Komisarek (2') – Mark Stuart (C, 2', +1) ; Clay Wilson.

Attaquants : Craig Smith (2') – Derek Stepan – Blake Wheeler (2') ; Chris Kreider (2') – Ryan Shannon – Nick Palmieri ; Yan Stastny – Tim Stapleton – Jack Skille (+1) ; Andy Miele (2') – Paul Gaustad (+1) – Mike Brown ; Chris Porter (+1).

Remplaçant : Al Montoya (G). En réserve : Jack Campbell (G), Mark Fayne.

France (2' pour surnombre)

Gardien : Cristobal Huet [sorti à 59'15''].

Défenseurs : Yohann Auvitu (-1) – Nicolas Besch (2', -1) ; Vincent Bachet (A, 2'+2', -1) – Kévin Hecquefeuille ; Jonathan Janil – Thomas Roussel (+1).

Attaquants : Pierre-Édouard Bellemare – Laurent Meunier (C, 2') –  Sacha Treille (2', +1) ; Damien Fleury (-1) – Stéphane Da Costa – Teddy Da Costa (2'+2', -1) ; Jérémie Romand (2') – Laurent Gras – Brian Henderson ; Luc Tardif (2', -1) – Loïc Lamperier – Damien Raux (-1) ; Nicolas Arrossamena (2').

Remplaçants : Fabrice Lhenry (G), Teddy Trabichet. En réserve : Maxime Moisand (adducteurs), Julien Desrosiers (adducteurs), Ronan Quemener (G).

 

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