Présentation de la KHL 2011/12 : division Kharlamov

DARZINS Lauris-20100508-221Les Tatars d'Ak Bars Kazan n'ont eu d'autre choix que d'abandonner leur entraîneur Zinetula Bilyaletdinov à l'équipe nationale. Il a même emmené avec lui Valeri Belov, son assistant depuis six ans (et trois titres). La même priorité hiérarchique s'applique cependant à l'intérieur des frontières du Tatarstan : si Kazan obéit à Moscou, Nijnekamsk obéit à Kazan et a cédé son entraîneur Vladimir Krikunov au club de sa capitale.

La panthère blanche a donc dû voir partir à contrecoeur le dresseur qui l'avait guidée sur la piste aux étoiles. Elle est maintenant confiée à un nouveau maître réputé pour ses coups de fouet : comment les stars de Kazan s'accommoderont-elles des méthodes de préparation physique et des colères de Krikunov ? La priorité était de lui trouver un adjoint capable de garder le lien avec l'équipe, ce que sera Vassili Tikhonov. Ayant déjà travaillé en Finlande et en Amérique du nord, il a déclaré en arrivant que les installations à Kazan étaient aussi modernes que tout ce qu'il avait connu "à l'ouest" et que la basa était ce dont son père - le légendaire entraîneur soviétique Viktor Tikhonov - avait toujours rêvé (pas au point d'y cloîtrer les joueurs 11 mois sur 12 et 7 jours sur 7 comme en ex-URSS quand même ?).

La qualité la plus singulière de Vassili est de parler couramment finnois, et si en match il sera chargé du coaching des défenseurs, il sera surtout chargé d'établir un lien privilégié avec les quatre Finlandais, un gardien et trois attaquants.

Le portier champion du monde Petri Vehanen - qui a prolongé son bail de deux années - peut compter sur la défense peut-être la plus solide de la ligue, où le départ d'Emelin à Montréal a été compensé par l'arrivée d'un des rares défenseurs aussi agressifs que lui en KHL, Vadim Khomitsky (ex-Atlant).

À l'avant, le trio Zaripov-Kapanen-Morozov a fait ses preuves. Le club s'est en revanche séparé de Pesonen, Stepanov et Marcel Hossa avec pour objectif que ses autres lignes offensives soient plus compétitives. L'ex-international finlandais Antti Miettinen et le Letton Lauris Darzins devraient ainsi encadrer Jarkko Immonen sur la deuxième ligne. Les trios suivants semblent cependant affaiblis pour l'instant par les blessures de Knyazev (commotion), Alekseev (épaule) et Skachkov (genou). Sans compter la situation de Dmitri Obukhov, accusé cet été de viol, pour lequel le club a dû publier un communiqué pour demander le respect de la présomption d'innocence et rappelé que le seul verdict est un non-lieu par manque de preuves. Dans ce tumulte, on n'est plus aussi serein à Kazan.

 

KAIGORODOV Alexei-110512-349Les supporters du Metallurg Magnitogorsk ne reconnaissaient plus leur équipe sous la férule de Kari Heikkilä, qui semblait philosophiquement incapable d'adopter le style offensif du club. On lui a donc préféré un coach moins renommé mais aux options plus attractives. Même s'il est toujours entouré de Finlandais dans son staff, l'ancienne vedette de SM-liiga Aleksandr Barkov a annoncé dès son arrivée qu'il s'inscrirait dans la tradition de Magnitogorsk : un hockey spectaculaire tout en combinaisons.

Pour mettre en place ce type de jeu, quoi de mieux que d'engager l'habile Sergei Mozyakin. Pour qu'il accepte de quitter Moscou, sans sa femme et ses enfants (le troisième est à naître), il a fallu lui assurer de "mettre à l'abri" sa famille financièrement. Avec 12 millions de dollars sur 3 ans, c'est le transfert numéro 1 de l'intersaison, et Mozyakin a eu le mérite de ne pas cacher que son choix avait été dicté par l'argent.

Mozyakin aura à ses côtés le centre qui incarne le mieux le hockey créatif à Magnitogorsk (les Canadiens l'ont vu au Mondial avec son but en dribbles en infériorité) Aleksei Kaïgorodov. Les deux techniciens se sont vus adjoindre le finisseur Konstantin Glazachev, qui obtient ainsi une chance idéale de briller dans un grand club.

En plus de sa technique, l'attaque du Metallurg dispose d'atouts variés avec la vitesse d'Aaltonen et Lisin, la puissance de Mikhnov et But, ou encore l'expertise de Rolinek pour neutraliser les meilleurs trios adverses. Magnitka a donc les moyens d'être non seulement offensif dans ses intentions, mais également efficace.

 

TverdovskyOlegL'entraîneur qui avait longtemps mis en place la tradition de la passe à Magnitogorsk, c'est Valeri Belousov. Il souhaitait prendre une année sabbatique, mais a été recruté en milieu de saison dernière par un autre grand club ouralien, le Traktor Chelyabinsk. C'est le nouveau gouverneur de la région, Mikhaïl Yurevich, qui l'a personnellement convoqué à ce poste. Yurevich s'est investi encore plus cet été en donnant un budget pour faire du Traktor une nouvelle puissance capable de gêner les quatre gros habituels de la conférence est (Kazan, Magnitogorsk, Ufa, Omsk).

De sa fin de saison dernière, Belousov a conclu que la seule raison qui a fait manquer les play-offs est le gardien. Selon lui, Daniil Alistratov - le petit-fils du précédent gouverneur... - avait été mis numéro un beaucoup trop tôt et en avait subi le contrecoup quand son poste de titulaire avait été remis en cause. Belousov fonde beaucoup d'espoirs dans son nouveau gardien Michael Garnett, malgré sa saison ratée au Dynamo, qui a selon lui la même cause : l'impatience. Le club aurait en effet précipité le retour du gardien au lieu de le laisser se reposer suffisamment pour soigner correctement sa blessure à l'aine.

Alistratov a rejoint au Vityaz l'entraîneur qui l'avait lancé dans le grand bain, Andrei Nazarov, dont Belousov ne partage pas du tout la philosophie d'intégrer des juniors. Il se réfère au contraire à la coutume soviétique selon laquelle les jeunes doivent apprendre auprès des anciens. Les nouvelles générations en ont-elles la patience ? Ce principe n'est-il pas daté ?

Le champion du monde junior Evgeni Kuznetsov devrait quand même être incontournable, lui qui a réservé l'Arena Traktor pour son mariage cet été (il a même invité Ovechkin qu'il ne connaît pratiquement pas parce qu'il voulait des célébrités à la cérémonie). Pour le reste, Belousov compte certes sur des joueurs formés au club... mais surtout des vieux. Le retour de Konstantin Panov et de ses muscles était en tête de liste de ses priorités. L'ancien super-espoir russe Stanislav Chistov revient jouer dans sa ville natale qu'il avait quittée à 16 ans pour Omsk. Il en a 28.

Le nouveau capitaine inspire confiance puisqu'il s'agit du remarquable travailleur Vladimir Antipov, qui arrive du champion Ufa avec le défenseur offensif Oleg Tverdovsky. Il n'est cependant pas garanti que le Traktor puisse assumer ses ambitions. Les attaquants travailleurs suffiront-ils à compenser le manque de défenseur défensif de premier plan ? Et les deux joueurs-clés Antipov et Kuznetsov sont-ils parfaitement remis de leurs blessures respectives au genou et à l'épaule ?

 

OSALA Oskar-100520-035Au jeu des chaises musicales, le Neftekhimik Nijnekamsk a dû accepter de céder son entraîneur Vladimir Krikunov, et il a recruté à son tour un entraîneur qui était lui aussi sous contrat. Aleksandr Smirnov formait en effet un tandem avec Kvartalnov au Severstal, mais il a pu partir en bons termes pour saisir cette première opportunité comme entraîneur en chef à 46 ans. Smirnov, élu meilleur renfort étranger de l'histoire du hockey norvégien pour ses 4 titres avec Storhamar, a été également champion du monde 1993, ainsi que champion d'Europe et double champion de Finlande avec le TPS Turku. Un beau palmarès.

Sur le banc, Smirnov a encore tout à prouver et se met pour l'instant dans les souliers de Krikunov. La stratégie de contre-attaque qui a fait le succès du Neftekhimik et usé ses adversaires ne sera donc pas remise en cause. La continuité n'est pourtant pas si facile à établir car la moitié de l'équipe a changé.

Toute la base défensive a changé. Hormis l'international Nikolaï Belov qui sera indispensable, tous les cadres sont partis et il a fallu rechercher quelques éléments d'expérience comme Evgeni Korolev, passé par les New York Islanders dans sa jeunesse et qui en est à sa septième équipe d'élite russe. Les deux gardiens sont nouveaux : Denis Franskevich revient dans son club formateur et Tuomas Tarkki devra faire oublier sa saison ratée à MODO.

En attaque, on a cherché des vétérans pour encadrer un effectif jeune avec les arrivées de trois anciens joueurs de NHL, le centre défensif Martin Cibak, le vétéran Oleg Kvasha - frustré d'une saison entière en quatrième ligne à Magnitogorsk - et le physique Ville Nieminen. Ce dernier nom n'est pas le dernier exemple de la finlandisation qui est autant due à Smirnov qu'à la mode du moment pour le pays des champions du monde. L'ailier Oskar Osala, qui cartonnait en AHL mais n'a pas réussi à percer en NHL, a en effet ajouté ses 103 kg à la balance du recrutement.

Sur le papier, l'équipe de Nijnekamsk n'est pas la plus impressionnante... mais elle ne l'a jamais été et a souvent été performante quand même.

 

YugraLe Yugra Khanty-Mansiysk avait surpris tout le monde pour sa première saison et avait même mené 2 manches à 1 contre Magnitogorsk en play-offs. Il est toujours dangereux de se faire trop remarquer par un adversaire puissant, car deux de ses attaquants, Mikhaïl Yakubov et Dmitri Altarev, ont justement été embauchés par le Metallurg !

Ces deux pertes ne suffisent pas à affaiblir un effectif dont la qualité principale est l'homogénéité. Dans la nouvelle capitale du pétrole russe, on ne se comporte pas en émir dépensier qui achète tout ce qui brille. On préfère investir dans les fondations. On s'est donc attaché à engager des entraîneurs compétents pour mettre en place un hockey collectif à l'ancienne.

Le seul intrus dans cette équipe de tradition russe est le défenseur suédois Tommy Wargh, formé à MODO. Pour faire son trou en Russie, il est passé par Perm en division inférieure et entame sa seconde année de contrat à Khanty-Mansiysk. On imagine la détermination qu'il lui faut car ce ne doit pas être facile tous les jours. Il est seul (sa petite amie est restée à Örnsköldsvik) et est l'unique joueur de l'équipe à ne pas parler russe. Heureusement pour lui, il s'est fait comme meilleur ami le gardien letton Edgars Masalskis qui lui traduit tout.

 

KOSTYUCHYONOK Viktor-110505-140L'Avtomobilist Ekaterinbourg a bien failli être exclu de la KHL au printemps dernier, et s'il a finalement été réadmis, c'est après avoir donné toutes les garanties financières nécessaires. Le club a été placé sous surveillance étroite et Gennadi Velichkin, le directeur historique de Magnitogorsk, a ainsi été envoyé par la ligue pour superviser tous les mouvements du club jusqu'au début du championnat.

Pour prouver que l'avenir est assuré, le gouverneur de la région Aleksandr Misharin a annoncé la construction d'une patinoire de 15000 places pour 2013. Il a précisé que les objectifs seraient bientôt revus à la hausse. Encore faut-il que ceux de cette année - les play-offs - soient atteints, ce qui n'a vraiment rien de garanti. Pendant ces semaines d'incertitude, le club s'est retrouvé sans coach, avant d'annoncer finalement la nomination d'un ancien joueur formé au club, Ilya Byakin, champion olympique et triple champion du monde qui a en revanche tout à prouver comme entraîneur.

Les moyens dont il dispose sont limités. Son équipe a programmé moins de rencontres de préparation que ses concurrentes, à son grand désarroi. Quant au recrutement, le club a fantasmé cet été sur le retour de l'enfant du pays Aleksei Yashin, dès la nouvelle de sa mise à la porte du SKA. Mais dès que l'agent du joueur a annoncé le prix, on a vite arrêté de rêver autour du fils prodigue, qui avait quitté la ville à 17 ans. La recrue la plus prestigieuse est donc simplement Aleksandr Drozdetsky, une figure connue du championnat... qui reste cependant sur une saison quasi-blanche (6 matchs).

Le seul import est Viktor Kostyuchenok, le Biélorusse passé par la Bretagne dans sa jeunesse, et la seule recrue venue de l'étranger est Aleksei Krutov, qui a passé quatre années de LNA suisse à Zurich où il avait commencé le hockey quand son père (l'ailier gauche de la KLM) y jouait. On comprend donc vite les limites d'Ekaterinbourg, qui a dû chercher son gardien titulaire en division inférieure : Evgeni Lobanov a réussi une solide saison à Penza.