Livre sur l'incroyable histoire de l'équipe de France

LivreFranceTristan Alric vient d'ajouter un nouveau livre à la collection fédérale avec "L'incroyable histoire de l'équipe de France". Dans cet ouvrage, qui pourra être commandé sur le site de la FFHG, le créateur de la Coupe Magnus relate le parcours de la sélection nationale depuis sa création, illustré de photos, de témoignages mais aussi d'anecdotes. L'extrait ci-dessous en donne un exemple.

Une autre anecdote concernant indirectement l’équipe de France se déroula également en 1977. En effet, le renfort franco-suisse Jean-Pierre Frutiger qui jouait à Dijon (après avoir été le renfort de Megève) devint célèbre du jour au lendemain en participant à une émission de télévision très regardée et qui était intitulée La Tête et les Jambes. C’est lors d’un stage de l’équipe de France organisé à Gap en 1977 auquel il participa que l’attaquant international fut contacté par un journaliste de la TV française. Ayant donné son accord, Jean-Pierre Frutiger se lança donc dans l’aventure cathodique comme cela avait été déjà le cas quatorze ans plus tôt du défenseur international Raymond Gilloz qui avait concouru dans cette même émission : « Après un match de championnat que j’avais disputé à Clermont-Ferrand avec l’équipe de Dijon, je suis parti en avion à Paris (via Lyon) pour me rendre à la patinoire d’Asnières où se déroulait la partie sportive de ce jeu télévisé qui était animé par Pierre Bellemare et Jacques Rouland. Le président de Dijon, Pierre Bouot, me servait de manager. Finalement, je n’ai participé qu’à deux émissions seulement car le candidat que je devais aider sportivement, un médecin, ne put donner toutes les réponses exactes concernant des appareils de photographie anciens. Mais l’impact de mon passage à la télé française a été incroyable ! Après cette fameuse émission, plusieurs entreprises voulaient que je mette de la publicité sur ma crosse mais c’était interdit à l’époque. J’ai reçu aussi beaucoup de messages venant de la Suisse où ce jeu était également très suivi à la télévision. »

Sur le plan purement sportif, le Mondial C de Copenhague de 1977, auquel Jean-Pierre Frutiger, la nouvelle star du petit écran, avait participé, ne fit pas avancer les choses pour nos représentants puisqu’ils terminèrent à la quatrième place seulement après avoir été notamment très largement battus d’entrée par les Italiens, vainqueurs du tournoi (2-8). Il faut noter que le match entre l’Italie et le Danemark qui décida de la première place battit tous les record d’affluence pour un match de hockey dans le pays hôte puisque 7000 spectateurs s’agglutinèrent dans le Forum de Copenhague et certains supporters danois furent contraints, faute de place, de s’asseoir sur la piste du vélodrome qui entourait le bas de la patinoire. De plus, les files d’attente se prolongèrent pendant des heures et trois mille personnes ne purent assister à ce duel au sommet qui s’acheva par un match nul (2-2).

Mais c’est pour une tout autre raison que le gardien français Daniel Maric, qui effectuait alors ses débuts internationaux, se souvient de ce Mondial avec amusement : « C’était vraiment une autre époque. Tous les soirs on jouait au tarot jusqu’au milieu de la nuit et je me rappelle que presque tous les joueurs fumaient… Lors de notre premier match, j’ai vu le gardien titulaire italien fumer dans le couloir entre chaque tiers-temps. Notre capitaine, Jean Vassieux, faisait la même chose ! C’était vraiment folklorique... »

C’était effectivement une autre époque comme le confirme l’ex-défenseur international Serge Evdokimoff qui raconte une autre anecdote : « Au cours de l’hiver 1977, nous avons effectué un stage à Gap puis l’équipe de France a été acheminée en bus jusqu’à Graz en Autriche. Pendant ce long trajet, le défenseur de Tours Pascal Delmonaco s’était procuré, lors d’un arrêt, une petite roulette de casino qui était en fait un jeu pour enfant. Il s’installa au fond de l’autocar et il a organisé malgré tout un véritable jeu d’argent en faisant à la fois le banquier et le croupier ! Je me souviens que le président Jean Ferrand, qui était un mordu de ce genre de passe-temps, ne fut pas le dernier à venir miser plusieurs centaines de francs ! La situation était assez surréaliste car dans le même temps, notre car traversait la région italienne du Frioul qui venait d’être victime d’un terrible tremblement de terre. À travers les fenêtres, on pouvait voir des maisons en ruines… »

C’est en partie à cause de ce dilettantisme généralisé qu’en 1978 le président du CNHG, Jean Ferrand, et le DTN, Pierre Courbe-Michollet, décidèrent d’un commun accord de mettre un terme au long mandat du charismatique entraîneur Pete Laliberté. Pour ne pas froisser cette légende vivante et pour l’écarter « en douceur » après onze ans de bons et loyaux services, ils créèrent pour la première fois le poste d’adjoint à l’entraîneur national. C’est ainsi que Pete Laliberté, qui reconnaissait avec lucidité ses faiblesses, se retrouva sans trop s’en formaliser le subordonné du tchèque Zdenek Blaha. La nomination de ce dernier fut d’autant plus facilitée qu’il était entraîneur dans la ville où habitait Jean Ferrand. Un club dans lequel le président du CNHG avait joué dans le passé comme gardien. Le représentant en vins et spiritueux des Hautes-Alpes suivait donc les résultats de son équipe favorite avec beaucoup d’attention même s’il mettait un point d’honneur à se montrer totalement impartial. Mais comme pour l’organisation du Mondial de 1974, « Jeannot » ressentit logiquement une grande fierté que son fief soit à nouveau associé à un événement important pour le hockey français.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’arrivée du coach de Gap à la tête de l’équipe de France ne passa pas inaperçue. Les méthodes de cet ancien entraîneur de Bratislava, âgé de 56 ans, formé sous le régime communiste, contrastaient avec l’attitude débonnaire et presque paternelle de son prédécesseur québécois. Le Tchèque n’hésitait pas à dire sans rire : « Si ça ne tenait qu’à moi, je donnerais un sac rempli de pierres à tous les internationaux français et je leur ferais faire deux heures de marche tous les jours dans la montagne pour qu’ils aient la forme ! ». Ce nouvel entraîneur national de choc, adepte des pratiques militaires (malgré son exil volontaire en 1968 après l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS), dirigeait également d’une main de fer l’équipe de Gap puisque les deux postes pouvaient être encore cumulés à l’époque. Zdenek Blaha avait un certain succès car le club des Hautes-Alpes, qui était jusqu’ici cantonné aux seconds rôles, venait de remporter coup sur coup et avec brio deux titres de champion de France sous sa direction.

La brusquerie et la rudesse de Zdenek Blaha amusèrent dans un premier temps les Tricolores qui le surnommèrent « Steiner », un mot allemand emprunté à un film sur les nazis qui signifie « homme de pierre ». Il est vrai que le coach tchèque bénéficia lors de sa prise de fonction d’une grande indulgence car malgré ses méthodes pour le moins musclées, il prouva dans les faits qu’il était un coach très compétent. Certains anciens joueurs affirment même qu’il révolutionna le hockey français « en le faisant sortir du moyen âge pour entrer dans l’ère moderne ».