Bilan de l'équipe de France U18 avec Sébastien Roujon

Pour sa première année comme entraîneur principal (après avoir été l'adjoint de Lionel Charrier, passé chez les moins de 20 ans), Sébastien Roujon a conduit l'équipe de France des moins de 18 ans à sa meilleure position en championnat du monde depuis sa création il y a dix ans. La troisième place obtenue en Slovénie signifie que, avec la réorganisation des divisions, les jeunes Français joueront l'an prochain dans le groupe des six meilleures équipes juste derrière l'élite à dix.

- Quelle était la différence dans votre travail d'entraîneur en chef ?

La différence est dans la prise de responsabilité. On s'est réparti le travail dans les mêmes conditions qu'avant, de façon inversée. Jonathan Paredes a pris en charge la relation avec les arrières et le rôle social auprès des joueurs, comme je le faisais avec Lionel Charrier. L'important est que les deux personnes qui travaillent ensemble aient la même sensibilité.

- Quels principes avez-vous adopté pour constituer votre équipe ?

L'idée primordiale était de trouver des joueurs qui ont une attitude de travail intéressante. Ensuite, il faut déterminer les bons profils pour la constitution des lignes. Enfin, on recherche la complémentarité pour obtenir l'esprit d'équipe. C'est ce qui a fait la force de cette équipe. On évalue les joueurs individuellement, notamment pour leur comportement dans ce qu'on appelle la zone de surnombre, c'est-à-dire les couloirs extérieurs où se font les mises en échec.

On a choisi de mettre notre troisième ligne Florian Duval - Alexandre Lubin - Joris Bedin contre la meilleure ligne adverse. Leur force est d'être d'excellents patineurs, qui travaillent énormément dans les deux sens avec une bonne intelligence de jeu. C'est pour ça qu'on les a identifiés. Ils ont été performants à cinq contre cinq, en plus de leur importance en infériorité numérique.

- Quel était l'objectif fixé pour ces Mondiaux ?

On n'avait pas visé de place ou de classement. L'objectif était d'être compétitif pour tous les matches, de créer la situation pour emmener chaque match au maximum du temps. Dans une formule de championnat, sans élimination directe, c'est une course aux points. Il faut pousser au maximum toutes les possibilités. Les scores serrés montrent qu'on est allé chercher ces points.

- Votre premier adversaire, le Danemark, vous avait battu six fois durant la saison. A-t-il fait un excès de confiance ?

Notre philosophie est de ne pas nous occuper de l'adversaire. Nous sommes arrivés dans de bonnes conditions avec le travail de Renaud Jacquin [NDLR : manager des équipes de France juniors]. Nous sommes arrivés 48 heures avant, alors que les Danois ont eu des problèmes de transport et sont arrivés 24 heures avant.

Les Danois ont beaucoup de vélocité, ils ont énormément progressé dans toutes les dimensions du jeu, mais nous avons désormais un niveau d'abnégation important. Je ne pense pas qu'ils nous aient pris de haut, par contre ils pensaient peut-être faire comme à chaque fois, puisque nous avions perdu la plupart de nos confrontations dans les cinq dernières minutes de jeu. Mais pas cette fois. Nous avons bloqué énormément de shoots et notre gardien Antoine Bonvalot a fait un gros match.

- Malgré cette performance, vous avez changé de gardien contre le Bélarus. Était-ce prémédité ?

Oui. Comme on rencontrait d'entrée les deux nations plus fortes, on voulait aligner nos deux gardiens qui sont très proches en performance. En plus, on a toujours des craintes au niveau international sur la capacité des gardiens à enchaîner les bonnes performances. Les deux gardiens, Antoine Bonvalot et Julian Barrier-Heyligen ont permis à l'équipe de prendre confiance. Il est rare de voir deux gardiens faire de très bons championnats du monde [NDLR : respectivement 93,9% et 94,0% d'arrêts].

- Vous meniez 3-1 contre le Bélarus avant de vous faire remonter. Avez-vous fléchi physiquement ?

Je ne pense pas que nous ayons péché physiquement. Les Biélorusses avaient déjà perdu contre la Slovénie, ils étaient dos au mur, et à l'approche du troisième tiers, ils ont poussé au maximum et ont réussi à nous faire flancher. On a quand même trouvé de bonnes ressources en mort subite, on a tendu défensivement, et ça a penché en notre faveur aux pénaltys.

Le Bélarus égalise après un palet envoyé en tribune [NDLR : retard de jeu de Boissel], la Slovénie marque le but vainqueur car on prend deux minutes en fin de troisième tiers [NDLR : accrocher de Timothy Bozon], et contre la Pologne aussi, on commet une erreur alors qu'on joue en supériorité (1-2). Comme les rencontres sont serrées, la moindre faute est importante.

- Après avoir battu les deux favoris, avez-vous commencé à parler d'une possible promotion en élite ?

L'encadrement n'a jamais parlé de titre, ni même de l'idée de médaille. Il est sûr que les joueurs ont dû en parler entre eux, c'est bien normal. Pour nous, les meilleurs sont ceux qui sont devant au classement. Donc, sur ce tournoi, le meilleur était le Danemark, puis la Slovénie, puis la France. Quand on perd, c'est que l'adversaire était meilleur. On veut éviter de tomber dans les "on a eu de la chance", "on n'a pas eu de chance", "c'est de la faute de l'arbitre". Il faut garder la même intensité de jeu et de travail, et les résultats positifs arrivent.

- En quoi la Corée du sud (battue 10-1) est-elle un adversaire atypique ?

Les Asiatiques en général offrent une gestuelle différente, qui pose problème dans l'approche du duel. Ils sont très explosifs en patinage et en maniement. Ils ont énormément gagné dans la structuration du jeu. Par contre, ils sont beaucoup moins homogènes et ont de moins bons gardiens. Cela fait deux ans que le meilleur Coréen est devant les Français au classement des marqueurs, mais il y a moins d'homogénéité derrière.

- Certains joueurs vous ont-ils surpris dans ce tournoi ?

Tous les joueurs auront été surprenants, car ils ont tous gardé un niveau intéressant. Notre meilleur coup et notre plus mauvais coup étaient très proches : on a montré une grande constance dans notre jeu, avec de la simplicité. Nos arrières ont nettoyé devant la cage et fait une bonne première passe en sortie de zone. Ils ont aussi bénéficié d'une bonne solidarité entre les lignes et du repli défensif des attaquants. L'objectif que nous avions mis en place est d'être en surnombre défensif sur toute la patinoire. Il a ainsi été difficile pour tous les adversaires de nous marquer des buts.

- Y a-t-il des différences entre les joueurs évoluant en Suisse (Timothy Bozon et Loïc Mora) et ceux restés en France ?

Il n'y a pas de différence en règle générale. Tout dépend de l'objectif qu'a le joueur. Ce qui crée la différence, c'est la grosse motivation personnelle. Le hockey français manque de maturité par rapport à ça. Les joueurs qui veulent faire la NHL sont vécus comme des prétentieux, alors que l'exemple de Stéphane Da Costa montre que cette ambition peut amener un joueur loin s'il reste humble dans son travail. Je constate que, chez la majorité des joueurs que j'ai entraînés et qui sont arrivés à haut niveau, c'est la force mentale qui fait la différence.

Ceux qui sortent à l'heure actuelle sont ceux qui ont su partir à l'étranger dans de bonnes conditions. Il est essentiel de garder un cursus scolaire stable.

- La plupart des joueurs danois évoluent dans leur championnat senior. Les U18 français ne jouent pas en Ligue Magnus, hormis Joris Bedin à Grenoble. Pensez-vous qu'ils auraient les moyens d'y jouer ?

Je pense que 50% des joueurs sélectionnés pourraient évoluer sur une troisième ou une quatrième ligne de Ligue Magnus. Il y a cependant plusieurs conditions. Il faut que le jeune joueur accepte la concurrence de la Magnus, qu'il accepte ce hockey adulte. Il faut aussi que les autres joueurs acceptent ce jeune qui n'a pas la même expérience.

- La plupart des joueurs étaient en dernière année et ne seront plus là l'an prochain. Cela ne risque-t-il pas d'être encore plus dur l'an prochain ?

Depuis quatre ans, on a mis en place avec Lionel Charrier un système de jeu pour justement éviter ces problèmes. Tous les ans, on repart à zéro de toute façon, qu'il y ait peu ou beaucoup de nouveaux joueurs. Et chaque année, on remarque les mêmes points positifs - l'envie - et les mêmes points négatifs - l'expérience de la gestion d'un match.

- L'an prochain, il faudra aller en Slovaquie, un pays de hockey...

On travaille depuis quatre ans pour cette progression, en passant de la 22e place à la 15e-16e place mondiale. Cela fait trois ans qu'on joue contre les Danois. On a déjà rencontré la Lettonie, la Norvège, le Bélarus, on va rencontrer la Slovaquie. On ne craint pas ces nations, au contraire, on est très content de montrer qu'on peut être compétitif. Il faudra l'être à chaque match, aussi bien contre la Slovaquie que contre l'Italie ou le Japon.

On est déjà tourné vers l'équipe qui arrive, le championnat du monde est déjà du passé pour nous. On a fait un stage à Annecy pendant le colloque des entraîneurs, on va s'entraîner deux semaines et demi cet été à Colmar et on repart pour trois matches contre le Danemark. On s'active à la construction de cette future équipe.