Grandes manoeuvres à Philadelphie avant la draft

Dans la période entre la fin des playoffs et la draft qui démarre ce vendredi soir, la NHL est entrée dans une période de calme à peine entamée par la cérémonie des trophées NHL au palmarès sans réelle surprise et l’entérinement de la vente des Thrashers d’Atlanta. Pourtant, dans les coulisses, les managers généraux s’agitent. C’est Philadelphie qui a ouvert le feu : après la défaite en quatre matchs secs face à Boston, le président du club, Ed Snider, avait critiqué le carousel de gardiens des Flyers qui empêchait selon lui le club d’être un candidat sérieux pour le titre et il a estimé que cela faisait trop longtemps que Philadelphie n’avait pas eu un excellent gardien.

On ne peut pas dire que Snider avait tort puisque Tim Thomas a brillamment mené les Bruins à la coupe Stanley. Ironiquement, Thomas a remporté le trophée de MVP des playoffs, la coupe Stanley et le trophée Vezina du meilleur gardien de la ligue, un triplé jamais réitéré depuis Bernie Parent en 1975, qui gardait alors les buts… des Flyers de Philadelphie ! Son manager général, Paul Holmgren, a parfaitement entendu le message et il n’a pas chômé. L’homme qui a fait venir Chris Pronger il y a deux ans avec un échange blockbuster lors de la draft est un habitué des gros transferts, et les fans n’ont pas été déçus aujourd’hui, sans doute un jour à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire du club.

Holmgren commence le 7 juin par transférer les droits d’Ilya Bryzgalov détenus par Phoenix jusqu’au premier juillet contre Matt Clackson et un choix de troisième tour de draft l’an prochain. Il était de notoriété publique que le fantasque gardien n’allait pas resigner dans une franchise financièrement moribonde comme les Coyotes. Si les fans des Flyers commençaient déjà à s’interroger pour savoir si l’imprévisible Russe serait l’homme de la situation, notamment après un premier tour de playoffs catastrophique face aux Red Wings de Detroit, le problème pour Holmgren était que Bryzgalov serait coûteux à signer, surtout pour des Flyers qui flirtent avec le plafond salarial.

On a parlé d’un salaire de 7 millions de dollars par an, ce qui aurait placé le gardien russe de 31 ans parmi les gardiens les mieux payés de la ligue. Quasiment un remake de l’été 2010 où Holmgren avait transféré les droits d’Evgeni Nabokov. Finalement, les Flyers avaient trouvé l’ancien Shark de San José trop gourmand et ne l’avaient pas signé. Les deux parties y avaient perdu au change, Philadelphie ne trouvant pas de titulaire stable et Nabokov vivant la pire saison de sa carrière. Il paraissait évident que Holmgren n’allait pas réitérer la même erreur. Il fallait donc couper dans la masse salariale.

Des rumeurs ont commencé à évoquer le départ d’un des meilleurs buteurs du club, Jeff Carter, vers Columbus. Il faut dire que le transfert paraissait sensé : le manager général des Blue Jackets, Scott Howson, avait hérité d’un intéressant huitième choix pour cette draft grâce à la mauvaise prestation de son équipe, mais comme il est déjà bardé de prospects, il a rapidement fait savoir qu’il était prêt à faire un package avec ce futur huitième choix pour un joueur offensif de top 6. Les Blue Jackets recherchaient depuis longtemps un centre capable de jouer avec Rick Nash, ce que la franchise a toujours manqué au cours de sa brève histoire. C’était un manque urgent dans une équipe en mal de résultat qui cherche toujours à attirer de la fréquentation. Le nom de Jakub Voracek est souvent revenu parmi les rumeurs comme pouvant faire partie de ce transfert, l’ailier tchèque des Jackets (ancien choix de premier tour de Columbus en 2007) n’ayant pas vraiment réussi à atteindre son potentiel avec l’équipe.

Pendant quelques jours, il ne s’est rien passé, à part des rumeurs démenties sur la signature de Bryzgalov. Pourtant, il fallait que quelque chose se passe, sinon Bryzgalov serait devenu agent libre le premier juillet. Puis, ce jeudi, Holmgren a mis en oeuvre son plan : la rumeur du transfert de Carter s’est révélée exacte en tout point. Voracek et le huitième choix de draft (plus un choix de troisième tour) sont partis pour Philadelphie tandis que Columbus accueille le fragile Carter, signé jusqu’en 2022. Mais le manager général des Flyers n’en est pas resté là et, de manière complètement inattendue, il a transféré dans la foulée son capitaine, Mike Richards, à Los Angeles. Le transfert est étonnant dans la mesure où aucune rumeur n’avait circulé, mais également parce que le fougueux centre est le visage de la franchise depuis plusieurs saisons et l’un des joueurs préféré des fans.

Néanmoins, le retour est intéressant pour les Flyers, qui reçoivent le jeune Wayne Simmonds, 22 ans, qui joue dans un style proche de Richards (en moins efficace mais en moins cher) mais surtout Braydon Schenn, 19 ans, l’un des prospects les plus en vue de la ligue. L’élimination des Flyers lors des playoffs avait réveillé un différend entre Richards et la presse sportive de Philadelphie. Mais les observateurs les plus audacieux se bornaient à réclamer que le C du chandail de Richards soit retiré et rares sont ceux qui auraient pu prévoir un transfert. Finalement, Holmgren a terminé sa journée en annonçant que Ilya Bryzgalov avait signé un contrat de 9 ans pour 51 millions de dollars (5,7 millions par an). On peut déjà penser que c’est Chris Pronger qui sera le prochain capitaine des Flyers, étant déjà un des leaders dans le vestiaires.

Cette série de transferts a évidemment secoué la blogosphère des fans des Flyers, pas forcément ravie. Certes, l’attaque était un des points forts de Philadelphie l’an passé avec l’émergence de James Van Riemsdyk et Claude Giroux. Mais il n’est pas encore dit que ces deux jeunes joueurs vont pouvoir porter l’équipe dans le futur. Elle s’est séparée de deux cadres importants, draftés tous les deux en 2003, et qui avaient contribué à faire revenir Philadelphie au plus haut niveau, culminant avec une finale perdue de coupe Stanley l’an passé face à Chicago. Il faudra sans doute plusieurs années avant de déterminer si ce changement sera payant pour les différents protagonistes des échanges, à commencer par le principal, Philadelphie.