L'incroyable histoire de l'équipe de France : 2e extrait

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Le livre L'incroyable histoire de l'équipe de France est disponible auprès de la Fédération Française de Hockey sur Glace et peut être commandé sur le site www.hockeyfrance.com.

L'auteur Tristan Alric nous confie en avant-goût un second extrait de son ouvrage, relatif à l'ancien sélectionneur national Jacques Tremblay. 

À force de pousser le bouchon trop loin en profitant de son poste fédéral stratégique, et en encourageant les joueurs qu’il dirigeait à porter parfois la contestation, Jacques Tremblay exacerba incontestablement les esprits. C’est ainsi qu’au mois de février 1983, lors du match de championnat Tours-Saint-Gervais, le bouillant coach canadien fut victime d’une agression spectaculaire. Trois voyous surexcités profitèrent de l’absence de protection autour de la patinoire tourangelle et d’un attroupement de spectateurs près du banc des joueurs haut-savoyards pour ceinturer l’entraîneur des Aigles du Mont-Blanc. L’un d’entre eux lui asséna alors un violent coup de pied dans le bas ventre touchant ses "bijoux de famille". Jacques Tremblay perdit un moment connaissance avant d’être évacué dans les vestiaires par ses joueurs. Le célèbre entraîneur devait s’en remettre fort heureusement sans conséquences graves malgré un gros hématome sur les parties génitales...

À la suite de cette affaire retentissante tragi-comique qui irrita beaucoup les dirigeants de la FFSG, Jacques Tremblay dut abandonner son poste de coach du club de Saint-Gervais et il devint uniquement entraîneur national à plein temps partir du mois d’avril 1983. Son rôle fut alors redéfini et il prévoyait, outre la direction de l’équipe de France, l’obligation de superviser les trois sections sport-études de hockey sur glace (Chamonix, Le Fayet et Gap) ainsi que l’observation de certains matches du championnat de France.

Sorti de la rubrique des faits divers presque totalement indemne physiquement, mais aussi sur le plan de sa réputation, Jacques Tremblay, qui était un séducteur redoutable, sut parfaitement flatter et endormir son auditoire en affirmant partout que grâce à lui "dans quelques temps le hockey français ne sera plus ridicule, mieux même il va faire des jaloux !". Avec ses déclarations tapageuses, il réussit le tour de force de susciter un intérêt sans précédent non seulement dans le petit monde du hockey, mais aussi dans les médias français. Il est vrai que sa très forte personnalité et son bagou contrastaient beaucoup avec la discrétion affichée jusqu’ici par tous ceux qui l’avaient précédé à ce poste. Son impact fut tel à l’époque sur le grand public, très intrigué par ce trublion à la fois sulfureux et un peu mégalomane, que L’Equipe Magazine, le supplément du journal L’Equipe qui paraît chaque samedi, lui consacra – fait exceptionnel – un grand reportage de plusieurs pages accompagné d’une longue interview avec des photos en couleur en illustration. Ce fut un événement jusque là inédit en France concernant un entraîneur de hockey sur glace.

Lors des Championnats du monde de 1983 à Budapest en Hongrie, la grande vedette, ce n’était pas l’équipe de France mais son coach canadien qui jouait à merveille le rôle du messie qui allait tout révolutionner. Pour tenter une fois de plus d’accorder ses actes avec ses paroles, Jacques Tremblay fit appel au gardien de couleur Charles Thillien pour faire cette fois la doublure de Daniel Maric devant la cage. Mais l’attitude toujours ambiguë du coach canadien provoqua la grande irritation de sa nouvelle recrue. "Jacques Tremblay n’avait pas été réglo avec moi, raconte Thillien. Je n’ai pas joué une seule seconde lors de ce tournoi mondial. Aussi, la saison suivante, lorsque il m’a contacté pour disputer le tournoi d’Anglet avec les Tricolores, puis un match contre la Yougoslavie à Orléans, j’ai refusé."