Épinal - Dijon (Ligue Magnus, 5e journée)

Lafrance, au bout du suspens...

Maxime Boisclair_1C'est un grand classique entre deux rivaux traditionnels du grand Est. Deux "frères ennemis" suivant une trajectoire diamétralement opposée en ce début de saison. Là où les Ducs viennent à Épinal entretenir une dynamique victorieuse, les Dauphins, eux, comptent sur ce derby pour se relancer. Car le naturel est revenu au galop après plusieurs performances encourageantes et la défaite subie mardi contre Amiens rappelle à quel point les Vosgiens sont de grands spécialistes du "tout ou rien".

Les deux équipes se connaissent bien pour s'être déjà affrontées trois fois depuis l'été. Jusque-là, les Bourguignons l'ont toujours emporté. De très peu, le mois dernier, lors d'un match débridé qui n'avait pas spécialement souri aux gardiens. En l'occurrence Loïc Lacasse et Ramón Sopko, qui devront se coltiner quelques-unes des meilleurs individualités du moment en Ligue Magnus. Notamment ce duo Lafrance-Boisclair, actuel "cache misère" offensif de la pire défense du championnat. Une ICE opposée, ce soir... à la meilleure attaque du circuit, emmenée par ce fameux trio Guttig-Gascon-Riendeau qui tourne à plein régime depuis ses débuts fracassants, trois semaines auparavant, face à Villard-de-Lans (11-3).

Des Ours passés à la moulinette, ensevelis sous les dix-huit points compilés, ce soir-là, par celle qui est alors devenue la meilleure triplette du championnat. Celle qui fait la différence. Ainsi Anthony Guttig, propulsé depuis meilleur buteur du championnat, est aussi le troisième compteur de Ligue Magnus derrière... Martin Gascon et Yanick Riendeau !

Il est tentant, mais trompeur, de réduire le potentiel offensif dijonnais à cette seule ligne franco-canadienne, qui enfile les buts comme des perles. Mais c'est pourtant elle qui se montre la plus dangereuse d'entrée. Anthony Guttig profitant d'un palet perdu par l'incorrigible Fabien Leroy pour partir à l'abordage. Le contre est rondement mené, suivi d’un centre coupé par Yanick Riendeau à bout portant, mais Loïc Lacasse est sur le coup (02'58"). Le ton est donné. L'entame est rythmée par ce jeu rapide caractéristique du DHC version Tolvanen.

Les alertes se succèdent en tout début de partie devant Lacasse comme sur cette récupération de Riendeau pour Gascon, qui rate étrangement la cible (04'55"). L’ICE, de son côté, a peu d’arguments à faire valoir et s'en remet presque exclusivement à Ján Šimko, le seul à véritablement s’infiltrer dans la défensive dijonnaise. Autant dire que les attaques se réduisent à des tentatives solitaires vouées à l'échec.

Yanick RiendeauŠimko... et les autres ?

Ján Šimko, très en jambes (mais toujours aussi peu altruiste et clairvoyant), est donc l'homme dangereux de ce premier quart d'heure côté spinalien. Le soliste slovaque s'illustre sur quelques accélérations bien senties, qui malmènent ses vis-à-vis mais ne débouchent sur rien de concret. Šimko, on le connaît, lâche difficilement ses palets... au grand dam de ses coéquipiers !

Le match est aussi indécis sur la glace qu’il ne l’est au tableau d’affichage, surtout que les défenses prennent lentement, mais sûrement, le pas sur les attaques. Privé de solutions (surtout que Maxime Boisclair n’est pas dans un grand soir), Toby Lafrance y va en solo, résistant au retour de Cédric Custosse… mais le cadre se dérobe (12'49"). Mikko Jortikka, lui, ne monte pas souvent aux avant-postes, lui le défenseur solide, physique quand il faut... et (très) rarement pris à défaut. Pourtant, en suivant le mouvement initié côté droit par Petrak, le Finlandais manque d'ouvrir le score (16'40").

Ramón Sopko fait bonne garde, veillant au grain jusqu'à ce tir légèrement excentré de Yannick Offret, qu'il repousse sur Kevin Benchabane (1-0 à 18'22"). Le retour d'Aram Kevorkian est trop tardif pour empêcher le but du remplaçant d’Erwan Agostini (sorti le nez endolori).

Sous les yeux du sélectionneur national Dave Henderson, venu superviser "ses" internationaux réguliers (comme Erwan Pain) ou plus occasionnels (Anthony Guttig, Cédric Custosse et Benoît Quessandier, par ailleurs très présent sur les phases de jeu offensives), les hockeyeurs spinaliens se sont montrés plus consistants, en première période, qu'ils ne l'ont été récemment. Seulement voilà, les Ducs peuvent toujours compter sur la propension qu'à Leroy à trop en faire avec le palet. Sous la pression en sortie de zone, le capitaine vosgien lâche un puck aussitôt récupéré par Riendeau. Gascon est servi au second poteau mais Lacasse tend bien sa botte (23'36").

L'ICE est ensuite punie de son incapacité à exploiter ses powerplays par un contre de Rob Jarvis, qui remonte impunément le flanc droit pour adresser un centre tendu sur lequel Yanick Riendeau vient se jeter (1-1 à 28'07").

Dijon égalise en infériorité numérique, au moment où l'on s'y attendait le moins. Mais rien n’est fait et un tir en pivot de Plch, ligne de fond, s'en vient taper la transversale, surprenant un Sopko tout heureux de voir Šimko ne pas en profiter (33e).

Dijon prend les devants

Alors que leurs hôtes se perdent dans de longues relances hasardeuses, les Ducs, eux, prennent le contrôle des opérations. Coupant les lignes de passes en zone neutre à l'image de leur lutin Kyle Shearer-Hardy. Un défenseur de poche qui sort du chapeau durant ce deuxième tiers-temps, où il ne manque pas d'étaler son aisance technique, d'autant plus redoutable qu'elle s'accompagne d'une belle vivacité. Le petit Canadien, issu du second échelon universitaire américain (NCAA III), se fait même l'instigateur de plusieurs actions qui mettent Lacasse à contribution.

Un cerbère surpris au retour des vestiaires, par un tir flottant de Custosse. La déviation de Stephen Dugas, qui venait de remporter la mise au jeu, n'est pas évidente, même au ralenti (1-2 à 41'57").

L'affaire se complique surtout qu'en face, Ján Šimko semble être le seul à pouvoir faire la différence. Problème, le Slovaque est toujours aussi désespérant d'individualisme... et donc d'inefficacité. Tout l'inverse d'un Riendeau claquant un shoot sur la barre (47'00")… avant de se voir propulser en break-away. Une chance que le Québécois ne laisse pas passer, glissant le palet dans le côté fermé malgré le déséquilibre occasionné par un retour désespéré de Jortikka (1-3 à 48'18").

À cet instant précis, le match paraît plié. Promis à un solide ensemble dijonnais,Jan Plch qui a visiblement fait le plus dur. Mais c'est bien mal connaître les Dauphins que de les croire résignés. Décidés à ne rien lâcher, malgré un jeu totalement déstructuré, les locaux profitent d'un deux-contre-un pour grignoter une partie de leur retard. Mäntylä, servi côté gauche par Chassard, élimine son vis-à-vis pour remettre au centre, vers son coéquipier, qui tape dans la botte de Sopko. Le palet s'envole et Chassard, à la manière d'un joueur de base-ball, l'expédie au fond des filets (2-3 à 54'35"). Ramón Sopko proteste énergiquement auprès du corps arbitral, reprochant une crosse haute qui n'invalidera pas cette réalisation.

Le but de l'espoir... mais n'est-ce pas trop tard ? Eh bien non car les mouches ont changé d'âne. Et ce qui apparaît comme la pénalité de la dernière chance (55'50") va permettre aux Spinaliens d'égaliser. Ján Plch, du rond d'engagement droit, prenant un lancer repoussé par Sopko. Comme la défense ne tient pas le rebond, le palet revient sur Boisclair, qui le renvoie à sa gauche sur Petrák, qui passe la dernière couche (3-3 à 56'37").

Poissompré exulte, n’en revient pas. L’ICE, moribonde quelques instants auparavant, est revenue en deux petites minutes… et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Mis sur orbite par Ján Plch, Ján Šimko (encore lui !) prend la défense à revers et se présente seul devant Ramón Sopko, cherchant vainement (et comme toujours) l’entre bottes (58'27"). Les Dauphins ont-ils laissé passer leur chance ?

Peut-être pas car la prolongation va leur offrir une chance inespérée de tuer le match. Michal Petrák, en position de relanceur dans sa zone, enrhume Yanick Riendeau d’une feinte de corps lui permettant d’ensuite lancer Niko Mäntylä. Un break-away illicitement avorté par Börjesson (63'04"). Tir de pénalité ! Mäntylä se charge de la sentence, s'élance et tente de battre Sopko côté mitaine. Le Finlandais n'étant pas un spécialiste du genre, on se doutait de l'issue de ce duel, finalement remporté par le Slovaque.

Lafrance... qui gagne !

La loterie des penaltys apparaît comme le seul moyen de départager les deux "inséparables", qui n’ont su forcer la décision durant cette mort-subite. Le suspens devient alors insoutenable, à mesure que s’élancent les tireurs.

Martin Gascon tout d’abord, qui voit un Loïc Lacasse repousser sa tentative du bout de la botte. Puis Petrák, qui voit Sopko bloquer son essai sans coup férir. Kyle Shearer-Hardy prend à son tour ses responsabilités… mais tire à côté. Idem pour le rramon sopkoevers de Chassard et l'essai de Riendeau, repoussé par Lacasse.

Arrive ensuite le tour de Toby Lafrance, qui a le sort du match entre ses mains... et donne la victoire à ses couleurs d'un magnifique revers déjouant Sopko côté plaque. Lafrance a bien levé son palet, cherchant avec succès le poteau rentrant, comme on le lui avait conseillé sur le banc, quelques instants auparavant... 

Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse. Ce fut loin, très loin d'être parfait, mais les hommes de Santino Pellegrino ont puisé au plus profond de leurs ressources pour arracher une victoire longtemps inespérée. La chance fut ce soir de leur côté, avec des gâchettes dijonnaises maladroites en fusillade et des montants salvateurs, notamment sur cette reprise sèche de Riendeau en troisième période (qui avait d'ailleurs laissé Lacasse pantois). Un gardien canadien qui, en remportant son duel à distance avec Sopko, a fait gagner ses coéquipiers... et ne les aura (pour une fois) pas fait perdre !

L'épreuve des tirs au but, qui leur avait souri samedi dernier face à Neuilly, fut ce soir fatale aux Dijonnais. Les poulains de Jarmo Tolvanen avaient pourtant le match en main... avant d'inexplicablement le laisser filer. Pour eux, c'est donc clairement un point de perdu.

Ils pourront néanmoins prendre leur revanche dès mardi, pour l'ultime journée de la phase préliminaire de la Coupe de la Ligue. Un match pour du beurre, pour les Dauphins, avant le match de la peur, samedi prochain, chez un mal classé villardien toujours en quête de ses premiers points...

Réactions d’après-match (dans le Bien Public)

Yanick Riendeau (attaquant de Dijon) : « On a le contrôle des événements, on mène (3-1). Au lieu de rester calme et de continuer à jouer simplement, on sort du système. On a deux buts d’avance, on croit que c’est le festival. On a toujours une période de flottement qui nous coûte cher. On n’arrive pas trop à comprendre, c’est l’inconnue. C’est d’autant plus dommageable qu’on laisse une très bonne impression sur 50 minutes. »

 Épinal - Dijon 4-3 t.a.b. (1-0, 0-1, 2-2, 0-0, 1-0)
Samedi 15 octobre à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1 000 spectateurs.
Arbitrage de Nicolas Barbez assisté d'Anne-Sophie Boniface et Sébastien Geoffroy.
Pénalités : Épinal 2’ (0’, 0’, 2’, 0’) : Dijon 12’ (2’, 4’, 6’, 0’).
Tirs : Épinal 32 (7, 6, 13, 6) ; Dijon 36 (10, 8, 12, 6).

Évolution du score :
1-0 à 18'22" : Benchabane assisté d’Offret
1-1 à 28'07" : Riendeau assisté de Jarvis (inf. num.)
1-2 à 41'57" : Dugas assisté de Custosse
1-3 à 48'18" : Riendeau assisté de Guttig
2-3 à 54'35" : Chassard assisté de Mäntylä et Gervais (inf. num.)
3-3 à 56'37" : Petrák assisté de Boisclair et Plch (sup. num.)

 

Tirs au but :
Dijon : Gascon (raté), Shearer-Hardy (raté), Riendeau (raté).
Épinal : Petrák (raté), Chassard (raté), Lafrance (réussi).

Épinal

Gardien : Loïc Lacasse

Défenseurs : Niko Mäntylä - Fabien Leroy (C) ; Mikko Jortikka - Stéphane Gervais ; Peter Slovák ; Guillaume Papelier ; Armando Scarlato.

Attaquants : Maxime Boisclair (A) - Toby Lafrance - Guillaume Chassard ; Ján Šimko - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Nathan Ganz - Yannick Offret - Erwan Agostini [puis Kévin Benchabane].

Remplaçant : Mathieu Perrin (G). Absent : Chad Lacasse (adducteurs).

Dijon

Gardien : Ramón Sopko.

Défenseurs : Benoît Quessandier - Fredrik Börjesson ; Andrej Mrena (A) - Kyle Shearer-Hardy ; Cédric Custosse - Rob Jarvis.

Attaquants : Anthony Guttig (A) - Martin Gascon (C) - Yanick Riendeau ; Thomas Decock - Erwan Pain - Nicolas Ritz ; Aram Kevorkian - Stephen Dugas - Mathias Arnaud.

Remplaçants : Joffrey Pingrit (G), Gabriel Da Costa. Absents : Loïc Chabert, Quentin Mahier.