Amiens – Rouen (match amical)

Digne des grands matchs !

2011-09-02-Amiens-Rouen-3Et depuis quand un match Amiens – Rouen serait-il amical ? Personne n'est assez hypocrite pour le croire. Et depuis combien de saisons avons-nous eu droit à des matchs au Coliseum aussi serrés ? Cela fait bien longtemps. Oui, depuis deux saisons que Rouen vient en terre picarde, les Dragons ne l'ont emporté qu'une fois, ce fameux match 3 de playoffs gagné aux tirs aux buts après un 8-8 d'anthologie.

Ce vendredi 2 septembre, nous avons eu droit à l'Enfer du Nord nouvelle génération. Oubliez les odeurs de cigarette, l'alcool dans les gradins. Mais gardez la petite glace rénovée et les supporters serrés les uns contre les autres. Car, à 18h30, quand les tribunes de la grande glace viennent à se remplir, on nous annonce que celle-ci est impraticable, et l'on nous invite à rejoindre la petite patinoire. Il n'est pas encore 19h que cette petite surface est déjà pleine comme un œuf, et que l'on bloque déjà l'entrée. Les dirigeants et bénévoles amiénois s'activent, l'atmosphère se tend et les joueurs doivent se frayer un chemin dans une foule compacte pour atteindre la glace, face à des gradins où les supporters rouennais qui ont réussi à rentrer sont clairsemés dans le public.

Le Président Henno passe dans les tribunes, se fait interpeller par des spectateurs demandant des explications qu'il nous donne à la fin du match : « On a appris à 18h30 que la glace où l'on attendait 2000 personnes était impraticable. Donc on a été contraint de proposer aux gens de se rendre sur la petite glace. Comme la petite glace est limitée en place, on a du très vite bloquer les entrées sous demande du staff du Coliseum. On va proposer des compensations. Je comprend la frustration des abonnés qui n'ont pu entrer dans la patinoire. On n'a pas eu le temps de communiquer, on a été pris de court. Il y aura enquête : c'est un groupe de compression qui a claqué, je ne sais pas quand. Je ne voudrais pas apprendre que ça a été su dans la matinée et qu'on ne nous l'ait pas dit tout de suite. En une journée, on a le temps de réagir, en une heure c'est impossible ! Jamais la patinoire ne peut accueillir 1200 personnes. »

Peut-être n'avons nous pas dépassé les 1000 personnes, mais nous étions étrangement serrés les uns contre les autres, encore plus que d'habitude. C'est dans cette ambiance déjà électrique que le match débute.

Les débats sont équilibrés et les pressings sont hauts de chaque côté. Amiens allume la première mèche, et il faut que Lhenry intervienne en trois fois pour geler le puck, quand ça cage se désocle. Amiens travaille derrière le but et sort le palet pour des positions de shoots. Tomasek lance une fois, Lhenry détourne derrière son but. Luka Basic s'empare de la rondelle et attend la montée de Tomasek plus dans l'axe pour lui transmettre un palet que le Tchèque catapulte dans la lucarne (7'50, 1-0).

2011-09-02-Amiens-Rouen-4À peine le temps de savourer que déjà les échauffourées ont lieu quand la cage du portier visiteur bouge encore. Thinel et Bault finissent de s'expliquer, et dans la foulée Béron – à l'arrière – annihile un 2 contre 1 des jaunes. Pendant que Lhenry fait « coucou » aux supporters rouennais derrière son plexi, son équipe évolue à cinq contre quatre. Thompson fait trois arrêts de grande classe, semblant poursuivre sur sa série de la veille face à Neuilly. Au complet, Jake Morissette charge Raphaël Faure en zone offensive et lui enlève le palet. Seul face au gardien, c'est Lhenry qui remporte le duel. Rouen se fait peur quand le public donne de la voix. En fin de tiers, les Dragons jouent par petite période d'attaque et les Gothiques contrent. La cage de Lhenry a décidément la « bougeotte » (six fois en quinze minutes) mais ne peut éviter un second but local : lancé dans l'axe par Morissette, Luka Basic – qui s'affirme de plus en plus comme un redoutable finisseur – crucifie le gardien français (19'03, 2-0).

À 2-0 à la pause, on sent les Rouennais mal en point quand Amiens a les dents longues. La tendance se confirme à la reprise et Basic bute encore sur Lhenry, il faut dire bien aidé par un cinglage de Richard Démen-Willaum (26'). Il n'empêche qu'en avantage numérique, les Gothiques peinent à installer leur jeu de puissance. On arrive à la mi-match et les Dragons ont un coup de moins bien : ils glissent, sont à contretemps ou chargent dans le vide. Amiens est-il trop bien ou Rouen trop mal ? Difficile à dire dans un match intensif.

Il faut alors quelques pénalités pour calmer les tensions. Antonin Manavian écope d'un 2+2+10. Une supériorité amiénoise vite annihilée... par les Picards eux-mêmes : Nikolov prend lui aussi 2+10 puis un autre le rejoint, si bien que Rouen évolue à quatre contre trois. Il faut cette situation de jeu pour voir Rouen marquer : à peine revenus à quatre contre quatre, les Dragons font une superbe combinaison dans l'axe sur laquelle Thompson est battu (33'59, 2-1). A-t-on retrouvé les jaunes de l'an dernier ? Non, si l'on attend quelques minutes pour réagir. Juste le temps pour les gris de repartir de plus belle.

Déchaînés, sur-motivés, les Picards inversent les dernières tendances des saisons passées et font tourner les Dragons en bourrique. Lhenry sort de façon hasardeuse, laisse un rebond en angle fermé qui profite à un Tomasek Roi du Slot (35'44, 3-1). Dans la foulée, Mickaël Bardet est lancé côté droit quand les jaunes remontent d'un cran. L'Amiénois passe la bleue côté droit et envoi un lancer plus que prenable. Mais voilà le gardien rouennais se troue et laisse filer au dessus de son épaule (36'05, 4-1).

2011-09-02-Amiens-RouenAlors, Rodolphe Garnier laisse son gardien en jeu quand Sébastian Ylönen semble prêt à faire son entrée. Le temps de glace laissé ensuite pourrait permettre à l'international français de prouver son statut de numéro un. Pendant ce temps, Darcy Werenka envoie un slap monstrueux de la bleue que Thompson verrouille bien. Un slap pour toute réaction avant la fin de ce second tiers ? Non. À la faveur d'une supériorité les Dragons occupent longuement la zone offensive. Mais la réaction vient d'une erreur amiénoise : Tomasek se retrouve en break et perd un autre duel face à Lhenry. Pendant qu'Amiens change sa ligne, les Rouennais repartent à l'attaque. Le trois contre deux fonctionne à merveille et Thompson est crucifié par Loïc Lampérier (39'50, 4-2).

Dans les dernières vingt minutes, Romain Bault alerte le gardien des visiteurs depuis la bleue. Encore en supériorité, les locaux font parler la poudre : Bardet s'infiltre dans l'axe et lance Valentin Claireaux qui aggrave la marque (44'32, 5-2). Dans la foulée, Amiens reprend possession de la plupart des face-offs et poursuit son travail devant le but adverse. Béron slape en fond de zone, et Bardet, juste devant le portier, dévie le palet en hauteur (45'51, 6-2). Le public exulte, les locaux sont déchaînés, les visiteurs dépités.

Intervient alors une explication à la hauteur des habituels derbys. Dans le coin gauche du but des jaunes, Serer est maltraité par Lehericey. L'arbitre à côté ne bronche pas, pensant que les deux jeunes vont en rester là. Pari perdu : à peine le jeu part-il de l'autre côté que Serer fait demi-tour et balance son petit camarade de jeu. Ce dernier se retrouve à genoux sur le coin droit de la cage rouennaise. Faisant la tortue, il prend les coups de Serer quand l'arbitre assistant vient les séparer. Personne ne bouge sur le banc, laissant l'arbitre séparer ces deux-là. C'était sans compter le portier des Dragons, déjà dans un jour « sans », qui vient s'en mêler et frappe Serer dans le deux dos sans se salir les mains – en gardant plaque et mitaine. Thompson n'accepte pas la scène et commence à traverser la glace en se déséquipant, quand Manavian vient lui aussi s'en mêler et donner des coups à Serer. Les bancs suivent derrière Thompson qui s'expliquera au plus près avec Lhenry. Trois arbitres ne suffiront et il faut attendre certains démélés. Au final, une pénalité de match à Serer et Manavian, et 2'+2' aux deux portiers.

2011-09-02-Amiens-Rouen-2La tension est à son comble et Rouen repart de l'avant. Thompson oppose sa mitaine. Puis, à la faveur d'un jeu musclé dans le coin à gauche des buts d'Amiens, un palet passe au-dessus des balustrades et vient frapper Pascal Enault, notre photographe, au-dessus du sourcil. Le jeu continue puis est arrêté par l'arbitre quand notre compère fait un malaise. On demande à libérer de la place dans une patinoire saturée pour laisser les pompiers intervenir. Dix minutes d'attente pendant lesquels Pascal reprend conscience. Emmené aux urgences à la fin du match, les scanners n'auront rien décelé d'anormal. Ce sont les aléas du hockey, et l'on est heureux que Pascal s'en sorte indemne contre une fracture de l'os du sinus et un traumatisme crânien. Pendant ces minutes d'attente, les joueurs peuvent sortir quelque peu de leur match. 6-2, dix minutes à jouer... À la reprise, tout le monde est bien calmé, même les joueurs. Le temps file vite, sans plus aucun accrochage. Rouen a beau évoluer à cinq contre trois (53'), Thompson fait son one-man-show dans les buts.

On en reste là, sur ce match haut en intensité. Quoi qu'on en dise, les deux équipes étaient tout autant fatigués, et ont toutes deux joué ce match à fond. Amiens a dominé la rencontre, profitant d'une défense normande fébrile et d'un portier dans un mauvais jour. Le match retour à l'Ile Lacroix promet de faire couler encore beaucoup d'encre, avant même la reprise du championnat. En attendant, direction Neuilly pour Amiens ce samedi.

À la fin de ce compte-rendu, mes pensées vont à Pascal, à qui je souhaite un bon rétablissement.

Adrien Lhermitte / Photos : Pascal Enault

 

Amiens – Rouen 6-2 (2-0, 2-2, 2-0)
Vendredi 2 septembre 2011 à 19h30 au Coliseum (petite patinoire). 1200 spectateurs.
Arbitrage de Damien Bliek assisté d'Aurélien Smeeckaert et Nicolas Crégut.
Pénalités : Amiens 30' (8', 6'+10', 8'+20') ; Rouen 18' (4', 4'+10', 10'+20')
Tirs : Amiens 48 (17, 20, 11) ; Rouen 41 (14, 10, 17)
Mises au jeu : Amiens 28 (9, 6, 13) ; Rouen 48 (18, 14, 16)
 
Évolution du score :
1-0 à 07'50" : Tomasek assisté de Basic
2-0 à 19'03" : Basic assisté de Morissette
2-1 à 33'59" : Thinel assisté de Desrosiers et Mallette
3-1 à 35'44" : Tomasek
4-1 à 36'05" : Bardet assisté de Morissette
4-2 à 39'50" : Lampérier assisté de Gutierrez et Paré (sup. num.)
5-2 à 44'32" : Claireaux assisté de Bardet (sup. num.)
6-2 à 45'51" : Bardet assisté de Béron (sup. num.


Amiens

Gardien : Billy Thompson

Défenseurs : Angel Nikolov – Grégory Béron ; Vincent Bachet (C) - Nicolas Leclerc (jr) ; Romain Bault – Aziz Baazzi.

Attaquants : Martin Tomasek (A) – Jake Morissette – Luka Basic ; Aïna Rambelo – Anthony Mortas (A) – Mickaël Bardet ; Valentin Claireaux – Alvin Matima (jr) - Marius Serer (jr).

Remplaçants : Léo Bertein (G). Absents : Kevin Bergin (attente de licence), Teddy Trabichet, Thomas Roussel, Antoine Vanwormhoudt, Kyle Sibley, Jaroslaw Rzeszutko (préservé).

Rouen

Gardien : Fabrice Lhenry

Défenseurs : Raphaël Faure – Darcy Werenka ; Richards Démen-Willaume – Jonathan Janil ; Jimi Santala – Antonin Manavian.

Attaquants : Julien Desrosiers – Carl Mallette (C) - Alexandre Mulle ; Teemu Elomo – Jean-Philippe Paré – Anthony Rech ; Romain Guttierez – Loïc Lampérier.

Remplaçants : Sébastian Ylönen (G). Absents : François-Pierre Guénette, Peter Valier, Ilpo Salmivirta, Juha Alen.