Épinal - Grenoble (Ligue Magnus, 14e journée)

Aquino5Pour bien finir l'année...

On prend les mêmes... et on recommence ! Quatre jours après s'être affrontés à Pôle Sud, Dauphins et Dauphinois se retrouvent dans une patinoire de Poissompré pleine à craquer. Car recevoir les Brûleurs de Loups, quelqu'en soit leur classement (et même s'ils ne sont plus les cadors d'hier), c'est toujours un événement. Surtout qu'Épinal, dans toute son histoire, n'a maté qu'une seule fois Grenoble à Poissompré. C'était en avril 92 et le phénoménal Jiří Dudáček y était allé d'un mémorable triplé pour faire plier (5-3) les jeunes coéquipiers du Canadien Steve "Big Moustache" Harrison...

Les plus anciens s'en rappelleront. Pour les autres, seule compte la réalité d'un championnat resserré, où chaque point vaut son pesant d'or. C'est dire l'importance de cette nouvelle victoire (5-4 t.a.b.) ramenée lundi de Pôle Sud. Un match à rebondissements, dont le sort ne s'est joué qu'en fusillade sur un tir au but gagnant de Maxime Boisclair permettant aux Lorrains, toujours sixièmes au classement, de creuser l'écart avec leurs poursuivants. Et d'ainsi reléguer Grenoble à quatre unités. Des Isérois toujours englués dans le "ventre mou"... et qui ne s'attendaient sûrement pas à voir le haut du classement d'aussi bas !

Conséquence directe d'un effectif moins étoffé que par le passé, les Brûleurs de Loups ont vu leur premier trimestre compliqué par les absences de plusieurs joueurs clé. Blessé à l'avant-bras début octobre, Francis Desrosiers a ainsi dû observer cinq semaines d'arrêt. Baptiste Amar, le taulier, le "grand frère", a lui raté les deux premiers mois de compétition, tourmenté par une cheville fracturée. Quant à Anthony Aquino, la principale recrue offensive de l'été, c'est une blessure à l'épaule contractée en pré-saison qui l'a tenu éloigné des glaçons. Le buteur italo-canadien ne revenant au jeu qu'à Neuilly début décembre.

Une bonne entame...

Sortis sans gloire des deux Coupes nationales, les "BDL" n'ont maintenant plus que le championnat pour sauver leur saison. Et le besoin de points se fait urgent pour les hommes de Jean-François Dufour, privés ce soir d'Élie Raibon, Maxime Suzzarini et surtout de leur capitaine Julien Baylacq. Des Isérois rapidement sanctionnés sur une incursion en zone offensive de Mikko Jortikka, accroché derrière la cage par Christophe Tartari (01'18"), mais suffisamment bien regroupés pour tuer cette première pénalité.

Ce n'est que partie remise pour les Dauphins : Maxime Boisclair lançant Toby Lafrance dans le dos de la défense pour une rupture menée à bien par le petit canadien, qui se présentait seul face au gardien (1-0 à 04'34"). Ronan Quemener a pourtant bien tenté de repousser ce tir du bouclier... mais pas suffisamment pour l'empêcher de rentrer.

Amar5Voilà l'ICE placée sur de bons rails, bien en place et rarement prise à défaut par des attaquants isérois peinant à finir leurs actions. On le sait, Grenoble ne brille pas spécialement par la qualité de son collectif cette année et cela ne manque pas de se vérifier durant ce premier tiers rythmé où la première pénalité spinalienne de la partie n'amène aucune situation dangereuse (12'22"). Tellement d'ailleurs qu’Anthony Aquino doit vite rejoindre Armando Scarlato au cachot (13'27").

Les défenses prennent alors doucement le pas sur les attaques, avec toujours très peu d'occasions de part et d'autres si ce n'est à la toute fin du premier vingt, où un cinglage de Stéphane Gervais (19'42") permet à Baptiste Amar d'armer un slap bien repoussé par Loïc Lacasse.

Jusque-là tout va bien... mais cela ne va pas durer pour les Spinaliens. Dès le retour des vestiaires, Grenoble se fait plus pressant. Francis Desrosiers est le plus prompt à prendre le retour d'un slap de Dufresne mais Lacasse tend bien sa botte (20'48"). Puis arrive ce festival de Šivic côté gauche, qui parvient à fixer la défense pour mieux trouver Desrosiers démarqué au centre. Le Québécois reprend de volée, cherchant la lucarne. Le timing est parfait... mais l'arrêt-mitaine du portier spinalien ne l'est pas moins (21'30") ! La défense spinalienne est aux abois... et ce qui devait arriver arriva : Loïc Lacasse voyant le tir en coin de Christophe Tartari rebondir dans son dos (1-1 à 21'43"). C'est le début de la fin pour les Dauphins...

... et puis plus rien !

Les locaux vont alors se livrer... et ainsi s'exposer aux contres. Et avec des flèches comme Ouimet, Šivic et Desrosiers, cela ne pardonne pas. François Ouimet, qui a côtoyé Stéphane Da Costa à l'université (Merrimack), fait parler son explosivité sur une remontée menée vitesse grand V côté gauche. Une accélération suivie à l'opposée par Nicolas Arrossamena, bien servi... mais qui ne cadre pas (24'42"). Contrairement à Mitja Šivic qui, à mi-distance et sur une passe en retrait de Francis Desrosiers, tire sur réception pour expédier un missile en pleine lucarne (1-2 à 25'14"). Une fois encore, c'est du côté gauche qu'est venu le danger. D'un Francis Desrosiers plein de vivacité, qui s'est fait un prénom en Ligue Magnus après s'être révélé à Reims l'an passé (où il termina meilleur compteur de division 1 derrière l'intouchable Martin Gascon, alors Brestois).

Il n'y a dès lors plus qu'une seule équipe sur la glace. Des Grenoblois déchaînés ne manquanArrosamena5t pas d'enfoncer des Spinaliens perdus corps et biens, à l'électroencéphalogramme plat pendant de longues, très longues minutes. Le pronostic vital, sur ce match, est engagé après le troisième filet isérois. Un tir rasant d'Alexandre Rouleau dévié, au rond d'engagement droit, par Nicolas Arrossamena (1-3 à 27'59").

Dépassés par les événements, les Dauphins prennent l'eau de toute part. Lacasse détourne une reprise d'Arrossamena, bien décalé par Ouimet (31e), mais ne peut empêcher Graham Avenel de quadrupler la mise. L'ancien Caennais, servi plein axe dos au but, pivotant pour adresser un tir bas filant côté mitaine (1-4 à 31'28").

En moins de dix minutes, l'ICE s'est totalement décomposée. Santino Pellegrino a beau avoir remodelé ses lignes offensives, en reformant notamment ses trios du début de saison (qui s'avéraient déjà improductifs à l'époque...), ses hommes ne répondent plus. Aucun esprit de révolte, aucun sursaut d'orgueil ne transpire de son temps mort, consécutif à un cinquième but enfilé par l'inévitable Šivic, sur un centre tendu de Desrosiers. Le Slovène, au second poteau, parvenant à redresser pour marquer dans un trou de souris (1-5 à 33'06"). C'est en trop pour Loïc Lacasse, qui regagne furieux son banc, balançant au passage crosse, casque et gants !

Du coup, c'est sa doublure Mathieu Perrin qui entre en piste, intervenant notamment devant un Michael Steiner tout droit sorti du cachot  (36'11"). Le jeune gardien spinalien aux origines belfortaines s'acquittera bien de sa tâche, faisant les arrêts qu'il faut (stoppant notamment un slap de Kévin Dusseau en deux temps) et permettant à ses couleurs de stopper l'hémorragie. Maigre consolation !

Le calice jusqu'à la lie

lacasse4L'avance grenobloise paraît insurmontable et les Vosgiens, moribonds, ne donnent pas l'impression de pouvoir la combler. La pause n'a rien changé et Grenoble a toujours autant de facilités pour se projeter vers l'avant. Il faut dire que les espaces ne manquent pas, ce dont manque de profiter Anthony Aquino, idéalement servi par... Toby Lafrance. Mais Loïc Lacasse, revenu aux affaires, intervient devant l'Italo-canadien (40'29"), comme il frustre Joris Bedin, venu fondre sur lui après avoir proprement enrhumé Guillaume Papelier en zone neutre (42'13"). Le cerbère vosgien est ensuite sauvé par ses montants sur deux essais d'Aquino (49e) et du jeune Rémi Colotti (50e), qui remplace occasionnellement Steiner au côté d'Amar.

Habile technicien, Mitja Šivic en met plein la vue à ses adversaires et confirme le bien fondé de l'aligner avec Anthony Aquino et Francis Desrosiers, qui partagent la même vitesse d'exécution. Ces trois-là, soutenus derrière par Dufresne et Rouleau, démontrent une évidente complicité et se trouvent les yeux fermés, rentrant comme dans du beurre dans une défense anesthésiée où seul Niko Mäntylä parvient à surnager. Le Finlandais parvient d'ailleurs à s'échapper, en désavantage numérique, sans parvenir à déjouer un très bon Ronan Quemener (44'50").

Mäntylä, malheureux sur ce coup, fait donc meilleure impression qu'un Petrák toujours à côté de la plaque. Dribbleur invétéré, le Tchèque manque toujours de justesse dans son jeu. Stéphane Gervais est lui plus exaspérant que jamais. Le Franco-canadien n'a plus marqué depuis une éternité et arrive tout juste à cadrer ses lancers, lui qui s'est fait spécialiste des slaps gagnants dans un passé pas si lointain (c'est à se demander s'il retrouvera un jour son meilleur niveau). Quant à Guillaume Papelier, il ne trouve rien de mieux que de relancer sur Mathieu Le Blond. Lequel ne se fait pas prier pour servir Graham Avenel à l'opposé (1-6 à 50'00")...

Les "Irréductibles" n'ont pas fait le déplacement pour rien. Les supporters grenoblois voient leur équipe en pleine réussite, bien aidée il est vrai par des Spinaliens trop vite démobilisés. Des Dauphins méconnaissables qui n'auront finalement joué qu'un seul tiers-temps avant de totalement sombrer. De ce naufrage retentissant, les habitués de Poissompré ne retiendront que le doublé d'un Toby Lafrance s'en allant battre Quemener de près (2-6 à 52'03"). 

Si Mathieu Le Blond fut désigné, à la surprise générale, meilleur grenoblois de la soirée, ce sont plutôt les Francis Desrosiers, Mitja Šivic et autres Anthony Aquino qui l'auraient mérité. Desrosiers, déjà impliqué sur deux réalisations, trouvant un Aquino démarqué pour le dernier but de la soirée (2-7 à 59'36"). Rideau...

Une défaite qui fait tache

C'en est fini de la pire prestation d'Épinal à domicile cette saison. Plus embarrassante, mantyla4encore, que la déroute du 17 septembre dernier subie face à Morzine-Avoriaz (lors de la grande réouverture de Poissompré). On a revu l'équipe approximative du début de saison, apparue pourtant solide en première période... mais bien trop négligente par la suite. Et surtout incapables de contenir les accélérations des meilleures individualités grenobloises, qui n'en demandaient pas tant.

En s'effondrant de la sorte, les hommes de Santino Pellegrino ont terni leur image d'équipe travailleuse et combative. Eux qui n'avaient rien lâché lundi se sont inexplicablement sabordés, aidant les buts grenoblois à s'enchaîner. Livré à lui-même, Loïc Lacasse n'a pu maintenir le navire à flot et les modifications apportées par Pellegrino en cours de partie n'ont évidemment rien changé.

Démanteler des lignes qui tournent bien et ainsi briser les automatismes n'ont fait qu'accentuer le malaise d'une équipe ne disposant toujours pas d'un powerplay digne de ce nom. L'ICE n'a marqué qu'un seul but en supériorité numérique à ses trois dernières sorties. Fabien Leroy, tout solide qu'il soit dans l'aspect purement défensif du jeu (malgré ses piètres qualités de relanceur), n'a rien d'un "blueliner" efficace en supériorité numérique... puisqu'il ne cadre presque jamais ses lancers frappés ! Et, c'est bien connu, quand l'un de ses rouages tousse, c'est toute la machine qui se grippe...

Les matchs vont s'enchaîner au rythme de deux par semaine jusqu'en février et il va falloir vite rebondir, dès vendredi du côté d'Angers. Sous peine de voir le doute s'installer pour la prochaine venue de Strasbourg à Poissompré...

Réactions d’après-match (dans Vosges Matin)

Santino Pellegrino (entraîneur d’Épinal) : « On a joué notre pire match de l’année. On a pas travaillé et on a vu le résultat. On est une équipe médiocre et ordinaire si on ne travaille pas. Je suis déçu de la manière que l’on a joué ce match. Pourtant, on était confiant. À 3-1, tout le monde a un peu paniqué. Cela ne devrait pas arriver car on a assez de joueurs d’expérience. »

Épinal - Grenoble 2-7 (1-0, 0-5, 1-2)
Samedi 30 décembre à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1 500 spectateurs.
Arbitres : Damien Bliek assisté de Thomas Caillot et David Courgeon
Pénalités : Épinal 8' (4', 0', 4') ; Grenoble 12' (4', 2', 6').
Tirs : Épinal 24 (3, 8, 13) ; Grenoble 35 (6, 13, 15).

Évolution du score :
1-0 à 04'34" : Lafrance assisté de Boisclair et C. Lacasse
1-1 à 21'43" : Tartari assisté d'Amar et Steiner
1-2 à 25'14" : Šivic assisté de Desrosiers
1-3 à 27'59" : Arrossamena assisté de Rouleau et Ouimet
1-4 à 31'28" : Avenel assisté de Tartari
1-5 à 33'06" : Šivic assisté de Desrosiers et Dufresne
1-6 à 50'00" : Avenel assisté de Le Blond
2-6 à 52'06" : Lafrance assisté de Leroy et Petrák (sup. num.)
2-7 à 59'36" : Aquino assisté de Desrosiers et Crossman

Épinal

Gardien : Loïc Lacasse [puis Mathieu Perrin de 33'06" à 40'00"].

Défenseurs : Niko Mäntylä - Fabien Leroy (C) ; Mikko Jortikka - Stéphane Gervais ; Peter Slovák - Armando Scarlato ; Guillaume Papelier.

Attaquants : Chad Lacasse [puis Chassard] - Toby Lafrance - Maxime Boisclair (A) ; Ján Plch (A) - Michal Petrák - Guillaume Chassard [puis Šimko] ; Nathan Ganz - Yannick Offret -  Ján Šimko [puis C. Lacasse].

Remplaçants : Erwan Agostini, Kévin Benchabane.

Grenoble

Gardien : Ronan Quemener.

Défenseurs : Alexandre Rouleau - Sylvain Dufresne ; Baptiste Amar (C) - Michael Steiner ; Kévin Dusseau - Jason Crossman (A) ; Rémi Colotti.

Attaquants : Mitja Šivic - Francis Desrosiers - Anthony Aquino ; Christophe Tartari - Mathieu Le Blond - Graham Avenel ; Nicolas Arrossamena (A) - Joris Bedin - François Ouimet ; Loup Benoît.

Remplaçant : Sébastien Raibon (G). Absents : Julien Baylacq (épaule), Élie Raibon, Maxime Suzzarini.