Épinal - Amiens (Ligue Magnus, 3e journée)

La véritable image d'Épinal ?

Loc LacasseC'est tout auréolés d'un premier succès à Poissompré (5-3 face à Strasbourg) que les Dauphins défient Amiens. La Coupe de la Ligue n'étant pas forcément le meilleur des révélateurs, les Spinaliens se doivent de confirmer leur bon résultat de mardi. Pour gagner un match à ne pas perdre... sous peine de se voir (déjà) décrochés au classement. Un comble pour ce groupe faiblement remanié à l'intersaison et qui avait prouvé sa valeur, l'an passé, en scalpant tout ce qui se fait de mieux dans le hockey français. Briançon, Rouen, Angers, Grenoble et même Amiens au Coliséum (oui bon, c'était en Coupe de la Ligue... mais ça compte quand même !).

Autant capables de se sublimer que de se fourvoyer dans l'à-peu-près, les Vosgiens sont réputés pour leur imprévisibilité. Mieux vaut donc ne pas les sous-estimer, eux qui ont à cœur d'effacer leur déconvenue initiale, subie quinze jours auparavant face à l'armada morzinoise. Une première à la maison qui s'était transformée en premier raté de la saison...

Depuis, le soufflé est un peu retombé. Le "raz-de-marée" observé il y a deux semaines aux guichets n'est plus d'actualité mais un petit millier de spectateurs est tout de même recensé. Quelques Picards ont même fait le déplacement, pour découvrir une nouvelle patinoire et encourager leurs protégés, qui partaient avec les faveurs des pronostics...

L'absence d'Aziz Baazzi est la seule notable chez les Gothiques, où le capitaine Vincent Bachet fait son retour. Une valeur sûre de plus pour une arrière-garde qui n'en manque pas. Et où culmine Angel Nikolov, le défenseur d'expérience par excellence, plein de sang-froid et très posé dans ses interventions. Le calme du vétéran tchèque, qui a fréquenté les meilleurs championnats européens, tranche avec cette entame menée tambour battant.

Trente secondes sont à peine passées qu'Épinal se voit pénalisé. Un retenir de Stéphane Gervais (00'31") amenant une première supériorité numérique pour le jeu de puissance gothique. Ou plutôt d'impuissance vu l'incapacité des hommes d'Antoine Richer à s'installer, eux qui ont plus d'une fois confondu vitesse et précipitation dans leurs transmissions... et donc facilité le travail d'un box-play vosgien rarement pris à défaut.

Ce premier tiers-temps s'apparente à une suite effrénée de moments exaltants, les deux équipes ne manquant pas de s'exposer. De petits temps forts amiénois et des contres de part et d'autre, nombreux à défaut d'être rondement menés. Chanceux sur une incursion du jeune slovène Luka Bašič, qui fait tinter son montant gauche (03'30"), Loïc Lacasse réalise des arrêts propres, sans rebonds, sur un tir ouvert de Rzeszutko et un breakaway de Béron consécutif à une énième interception.

Billy Thompson est lui tenu en haleine par plusieurs accélérations bien senties... et pas loin d'aboutir à l'ouverture du score. Mais le Canadien imite Lacasse... et limite les dégâts en frustrant Toby Lafrance (05'54"), Michal Petrák (15'13") et Chad Lacasse, qui a profité d'un écran pour s'offrir une belle chance à pourtant (17'38"). Une liste non exhaustive à laquelle il convient d'ajouter ce déboulé rageur de Boisclair, qui tente le revers dans un angle fermé par la mitaine de Thompson (19'10").

Tomasek MartinIl n'a pas fallu plus de vingt minutes aux Gothiques pour étaler leurs limites offensives. Le potentiel est pourtant là mais ce collectif s'apparente davantage à une somme d'individualités. Des grands gabarits Kevin Bergin et Martin Tomášek aux rapides Luka Bašič, Valentin Claireaux et autres Grégory Béron, Amiens s'est donc surtout montré dangereux par le biais d'actions individuelles, souffrant d'un manque de soutien et de lucidité dans la zone de vérité. Pas aidés il est vrai par la bonne tenue d'un Loïc Lacasse qui n'aura, pour une fois, rien eu à se reprocher.

Leçons d'efficacité et de powerplay

Dans un bon soir, le Canadien va laisser très peu de secondes chances à des attaquants amiénois il est vrai peu inspirés. Loin d'un trio Šimko-Petrák-Plch à surveiller comme le lait sur le feu et, surtout, d'un duo Boisclair-Lafrance remarquable d'activité et de complémentarité.

Il va falloir s'y faire, ces deux-là font la paire, dans tous les bons coups et impliqués dans toutes les réussites spinaliennes de la soirée. Un rebond gagnant en supériorité numérique pour Toby Lafrance, qui confirme-là sa montée en puissance (1-0 à 22'14"). Une reprise excentrée, mais foudroyante pour un Boisclair des grands soirs, idéalement servi par... Lafrance ligne de fond (2-1 à 36'29") ! La lucarne de Billy Thompson en tremble encore...

Entre temps, Jake Morissette n'avait eu besoin que d'un palet perdu par Fabien Leroy pour ajuster Lacasse à bout portant (1-1 à 31'34"). Et ainsi rétablir la parité. Il s'agissait-là du premier but en championnat pour ce centre "petit format" venu du championnat danois, successeur espéré de Paul Deniset, le buteur-vedette de l'an passé. Morissette, auteur d'un triplé le 13 septembre dernier (face aux Dauphins en Coupe de la Ligue) passe même tout près du doublé, mais Lacasse, sur son tir des poignets visant la lucarne, brandit sa plus belle mitaine (34'06").

Ján Šimko, d'une accélération dont il a le secret, enrhume Kyle Sibley côté gauche sans parvenir à déjouer qui vous savez (36'16"). Une action d'éclat préfigurant le but de Boisclair, quelques secondes plus tard (36'29"). L'homme en forme du moment s'essayant ensuite du revers avant de se retrouver impliqué dans une échauffourée expédiant Toby Lafrance et Jarosław Rzeszutko au cachot (38'07").

Ces deux pénalités, qui s'annulent, ne seront d'aucune conséquence. Comme la méconduite de Niko Mäntylä (29'18") qui priva pourtant l'ICE de son meilleur défenseur durant la deuxième moitié de l'acte médian. Mais il n'en ira pas de même pour Romain Bault, pris de vitesse par Ján Plch et donc contraint à la faute (39'21"). Une sanction permettant aux Dauphins d'aggraver la marque, au retour des vestiaires. Un tir de Boisclair, repris par Plch, finit à la gauche de Thompson. L'angle est fermé, mais la cage grande ouverte pour Michal Petrák (3-1 à 40'28").

Un match référenceNiko Mntyl

Une réalisation fatale aux Picards, qui n'arrivent décidément à rien en supériorité numérique. Seulement à proposer des tirs excentrés à mi-distance. Et trop ouverts, la plupart du temps, pour espérer surprendre un Lacasse solide de la mitaine et avare de rebonds.

Leurs efforts pour recoller paraissent vains face à des Spinaliens décidés à ne rien lâcher et profitant de la moindre passe mal assurée pour se dégager. Devenus très difficiles à manœuvrer, les locaux défendent corps et bien leur butin jusqu'à la fin, portés par un Lacasse veillant au grain et qui avait, ce soir, toute sa panoplie de grand gardien !

"Il y aura une grosse ambiance dans cette nouvelle patinoire et les Dauphins auront à cœur de réaliser un gros match devant leur public." Le discours d'avant match d'Antoine Richer était prémonitoire. Le manque de liant entre ses joueurs, qu'il n'estimait "pas encore à 100%", a paru évident. Mais la saison ne fait que commencer et l'essentiel semble assuré en Coupe de la Ligue...

Côté spinalien en revanche, les progrès sautent aux yeux depuis le "non match" de Morzine-Avoriaz (1-6) et la troupe de Santino Pellegrino, qui a joint la manière à la matière, tient son "match référence". Une victoire à savourer sans modération, mais au parfum très particulier pour Yannick Offret, qui retrouvait ce soir ses anciens coéquipiers. Lui qui brille sur la troisième ligne (aux-côtés d'un Chad Lacasse plus à l'aise à chaque sortie) a fait toutes ses classes chez les Gothiques et perpétue la tradition des Amiénois venus se relancer dans la Cité des Images. Comme Rémi Caillou, Guillaume Menessier, Frédéric Dehaëne, Fabien Leroy et Christophe Ribanelli avant lui.

Très convaincants dans tous les secteurs du jeu, les locataires de Poissompré ont confirmé leur renouveau. Surprenant par leur vitesse d'exécution, leur justesse collective et la solidité de leur assise défensive. Ces Dauphins-là ont montré de bien belles choses mais, les connaissant, mieux ne vaut pas trop s'enflammer. Surtout qu'un redoutable déplacement à Rouen se profile à l'horizon (après un déplacement à Strasbourg en Coupe de la Ligue). On a beau se dire qu'il vaut mieux jouer les Dragons maintenant qu'au printemps (lorsqu'ils seront en "mode playoffs"), on ne fera cette fois pas l'erreur de les voir trop beaux, trop vite...

Épinal - Amiens 3-1 (0-0, 2-1, 1-0)
Samedi 1er octobre 2011 à 18h00 à la patinoire de Poissompré. 1 000 spectateurs environ.
Arbitrage de Damien Bliek assisté de Nicolas Crégut et Laurent Rouèche.
Pénalités : Épinal 24' (4', 16', 4') ; Amiens 10' (0', 10', 0').
Tirs : Épinal 23 (7, 13, 3) ; Amiens 22 (8, 7, 7).

Évolution du score :
1-0 à 22'14" : Lafrance assisté de Plch et Leroy (sup. num.)
1-1 à 31'34" : Morissette
2-1 à 36'29" : Boisclair assisté de Lafrance
3-1 à 40'28" : Petrák assisté de Plch et Boisclair (sup. num.)

Épinal 

Gardien : Loïc Lacasse.

Défenseurs : Niko Mäntylä - Fabien Leroy (C) ; Mikko Jortikka - Stéphane Gervais ; Peter Slovák - Guillaume Papelier.

Attaquants : Maxime Boisclair (A) - Toby Lafrance - Guillaume Chassard ; Ján Šimko - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Chad Lacasse - Yannick Offret - Erwan Agostini ; Nathan Ganz , Kévin Benchabane.

Remplaçant : Mathieu Perrin (G). Absent : Armando Scarlato (suspendu).

Amiens

Gardien : Billy Thompson (sorti de sa cage à 59'35").

Défenseurs : Angel Nikolov - Romain Bault ; Thomas Roussel - Kyle Sibley ; Vincent Bachet (C) - Teddy Trabichet.

Attaquants : Martin Tomášek (A) - Jake Morissette - Grégory Béron ; Kevin Bergin (A) - Jarosław Rzeszutko - Valentin Claireaux ; Antoine Vanwormhoudt - Anthony Mortas - Luka Bašič.

Remplaçants : Léo Bertein (G), Mickaël Bardet, Aïna Rambelo. Absents : Aziz Baazzi (main), Marius Serer (reprise).