Épinal - Strasbourg (Ligue Magnus, 16e journée)

Épinalgallagher3 ne sait plus gagner...

Le temps d'un derby, Ján Plch et Ján Cibuľa mettent de côté leur vieille amitié. L'esprit de clocher n'est plus aussi prononcé qu'il y a quelques années mais la rivalité spinalo-strasbourgeoise, entretenue par une proximité géographique favorisant les retrouvailles dans les Coupes nationales, est toujours bien réelle. Le public ne s'y est d'ailleurs pas trompé, remplissant Poissompré pour ce grand classique... déjà servi pour la cinquième fois de la saison !

"On s’attend à un match intense, à prendre des coups mais aussi à en donner, avouait Pierre-Antoine Devin dans les Dernières Nouvelles d'Alsace. On se connaît suffisamment pour savoir que ce match se jouera sur des détails, peut-être même en prolongation parce que personne ne voudra rien lâcher."

Et le Normand de l'Étoile noire, revenu à son meilleur niveau après sa blessure aux tendons du poignet, sait de quoi il parle. Car si les précédentes confrontations ont surtout souri aux Dauphins (sortis vainqueurs de trois des quatre précédents derbys), les deux équipes se sont toujours difficilement départagées. Il n'est donc pas étonnant qu'elles se suivent de très près au classement.

En battant Caen vendredi (6-3), Strasbourg est même repassé devant des Spinaliens revenus vaincus d'Angers (2-4). Cette victoire de l'Étoile noire (sa première à l'Iceberg, en championnat, depuis plus de trois mois) atténuant la déception d'être encore resté à la porte de Bercy.

Ce week-end à l'allemande (avec matchs le vendredi soir et le dimanche après-midi, comme c'est traditionnellement le cas outre-Rhin, en DEL, Bundesliga 2 et Oberliga) a donc mieux débuté versant alsacien. Mais les Vosgiens se doivent de faire oublier leur déconvenue du 30 décembre dernier, où ils furent punis de leurs manquements défensifs (2-7) par des Grenoblois pointant désormais au huitième rang. C'est à dire ex-æquo avec les hommes de Santino Pellegrino, forcés de battre leur "meilleur ennemi" personifié par un Timo Kuuluvainen prenant toujours un malin plaisir à tourmenter ses anciens coéquipiers.

Entre deux équipes qui se connaissent bien, mais ne s'apprécient guère, il y a forcément de l'orage dans l'air. Et quelques comptes à régler au vu des regards échangés par Timo Kuuluvainen, Lionel Tarantino et Armando Scarlato durant l'échauffement. Une tension perceptible qui va rapidement passer au second plan : les Dauphins démarrant tambour battant et forçant Hiadlovský à geler le palet sous la pression d'Offret.

Santino Pellegrino rappelle alors sa troisième ligne pour faire entrer celle de Ján Plch, toujours complétée par Jan Šimko malgré le retour de Guillaume Chassard. Michal Petrák remporte la mise au jeu et se voit servi derrière la cage, d'où il trouve un Ján Plch complétement démarqué dans l'enclave (1-0 à 00'28"). Selon l’expression consacrée, il ne fallait pas arriver en retard à Poissompré !

Recherche buteurs (et powerplay) désespérément !

L'Étoile noire, prise à froid, ne s'en relève pas. Il lui est difficile de répondre à l'intensité déployée par des Spinaliens très entreprenants. Dans leurs petits patins, ils sont plus d'une fois dépassés par des locaux survoltés, qui se projetent rapidement vers l'avant.

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Cela vaut pour Chad Lacasse, Toby Lafrance et Maxime Boisclair, qui unissent leurs efforts sur une combinaison menée à la vitesse de l'éclair (2e). Mais aussi et surtout pour ce trio Šimko-Petrák-Plch diablement remuant en ces premiers instants. Tellement d'ailleurs que Petrák va s'enfoncer en zone offensive et trouver le relais d'un Ján Plch parvenant, d'une astucieuse remise, à libérer Ján Šimko. Le Slovaque a du champ mais refuse de tirer, comme à son habitude, préférant s'en aller confronter le gardien. C'est évidemment une mauvaise idée : Šimko, vraiment pas reconnu pour ses qualités de finisseur, ne parvenant pas à suffisamment lever son revers pour déjouer Hiadlovský (03'03")...

"Vlad" apparaît vite comme le seul capable d'endiguer les assauts spinaliens. Boisclair derrière la cage, remise au centre sur Lafrance, qui pivote et prend sa chance (06'10"). Hiadlovský fait l'arrêt et y va peu après d'un poke-check salvateur sur Šimko, qui avait fait la différence grâce au coup de patin qu'on lui connaît (07'56").

Les Dauphins ont beau dominer, ils ne parviennent pas à enfiler. Un problème d'efficacité amplifié par le malaise du powerplay, un secteur de toute évidence trop peu travaillé aux entraînements. Santino Pellegrino, qui se contente d'envoyer ses deux premiers blocs tel quels, sans chercher à formuler un véritable "cinq majeur", voit du banc trois supériorités numériques faire chou blanc durant ce premier tiers-temps...

Vingt minutes durant lesquelles l'Étoile noire n'a pas montré grand chose, se signalant surtout d'un deux-contre-un mené par Dufournet côté gauche, à destination d'un Tarantino contré in-extremis au second poteau (17'26"). Sa meilleure occasion restant ce contre de Blake Gallagher, qui fonce droit devant, quitte à forcer le passage. Le petit canadien, plein axe, s'engouffre dans la brèche née d'une collision entre Boisclair et Gervais en zone neutre, file sur la gauche et centre vers Dufournet (19'55"). Mais Lacasse évite le hold-up...

Réduite à une succession de temps forts spinaliens, l'entame du deuxième tiers aurait dû permettre aux Dauphins d'accroître leur avance. Sur un essai de Toby Lafrance, Hiadlovský laisse un rebond exploitable... mais finalement inexploité par un Chad Lacasse ratant bêtement le palet (21'29") ! Sur jeu placé, Boisclair trouve ce même Lacasse, cette fois démarqué au second poteau (22'59"). Mais rien n'y fait...

Stéphane Gervais, bien décalé par Ján Plch, voit lui son slap rasant filer entre les bottes du gardien... mais mourir à côté (24'04"). Hiadlovský est tout aussi veinard de voir Plch toucher du bois (30'01"), juste après s'être employé à détourner du bouclier un tir excentré de Petrák, qui filait dans sa lucarne droite (29'40"). Que d'occasions ratées !

Et ce qui devait arriver arriva ; l'ICE n'ayant pas su tuer le match. Contre le cours du jeu, forcément, et en infériorité de surcroît. Le jeu de puissance alsacien s'installe et le puck ressort sur Petriläinen, posté en entré de zone, à hauteur de son banc. Le Finlandais cherche la déviation. Et il finit par la trouver : Stéphane Gervais, sur la trajectoire du lancer, prenant malencontreusement Loïc Lacasse à contre-pied (1-1 à 31'33"). Ce but-gag ne fait rire personne côté spinalien, où l'on craint de voir se rejouer le scénario catastrophe grenoblois...

Un petit air de déjà-vu

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Un mauvais pressentiment envahit les travées, à peine soulagées de voir ce slap de Kevin Young heurter le haut de la barre transversale (33'36"). Le public n'est toutefois pas surpris de voir Ján Cibula s'échapper côté droit, puis repiquer vers la cage pour mieux trouver Blake Gallagher à l'opposé (1-2 à 35'28"). Un contre rondement mené, semblable à ceux des Brûleurs de Loups la semaine passée...

Comme face à Grenoble dix jours plus tôt, les hommes de Pellegrino sont en train de perdre le fil d'une partie jusqu'alors bien maîtrisée. Surtout que Strasbourg joue maintenant les contres. Assurément l'arme favorite d'un Gallagher vif comme l'éclair, mais pas verni de voir son tir sec taper le montant droit (37'19")...

Il s'en est donc fallu d'un poteau pour qu'Épinal perde totalement pied dans ce match. Mais au lieu de ça, les Vosgiens vont égaliser. Hiadlovský est surpris par un tir côté plaque et à mi-hauteur de Petrák (2-2 à 39'31"). Un but qui doit beaucoup à cette montée rageuse d'un Ján Plch omniprésent et toujours au-dessus du lot techniquement. La joie est de courte durée : Michal Česnek, dans la foulée, envoyant une fusée dans la cage d'un Loïc Lacasse médusé (2-3 à 39'52"). Stupeur à Poissompré...

Jugeant la glace insuffisamment formée pour une glisse optimale du palet, les quatre référés (qui n'ont pas toujours fait preuve d'une grande clairvoyance dans leurs décisions) retardent le début d'un troisième tiers à oublier. À l'image d'un derby dominical n'ayant pas tenu toutes ses promesses, notamment au niveau de l'intensité.

Mauvaises passes, contrôles hasardeux et palets rendus à l'adversaire rendent le jeu brouillon des deux côtés. Surtout chez des Spinaliens trop émoussés (ou déjà résignés ?) pour contrarier des Bas-Rhinois maintenant attelés à gérer leur avance. Dix bonnes minutes s'écoulent sans rien à se mettre sous la dent... hormis ce but refusé au duo Kuuluvainen-Cayer en raison d'une cage déplacée (52'35") !

devin3Une obstruction signalée à l'encontre de Kevin Young (55'27") apparaît comme la pénalité de la dernière chance pour l'ICE mais le powerplay spinalien reste avare de lancers. On fait tourner le puck, on tricote, on cherche un décalage qui n'arrive jamais... et on se fait contrer car, en face, se dresse l'un des meilleurs box-play du championnat. Hiadlovský intervient néanmoins devant un Chassard servi par Lafrance (55'35") et Mäntylä (56'00").

Épinal a depuis longtemps laissé passer sa chance et Kevin Young, sur un palet de récupération, peut lancer Élie Marcos côté droit. L'ex-Amiénois n'ayant plus qu'à viser dans une cage vidée de son occupant (2-4 à 59'34") pour sceller une victoire encore inimaginable trente minutes auparavant, au plus fort de l'emprise spinalienne...

Strasbourg consolide ainsi son septième rang, reléguant l’ICE à trois points. Tout bénéfice donc même si Daniel Bourdages regrettera d'avoir perdu Pasi Petriläinen, évacué sur civière en fin de deuxième période après qu'il soit parti tête la première contre la balustrade. Il s'avère que le Finlandais s'est fracturé la troisième cervicale et ne pourra plus rejouer cette saison. Un coup dur pour l'Étoile noire, qui perd un maillon fort du jeu de puissance et l'une de ses pièces maîtresses en défense... 

Une inefficacité rédhibitoire

Il n'a finalement manqué que les buts aux Dauphins pour couronner une première demi heure très accomplie. Trente minutes qui auraient dû faire la différence contre un adversaire largement à leur portée. Des Alsaciens pas franchement impressionnants, mais qui auront pu compter sur un gardien inspiré et se montrer plus réalistes, inversant la tendance en fin de partie.

Cette fâcheuse inefficacité vaut une troisième défaite d'affilée aux "boys" de Santino Pellegrino, désormais forcés de rentabiliser leur prochain déplacement à Caen, chez leur plus sérieux poursuivant au classement. Oui, avec tous ces points perdus dernièrement, il vaut mieux regarder derrière que devant. Les coéquipiers de Fabien Leroy se sont mis tout seul dans l'embarras et le président Maurice, qui s'indignait après coup de l'infinie faiblesse du powerplay, se doit de réagir... 

Commentaires d’après-match (dans les DNA et Vosges-Matin) :

Daniel Bourdages (entraîneur de Strasbourg) : « Vladimir (Hiadlovský) a fait le boulot pour nous maintenir dans le match au début, mais je trouve qu’ensuite la partie s’est équilibrée, on a eu autant de chances qu’eux de marquer. Par contre, je n’ai pas du tout aimé notre entame de deuxième période. On a pris le dessus physiquement après cela et l’apport de Julien (Burgert) et Timothée (Franck) nous a aidés à inverser quelques lacunes physiques [...] Quand on gagne à Épinal, on oublie presque que l'on vient de prendre deux points. On est toujours contents de les battre. »

Santino Pellegrino (entraîneur d’Épinal) : « On est vraiment déçu car on a beaucoup d’occasions dans les deux premiers tiers. On a manqué le coche et on a pas réussi à tuer le match. On avait le match en main et on aurait dû le gagner. Ce n’est pas bon pour le classement mais il reste encore pas mal de matchs. »

 

Épinal - Strasbourg 2-4 (1-0, 1-3, 0-1)
Dimanche 8 janvier à 18h00 à la patinoire de Poissompré. 1 469 spectateurs.
Arbitrage de Nicolas Barbez et Savice Fabre assisté de Yann Furet et Anne-Sophie Boniface.
Pénalités : Épinal18' (2', 4', 12' dont 10' de méconduite à Boisclair) ; Strasbourg 12' (6', 2', 4').
Tirs : Épinal 29 (13, 12, 4) ; Strasbourg 28 (10, 11, 7).

Évolution du score :
1-0 à 00'28" : Plch assisté de Petrák
1-1 à 31'33" : Petriläinen (sup. num.)
1-2 à 35'28" : Gallagher assisté de Cibuľa
2-2 à 39'31" : Petrák assisté de Plch
2-3 à 39'52" : Česnek assisté de Dufournet et Stříž
2-4 à 59'34" : Marcos assisté de Young (cage vide)

Épinal

Gardien : Loïc Lacasse [sorti de sa cage de 58'52" à 59'34"].

Défenseurs : Niko Mäntylä - Fabien Leroy (C) ; Peter Slovák - Stéphane Gervais ; Mikko Jortikka - Armando Scarlato ; Guillaume Papelier.

Attaquants : Chad Lacasse - Toby Lafrance - Maxime Boisclair (A) ; Ján Šimko - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Kévin Benchabane - Yannick Offret - Guillaume Chassard ; Nathan Ganz.

Remplaçants : Mathieu Perrin (G), Erwan Agostini.

Strasbourg

Gardien : Vladimír Hiadlovský.

Défenseurs : Pasi Petriläinen - Maxime Mallette ; Michal Česnek - Kevin Young ; Hugues Cruchandeau (A) - David Stříž.

Attaquants : Timo Kuuluvainen - Ján Cibuľa (A) - David Cayer ; Lionel Tarantino - Édouard Dufournet - Blake Gallagher ; Julien Correia - Élie Marcos (C) - Pierre-Antoine Devin ; Timothée Franck - [alternance de centres] - Julien Burgert.

Remplaçant : Gilles Beck (G). Absent : Pierre Bougé (fracture de la main).