Suède - Russie (Mondial U20, finale)

2012-01-05-Suede-Russie-jun-MakarovLa Suède, toujours à la recherche de son premier titre depuis 1981 chez les moins de 20 ans, s'est qualifiée pour sa troisième finale en cinq ans. Cette fois, l'adversaire n'est plus sa bête noire canadienne, mais la Russie, tenante du titre. Cette dernière enregistre le retour de blessure de Telegin, cependant le défenseur Isangulov a été suspendu, sa pénalité mineure ayant été requalifiée après la demi-finale comme charge à la tête.

Le coach russe Valeri Bragin a créé la première surprise du jour. Il a laissé de côté Andrei Vassilievski, le gardien au meilleur pourcentage d'arrêts du tournoi, qui lui est apparu fatigué à l'entraînement. Andrei Makarov, qui l'avait remplacé après la remontée canadienne lors de la troisième période de la demi-finale, fait un surprenant partant. Bragin n'en est plus à un changement près avec ses gardiens. L'an passé déjà, il avait opéré un changement pendant la finale. Et les faits lui donnent souvent raison.

La Suède, qui avait été menée d'entrée en poule par la Russie, sait qu'elle n'aura pas le droit de rater deux fois son départ. Elle montre tout de suite plus de mobilité dans son patinage et dans son jeu. Jeremy Boyce Rotevall, le dernier arrivé la veille du tournoi, prend sa chance dès qu'il en a l'opportunité avec trois tirs en deux présences. Le titulaire-surprise Makarov démontre d'excellents réflexes et une grande confiance dans ses mouvements et son positionnement. C'est plutôt le défenseur rouge Igor Ozhiganov qui est le maillon faible du début de match : en plus d'être souvent pris de vitesse, une de ses relances est interceptée à la ligne bleue par Friberg. Celui-ci s'appuie sur Sundström à gauche du but et fonce à l'opposé mais est trop court d'une vingtaine de centimètres pour reprendre ensuite la passe transversale qui lui est adressée devant la cage ouverte.

Quand la Russie réussit enfin à tirer à la cage, sur un revers sans danger de Yakupov à la treizième minute (!), la patinoire a une clameur qui paraît presque chambrer les champions du monde juniors en titre, portés disparus. Beaucoup plus actifs, les Suédois contrent systématiquement le palet dès que la Russie s'approchent un peu trop près de leur but. Privés de la rondelle, cherchée par l'adversaire jusque dans leurs crosses, les techniciens russes sont... au chômage technique.

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L'unique erreur défensive suédoise - et l'unique occasion russe - du premier tiers-temps survient à l'avant-dernière minute : Nikita Gusev presse Fredrik Claesson derrière la cage et lui prend le palet qu'il remet en retrait à Nikita Kucherov, pour un tir que Gustafsson repousse de la plaque contre sa hanche (photo de gauche). La réplique suédoise est immédiate : protection de palet de Rakell le long de la bande, tir de la bleue de Brodin et rebond de William Karlsson qui glisse le palet entre les jambières de Makarov. Le gardien russe dans un réflexe désarticulé, vient mettre son gant derrière ses jambes pour sauver le palet avant la ligne ! Makarov donne raison à l'entraîneur russe qui lui a fait confiance.

La domination suédoise ne se dément pas en deuxième période. De plus en plus sous pression, la Russie en perd des palets derrière sa cage, à l'instar de son capitaine Kuznetsov lui-même (un Kuznetsov hué à chaque fois qu'il touche le palet par le public canadien qui ne lui a pas pardonné sa provocation verbale à l'origine de l'exclusion de Jenner en demi-finale). Après une perte de palet similaire, Sergeev charge Nordström contre la bande et part en prison. Zheldakov y va lui aussi de sa pénalité en retenant Friberg sur une énième séquence de possession suédoise. Le powerplay suédois met cependant trop peu de trafic pour gêner un Makarov royal qui a une vue dégagée sur la grande majorité des palets.

Même quand Boyce Rotevall se prend une pénalité pour un coup de coude au forechecking, cela ne change rien : la meilleure occasion est suédoise avec un tir dans l'enclave de Johan Sundström, qui intercepte encore le palet quand le powerplay russe s'installe. Après quarante minutes, le compteur de tirs affiche 39 à 4 pour la Suède, un score digne des rencontres du premier tour contre les relégables ! La différence fondamentale, c'est que les relégables ne tiennent pas le score à 0-0 !

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Le troisième tiers-temps apporte enfin un changement de physionomie. La Russie arrive à garder le palet plus longtemps en retrouvant un jeu collectif assuré et en utilisant bien la largeur de la glace. Cependant le défenseur Zheldakov, l'auteur du vainqueur en quart de finale, est contré par Rakell en position de premier relanceur. Il parvient à déséquilibrer l'attaquant qui heurte le gardien genou en avant (photo de droite). Makarov reste au sol, mais se relève. Il est indestructible ce soir.

La Russie repart plus fort après cette frayeur et domine pour la première fois le jeu en s'offrant plusieurs rebonds de qualité. Rensfeldt est pénalisé par un palet dégagé au-dessus du plexi, et un tir distant d'Evgeni Kuznetsov frappe le poteau et ricoche même sur les fesses du gardien ! Par un miracle, il passe ensuite à quelques centimètres de la cage.

Naumenko accroche Zibanejad à sept minutes de la fin, mais un temps mort pendant la pénalité ne permet pas au powerplay suédois de trouver la solution. Makarov reste solide sur les tirs à hauteur d'épaule. La vraie balle de match est finalement russe : à une minute de la sirène, Evgeni Kuznetsov rend la défense folle par une remontée de palet suivie d'un pivot soudain qui lui permet de servir du revers Nikita Gusev qui se présente au second poteau. Un sens du jeu génial et presque instinctif, mais la déviation de Gusev est captée par Johan Gustafsson. Le gardien suédois a eu le mérite de rester concentré jusqu'à cette dernière période équilibrée, après deux tiers-temps passés à compter les spectateurs (18722, dont 384 jeunes filles à son goût, 752 moustachus et 4208 habillés en rouge).

Le temps réglementaire s'achève sur un 0-0, comme la finale 2000. On joue donc une prolongation à quatre contre quatre, qui ouvre notamment des espaces à Rickard Rakell sur l'aile gauche. À nouveau, le jeu est à l'avantage des Suédois, qui ont décidément plus de jeu.

2012-01-05-Suede-Russie-jun-Makarov2Après dix minutes, les Russes passent une présence confinés dans leur zone. Mikhaïl Grigorenko - pas remis de sa blessure ? - est toujours transparent et paraît errer sur la glace sans patiner. En sortant le palet, Nikita Kucherov est contré par Patrik Nemeth devant le banc suédois. Igor Ozhiganov, qui s'était pourtant bien repris de son début de match inquiétant, reste passif et se fait dépasser en coup de vent par Mika Zibanejad, doté d'un fort temps de jeu dans cette prolongation. Sergeev, qui est sur la glace depuis plus d'une minute, ne peut plus revenir sur l'attaquant suédois qui arrive à pleine vitesse pour battre Makarov du revers.

Ce titre mondial junior est une récompense totalement méritée et longtemps attendue pour la Suède, aussi bien pour ce match largement dominé que pour ses excellentes générations formées depuis plusieurs années, sans jamais décrocher l'or jusqu'à ce jour de gloire. Le dénouement est évidemment cruel pour Andrei Makarov (photo), qui a arrêté 57 tirs (!) avant de céder. Mention au match moins visible mais tout aussi exceptionnel d'Oscar Klefbom dans la défense scandinave, car il a contré/intercepté/gratté un nombre incalculable de palets ce soir.

Désignés joueurs du match : Johan Gustafsson pour la Suède et Andrei Makarov pour la Russie.

Trois meilleurs joueurs russes du tournoi : Andrei Vassilievski, Zakhar Arzamastsev et Evgeni Kuznetsov.

Trois meilleurs joueurs suédois du tournoi : Max Friberg, Jonas Brodin et Oscar Klefbom.

Commentaires d'après-match

2012-01-05-Suede-Russie-jun3Valeri Bragin (entraîneur de la Russie) : "Le début du tournoi a été difficile, on a dû combiner intelligemment les joueurs sur les lignes. Je pense que nous y sommes parvenus. Mais en play-offs, les chances sont toujours du 50/50. Cette fois la Suède a eu de la réussite en prenant avantage de notre erreur. Merci quand même à tous les joueurs, surtout en considérant la fatigue physique et émotionnelle qu'ils ont vécue après le quart de finale contre la République Tchèque et la demi-finale contre le Canada. Si les dix dernières minutes contre les Canadiens avaient été plus calmes, nous aurions gardé plus de charge émotionnelle. La défense et le gardien ont très bien joué, comme toute la saison. Au départ, tout le monde pensait que l'attaque était notre point fort, mais elle n'a pas été aussi productive qu'on l'attendait."

Roger Rönnberg (entraîneur de la Suède) : "Je n'aurai pas assez de mots pour mes joueurs. Jouer comme ils l'ont fait, en dominant largement la Russie, montre un caractère incroyable. C'est la meilleure équipe que j'ai jamais coachée."

Christer Englund (président de la fédération suédoise) : "Cela signifie beaucoup pour nous. En premier lieu nous pourrons continuer le programme de développement mis en place depuis huit ans. J'espère aussi que nos juniors qui jouent en Elitserien auront plus du temps de jeu. On a pu voir qu'ils sont au top niveau et qu'ils en sont capables, et c'est une clé importante pour développer les joueurs. Je suis à la fédération depuis longtemps. Nous avons gagné l'or aux JO de Turin et aux Mondiaux de Riga en 2006, mais c'est la médaille d'or dont je suis le plus heureux."

 

Suède - Russie 1-0 après prolongation (0-0, 0-0, 0-0, 1-0)
Jeudi 5 janvier 2012, 19h00, Calgary. 18722 spectateurs.
Arbitrage de Brent Reiber (SUI/CAN) et Derek Zalaski (CAN) assistés de Chris Carlson et Kiel Murchison (CAN).
Pénalités : Suède 4' (0', 2', 2', 0'), Russie 8' (2', 4', 2', 0').
Tirs : Suède 58 (17, 22, 11, 8), Russie 17 (3, 1, 12, 1).

Évolution du score :
1-0 à 70'09" : Zibanejad assisté de Nemeth 


Suède
 
Gardien : Johan Gustafsson.
 
Défenseurs : Patrik Nemeth (+1) - Petter Granberg (+1) ; Jonas Brodin - Oscar Klefbom ; Mattias Bäckman - Fredrik Claesson.
 
Attaquants : Max Friberg - Johan Larsson (C, +1) - Johan Sundström (A) ; Rickard Rakell - William Karlsson - Mika Zibanejad (+1) ; Erik Thorell - Joakim Nordström (A) - Jeremy Boyce Rotevall (2') ; Sebastian Collberg - Victor Rask - Ludvig Rensfeldt (2').

Remplaçants : Anton Forsberg (G), John Klingberg, Filip Forsberg.

Russie
 
Gardien : Andrei Makarov.
 
Défenseurs : Zakhar Arzamastsev (A) - Artyom Sergeyev (-1, 2') ; Igor Ozhiganov (-1) - Viktor Antipin ; Grigori Zheldakov (2') – Nikita Nesterov ; Mikhail Naumenkov (2').
 
Attaquants : Sergei Barbashev - Danil Apalkov (A) - Yaroslav Kosov ; Nail Yakupov - Alexander Khokhlachev - Yevgeni Kuznetsov (C, 2') ; Nikita Gusev – Mikhaïl Grigorenko (-1) - Nikita Kucherov (-1) ; Pavel Kulikov – Ignat Zemchenko - Ivan Telegin.

Remplaçant : Andrei Vasilevski (G). Suspendu : Ildar Isangulov.