Présentation de la KHL 2011/12 : division Chernyshev

ATYUSHOV Vitali-110515-116"On ne garde pas un entraîneur qui gagne". Telle est la nouvelle devise de la KHL. Les huit quarts de finalistes de la dernière saison ont tous changé de coach, fait sûrement unique dans les annales du hockey ! Le champion, le Salavat Yulaev Ufa, a "montré l'exemple". Le seul moyen de justifier la non-reconduction de Bykov était de recruter le seul autre entraîneur à avoir amené le club au titre (c'était en 2008), Sergei Mikhalev. Celui-ci n'a cependant pas la réputation de faire confiance aux jeunes, et il ne lui sera pas facile de remotiver la troupe championne en titre. Surtout que les joueurs en question attendent toujours l'intégralité de leurs salaires 2010/11. On comprend mieux l'audit financier commandité cet été sur les comptes du club...

Heureusement, Mikhalev peut compter sur Aleksandr Radulov. Rejoint dans l'effectif par son frère aîné Igor, il sera plus que jamais le meneur du vestiaire, qui contamine ses coéquipiers par sa détermination sans faille. Radulov a perdu son partenaire norvégien Thoresen, mais la première ligne devrait être recomposée : Igor Grigorenko retournera à l'aile, son poste originel, et Sergei Zinoviev redeviendra le centre de Radulov, comme il y a deux ans. Avec des arrivées complémentaires comme Igor Mirnov ou Yuri Trubachev, le potentiel offensif du Salavat semble intact.

On n'en dira pas autant de la défense, qui a longtemps posé problème la saison passée. La paire Kirill Koltsov - Dmitri Kalinin avait certes parfois subi les critiques de Bykov à l'automne, mais elle avait mieux fini. L'arrivée de Vitali Atyushov, excellent passeur et organisateur de jeu de puissance, ne règle pas tout. L'agressivité de Kalinin pourrait manquer.

Il est d'autant plus risqué pour le champion de vivre sur ses acquis que ses concurrents se sont renforcés.

 

KALYUZHNY Alexei-100516-866À commencer par l'Avangard Omsk, vainqueur de la saison régulière, et qui semble encore plus fort. En lui proposant un salaire à la baisse, on a renoncé de fait à Jagr, et cela pourrait être bénéfique pour que chacun prenne ses responsabilités sans être intimidé par la star ou se cacher derrière elle. Certes, une partie de l'argent économisé a dû être investi pour augmenter largement le gardien finlandais Karri Rämö et le convaincre de ne pas retourner en NHL.

Mais le recrutement a de la gueule, avec en premier lieu les arrivées d'Anssi Salmela, le défenseur n°1 des champions du monde finlandais, qui impose le respect de gré ou de force, ainsi que du vétéran slovaque Radoslav Suchy.

En attaque, Jagr est "remplacé" par Aleksandr Frolov, qui avait refusé un long contrat au SKA Saint-Pétersbourg l'an dernier pour un "petit" contrat d'un an avec les Rangers de New York, en espérant un retournement de marché. C'est exactement ce qui s'est produit : les salaires se sont de nouveau envolés en NHL où les plafonds et planchers ont été revus à la hausse... mais Frolov ne peut pas en profiter. Il est en effet dans la pire position pour un joueur en fin de contrat, s'étant gravement blessé au genou en cours de saison. Il a donc perdu son coup de poker, et l'Avangard ramasse la mise en pariant sur le convalescent qui suit un programme d'entraînement spécial. S'il n'était pas rétabli, Denis Platonov, révélé buteur l'an passé à Magnitogorsk, pourrait faire l'affaire pour convertir les passes d'Aleksei Kalyuzhny.

Si les performances de l'international tchèque Roman Cervenka ne souffrent pas trop de la perte de son "tuteur" Jagr, l'attaque d'Omsk a donc belle allure, car la ligne très complémentaire Popov-Kuryanov-Perezhogin fonctionne déjà à la perfection.

On ne serait donc pas étonné que l'année 2012 marque le retour de l'Avangard en demi-finales au moins, niveau qui n'a plus été atteint pendant quatre longues saisons. Tout autre résultat serait fatal à Rostislav Cada, entraîneur tchèque discret et exigeant qui va changer de monde après deux titres de champion de Slovaquie à Kosice.

 

SPIRIDONOV Andrei-100518-033Le Barys Astana se voit reprocher depuis longtemps de ne guère aider les joueurs du Kazakhstan en donnant tout son temps de jeu aux étrangers. Cette année, on s'attendait à le voir utiliser la draft de la KHL pour acquérir les droits sur Daniar Kaïrov, meilleur défenseur du pays chez les moins de 16 ans en 2010 et surtout joueur "d'ethnie kazakhe", ce qui n'est pas fréquent à l'école de hockey Ust-Kamenogorsk (Öskemen en kazakh), ville peuplée majoritairement de russophones. Son slap est certes fameux, mais ce n'est pas un espoir très connu, et le Barys a donc laissé passer sans grande crainte au premier tour de draft... et ne l'a pas cru en voyant que le SKA Saint-Pétersbourg l'avait choisi juste après, en dix-neuvième position. Du coup, il a fallu faire une transaction pour récupérer Kaïrov.

En attendant son éclosion, le Barys s'appuie plus que jamais sur les Nord-Américains. Après le défenseur Kevin Dallman, le gardien Jeff Glass et l'attaquant Brandon Bochenski, par ordre d'arrivée, quatre nouveaux renforts. L'un, Josh Gratton, était déjà en KHL, mais au Vityaz où il utilisait ses muscles. Son jeu rude sera exploité sur plus de facettes à Astana, équipe physique sans les excès.

Les trois autres arrivent directement d'outre-Atlantique. L'un est le défenseur américain Andrew Hutchinson, qui avait remporté la Coupe Stanley avec Carolina en 2006, mais en vivant les play-offs en tribune à cause d'une opération du poignet. Les deux autres, Nigel Dawes et Dustin Boyd, ont vécu des parcours similaires : ils étaient internationaux juniors, ils ont tout de suite marqué beaucoup en AHL, ils ont logiquement passé trois saisons de titulaire de NHL, et puis ils ont déchanté l'an passé en jouant une dizaine de matches seulement dans la ligue majeure. D'échange en échange, ils étaient devenus les armes offensives principales de l'équipe-ferme des Canadiens de Montréal, mais ce n'est pas pour ça qu'ils étaient venus. Au Barys, ils auront sûrement, comme leurs prédécesseurs, 20 minutes de temps de jeu pour faire parlet leur talent offensif reconnu. Le plus gros potentiel est celui de Dawes, petit gabarit aux mains d'or qui avait été le meilleur marqueur du Mondial junior 2004.

 

VATANEN Sami-100520-003

Ces dernières années, le Metallurg Novokuznetsk s'affirmait comme un des meilleurs clubs formateurs de la KHL, révélant des talents comme le gardien Bobrovsky, le défenseur Orlov ou l'attaquant Kitsyn. Mais ils ont tous filé rapidement en Amérique du nord (Maksim Kitsyn est rentré cet été) tandis que les Sibériens s'engluaient en fond de tableau. Seul bénéfice de ce piteux classement : pouvoir choisir tôt à la draft KHL. Encore faudrait-il que celle-ci serve à quelque chose. On peut en douter quand on voit le 2e choix absolu dépensé pour rien en 2010 pour le petit génie finlandais de la défense Sami Vatanen, qui a resigné au JYP Jyväskylä malgré l'insistance du Metallurg pour le faire venir en Russie.

Le choix numéro 1 avait échu à Novokuznetsk cette année, et beaucoup escomptaient que le club "court-circuiterait" l'exercice comme la plupart de ses confrères en sélectionnant... un de ses propres joueurs. On n'est jamais mieux servi que par soi-même, ce qui évite de payer un dédommagement à l'équipe d'origine. Pourtant le manager Leonid Weisfeld a opté pour Anton Slepyshev, venu de Penza, et n'a donc pas protégé son gardien Nalimov, sur qui le SKA a mis la main. Une opération blanche comptablement - les compensations financières sont identiques pour tous les joueurs retenus au premier tour - mais qui a fait râler en ville, où l'on ne comprend pas que l'on ait pu laisser partir l'enfant du pays Nalimov, en qui l'on voit un nouveau Bobrovsky. Weisfeld voyait les choses autrement car il se trouvait déjà pourvu en jeunes gardiens.

De toute manière, les jeunes ne devraient plus constituer la colonne vertébrale de l'effectif, car le Metallurg Novokuznetsk n'est plus le parent pauvre de la KHL. Sa masse salariale lors de la saison écoulée a été inférieure au plancher fixé par la ligue, ce qu'elle n'autorisera plus sous peine d'exclusion.

Cette année, aucun risque que ça arrive car les recrues ne seront sûrement pas payées en kopeks. Le nouveau président Sergei Kuznetsov, gouverneur délégué de la région à l'industrie et au transport, a mobilisé des moyens : l'attaquant défensif Sergei Brylin, triple vainqueur de la Coupe Stanley, et Randy Robitaille, 531 matches de NHL et meilleur marqueur de LNA suisse en 2010, ont débarqué à une semaine du début de saison.

Brent Sopel avait auparavant été le premier à oser. Ce défenseur avait accompli un rôle important dans la conquête de la Coupe Stanley par Chicago en 2010, apprécié des fans tant il se jetait devant les lancers adverses. Payé 2,3 millions de dollars par an, il avait été victime du dégraissage de l'équipe championne qui explosait la masse salariale. Un an plus tard, son contrat terminé ailleurs (Atlanta puis Montréal), il espérait que Chicago le recontacte pour le reprendre à un salaire moins contraignant, mais son téléphone n'a jamais sonné. Il est donc parti en Sibérie, et ne reverra pas sa famille et sa femme, qui tient un blog appelé hockey widow ("veuve du hockey", terme utilisé pour désigner les épouses canadiennes délaissées pendant les play-offs) avant un rendez-vous pris en novembre à Paris pendant la trêve internationale.

 

TARASENKO Vladimir-110515-032Vladimir Tarasenko senior, entraîneur du Sibir Novosibirsk, avait expliqué qu'il ne regretterait qu'un seul départ, celui de Stefan Liv. Le Suédois s'est vite imposé comme un des meilleurs gardiens de KHL, et il a donc été recruté par un top-team. Malheureusement, il s'agissait du Lokomotiv Yaroslavl, et il s'agit donc d'un "grand départ", tragiquement définitif. Effectivement, on regrettera Liv. Le "distrait" s'en est allé, et tout le monde le regrettera. David Petrasek, le défenseur qui l'a côtoyé pendant des années glorieuses au HV71, est parti en Suède pour l'enterrement.

Tous les autres départs auraient donc été souhaités par le club. Dans le cas de Ville Nieminen, selon Tarasenko, "il a très bien joué cette saison, mais nous avons notre propre vision du jeu d'ailier. Il ne correspond pas tout à fait à notre style le jeu, et le garder aurait présenté un risque". Dont acte. Mais le club a perdu ses deux meilleurs marqueurs - et de loin - Mirnov et Nieminen, sans que l'on parvienne à deviner comment il compte les remplacer. La qualification en play-offs paraît difficile à répéter. Le fils Tarasenko, maintenant international, devra franchir un palier supplémentaire. Il sera en première ligne, où l'autre ailier sera Jonas Enlund, déjà prolifique en pré-saison avec 10 buts.

Jori Lehterä, qui a perdu sa place en équipe de Finlande, est le nouveau meneur de jeu. Il avait été critiqué pour ses mauvaises performances en play-offs, mais aujourd'hui, il n'en a probablement cure. L'an passé, c'est en effet au Loko qu'il évoluait. Même si le Sibir régresse au classement, Lehterä sera content de vivre cette saison. Vivre, le mot le plus important, celui dont n'ont pas pu bénéficier ses ex-coéquipiers. Psychologiquement, la catastrophe laissera aussi des traces à Novosibirsk.

 

AmurL'Amur Khabarovsk a longtemps misé sur les Nord-Américains, rompus aux longues distances et à qui les voyages en avion ne font (faisaient, avant le drame ?) pas peur. Leur dernier représentant, le gardien Yann Danis, est reparti en NHL : il a signé chez les Edmonton Oilers car cela lui paraissait un des rares endroits où il aurait une chance en numéro 3, derrière le fragile Khabibulin et l'inexpérimenté Dubnyk.

Son successeur est Jan Lasak, mais le champion du monde 2002, dont la carrière va cahin-caha depuis plusieurs années, a-t-il encore assez de forces pour tenir en KHL ? C'est la grande inconnue, même si la défense a reçu un renfort sûr avec l'international finlandais Mikko Mäenpää, retranché juste avant les derniers Mondiaux, ceux à ne pas rater.

Le club d'Extrême-Orient a surtout placé ses espoirs sur un trio tchèque. Martin Ruzicka, qui a pulvérisé tous les records dans les play-offs d'Extraliga tchèque à Trinec, a surpris en choisissant Khabarovsk plutôt que des gros clubs de KHL ou des propositions de NHL. Outre l'évident avantage salarial (la "prime de déplacement" en quelque sorte), c'est un joueur qui a besoin de gros temps de jeu pour s'exprimer. Il ne pouvait en trouver qu'aux bords du fleuve Amour, où il devait former la première ligne avec Jakub Petruzalek et Petr Vrana, deux joueurs de la dernière génération tchèque médaillée aux Mondiaux juniors (c'était en 2005).

Seulement voilà, Ruzicka est annoncé blessé jusqu'en novembre. Sans son meneur, l'attaque de Khabrovsk risque de ne pas faire peur à grand monde, comme d'habitude.