Allemagne - République Tchèque (Mondiaux 2011, groupe E)

JAGR_Jaromir-100509-163Alois Hadamczik, qui a des origines allemandes et qui a entraîné les clubs bavarois de Füssen et Sonthofen dans les années 90, n'a cessé de tresser des lauriers à Uwe Krupp et à son système de jeu durant ce championnat du monde. Il a commencé ses louanges dans les médias tchèques, et a continué en tenant une chronique dans l'hebdomadaire allemand Eishockey News. Maintenant, il ne s'agit plus d'admirer mais d'affronter.

Les Tchèques, assurés de la première place de poule, sont déjà tournés vers le quart de finale. Ils savent depuis cet après-midi qu'ils affronteront les États-Unis. Le match n'a plus d'enjeu. Milan Michalek a toujours la nuque douloureuse après la charge d'Artyukhin, qui n'a finalement entraîné aucune suspension. Le gardien titulaire Ondrej Pavelec est mis au repos pour faire entrer Jakub Stepanek.

L'Allemagne, en revanche, a énormément à gagner. En cas de victoire dans le temps réglementaire, elle serait classée deuxième de son groupe devant la Finlande et pourrait ainsi affronter la Norvège dans un quart de finale inattendu. Il y aurait alors pour la seconde année consécutive un outsider en demi-finale ! Et les Allemands aimeraient bien l'être à nouveau. Mais avant cela, il faut battre les championnats de monde.

La difficulté de la tâche apparaît dès la première minute de jeu. Tomas Plekanec navigue dans l'enclave allemande en protégeant son palet et se retourne soudain pour un tir en pivot dévié sur le patin de Petr Prucha. Le pied de celui-ci étant resté immobile, la déviation est involontaire et le but est accordé (0-1). Sur l'attaque suivante, Korbinian Holzer cherche Patrik Elias qui finit par répliquer d'un direct du gauche après le quatrième coup de crosse. Les deux hommes partent en prison. Dommage qu'il se soit laissé entraîner, car sur l'engagement, John Tripp, pas gêné par un Skoula passif, vient face au but prendre le rebond d'un tir de Lavallée (1-1).

Le contretemps ne gêne pas les Tchèques, qui ont la chance avec eux ce soir. Le deuxième but est un tir absolument pas cadré de Michael Frolik qui ricoche sur le genou du malheureux Holzer (1-2). Une pénalité de Jagr, qui a accroché Schütz, confirme que les Tchèques sont aussi forts que l'an passé en infériorité numérique. L'Allemagne n'est cependant pas le meilleur exemple : même si elle s'est améliorée offensivement cette année, elle est toujours loin du compte en powerplay. En sortie de prison, Jagr part même à 2 contre 1, mais Cervenka n'arrive pas à contrôler sa passe.

HORDLER_Frank-110511-316Le jeu de puissance est finalement le domaine qui permettra à la République Tchèque de se détacher. John Tripp retient Caslava en zone offensive, et Karel Rachunek transforme d'une reprise rasante en haut du cercle gauche une passe transversale de Jagr (1-3). Caslava bloque le centre de Wolf sur un 2 contre 1, mais son collègue Krajicek est pénalisé. Sur une attaque rapide, Christoph Ullmann côté gauche sert Marcel Müller à l'opposé, mais le déplacement latéral de Jakub Stepanek est plus rapide que celui d'Endras sur le but précédent. Le gardien tchèque a plus de travail que celui d'Augsbourg, mais celui-ci réussit pour sa part les plus beaux arrêts avec un jeté de bottes "old school" face à Krajicek, décalé par Rolinek, et avec un mouvement de l'épaule droite pour détourner un tir de Voracek.

Daniel Kreutzer qui fête ce soir sa 200e sélection, accroche cependant ce même Voracek un peu plus tard, et cette deuxième supériorité numérique tchèque dure encore moins longtemps que la première, moins de vingt secondes. Il n'y a aucun défenseur allemand près de la cage. Nicolai Goc et Denis Reul ont totalement oublié Tomas Plekanec, tout seul pour dévier tranquillement un tir contré de Jagr qui lui arrive dans la palette (1-4). Les Tchèques sont impitoyables, et d'un niveau technique simplement supérieur. Petr Prucha fait magnifiquement tourner le palet avec Martin Havlat en deux passes levées pour se débarrasser de Krueger et Barta, puis délivre une passe au poteau opposé à Patrik Elias (1-5).

La République Tchèque arrête de jouer et sse permet plus de libertés avec le palet. L'Allemagne, déjà dominatrice aux tirs, accroît son avantage dans le secteur et ne cesse de harceler Stepanek. On comprend que le souci principal des champions du monde soit de ne pas se blesser avant les phases finales. Malheureusement, la sécurité totale est difficile à assurer sur la glace. Un lancer sur engagement de Denis Reul atterrit droit dans le cou de Petr Prucha, où il laisse une énorme contusion au niveau du larynx. En fin de match, c'est au tour de Martin Havlat de se blesser à l'épaule gauche dans un choc, lui qui a connu des problèmes antérieurs avec son autre épaule. Thomas Greilinger, réintégré titulaire pour ce match, marque un dernier but en supériorité numérique, pour l'honneur.

RACHUNEK_Karel-100509-099L'équipe qui avait le plus envie de gagner n'a pas réussi à le faire, car les Tchèques ont réussi à exprimer leur talent quand il le fallait, avec suffisamment de classe pour s'assurer un bilan parfait avant les quarts de finale. Les Allemands n'affronteront pas la Norvège mais la Suède, une équipe organisée et technique contre qui ils risquent d'avoir les mêmes problèmes.

Désignés joueurs du match : Frank Hördler pour l'Allemagne et Jaromir Jagr pour la République Tchèque.

Commentaires d'après-match

Tomas Rolinek (capitaine de la République Tchèque) : "Chacun pense à ne pas se blesser. Les quarts de finale sont mercredi et nous n'avions rien à perdre contre l'Allemagne. Mais c'est compliqué. Nous ne voulions pas perdre notre forme par une défaite. La motivation était un peu plus faible cette fois, mais nous ne voulions pas perdre des spectateurs. Ni compromettre notre réputation. Ces six victoires de suite doivent maintenant être oubliées. Les quarts de finale se joueront sur l'engagement et la psychologie. Je ne connais rien des Américains. Dans l'autre groupe, je n'ai regardé que le classement. Les entraîneurs nous prépareront demain à cet adversaire. Il faudra marquer en début de match pour ne pas s'inquiéter."

Jakub Stepanek (gardien de la République Tchèque) : "J'ai joué uniquement pour permettre à Ondrej de se reposer. Je suis content que cela ait réussi. Je ne voulais pas participer à une défaite. Ce n'était pas facile de rejouer après deux semaines sans match. J'étais un peu incertain au début, mais j'ai pu progressivement me détendre. Ondrej Pavelec est fantastique, je lui souhaite beaucoup de succès. J'espère que sa forme durera trois matches de plus."

Frank Hördler (défenseur de l'Allemagne) : "À mon avis les Tchèques sont la meilleure équipe du tournoi, du moins parmi celles que nous avons rencontrées. Ils contrôlent très bien le palet, et en plus ils nous ralentissent avant de nous transpercer par des passes éclair. C'est incroyablement difficle à défendre. Contre les Suédois, nous ne voulons pas seulement courir derrière l'adversaire, mais aussi jouer notre jeu. Il est clair que sera difficile contre des nations fortes comme la Suède. Nous devons quand même essayer, car avec un jeu passif nous n'aurons aucune chance."

Michael Wolf (attaquant de l'Allemagne) : "Le 5-2 ne reflète pas vraiment le cours du match. On donne aux Tchèques deux occasions, ils en font trois buts !"

 

Allemagne - République Tchèque 2-5 (1-2, 0-3, 1-0)
Lundi 9 mai 2011 à 20h15 à l’Orange Aréna de Bratislava. 9305 spectateurs.
Arbitrage de Vladimir Baluska (SVK) et Sören Persson (SUE) assistés de Roger Arm (SUI) et Ivan Diedioulia (BLR).
Pénalités : Allemagne 10' (2', 4', 4') ; République Tchèque 8' (4', 2', 2')
Tirs : Allemagne 42 (8, 15, 19) ; République Tchèque 22 (8, 10, 4)

Évolution du score :
0-1 à 00'51" : Plekanec assisté de Jagr
1-1 à 01'49" : Tripp assisté de Lavallée et Hördler
1-2 à 10'38" : Frolik assisté de Novotny et Hubacek
1-3 à 22'47" : Rachunek assisté de Jagr et Cervenka (sup. num.)
1-4 à 35'34" : Plekanec assisté de Jagr et Cervenka (sup. num.)
1-5 à 36'58" : Eliáš assisté de Prucha et Havlat
2-5 à 58'26" : Greilinger assisté de Barta (sup. num.)


Allemagne

Gardien : Dennis Endras.

Défenseurs : Robert Dietrich (-1) - Justin Krueger (-2) ; Constantin Braun (-2) - Korbinian Holzer (-1, 4') ; Frank Hördler (+1) - Kevin Lavallée (+1) ; Nikolai Goc - Denis Reul.

Attaquants : André Rankel - Kai Hospelt (2') - Michael Wolf (C) ; Marcel Müller (-1) - Christoph Ullmann (A, -1) - Patrick Reimer (-1) ; Daniel Kreutzer (-1, 2') - Alexander Barta (-1) - Thomas Greilinger (-1) ; Philip Gogulla (-1) - Felix Schütz - John Tripp (A, 2').

Remplaçant : Dimitri Pätzold (G). En réserve : Jochen Reimer (G), Frank Mauer, Marcus Kink.

République Tchèque

Gardien : Jakub Štěpánek.

Défenseurs : Zbyněk Michálek (+2) - Karel Rachůnek ; Martin Škoula (+1) - Marek Židlický ; Petr Čáslava (2') - Lukáš Krajíček (2') ; Ondřej Němec (+1).

Attaquants : Roman Červenka - Tomáš Plekanec (+1) - Jaromír Jágr (A, +1, 2') ; Petr Průcha (+1) [blessé à 43'] - Patrik Eliáš (A, +1, 2') - Martin Havlát ; Tomáš Rolinek (C) - Jan Marek - Jakub Voráček ; Petr Hubáček (+1) - Jiří Novotný (+1) - Michael Frolík (+1).

Remplaçant : Jakub Kovář (G). En réserve : Ondřej Pavelec (G), Radek Martínek (commotion cérébrale), Milan Michálek (vertèbres cervicales).