Bilan de l'équipe de France U20 avec Lionel Charrier

Lionel Charrier, entraîneur de l'équipe de France des moins de 20 ans, revient sur la récente victoire des Bleuets dans la division IB mondiale à Tychy (Pologne).

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- Quel était l'objectif pour ce tournoi ?

L'objectif officiel était la médaille. Il est difficile de gérer un tournoi avec uniquement cinq rencontres, on sait qu'il faut prendre des points partout. Selon nos principes de jeu, si on défendait bien, on attaquait bien. Nous devions être compacts défensivement pour favoriser les phases de transition.

- Le premier match contre l'Italie a donné le ton.

C'était le match d'ouverture et il opposait deux des grosses équipes. Personne n'a voulu donner le match. Cela a été très disputé jusqu'à ce but très construit à quatre minutes de la fin, vingt à trente secondes de travail dans les balustrades de Romain Gutierrez et Dimitri Thillet pour un lancer direct de Nicolas Ritz (2-1).

- Vous avez failli vous faire surprendre par la Croatie le lendemain.

J'avais averti les joueurs. Je craignais ce match parce que l'on n'est pas très performant quand on pense que l'adversaire est moins fort. On a fait un mauvais premier tiers (0-1). Ensuite, on a matché les lignes, ce que l'on n'avait pas fait. Les Croates ont un ou deux joueurs très dangereux, on a donc mis notre trio défensif Bedin-Vinatier-Ares face à Rendulic. Cette ligne n'avait pris aucun but lors du tournoi de préparation à Bled, et elle n'en a encore pris aucun pendant les quatre premiers matches du tournoi. La ligne de Ritz et la quatrième ligne Abramov-Millet-Joly ont alors débloqué le compteur (8-1).

- Il y a eu moins de frayeurs contre le Japon.

Cette fois, les joueurs étaient eux-mêmes prévenus. Cela faisait quatre rencontres qu'on perdait contre eux. Cette génération 1992-93 avait perdu contre eux en U18 à Asiago, et les U20 avaient aussi perdu le match décisif pour le maintien à Megève il y a deux ans. Les joueurs avaient à coeur de mettre un terme à cette série, et il n'y a pas eu photo. On a inscrit des buts progressivement et on a maîtrisé le match (5-0).

- Vous avez donc rencontré le Kazakhstan avec la montée à la clé.

Je ne parlais toujours pas de montée, mais dans leurs têtes, les joueurs pensaient bien que c'était une finale. Ils ont fait un premier tiers moyen, pris par l'enjeu. Norbert Abramov marque le but décisif à dix minutes de la fin, et ensuite on maîtrise vraiment la fin de match (2-1). La ligne Rech-Serer-Briand a été très forte dans la gestion des cinq dernières minutes.

- C'était difficile de rester concentrés pour le dernier match contre la Pologne.

Nous étions donc champions le vendredi soir, avec une journée de repos ensuite. Les joueurs se sont promis de mettre toutes les chances de leur côté. Ils ont mangé ensemble, et sans doute bu une bière, mais tout le monde était rentré à 22 heures. Notre philosophie de jeu reposait sur trois mots : "compacité, agressivité, intensité". C'est plus difficile à appliquer dans ces circonstances. Il est rare de terminer premier avant même la dernière journée, et il y avait donc beaucoup moins d'émotion (2-3).

- Toutes les statistiques attestent votre domination sur le tournoi.

On finit avec la meilleure attaque et la meilleure défense. En plus des statistiques de tirs, nous comptabilisons les chances de marquer. Nous en avons systématiquement eu moins de 10 contre nous à chaque match, et plus de 10 en notre faveur. On n'a pas pris le moindre but en infériorité numérique. Nous avions réparti les rôles, puisque les joueurs de supériorité numérique ne jouaient pas en infériorité, ce qui est assez nouveau pour nous. Nous avons ainsi fini très frais.

- L'interdiction de sélectionner Robin Gusse a-t-elle perturbé la préparation ?

Robin Gusse devait être notre premier gardien. Deux-trois semaines avant le tournoi, nous avions déjà des signaux négatifs de l'IIHF. Nous avons eu la réponse définitive même pas une semaine avant. Aujourd'hui, compte tenu des règles sur les joueurs à double nationalité il peut jouer pour le Canada mais pas pour la France, parce qu'il faut qu'il y ait joué deux ans. La fédération fera des démarches complémentaires, car il n'y a pas d'archives des feuilles de match de ses saisons en U11 et U9 à Anglet, qui remontent à plus de dix ans, avant son départ au Québec. Nous essaierons de développer un argumentaire pour le faire venir, que ce soit pour les juniors l'an prochain ou à terme pour l'équipe de France senior s'il a le niveau pour l'intégrer.

- Julian Barrier-Heyligen s'est retrouvé premier gardien et s'est avéré très solide.

Si Robin Gusse avait été présent et performant, il est possible que Julian n'aurait pas joué les rencontres à enjeu. C'était à son tour de se trouver dans la position du numéro 1. On se l'était dit cet été, et il avait fait deux bons matches contre Chamonix en coupe de la ligue. Il n'a pris que trois buts, un dans le jeu et deux sur des tirs de pénalité. Lorsqu'il était à 92% d'arrêts, cela ne lui suffisait pas et il a fini à plus de 96%. Je pense qu'il méritait le titre de meilleur gardien. Je lui ai dit qu'il savait au fond de lui qu'il avait été le meilleur, et que ses stats le prouvaient.

CHAKIACHVILIflorian11092411- Le titre de meilleur défenseur est par contre revenu à Aziz Baazzi.

Aziz a des qualités techniques importantes, et est capable de temporiser quand le jeu l'exige. J'ai demandé à mes arrières de ne pas chercher à faire des choses exceptionnelles, mais de vite relancer. Avec sa très bonne première passe, Aziz a su jouer simple et être pertinent dans ses choix.

- Avez-vous senti une évolution dans le jeu de Vincent Llorca maintenant qu'il joue au Canada ?

On savait que Vincent serait incontournable pour nous. Il défend très bien, il est très agressif. S'il a ramené quelque chose du Canada, c'est l'intensité de jeu avec laquelle il évolue à chaque match là-bas.

- Les 1992 étaient minoritaires en attaque, mais en défense il faudra reconstruire l'an prochain sans eux (Baazzi, Llorca, Chakiachvili).

Il nous restera Raphaël Faure, un élément très important pour nous. J'ai aussi été très satisfait du tournoi de Martin Charpentier. Nous avons déjà intégré le meilleur arrière de la génération 1994, Nicolas Leclerc.

Nous devions aussi avoir Quentin Mahier comme 1993, mais il s'est fait une entorse acromio-claviculaire au tournoi de Bled en novembre. Il a subi un choc pendant la préparation, et on l'a donc renvoyé par précaution. On a alors rappelé Aurélien Dorey (1994), même s'il n'a pas beaucoup joué puisque nous tournions souvent à 6 arrières.

- Vous avez désigné Nicolas Ritz comme votre meilleur joueur.

Il a été déterminant par son but contre l'Italie, il nous a remis dans l'axe contre la Croatie, il a été excellent contre le Japon. Il a été moins bon contre le Kazakhstan parce qu'il avait un début de gastro-entérite. C'est un bon joueur, qui prend très bien les mises au jeu.

- Quel sera l'objectif au niveau supérieur (division IA) ?

L'objectif sera le maintien. Il faudra prendre des points un peu partout, mais l'enchaînement sera compliqué. Nous commencerons par l'équipe qui descend de l'élite, il ne faudra pas griller les gars au premier match. Les deux équipes les plus à notre portée seront la Slovénie et l'Autriche. Mais on a déjà pris des points contre la Norvège et le Bélarus, ce n'est pas infaisable.

- Quel est votre programme maintenant que la saison des U20 est terminée ?

Un débriefing est programmé le 10 janvier. On y discutera de la saison à venir des moins de 20 ans. Pour cette fin de saison, je vais sans doute donner un coup de main aux autres catégories comme coach vidéo, comme je l'avais fait l'an dernier.