Russie - République Tchèque (Euro Hockey Tour 2)

La Russie était peut-être allée un peu vite en besogne à tresser des louanges au nouveau sélectionneur Zinetula Bilyaletdinov pour son entrée en matière réussie. Son second tournoi se passe moins bien. Or, à Moscou, la Sbornaïa a toujours fait le spectacle et gagné. Le public lui aurait peut-être pardonné sa tactique plus défensive s'il avait pu savourer des victoires à gogo comme d'habitude. Mais après avoir gagné les cinq dernières éditions de leur tournoi, les Russes ont été dépossédés de leur bien par la Suède, avant même la dernière journée. C'est donc pour l'honneur - et la deuxième place - qu'ils affrontent les Tchèques.

A priori, cette équipe tchèque n'a rien pour elle, elle qui accumule les malheurs depuis son arrivée à Moscou. Tout avait commencé avec le problème de visa de Jakub Nakládal, qui a passé plusieurs heures seul à l'aéroport avant de recevoir l'assistance de son ambassade. Le soir, seuls sept joueurs ont pu s'entraîner sur la glace de la patinoire "Megasport" car les équipements des autres étaient bloqués dans les fameux embouteillages moscovites. Malgré ces déboires, les Tchèques ont pourtant battu la Finlande 5-1 !

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Dix-huit heures plus tard, on s'attend quand même à les voir faiblir physiquement. Surtout que le sort s'acharne. Krajicek s'est blessé hier, et Kreps puis Kutlák connaissent le même sort en cours de match. Les Tchèques devront finir le match à cinq défenseurs !

La Russie prend peut-être la situation trop à la légère. Dans la première minute, les Russes s'échangent le palet en tournicotant dans leur zone au lieu d'en sortir. Le capitaine Aleksandr Radulov effectue une nonchalante passe aveugle... sur laquelle se rue Roman Cervenka qui cueille à froid Biryukov : premier tir, premier but encaissé, à mi-hauteur côté mitaine. C'est la seconde fois dans le tournoi que les Tchèques marquent d'entrée, mais cela ne leur avait pas réussi contre la Suède. Une fois encore, ils ne conservent pas leur avance. Le slap surpuissant de Nikolaï Zherdev dans le haut du cercle gauche bombarde la lucarne (1-1).

Cette première période est jouée à un rythme effréné et les Russes prennent parfois l'avantage par leur vitesse de patinage. Mais c'est sur une entrée de zone anodine sur l'aile droite que Vladimir Tarasenko se procure sa meilleure occasion, en frappant le poteau. Le jeune joueur sibérien, critiqué par le coach et laissé sur le banc hier, rate là sa chance de se remettre en valeur.

Les Russes attaquent encore plus fort au tout début du deuxième tiers-temps. Jakub Stepanek capte d'une belle mitaine un tir bas de Radulov, servi en 2 contre 1 par Zubov. En revanche, une minute plus tard, il relâche un lancer de la bleue de Perezhogin qui vient de faire tout le tour de la zone offensive. Le palet retombe devant Aleksei Tereshchenko qui n'a qu'à le pousser dans la cage grande ouverte. Dès qu'ils sont menés, les Tchèques repassent à l'action avec beaucoup de mouvement. Cervenka, discret ces derniers jours, confirme son retour en forme par un tir précis au ras du poteau (2-2).

La scoumoune poursuit l'équipe tchèque : un centre à l'aveugle de Radulov ricoche sur le patin du défenseur Marek Troncinsky, contre son camp. Mais elle égalise encore, avec l'aide de Biryukov qui relâche un tir de Prucha et offre un rebond glissé à ras glace du revers par Rolinek (3-3). Les Tchèques faiblissent physiquement en fin de match, comme prévu, mais la Russie n'arrive pas à concrétiser sa domination en prolongation.

La prolongation donne lieu à un duel entre deux hommes. Zbynek Irgl fait vivre un calvaire à Biryukov en choisissant à chaque fois le tir, deux fois en pleine lucarne avec un intermède entre les jambières. Aleksandr Radulov, pour sa part, réussit d'abord une feinte magistrale puis une lucarne, mais Stepanek lit bien son dribble à sa troisième tentative. La Russie n'est que troisième de son tournoi, sa plus mauvaise place depuis huit ans.

Ce week-end aura donc montré les limites de la Russie. Le système défensif n'a plus été appliqué aussi bien, et l'attaque a paru très dépendante des tirs du capitaine Radulov (8) et du revenant motivé Zherdev (7, plus 1 transversale) qui ont tenté presque la moitié des lancers de leur équipe. Radulov n'a presque pas quitté la glace en fin de match, et son absence programmée au prochain tournoi permettra peut-être à d'autres attaquants de prendre leurs responsabilits.

Dans le camp tchèque, c'est exactement ce qui s'est passé. En l'absence du cadre Blatak, excusé pour raisons de santé, la défense a étonnamment bien tenu, malgré les blessures. Le débutant Jakub Krejcik a commis si peu d'erreurs qu'il s'est vu accorder du temps de jeu y compris en supériorité et en infériorité. Relanceur sûr, il a certes été parfois pris de vitesse par les ailiers russes, mais a clairement réussi son premier test international à 20 ans. L'enjeu sera de confirmer à la prochaine échéance. C'est ce qui a manqué à la révélation de la saison de KHL Jakub Petruzalek, efficace en novembre mais trop peu dangereux offensivement cette fois.

Commentaires d'après-match

Zinetula Bilyaletdinov (entraîneur de la Russie) : "J'ai aimé ce match. Nous avons joué avec beaucoup d'envie et de détermination, mais quelques joueurs sont sortis du match. Peut-être est-ce la fatigue après avoir joué 30 matches en championnat. Je regarde beaucoup la KHL et je ne vois pas toujours la vitesse de pensée et d'action que j'aimerais. Les retransmissions de Suède et de Finlande paraissent parfois plus rapides. Nos adversaires ont l'habitude d'un hockey rapide, vivant et agressif. Je reconnais que Mikhaïl Biryukov n'a pas réussi son match, mais il a eu une tâche plus difficile que Barulin, en ne jouant que le troisième match, sans entraînement complet le matin. Au prochain tournoi, la composition sera différente. Nous inviterons beaucoup de jeunes qui sont actuellement dans l'équipe B. Je ne pense pas que nous convoquerons Radulov ou Tereshchenko, nous les avons vus. Il est dans l'intérêt de l'équipe nationale que des noms nouveaux percent."

 

Russie - République Tchèque 3-3 (1-1, 2-1, 0-1, 0-0) / 2-3 aux tirs au but
Dimanche 18 décembre 2011 à 12h00 à l'Arena Khodynka de Moscou. 14000 spectateurs.
Arbitrage de Mikael Sjöqvist et Morgan Johansson (SUE) assistés de Sergey Shelyanin et Dmitry Sivov (RUS).
Pénalités : Russie 4' (2', 2', 0', 0'), République Tchèque 8' (6', 0', 2', 0').
Tirs : Russie 35 (9, 9, 13, 4), République Tchèque 31 (9, 13, 7, 2).

Évolution du score :
0-1 à 00'31" : Cervenka
1-1 à 07'25" : Zherdev assisté de E. Biryukov et Kalinin (sup. num.)
2-1 à 21'31" : Tereshchenko assisté de Perezhogin
2-2 à 30'27" : Cervenka assisté de Kaspar et Nakladal (sup. num.)
3-2 à 33'30" : Radulov
3-3 à 47'09" : Rolinek assisté de Prucha et Nemec

Tirs au but :
Russie : Zherdev (arrêté), Radulov (réussi), Shipachev (arrêté).
République Tchèque : Irgl (réussi), Prucha (arrêté), Cervenka (arrêté).

Tireurs supplémentaires : Irgl (réussi), Radulov (réussi), Irgl (réussi), Radulov (arrêté).


Russie

Gardien : Mikhaïl Biryukov.

Défenseurs : Konstantin Korneev - Ilya Nikulin (2') ; Denis Denisov (-1) - Denis Grebeshkov (-1) ; Ivan Vishnevski - Dmitri Kalinin ; Evgeny Biryukov (+1) - Nikolaï Belov (+1, 2').

Attaquants : Sergei Shirokov - Ilya Zubov - Aleksandr Radulov ; Aleksandr Perezhogin - Aleksei Tereschenko - Nikolaï Zherdev ; Viktor Tikhonov - Vadim Shipachev (2') - Vladimir Tarasenko ; Denis Kokarev - Evgeny Bodrov - Igor Makarov.

Remplaçant : Konstantin Barulin (G). En réserve : Enver Lisin.

République Tchèque

Gardien : Jakub Stepanek.

Défenseurs : Petr Caslava (A, +2, 2') - Ondrej Nemec (+2, 2') ; Marek Troncinsky (-2, 2') - Zdenek Kutlak (-2) ; Jakub Krejcik - Jakub Nakladal.

Attaquants : Tomas Rolinek (C, +2) - Roman Cervenka (+2) - Petr Prucha (+2) ; Michal Vondrka (-2) - Petr Vrana (-2) - Jakub Petruzalek (-2) ; Lukas Kaspar - Kamil Kreps - Jakub Orsava ; Petr Hubacek (2') - Lukas Pech - Zbynek Irgl.

Remplaçant : Tomas Pöpperle (G). Absent : Lukas Krajicek (luxation d'un doigt).