Rouen - Dijon (Coupe de France 2012, finale)

2012-01-29-Rouen-Dijon1La dernière fois que les Dijonnais avaient participé à la finale de la Coupe de France à Bercy, en 2009, ils avaient été un peu paralysés par l'évènement et n'avaient pas pu se hisser à la hauteur de Grenoble. Mais aujourd'hui, les Ducs ont bien grandi. Ils ont la meilleure attaque de la Ligue Magnus et on peut leur prêter de sérieuses ambitions de gagner la finale.

En face, ce n'est certes pas n'importe qui. Rouen est le tenant du titre et arrive en habitué pour sa troisième finale consécutive à Bercy. Les Dragons sont même tout auréolés de leur couronne européenne, puisqu'ils ont remporté la Coupe Continentale il y a deux semaines. Un succès qui est peut-être aussi leur talon d'Achille. Il leur faut s'en remettre physiquement et mentalement, alors qu'ils jouent leur huitième match en seize jours. En championnat, ils ont réussi deux courtes victoires et ont concédé leurs deux premières défaites à l'extérieur, à Grenoble et à Strasbourg, preuve qu'ils ont encore le week-end européen dans les jambes.

Ce sont surtout les adducteurs de Fabrice Lhenry que se sont usés, car il s'est fait une élongation au dernier match jeudi. À l'échauffement, le gardien international bouge à peine le bas du corps, et il est clair qu'il n'est pas en état de jouer. Voilà un défi pour le prometteur numéro 2 Sébastian Ylönen, le plus important de sa jeune carrière.

Le début de match à sens unique ressemble un peu trop à la finale 2009, avec une équipe dijonnaise réduite à défendre. Pendant sept minutes, les Rouennais assiègent le camp adverse et se créent déjà d'énormes occasions. Loïc Lampérier, qui s'est fait refaire un plâtre plus léger car il tenait absolument à jouer cette finale, envoie une superbe passe en pivot du coin pour Teemu Elomo qui arrive seul au second poteau mais manque le cadre. Fredrik Börjesson perd le palet en passant la bleue défensive face à Marc-André Thinel, mais celui-ci perd son face-à-face avec Ramon Sopko, très solide face à ses coéquipiers d'antan. Sur une des rares incursions bourguignonnes en zone offensive, le souvent poissard Erwan Pain se blesse à l'épaule droite. Dijon souffre, y compris dans sa chair.

2012-01-29-Rouen-Dijon2

Les Rouennais permettent à Dijon de souffler en accumulant les pénalités, chacune plus inutile que la précédente. Rech à peine sorti de prison, Desrosiers est sanctionné pour une charge contre bande en zone offensive. Quelques minutes plus tard, Guénette commet un accrochage. Ces prisons équilibrent le match, mais Dijon reste timide et peu dangereux.

En fin de tiers, Rech atteint un adversaire par une crosse haute sur une contre-attaque dijonnaise. La pénalité est tout de suite signalée par l'arbitre, mais Anthony Guttig saute sur le coupable et déclenche une petite rixe désordonnée. Le jeu reprend avec un homme de moins de chaque côté, et Jean-Philippe Paré s'infiltre dans la défense, accroché par Mrena au passage. Rouen joue donc à 4 contre 3 et cette situation est exploitée avec une facilité déconcertante par une circulation de palet rapide conclue par une passe transversale devant la cage de François-Pierre Guénette pour Marc-André Thinel (1-0, 16'47").

Ce but récompense l'expérience et la patience. La nervosité juvénile a joué un mauvais tour à Guttig. Mais si Dijon a payé son unique dérapage, Rouen n'a pas encore assumé le prix de ses indisciplines répétées. Une injustice flagrante, réparée dès le début du deuxième tiers-temps par Thomas Decock, pendant que Paré est en prison pour crosse haute (1-1, 21'30"). Les supporters bourguignons s'enthousiasment. Leurs favoris, qui attaquent face à eux, ont désormais beaucoup plus d'allant et mettent en danger Ylönen de manière bien plus soutenue.

Il faut dire que Rouen donne trop peu de solutions à ses défenseurs à la relance. Juha Alen est ainsi coincé dans sa zone par deux Dijonnais et perd le palet devant Mathias Arnaud. Sur l'engagement, Ylönen réussit un double arrêt capital de la botte gauche face à Martin Gascon et Yanick Riendeau. Mais après autant de parades décisives, le jeune gardien se troue complètement sur un tir rasant anodin de Gabriel Da Costa (1-2, 28'06").

2012-01-29-Rouen-Dijon3

Le buteur Gabriel Da Costa donne un coup de crosse à Demen-Willaume dans le coin de la zone offensive. Ylönen quitte sa cage, et pendant la pénalité différée, Andrej Mrena fait faute à son tour. Une double supériorité numérique providentielle pour une équipe de Rouen à côté de ses patins. Le RHE n'arrive pas à un seul lancer propre à distance, par contre il sait trouver Guénette dans l'enclave au milieu du triangle dijonnais. Le centre canadien est servi trois fois dans ces conditions, et la troisième est la bonne. Vingt secondes plus tard, alors que Mrena repose le pied sur la glace, la mitaine de Sopko est en retard sur le tir d'Anthony Rech entre les cercles (3-2, 34'19"). Le jeu de puissance des Dragons est beaucoup critiqué, mais c'est toujours lui qui relance l'équipe. Pas suffisamment pour profiter du retard de jeu de Pain, revenu sur la glace.

En fin de période, Werenka accroche Guttig à la bleue offensive en fin de période. Fredrik Borjesson envoie le palet vaguement en direction de la cage et Yanick Riendeau est plus rapide que Manavian pour s'en saisir (3-3, 38'19"). Une obstruction de Thinel a été signalée sur l'action, et l'infériorité de Rouen se prolonge.

Durcir le jeu n'aide pas vraiment le cas normand. Manavian prend 2'+10' pour une charge à la tête de Mathias Arnaud dans le coin. La défense rouennaise, déjà privée de Janil, est donc réduite à quatre unités pour plus de la moitié de la troisième période.

Et bien sûr, le jeu reprend à 5 contre 3 pour Dijon. Après divers échanges de palet entre Riendeau et Gascon à la bleue, le premier slap est le bon : un missile de Yanick Riendeau en lucarne (3-4, 40'18"). Les Dijonnais n'ont pas le temps de fêter leur but que Rouen égalise. En infériorité, Marc-André Thinel sort le palet du coin pour François-Pierre Guénette, inexplicablement démarqué face à la cage (4-4, 40'40"). Une grosse erreur de la défense dijonnaise et de Borjesson en particulier.

2012-01-29-Rouen-Dijon4

Mais le match est devenu fou et l'erreur est aussitôt effacée par un lancer du haut du cercle gauche d'Anthony Guttig, au-dessus de la mitaine d'Ylönen (4-5, 42'00"). Dijon est sur un nuage. Un palet sorti de la bande est envoyé comme il vient dans les filets par Yanick "boom-boom" Riendeau (4-6, 46'26"). Les ballons jaunes et bleus n'en finissent plus de s'agiter.

C'est maintenant à Ramon Sopko de protéger ces deux buts d'avance. Il s'interpose sur un bon tir de la droite de Rech, et surtout sur une échappée de Carl Mallette (48'06"). Jean-Philippe Paré s'infiltre et se fait accrocher par Mrena dans l'acion copier-coller de la pénalité ayant abouti au premier but. Un bon présage ? Apparemment oui. Rodolphe Garnier appelle son temps mort et ses joueurs livrent la marchandise. Darcy Werenka lance de la bleue, Carl Mallette appuie au rebond et Julien Desrosiers, posté à droite de la cage, claque le palet dans les airs (5-6, 50'13"). L'insaisissable Paré se faufile à nouveau dans les lignes bleues, mais il échoue sur Sopko.

La dynamique est rouennaise et un nouvel avantage numérique se profile avec une obstruction de Da Costa. La passe de derrière la cage Desrosiers offre une cage grande ouverte à Mallette. Plus rien ne peut arrêter ce tir... sauf la pallette de Ramon Sopko qui détourne le palet juste avant la ligne de but !

Au retour au complet, pourtant, Marc-André Thinel se défait de Jarvis par un 180°C à gauche du but et marque dans l'angle fermé (6-6, 54'04"). Thinel a toujours de la ressource et son lancer sur engagement frappe le poteau. Sopko est tout heureux de voir le palet revenir vers lui (55'35"). C'est ensuite Anthony Rech qui slalome dans la défense et n'est arrêté que par Sopko (57'08").

2012-01-29-Rouen-Dijon7Alors que Dijon ne voit plus le jour, Lampérier accroche en zone offensive. Jarmo Tolvanen utilise à son tour son temps mort. Mais les Ducs sont moins fringants, ils semblent paradoxalement plus fatigués que leurs adversaires.

Rouen part donc favori de la prolongation. Surtout qu'ils en ont l'habitude. Ils ont toujours prolonbgé le plaisir au-delà du temps réglementaire à chacun de ses passages à Bercy. Mais cette fois, le plaisir est très court. Anthony Guttig est contré en entrée de zone, et le palet revient sur Nicolas Ritz qui marque en lucarne côté plaque (6-7, 61'24"). Comme un symbole de la progression dijonnaise, ce sont les deux jeunes internationaux formés au club qui offrent au Dijon Hockey Club le plus grand succès de son histoire ! Cette deuxième Coupe après 2006 a un avantage en plus, elle s'est jouée devant onze mille spectateurs de plus qu'à Méribel.

Les nombreux représentants des fédérations étrangères, présents pour l'annonce de la candidature franco-allemande à l'organisation du Mondial 2017, auront pu se faire leur image du hockey français : débridé, plein d'enthousiasme, surprenant. Tous ces qualificatifs conviennent comme un gant à Dijon qui aurait fait un beau vainqueur. Après avoir vaincu leur timidité au premier tiers-temps, les Ducs se sont laissés porter par leur envie. Ils ont emballé le match au point de le renverser, ils ont résisté à la terrible remontée rouennaise, et ils méritent bien leur victoire.

Meilleur joueur du match : Yanick Riendeau (Dijon).

Commentaires d'après-match

Jarmo Tolvanen (entraîneur de Dijon) : "Chaque finale est une fête pour les joueurs. Le coach n'est plus si important."

Cédric Custosse (défenseur de Dijon, arrivé de Rouen cet été) : "Quel destin, on va dire ! Battre Rouen en championnat, c'est déjà fort. Les battre à Bercy devant autant de personnes, c'est super. Avec Dijon, on se posait la question de savoir si on était capable de bousculer les grands, d'autant que Rouen nous avait éliminés en Coupe de la ligue. On s'était fixé l'objectif d'arriver en finale, la remporter est encore plus beau."

2012-01-29-Rouen-Dijon6Ramon Sopko (gardien de Dijon) : "C'est la deuxième finale de Coupe que je gagne [après Briançon en 2010], ce n'est pas grave de savoir contre qui, même si c'est face à Rouen les deux fois. Gagner la Coupe est toujours extra, devant 13000 spectateurs. C'était un match avec beaucoup de pénalités et de powerplays, c'est encore plus difficile pour nous gardiens, car il y a beaucoup de buts et de boulot. Si on gagne, on oublie tout ça. On a une équipe plus offensive que défensive, et on a ouvert le jeu."

Mathias Arnaud (attaquant de Dijon, ci-contre avec le trophée) : "On a subi une grosse pression au début. On met les bouchées doubles au deuxième tiers, on est confiant pour le troisième. À deux buts d'écart, c'était un peu la folie sur le banc. Ils reviennent, mais le but de Nico Ritz est la délivrance. On s'en serait mordu les doigts si on avait perdu ce match. C'est la consécration du milieu de saison, mais pas de la fin de saison. On veut gagner la Magnus. On est cinquième, il y a quelque chose à faire."

Olivier Ritz (président de Dijon) : "Je suis au comité directeur de la FFHG, je savais qu'il y aurait 17 à 20 fédérations représentaient et qu'il fallait que ce soit un beau match. Cette année, on était à deux victoires chacun avec Rouen. Ils nous avaient battus deux fois avec Ylönen dans les cages, on les avait battus deux fois avec Lhenry. Je suis content qu'on ait réussi à gagner la belle face à Ylönen. J'avais annoncé que je remonterai la rue de Liberté sur une surfaceuse en cas de victoire. Il faut qu'on continue à faire parler du hockey à Dijon. Je ne sais pas comment on va faire mardi, on va refuser du monde. J'ai toujours dit qu'on justifie l'infrastructure quand l'équipe est au niveau. Elle mérite qu'on se penche sur la question d'une nouvelle patinoire."

2012-01-29-Rouen-Dijon5

 

Rouen - Dijon 6-7 après prolongation (1-0, 2-3, 3-3, 0-1)
Dimanche 29 janvier 2012 au Palais omnisports de Paris-Bercy. 13362 spectateurs.
Arbitrage de Nicolas Barbez et Jimmy Bergamelli assistés de David Courgeon et Pierre Dehaen.
Pénalités : Rouen 28' (8', 8'+10', 2', 0'), Dijon 14' (4', 6', 4', 0').

Évolution du score
1-0 à 16'47" : Thinel assisté de Guénette et Mallette
1-1 à 21'30" : Decock assisté de Gascon (sup. num.)
1-2 à 28'06" : G. Da Costa assisté de Kevorkian et S. Dugas
2-2 à 33'59" : Guénette assisté de Thinel (double sup. num.)
3-2 à 34'19" : Rech assisté de Paré
3-3 à 38'19" : Riendeau (sup. num.)
3-4 à 40'18" : Riendeau assisté de Gascon (double sup. num.)
4-4 à 40'40" : Guénette assisté de Thinel (inf. num.)
4-5 à 42'00" : Guttig assisté de Riendeau et Gascon
4-6 à 46'26" : Riendeau assisté de Kevorkian
5-6 à 50'13" : Desrosiers assisté de Mallette et Werenka (sup. num.)
6-6 à 54'04" : Thinel assisté de Rech et Guénette
6-7 à 61'24" : Ritz assisté de Guttig


Rouen

Gardien : Sebastian Ylönen.

Défenseurs : Antonin Manavian - Jimi Santala ; Richard Demen-Willaume - Darcy Werenka (A) ; Juha Alen.

Attaquants : Marc-André Thinel (A) - François-Pierre Guénette - Carl Mallette (C) ; Julien Desrosiers - Jean-Philippe Paré - Anthony Rech ; Teemu Elomo - Loïc Lampérier - Ilpo Salmivirta.

Remplaçants : Fabrice Lhenry (G), Raphaël Faure, Nicolas Lehericey, Alexandre Mulle, Quentin Berthon, Romain Gutierrez, Maxime Joly. Absent : Jonathan Janil (fracture de l'index).

Dijon

Gardien : Ramon Sopko.

Défenseurs : Fredrik Börjesson - Kyle Hardy ; Cédric Custosse - Rob Jarvis ; Andrej Mrena - Benoît Quessandier.

Attaquants : Anthony Guttig (A) - Martin Gascon (C) - Yanick Riendeau ; Thomas Decock (A) - Nicolas Ritz - Mathias Arnaud ; Aram Kevorkian - Stephen Dugas - Gabriel Da Costa ; Erwan Pain.

Remplaçants : Joffrey Pingrit (G), Quentin Mahier, Loïc Chabert.