Présentation de la KHL 2011/12 : division Bobrov

AFINOGENOV Maxim-100516-608

Après l'échec annoncé de sa collection de stars, le SKA Saint-Pétersbourg a effectué moins de transferts retentissants cet été, mais il a modifié la structure du club en profondeur. Aleksandr Medvedev continue de siéger au conseil d'administration mais ne le préside plus, ce qui posait et poste toujours des questions de conflit d'intérêt par rapport à son poste de président de la KHL. Cette place est désormais occupée par Gennadi Timchenko, un milliardaire qui a fait fortune dans le commerce du pétrole. D'un naturel discret, il sera beaucoup moins bavard dans les médias que Medvedev qui donnait son avis sur tout.

Le responsable sportif sera le nouveau vice-président et manager Aleksei Kasatonov. Sa mission était de rajeunir l'équipe, et on s'est très vite aperçu que ce n'était pas que des mots. Si la non-reconduction du convalescent Aleksei Yashin était prévisible, le placement du capitaine Maksim Sushinsky sur la liste des transférables a fait l'effet d'une bombe. "Su-33", formé au club, était le porte-flambeau inconditionnel de l'équipe pour les supporters, et il s'est dit choqué de la nouvelle. Le SKA peut-il se priver de son leadership ? Même s'ils sont exemplaires sur la glace, Mattias Weinhandl et Tony Mårtensson peuvent difficilement l'assumer car ils communiquent peu avec leurs coéquipiers russes.

C'est donc Maksim Afinogenov qui endosse à 31 ans le costume nouveau de leader offensif. Après tout, il est déjà la tête d'affiche de la presse "people" depuis son mariage cet été avec la joueuse de tennis Elena Dementieva... Il forme la première ligne avec Petr Prucha et le nouveau venu Patrick Thoresen, qui cherchait une ville avec une école anglophone où il pourrait habiter avec sa famille, ce qui n'était pas le cas à Ufa (d'où son refus de sélection avec la Norvège aux derniers Mondiaux pour regagner son foyer).

KALININ Dmitri-100516-605Deux autres champions de Russie ont suivi le même chemin depuis le Salavat : la première ligne défensive Koltsov-Kalinin. Tous deux ont un potentiel offensif qui manquait aux lignes arrières : Kirill Koltsov a toujours eu ce profil, et Dmitri Kalinin a été incité à se joindre aux attaques par Bykov après avoir été cantonné à un rôle de pure destruction en NHL.

L'autre révolution est l'arrivée de Milos Riha, coach finaliste du dernier championnat avec l'Atlant. Il passe moins de temps sur la théorie que son prédécesseur Vaclav Sykora, mais dirige ses entraînements avec plus d'intensité et montre plus d'émotions en match. Si la majorité du public est sensible à son charisme, une minorité de supporters adverses le siffle car elle n'admet pas son passé d'idole du Spartak, le club honni. Ces radicaux, ne reculant devant aucun excès, ont exigé que Riha brûle une écharpe du Spartak ! Demande ridicule, évidemment. Mais il est clair que, même s'il a moins de contre-pouvoirs potentiels sur la glace - les grandes gueules étant parties - et sur le banc (il a obtenu le renvoi de l'adjoint Vladimir Yurzinov junior avant même de le connaître), Riha n'arrive pas en terrain conquis.

Le changement le plus marquant introduit par Riha se situe dans les cages. Son compatriote Jakub Stepanek, responsable désigné de l'élimination en play-offs, semblait rester titulaire par défaut, puisque le club avait poursuivi des pistes assez vaines des meilleurs gardiens russes (Bryzgalov et Varlamov bien payés en NHL, et Barulin toujours sous contrat). Le vétéran Maksim Sokolov devait être le numéro 2. Mais dès son arrivée, Riha a donné sa chance aux jeunes : le champion du monde junior Dmitri Shikin a été testé pendant la pré-saison, mais c'est Ilya Ezhov, 24 ans, qui a été rappelé du VMF (l'équipe-ferme) pour être propulsé titulaire à la surprise générale. Le SKA a bel et bien un gardien russe, mais c'est un parfait inconnu !

 

KOMAROV Leo-110512-201Si un club de KHL garde un entraîneur après onze défaites de suite, c'est qu'un fort lien de confiance s'est instaurée. Oleg Znarok a eu la preuve de cette patience du Dynamo Moscou l'hiver dernier. Alors, quand le Bélarus a proposé une offre financièrement attractive pour conduire son équipe nationale, Znarok, désormais ex-sélectionneur de la Lettonie, a refusé après en avoir discuté avec le manager Safronov. Il n'est d'ailleurs pas le seul à avoir résisté aux sirènes d'autres équipes. Konstantin Gorovikov, qui a retrouvé une seconde jeunesse au Dynamo, était courtisé mais a finalement prolongé en bleu et blanc. Le duo à tout faire qu'il forme avec la peste finlandaise Leo Komarov est devenu le préféré du public.

Cette fidélité aux couleurs, le Dynamo y est particulièrement sensible chez ses (nombreux) anciens joueurs, mais peu d'entre eux reviennent en pratique. Après le titre 2005, plusieurs éléments importants avaient rejoint Kazan puis Ufa, devenant à chaque fois champions de Russie. C'était le cas du gardien Aleksandr Eremenko. Mais s'il a enrichi son palmarès de quatre nouvelles médailles d'or (dont deux comme champion du monde), Eremenko a fini par perdre sa place de titulaire en club depuis un an. Son retour est donc une aubaine pour le Dynamo, mais aussi pour lui. Débarrassé de la concurrence, Eremenko a chassé ses doutes et retrouvé sa confiance, mieux protégé par une tactique beaucoup plus défensive que celle de Bykov.

Les schémas de jeu conservateurs de Znarok ne sont en effet pas prêts de changer, d'autant que le potentiel offensif reste bridé. Certes, le Dynamo a aussi engagé chez le champion sortant Vyacheslav Kozlov, un véritable meneur de jeu. Mais il ne dispose toujours pas de buteur patenté. Il n'a trouvé personne qui fasse l'affaire sur le marché, du moins à un prix raisonnable. Alors, il s'est résigné à rappeler Juraj Kolnik, connu pour sa qualité de tir mais dont la dernière saison avait été écourtée après seulement un mois. La pré-saison a permis de confirmer que le genou du Slovaque était guéri, mais depuis que le championnat a commencé et que le temps s'est rafraîchi, Kolnik a enchaîné pneumonie sur pneumonie et ne joue toujours pas ! En KHL, on n'a pas le droit d'être frileux. À l'exception du système de jeu de Znarok, bien sûr.

 

PERSSON Niklas-100511-380Le CSKA Moscou peut s'appuyer sur la nouvelle génération de la Krasnaïa armiya, qui a remporté la MHL. L'effectif y était tellement blindé que le meilleur talent de sa génération Mikhaïl Grigorenko était réduit à une poignée de minutes par l'entraîneur des juniors Vyacheslav Butasev. Décidé à jouer plus, l'international U18 a donc décidé de partir en junior majeur aux Remparts de Québec, dont on connaît l'affection pour les hockeyeurs russes depuis Radulov. Le CSKA perd ainsi le bénéfice de la formation de Grigorenko, arrivé de Khabarovsk voici sept ans.

Garder ses jeunes est un problème récrurrent pour le CSKA. Il y a deux ans, Sergei Shirokov était parti parce qu'il refusait les réductions de salaires générales imposées alors pour motif de crise. En signant à Vancouver, il n'y aura joué que huit fois en NHL, passant l'essentiel de son temps en AHL. On connaît trop d'antécédents de hockeyeurs russes qui ont perdu le fil de leur jeu en ligue mineure. Ce n'est heureusement pas le cas de Shirokov, qui n'a rien perdu de sa technique et a tout de suite retrouvé ses automatismes avec son vieux compère Denis Parshin en revenant au CSKA. Les deux ailiers ont été complétés par Niklas Persson, un centre suédois dont la technicité s'adapte bien au jeu collectif russe, tout en sachant éviter les passes trop risquées. Ce premier trio a immédiatement fonctionné... jusqu'à ce que Parshin se blesse au ménisque.

Le CSKA n'avait pas besoin au moment où le versement des salaires prenait déjà du retard. L'annonce de l'arrivée d'Aleksei Yashin a rassuré tout le monde : non seulement son expérience sera précieuse pour cette jeune équipe, mais en plus, un club qui recrute un vétéran encore bien coté (2 millions de dollars annuels sur le marché même s'il sort du blessure au genou) ne pas être en si grande difficulté financièrement. C'était donc le premier signe que la reprise par un nouvel investisseur - ce sera la compagnie pétrolière Rosneft - était en bonne voie.

Mais les jeunes auront un protecteur d'un autre genre, qui ne sera pas chargé de les prendre sous son aile mais plutôt de mordre ceux qui s'approcheraient : Darcy Verot. Depuis quand les autres clubs recrutent-ils d'anciens joueurs du Vityaz. Sa pige à Trinec avait déjà déclenché les unes scandalisées des médias tchèques envers "l'homme qui voulait casser Jagr" (les duels Vityaz/Avangard). "J'ai dû leur expliquer que je n'étais pas un maniaque, mais un hockeyeur qui remplit un contrat. La direction du club me forçait à aller sur la glace pour m'engager dans des altercations. Sans de tels ordres, je n'aurais certainement pas marqué 200 ou 300 minutes par saison, mais beaucoup moins." Curieusement, quand il a affronté son ancien club, ses successeurs dans l'art du combat ont cherché à se battre avec lui, peut-être pour le punir de ses propos, ce qui les a attestés.

 

SpartakUne carrière d'entraîneur en chef qui débute à 58 ans ! Tel est le curieux destin de Viktor Pachkalin avec le Spartak Moscou. La désignation de l'éternel adjoint a causé la surprise dans le monde du hockey russe... sauf au sein du club. Pachkalin est un Spartakiste dans l'âme et jouit de la confiance des glorieux anciens, avec qui il a été champion d'URSS en 1975.

Ce choix présente un autre avantage : l'argent économisé dans le salaire du coach peut être utilisé pour embaucher une star offensive capable d'appuyer les ambitions de Pachkalin, qui veut que son équipe joue "60% du temps en attaque à domicile". Cette star, c'est Marcel Hossa, buteur naturel qui a su planter 35 points même sur la troisième ligne à Kazan. Le Spartak peut ainsi former un premier trio slovaque Stefan Ruzicka - Jozef Stümpel - Marcel Hossa, appuyé par le slap et les passes d'André Benoît, qui n'a disputé que 8 matches de NHL avec Ottawa l'an passé mais qui a dominé le classement des assists en play-offs AHL avec le champion Binghamton.

Sauf que ce recrutement dépassait le quota de cinq étrangers (en comptant le pilier défensif Ivan Baranka). Les deux autres attaquants slovaques ont donc dû être sacrifiés : Juraj Mikus (tout de suite récupéré par le Lev Poprad) et surtout le capitaine Branko Radivojevic. Celui-ci a demandé un salaire fixe, mais après une saison en demi-teinte, le Spartak ne voulait pas lui consentir ce privilège alors que ses coéquipiers suivaient le système de rémunération désormais préconisé en KHL : 70% ferme et 10% par tour des play-offs passé. Malheureusement pour le club rouge et blanc, Radivojevic s'est soudain mué en gros marqueur pour l'Atlant pendant que sa troïka offensive slovaque reste désespérément muette...

Le Spartak, qui se voyait devenu le meilleur club de Moscou, s'est-il vu trop beau ? La question vaut aussi pour le nouveau gardien Ivan Kasutin, qui entreprend la difficile succession de Hasek et qui a un peu fanfaronné en déclarant que 90% des gardiens étrangers de KHL étaient d'un faible niveau.

 

OZOLINS Sandis-110508-403La KHL a ouvert sa première boutique officielle, et a choisi Riga comme lieu d'implantation. Faut-il voir un symbole politique de sa volonté d'expansion au fait de ne pas avoir choisi le territoire russe ? Les raisons sont plus pragmatiques : à Moscou, chaque équipe a sa patinoire et un local "neutre" en ville coûterait très cher en loyer. La ligue a donc plus confiance dans le pouvoir d'achat letton, même en berne après la crise.

La crise du hockey letton, elle, est plutôt existentielle. La motivation des joueurs de l'équipe nationale est parfois remise en question, y compris par le sélectionneur adverse Olegs Znaroks qui avait voué aux gémonies Lauris Darzins parce qu'il avait refusé de risquer d'aggraver une blessure en jouer sous infiltrations aux derniers championnats du monde. Ce même Darzins, meilleur marqueur du Dinamo Riga la saison dernière, est parti à Kazan, laissant au trio Karsums-Sprukts-Redlihs le soin de redevenir la première ligne.

Certains prétendaient que le maillot grenat du Dinamo, aux couleurs semblables à celle de la sélection, suscitait désormais comparativement plus de ferveur. Le début de saison tend à démontrer le contraire, le manque d'intensité étant similaire en club ou et équipe nationale. L'entraîneur passé au CSKA Moscou, Julius Supler, qui avait déclaré que si on lui demandait son avis il passerait du Verdi dans le vestiaire comme musique d'avant-match, orchestrait une partition bien réglée, mais jouée "adagio". Son successeur Pekka Rautakallio voudrait élever le tempo, mais il semble que ses hommes lui répondent "allegro... ma non troppo" lorsqu'il exige une activité permanente des cinq joueurs sur la glace.

Comme la Lettonie est toujours en plein débat sur son identité et sur son style de jeu, il est intéressant de voir comment l'équipe du Dinamo s'adapte à de nouvelles directives. Cela donnera des indications pour l'équipe nationale dont elle compose toujours la colonne vertébrale. Tous les défenseurs sont une fois de plus lettons, autour du vétéran Sandis Ozolins, et le club a même renoncé à aligner deux étrangers dans les cages. La relève au poste du gardien est la grande angoisse de tout connaisseur du hockey letton, et à ce titre il est intéressant de voir le jeune Maris Jucers, vu en Coupe Continentale à Rouen, avoir sa chance en numéro 2 derrière Chris Holt.

 

LevDès cette saison, une équipe de KHL joue sur petite glace : certains clubs en avaient discuté, se portaient volontaires, etc. Il n'y a finalement pas eu besoin de long débat et de transformation d'infrastructures. Pour trouver le club pionnier, le Lev Poprad, il a simplement suffi de quitter la Russie, où toutes les patinoires sont de dimension olympique, et de débarquer en Slovaquie où plusieurs tailles de glace cohabitent, comme c'est le cas dans beaucoup de pays d'Europe.

La KHL a donc fini par s'étendre au-delà des frontières de l'ex-URSS. Le résultat d'une stratégie de longue date. Les clubs des grands championnats européens ayant trop à perdre dans une aventure aussi incertaine, la KHL a ciblé les équipes de deuxième division, pour lesquelles il serait tentant de se voir offrir sur un plateau un niveau de jeu auquel elles n'arrivaient pas à accéder sportivement dans leur pays. L'AIK avait été le premier à s'y intéresser, mais depuis il a réussi à remonter en Elitserien et même à y atteindre une demi-finale à la surprise générale. Ses fans sont aux anges et il ne regrette plus du tout que la fédération suédoise ait mis son veto à ce qu'il parte en KHL à l'époque.

Le Lev Hradec Kralové, qui n'arrivait pas à gagner les barrages de promotion en Extraliga tchèque, a connu cette même opposition de sa fédération, mais il l'a contournée. Ses dirigeants ont simplement traversé la frontière pour s'installer à Poprad, Slovaquie, où ils ont trouvé des partenaires (fédération et clubs locaux) plus conciliants.

Encore fallait-il que le projet soit ficelé et pas précipité en quelques semaines, comme l'été dernier pour pallier la défection d'un supposé nouveau club ukrainien. La composition et les autorisations administratives étaient incomplètes à quelques semaines du début de championnat, conduisant la KHL à renoncer. Cette fois, ce club slovaque d'origine tchèque a pu se préparer : l'effectif a été constitué pour l'essentiel en juin.

Voici donc le représentant de la "Tchéco-Slovaquie" réunifiée 18 ans après sa partition. L'entraîneur est tchèque, Radim Rulik, mais avec des adjoints slovaque et russe. Un des principaux partenaires est une compagnie aérienne tchèque qui fournit un Boeing 737 aux couleurs du club et voit d'un bon oeil les déplacements lointains en Russie. Les Tchèques sont aussi légèrement plus nombreux que leurs cousins sur le banc, même si les noms les plus connus sont les vétérans slovaques Martin Strbak, Lubos Bartecko et Ladislav Nagy. Les négociations ont cependant été longues pour les faire rentrer au pays, car le budget reste modeste pour la KHL.