Présentation de la Superfinale de Coupe Continentale

Cont2012La Superfinale de Coupe Continentale qui se déroulera ce week-end à Rouen, et pour laquelle le club des supporters du 7e Dragon a préparé l'affiche ci-contre, aura pour favori le Donbass Donetsk. Il y a quelques années, cette ville de l'est russophone et minier de l'Ukraine n'engageait même pas régulièrement de club dans son championnat national !

Mais depuis un an et demi, le Donbass Donetsk, qui méritait alors au mieux le qualificatif de semi-pro, a été racheté par le riche homme d'affaires Boris Kolesnikov, vice-premier ministre de l'Ukraine en charge de l'Euro 2012. En 18 mois, on mesure le chemin parcouru. Une reconstruction de la patinoire, un titre de champion national pour gagner un billet en Coupe Continentale, et le club s'est engagé en VHL, la deuxième ligue russe. Kolesnikov n'en est pas à son coup d'essai : il s'est fait connaître dans le football, comme vice-président du Shakhtiar Donetsk  de son allié politique Rinat Akhmetov, vainqueur de la Coupe UEFA 2009. Aujourd'hui, il vise donc l'équivalent, la "petite" compétition européenne en version hockey (à la différence qu'il n'y a pas de Ligue des champions, puisque l'IIHF n'a pas réussi à la relancer).

Le Shakthiar est réputé pour aligner jusqu'à une dizaine de Brésiliens. Le hockey sur glace est moins exotique : le Donbass fait simplement appel à des Russes pour la majorité de son effectif. Encore le meilleur moyen pour réussir en Russie, où l'équipe de Donetsk survole la Conférence ouest de VHL. Elle s'est ainsi permis de sacrifier son dernier match (perdu en prolongation à Perm) en reposant sa première paire défensive Lyutkevich-Malevich, pour qu'elle soit mieux en forme en Normandie.

Tout le monde est donc fin prêt, sauf peut-être le gardien russe Evgeni Tsaregorodtsev, réputé pour son pétage de plombs en pré-saison à Nitra, qui a manqué le dernier match à cause d'une blessure au dos. Une chance pour le Biélorusse Stepan Goryachevskih de remettre sur les rails sa carrière, qui n'a pas pris l'envol escompté lorsqu'il avait blanchi les stars d'Omsk pour gagner la Coupe Continentale 2007.

On notera que, si les chaînes françaises ne diffuseront pas la Superfinale (hormis France 3 Haute-Normandie qui assurera des reportages et retransmettra le match Rouen-Minsk de samedi soir en direct sur internet), les rencontres du Donbass Donetsk seront retransmises en direct dans son pays par ICTV, mais aussi sur le territoire russe par KHL-TV. Le Donbass est même suivi par 90 supporters, ce qu'on n'a jamais vu chez les Biélorusses.

En décembre, le Donbass s'est encore renforcé en engageant deux joueurs de KHL, le jeune défenseur Yakov Seleznev, champion du monde U18 en 2007 qui ne jouait presque pas au Spartak Moscou, et le centre suédois André Hult, qui a tout de suite pris place sur la première ligne entre le capitaine Sergei Varlamov et Denis Kochetkov. Un trio en forme qui sera à surveiller, mais qui ne sera pas le seul, malheureusement pour ses adversaires. La force de Donetsk est en effet de disposer d'au moins trois lignes offensivement redoutables.

L'une d'entre elles est d'ailleurs 100% ukrainienne, Donika-Materukhin-Shafarenko. Il y a un an, Aleksandr Materukhin et Oleg Shafarenko remportaient la Coupe Continentale avec le Yunost Minsk... et leur départ explique d'ailleurs pourquoi le tenant du titre est maintenant moins fringant. La gueule de bois a été rude pour l'entraîneur Mikhaïl Zakharov après la victoire de janvier devant 14500 spectateurs. Ses rêves de KHL évanouis, il a vu ses meilleurs joueurs partir vers des concurrents de province décidés à renverser les rôles et à le piller. Habitué à dominer sans pitié, le Yunost est quatrième du championnat du Bélarus.

Le vainqueur sortant n'a cependant pas abandonné tout espoir. Comme l'an dernier, le défenseur international Andrei Bashko a été prêté juste pour la Superfinale, et il n'est pas le seul à être arrivé ces derniers jours. Le gardien Vitali Belinski a été engagé pour servir de doublure au Finlandais Mika Oksa. Et pas moins de quatre attaquants ont été récupérés à Vitebsk (Mikhaïlov, Tsurikov, Abakunchik et Tydnyuk) pour densifier les lignes.

L'offensive est en effet très dépendante d'Oleg Timchenko, le nouvel Ukrainien de service, capitaine et meilleur marqueur du championnat du Bélarus qui a déjà manifesté lui aussi certaines velleités de départ. Il fait équipe avec le centre Armands Berzins, international letton au grand gabarit. Les deux leaders de l'attaque ont été flanqués de trois ailiers différents dans les trois dernières rencontres du Yunost.

Grâce à ses renforts opportuns, le Yunost espère surprendre le Donbass au premier match, puisqu'ils s'affronteront d'entrée, dans une confrontation des favoris qui fait déjà saliver.

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Comme les organisateurs ont le choix du calendrier, Rouen a en effet cherché à rencontrer ses adversaires par ordre de difficulté croissant, en rencontrant en premier les champions d'Italie. La Coupe Continentale 2009, où Rouen avait chuté d'entrée contre le "présumé plus abordable" Bolzano avant de remporter ses deux matches suivants, a cependant prouvé qu'il faut se méfier des pronostics.

Le nouveau champion italien, Asiago, n'a pas que de bons souvenirs à Rouen (Coupe Continentale 2004) mais déplacera pourtant environ 150 supporters pour venir le soutenir. Asiago, c'est l'équipe la plus nord-américaine de la série A. Même avec les doubles nationaux qui comptent pour un "demi-étranger" dans les règlements italiens, il est obligé d'avoir un surnuméraire. Dans cet effectif italo-canado-américain, il y a cependant un intrus, et un intrus bien connu à Rouen : Calle Bergström, qui portait l'an passé le maillot du RHE et a quitté la Norvège pour Asiago peu avant Noël.

Le Suédois prend place dans une défense très physique. En plus du vétéran italien Michele Strazzabosco (35 ans aujourd'hui), elle compte sur les muscles de Drew Fata et de Matt MacDonald, qui avait éliminé Asiago de la qualification en Superfinale l'an passé avec SønderjyskE.

Contrairement aux clubs italiens qui ont généralement un seul gardien, Asiago en aligne deux : un Italo-Canadien et un Américain. Celui-ci, Jeff Lerg, est né à Detroit et a donc baigné dans la passion du hockey et des Red Wings depuis tout petit. Élu meilleur junior des États-Unis, puis meilleur MVP universitaire, puis sacré champion NCAA avec Michigan State, il était parti pour une grande carrière. Mais obsédé par la poursuite du record du nombre d'arrêts en carrière universitaire (qu'il a battu et détient encore : 3996), il a continué à jouer malgré une douleur au genou... qui signalait une déchirure du ligament croisé antérieur. Après un été en convalescence, il s'est fait une blessure identique à l'autre genou au camp des New Jersey Devils, avant de se casser un doigt. Il n'est revenu qu'en ECHL, après une saison blanche. Adieu carrière et records, il est parti se relancer en Italie.

C'est une particularité d'Asiago de compter plusieurs joueurs qui ont cartonné chez les juniors. Layne Ulmer détient le record dans le siècle actuel pour les buts marqués en une saison de WHL, la ligue junior de l'ouest canadien, considérée comme la plus forte du monde. Son total (63) dépasse même celui du leader offensif rouennais Marc-André Thinel dans la ligue du Québec (62), et ce n'est pas peu dire ! Notons pour clore la comparaison que quelques années plus tôt, l'actuel capitaine ukrainien Sergei Varlamov en avait planté 66 en WHL...

L'autre leader offensif d'Asiago depuis deux ans et demi, Michael Henrich, est pour sa part un ancien choix numéro 13 de draft NHL (par Edmonton en 1998) qui n'a jamais joué dans grand ligue. Cette saison, il a cependant perdu la compagnie de son frère Adam Henrich, recruté par les concurrents Alleghe. Le scoreur a été remplacé par deux attaquants plus complets et défensifs (les Italo-Canadiens d'AHL/DEL Jason Pitton et Sean Bentivoglio) pour homogénéiser les lignes. Cet effectif vaut donc assurément mieux que sa sixième place actuelle en série A.

Asiago est l'équipe la plus proche de Rouen en ce qu'elle compte sur ses joueurs formés au club pour compléter ses Canadiens. Ne cherchez en revanche pas de juniors au Donbass, il y a quatre lignes seniors et c'est un autre monde. Un monde sorti de nulle part en 18 mois...