Hommage aux victimes de la tragédie (I)

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Les articles qui vont suivre s'attardent plus particulièrement sur les membres du Lokomotiv Yaroslavl. Nous n'oublions pas dans nos condoléances le personnel d'équipage : Andrei Solontsev, Igor Zhevelov, Sergei Zhuravlev, Vladimir Matyushkin, Elena Sarmatova, Nadezhda Maksumova et Elena Shavina. Le huitième, Aleksandr Sizov, est dans un état critique.

Mon seul contact avec Jan Marek, c'est ce souvenir des championnats du monde à Mannheim. Le responsable relation presse prend note des requêtes d'interview des journalistes pour aller chercher les joueurs aux vestiaires. Tandis que je demande Lukas Kaspar (qui évoluait en Finlande et était donc anglophone), un collègue italien à mes côtés annonce Jan Marek. Un peu surpris, car au parfum des compétences du joueur de Magnitogorsk (à l'époque) dans les langues non slaves, je me retourne vers lui et lui demande s'il parle russe. Il hausse les épaules, sans me prêter grande attention, partant du principe que tout le monde parle anglais.

Marek arrive, et quand le journaliste transalpin lui pose une question, il fait simplement un signe de tête indiquant qu'il ne comprend pas. "English ?" Non, non, fait Marek. "Deutsch ?" Pas mieux. "Français ?". Niet. "Italiano ?", achève-t-il d'une voix résignée en connaissant d'avance la réponse. Il a épuisé toutes ses cartouches (les mêmes que les miennes). Marek et le journaliste se regardent quelques secondes, et après un regard un peu gêné autour d'eux, se quittent sans un mot. Ils ne pourront échanger aucune parole.

Aujourd'hui, ce n'est plus une moue gênée et muette qui nous dit "au revoir". C'est un adieu, définitif. On ne saura pas ce que pense Jan Marek, pur joueur offensif, qualifié pour cette raison de "star", mais qui n'en avait pas les caprices. Et on ne le saura plus jamais.

Vitali Anikeenko fait partie de ses jeunes hockeyeurs ukrainiens partis en Russie à leur adolescence parce qu'ils ne voyaient aucune perspective dans leur pays. Ce défenseur dur à passer en 1 contre 1 est arrivé au Lokomotiv à 15 ans, s'y est fait naturaliser russe et a ainsi été vice-champion du monde junior en 2005. Depuis son départ de Kiev, il a fait toute sa carrière à Yaroslavl (sauf 10 matches) et y a donc aussi perdu la vie.

Aleksandr Vyukhin a suivi le chemin inverse. Il a été formé à Sverdlovsk (aujourd'hui Ekaterinbourg), où il est devenu champion d'URSS des moins de 17 ans. C'est alors qu'il a été contacté par le Dynamo Kharkov pour aller jouer en Ukraine. Comme c'était au moment de la chute de l'Union Soviétique, Vyukhin s'est trouvé résident ukrainien, et il a donc représenté ce pays jusqu'en 1999, avant d'abandonner la nationalité pour ne plus être considéré étranger en Superliga russe. Entre-temps, il s'était en effet en Sibérie, à Omsk puis à Novosibirsk. C'est lors de cette dernière étape qu'il a pris comme emblème le mammouth et l'a fait dessiner sur son masque. Il voulait exprimer alors que les gardiens russes s'éteindraient bientôt comme des mammouths. À 37 ans, Vyukhin se considérait comme un rescapé de la vieille garde. Mais le mammouth n'a pas survécu à l'extinction des espèces.

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Stefan Liv avait été aimé de la Suède grâce à un reportage sur sa distraction, à ses débuts en équipe nationale. Chez lui, en effet, il abandonnait parfois la concentration nécessaire sur la glace. Il lui était arrivé de chercher vainement sa télécommande qui était dans le frigo. Liv avait participé au doublé unique dans l'histoire de la Suède en 2006 (JO/Mondiaux), mais il n'était que troisième et deuxième gardien dans ces compétitions. Sympathique, mais sous-estimé, c'est donc souvent le sentiment qu'il donnait. Cette vidéo le montre à Fort Boyard où il avait oublié d'avoir peur des araignées et des scorpions. Malheureusement, aujourd'hui, le "distrait" n'a pas oublié le chemin de l'aéroport. Stefan venait de se marier cet été avec Anna et laisse deux enfants (Herman et Harry).

Mikhaïl Balandin avait quitté le Lokomotiv, son club formateur, car il n'avait pas pu trouver de place dans l'équipe glorieuse de Vujtek, championne de Russie 2002 et 2003. Il a prouvé sa valeur d'année en année, y compris l'an dernier avec une plaque de titane dans l'épaule gauche pour tenir un ligament, pour finalement revenir à Yaroslavl cet été. Il se faisait sûrement une joie de revenir enfin en titulaire chez lui. Cette force de la nature de cent kilos n'est plus.

Aleksandr Vasyunov est né à Yaroslavl où il a gravi les échelons. Il a connu son heure de gloire en 2008, en marquant le but décisif qui envoyait le Lokomotiv en finale. Mais à la rentrée suivante, il n'était plus titulaire. Plutôt que de stagner en tribune, il rejoignit l'organisation des New Jersey Devils qui l'avaient drafté. La saison dernière, il put ainsi faire ses 18 premières apparitions en NHL, mais les Devils ne lui proposaient toujours qu'un contrat "two-way" qui lui auraient fait risquer de retourner en AHL. Il est donc revenu dans son club avec de bons espoirs d'en être désormais un membre à part entière. Dans les bons comme dans les mauvais jours. Et malheureusement dans le pire de tous.

Le Lada Togliatti a toujours été un club formateur, et ses difficultés financières en avaient fait une pépinière pour les jeunes. Marat Kalimullin a débuté en élite à 17 ans seulement, et quelques mois plus tard il a remporté la Coupe Continentale, où se révélait déjà son style tenace voire accrocheur, qui se disciplinerait peu à peu. En 2010, peu avant que Togliatti ne soit exclu de la KHL, le Lada jouait ses derniers play-offs à Yaroslavl, et Kalimullin se vit alors remettre une proposition de contrat pour un nouveau club, où il a progressé au contact de grands joueurs.