Russie - Suède (Mondial U20, poule A)

KuznetsovEvgeniC'est le match de tous les superlatifs entre deux équipes qui bataillent pour la tête du groupe A. Après un départ diesel, la Russie a écrasé la Lettonie (14-0) tandis que les Suédois ont inscrit 22 buts en trois rencontres. Bref une finale avant l'heure, d'ailleurs le petit génie Yevgeni Kuznetsov souhaiterait retrouver la formation aux trois couronnes pour l'attribution de la médaille d'or, lui qui est devenu le second joueur le plus prolifique de l'histoire des Mondiaux juniors durant une partie avec 9 points obtenus contre les Lettons. C'est tout simplement le deuxième meilleur total derrière Peter Forsberg (10 points en 1993 contre le Japon). Le gagnant de ce match se verra tout simplement qualifié directement pour la demi-finale tandis que le perdant devra négocier un quart de finale contre de surprenants Tchèques avant de défier le Canada, chez lui. Vous comprenez donc l'importance de cet affrontement. Et du spectacle, de l'engagement, de l'émotion, il y en a eu au cours d'un match somptueux.

La défense suédoise est testée et ne va tarder à fauter. Naïl Yakupov intercepte une passe mal ajustée de John Klingberg et se crée ainsi une situation de 2 contre 1. Il sert sur un plateau Ignat Zemchenko : ouverture du score. Sur l'engagement, Yaroslav Kosov est déporté côté gauche mais tente quand même sa chance. L'angle paraît difficile mais le gardien Johan Gustafsson est très généreux en ce début de rencontre : la Russie marque une deuxième fois à sept secondes d'intervalle (2-0, 02'16"). Trente secondes plus tard, une puissante reprise de volée de Yakupov est stoppée cette fois-ci par le gardien de Luleå. Puis Kuznetsov récupère le palet en zone défensive et envoie sur orbite Nikita Gusev, parti seul défier Gustafsson, mais son tir du revers est arrêté. La Suède demande son temps mort, la Russie impressionne dans ces premières minutes.

À la sixième minute, nouvelle situation dangereuse pour la Suède, et nouveau contre russe. Alexander Khokhlachev, malgré Jonas Brodin sur le dos, place un lancer dangereux mais négocié par Gustafsson. Les Russes veulent tuer le match comme l'avait fait si bien la Suède auparavant. Celle-ci va enfin inquiéter Andrei Vasilevski. Rickard Rakell fait un boulot incroyable dans le coin et remet le palet au centre, c'est Mika Zibanejad qui loge la rondelle au fond des filet mais apparemment... avec son patin, le but est refusé ! C'est un mal pour un bien puisque la Tre Kronor se réveille. Erik Thorell fait le tour de la cage et sert idéalement Joakim Nordström, Vasilevski s'interpose de justesse. Jonas Brodin fait un tour sur lui-même à la ligne bleue et réussit à envoyer un missile, Vasilevski répond présent. Klingberg slalome avec une facilité déconcertante pour se retrouver en face-à-face avec le gardien russe, nouvel arrêt. Le but suédois s'annonce imminent, d'autant plus lorsque Artyom Sergeyev se retrouve en prison.

Mais les Scandinaves sont encore fébriles. Ivan Telegin voit un palet descendre comme une feuille morte sous son nez. L'attaquant des Colts de Barrie (Ligue d'Ontario) part seul, Klingberg est incapable de le freiner, et Telegin finit par tromper Gustafsson. Cela fait déjà 3-0 après 14 minutes. Le poteau repousse même le tir de Kosov après un service de Danil Apalkov (18'40"). On frôle la correction, les Suédois ont complètement loupé leur première période, la Russie affiche une maîtrise incroyable.

Les Russes sont de nouveau pénalisés en début de deuxième période. Sundström et Max Friberg tenteront d'asséner une reprise dans l'axe, le gardien d'Oufa veille. À son tour en supériorité numérique, la Sbornaïa se montre extrêmement dangereuse, notamment par Naïl Yakupov, Yevgeni Kuznetsov et Nikita Gusev. Seulement, autant Johan Gustafsson semblait fébrile en première période, autant il apporte désormais bien plus d'assurance à ses partenaires qui auraient pu sombrer définitivement.

Kuznetsov au cachot, Friberg ne trouve que le petit filet. Vasilevski va effectuer sans doute ce qui sera l'arrêt de la soirée : Sundström à la bleue trouve Zibanejad au premier poteau qui transmet la rondelle au second pour Rakell mais la jambière gauche du jeune Andrei tient le choc. La Russie prend ensuite une pénalité stupide pour un surnombre grossier : ce ne sont pas cinq joueurs de champ, pas six mais sept qui se retrouvent sur la glace ! Mais que ce soit cet avantage numérique ou le suivant, ils ne donnent aucune satisfaction côté suédois malgré un Ludvig Rensfeldt qui s'y prend à deux fois pour canarder Vasilevski. Cependant sa forteresse reste imprenable, la Russie mène toujours 3-0 avant le dernier tiers.

Dès les premières secondes, la Suède, au pied du mur, s'installe dans le camp russe afin d'inverser la tendance au plus vite. Larsson et Friberg travaillent sur le flanc droit mais c'est Oscar Klefbom qui est servi à l'opposé. Il prend alors sa chance de loin, l'exploit se produit alors. Après 163 minutes et 17 secondes d'invincibilité, Andrei Vasilevski, dont il s'agit de sa première compétition U20 à 17 ans, encaisse un but ! Son équipe tente de réagir par Gusev qui frappe à la porte dangereusement mais ce n'est plus le même Gustafsson. Et puis, si Roger Rönnberg était déçu par l'indiscipline de sa troupe depuis le début de la semaine, elle semble avoir corrigé ce point noir. Au contraire de la Russie qui a de plus en plus de mal à contenir les vagues suédoises.

Friberg, Rakell, Sundström deviennent intenables, de même que Zibanejad, Collberg et Filip Forsberg, ce dernier touchant le poteau. Vasilevski est complètement débordé, il est mitraillé des quatre coins de la glace. Nesterov quitte le banc des pénalités mais les bourrasques n'ont pas fini de souffler. Rickard Rakell arrive comme une bombe côté droit et tire dans un angle impossible. Le palet est repoussé une première fois puis dévié par la crosse de Zakhar Arzamastsev pour rebondir au-dessus de la cheville de Vasilevski et rentrer tout doucement dans le but ! Ça peut prêter à sourire mais ça permet surtout à la Suède de revenir à 3 à 2.

À cinq minutes de la fin, Rensfeldt, à droite, parvient à transmettre à Nordström, à gauche, mais Vasilevski effectue un arrêt de grande classe. L'entraîneur russe Valeri Bragin, si confiant depuis le début, est désormais comme un lion en cage, il sent que ce qui était acquis est en train de s'effondrer. Yakupov et Telegin tentent une combinaison, repoussé magnifiquement par Gustafsson. Mais à quatre minutes de la fin, Khokhlachev prend une pénalité stupide. Pourtant, la Russie ne concédera aucun but en infériorité numérique malgré une reprise de volée de William Karlsson. Le tournant du match, il est sûrement à 1 minute et 42 secondes de la fin. Yevgeni Kuznetsov part comme une fusée, la défense suédoise est largement battue au sprint. Gustafsson le voit arriver, le laisse prendre sa décision et, avec une incroyable lucidité, bloque son lancer raz-de-terre avec sa jambière droite. Correction : il est là, l'arrêt de la soirée. Kuznetsov tire la langue, il peut...

Il n'y a désormais plus personne devant la cage suédoise. Acculés, les Russes se croient libérés lorsqu'ils réussissent à quitter leur zone. Mais le coup de sifflet retentit : la passe à la main n'est pas autorisée, retour à la case départ. Les secondes défilent. Kuznetsov gagne la mise en jeu mais il y a trop de Suédois. Les secondes défilent. Jonas Brodin lance à la ligne bleue et, dans un amas de joueurs, une crosse dévie la course du puck pour le loger au fond des filets. Cette crosse, c'est celle de Max Friberg, le chouchou de la Tre Kronor junior cette année, qui marque son septième but de la compétition. Le banc suédois exulte, ils reviennent de loin mais réussissent à égaliser alors qu'il restait 40 secondes !

Tout le monde se retrouve en prolongation, une prolongation impensable au vu de la première période. Friberg s'introduit sur son couloir droit, passe à Patrik Nemeth à la ligne bleue qui frappe, Nordström lève sa crosse, le palet est au fond ! L'arbitre vérifie longuement à la vidéo mais le but est accepté, la crosse un peu haute ne gênant aucunement Andrei Vasilevski qui reste immobile, sonné par le dénouement de cette partie.

La Suède, qui a fait preuve d'une incroyable force de caractère, est en demi-finale du Mondial junior 2012, contre la Finlande ou la Slovaquie, pour tenter de remporter une quatrième médaille en cinq ans, voire le titre suprême. Les Russes devront eux déjà se retrousser les manches face à la République Tchèque. Une chose est sûre, tous ces gamins n'auraient jamais pu imaginer un réveillon du Nouvel An comme celui-là. Nul doute que Kuznetsov voudra sa revanche, en finale bien sûr...

Commentaires d'après-match

Roger Rönnberg (entraîneur de la Suède) : "Avant la dernière période, nous nous sommes remémorés dans les vestiaires le come-back des Russes lors de la finale de Buffalo l'année dernière. Quand nous avons marqué le but gagnant, j'ai essayé de calmer mes joueurs en train de s'enthousiasmer sur le banc : 'Nous n'avons rien gagné pour l'instant, le tournoi ne fait que de commencer'". 

Valeri Bragin (entraîneur de la Russie) : "Nous devons emprunter un chemin plus difficile pour remporter l'or. Cela dit, nous avons une très bonne équipe."

Nail Yakupov (attaquant de la Russie) : "C'est dur de mener 3-0 et de perdre au final. Une défaite comme celle-là doit nous obliger à travailler durant trois périodes et non deux."

Élus joueurs du match : Andrei Vasilevski pour la Russie, Jonas Brodin pour la Suède.

 
 
Russie - Suède 3-4 (3-0, 0-0, 0-3, 0-1).
Samedi 31 décembre 2011 à 20h00 au Saddledome de Calgary. 16.643 spectateurs.
Arbitrage de Tom Laaksonen (FIN) et Vladimir Sindler (TCH) assistés de Christopher Woodworth (USA) et Chris Carlson (CAN).
Pénalités : Russie 16' (2', 8', 6', 0'), Suède 4' (2', 2', 0', 0').
Tirs : Russie 26 (14, 8, 4, 0), Suède 55 (15, 17, 22, 1).
 
Évolution du score :
1-0 à 02'09" : Zemchenko assisté de Yakupov
2-0 à 02'16" : Kosov assisté de Barbashev et Apalkov
3-0 à 13'33" : Telegin (inf. num.)
3-1 à 43'17" : Klefbom assisté de Larsson
3-2 à 52'19" : Rakell assisté de Larsson et Nemeth
3-3 à 59'20" : Friberg assisté de Brodin et Nordström 
3-4 à 62'44" : Nordström assisté de Nemeth et Friberg
 
 
Russie (2' pour surnombre)
 
Gardien : Andrei Vasilevski.
 
Défenseurs : Artyom Sergeyev (2') – Zakhar Arzamastsev (A, 2') ; Viktor Antipin – Igor Ozhiganov ; Grigori Zheldakov (-1) – Nikita Nesterov (2', -1) ; Mikhail Naumenkov (2') – Ildar Isangulov.
 
Attaquants : Sergei Barbashev (+1) - Yaroslav Kosov - Danil Apalkov (A, +1) ; Nail Yakupov (2', -1) ; Alexander Khokhlachev (2') - Ivan Telegin (-1') ; Nikita Gusev – Yevgeni Kuznetsov (C, 2', -2) - Nikita Kucherov (-1) ; Pavel Kulikov – Ignat Zemchenko.
 
Remplaçant : Andrei Makarov (G).
 
Suède
 
Gardien : Johan Gustafsson.
 
Défenseurs : Jonas Brodin (+2) - Oscar Klefbom (+2) ; John Klingberg (-2) - Fredrik Claesson (-1) ; Patrik Nemeth (+1) - Petter Granberg (-1) ; Mattias Bäckman (+1).
 
Attaquants : Max Friberg (+1) - Johan Larsson (C, -1) - Johan Sundström (A) ; Rickard Rakell (+2) - William Karlsson - Mika Zibanejad (+2) ; Erik Thorell (+1) - Joakim Nordström (A, +2) - Ludvig Rensfeldt ; Filip Forsberg (-2) - Victor Rask (4', -1) - Sebastian Collberg (-1) ; Jeremy Boyce Rotevall.
 
Remplaçant : Anton Forsberg (G).