Colmar - Strasbourg II (Division 3, groupe C)

Ce match constitue l'affiche de la poule C, entre le leader invaincu, Strasbourg, et son dauphin haut-rhinois, Colmar. Une simple tête d'affiche, pourrait-on dire. Et pourtant, cette partie est loin d'être anodine. Tout d'abord car c'est un derby, qui plus est entre les deux départements alsaciens "rivaux", et peut être appelés à fusionner un jour (mais c'est un autre débat).

Ensuite car, la dernière fois que Strasbourg est venu jouer à Colmar, c'était pour les huitièmes de finale de play-offs de la saison précédente : l'Étoile Noire y avait infligé une sévère rouste à son rival (8-2). Au cours d'une démonstration de hockey réaliste et appliquée, les Titans venaient brutalement de chuter de leur nuage où ils se voyaient déjà jouer un ou deux tours supplémentaires, voire le Final Four. Malgré un match retour plus méritoire à l'Iceberg (défaite 5-3), les Wolmariens quittaient le championnat de façon très (et même trop) rapide en regard des ambitions initialement affichées.

Enfin, en regardant de plus près les effectifs du jour, on aurait pu résumer l'affiche à "Colmar1 contre Colmar2". En effet, l'intersaison haut-rhinoise aurait dû être calme. Malheureusement, l'ancien entraîneur Yannick Maillot a quitté de façon "subite" le club en août (pour revenir à Strasbourg où l'on cherchait un entraîneur pour le mineur), le président Fusillier invoquant entre autres quelques mésententes sur la conduite du club pour la nouvelle saison à venir.

Déjà "sanctionné" par le départ tardif de son entraîneur qu'il fallait remplacer rapidement (pas facile au mois d'août quand beaucoup de clubs ont repris l'entraînement), le président a vu une partie de son effectif suivre Maillot vers Strasbourg, et pas des moindres puisque rien de moins que le gardien titulaire, un défenseur et quatre attaquants des deux premières lignes prenaient une licence bas-rhinoise... Strasbourg, dont l'effectif de D3 était jusque là restreint, gagnait d'un seul coup une profondeur de banc non négligeable, en complément d'anciens pensionnaires de D1 (Brau-Arnauty, Hohnadel, Bastian) voire de Magnus (Burgert et Bougé notamment).

Colmar de son côté a réussi à faire venir l'entraîneur mosellan (Amnéville puis Metz) Genia Kouznetsov, précieux tant sur la glace comme joueur qu'en entraîneur pour le mineur, quelques recrues mulhousiennes (Haenlin, Loeffel, Mouget, Da Silva) orphelines depuis l'arrêt de la D3 à l'Illberg, un joueur canadien (Alexandre Santos) un moment convoité par les Scorpions mulhousiens, et enfin le retour sur la glace de Baptiste Rahm, après deux saisons blanches de compétition.

Depuis septembre, Strasbourg caracole en tête, avec les anciens Colmariens en tête des compteurs, et Colmar suit derrière, de façon un peu plus laborieuse, avec une première ligne qui truste elle aussi le haut des compteurs.

Le match aller, à l'Iceberg, a vu Strasbourg l'emporter d'une courte tête (5-4). Depuis, Colmar reste sur cinq victoires d'affilée. La toujours aussi jolie patinoire haut-rhinoise est agréablement remplie, bien plus que toutes les autres saisons, le match peut donc commencer.

À vrai dire, il y aura eu presque plus à dire de l'avant match que du match en lui-même. Dès les premiers coups de patins, on voit que les Titans ne sont pas rentrés dans la partie. Strasbourg est nettement plus appliqué et concentré, sur son placement et ses passes notamment. Pierre Schultz ouvre le compteur, sur le rebond d'un tir sur le poteau de son coach Maillot, avant que le même Maillot s'enfuie en break (0-2 à 4'20").

Colmar n'émergera qu'au bout de neuf longues minutes, sur une action de près de Maxime Loeffel (9'03"), mais c'est Strasbourg qui enfoncera le clou dans la foulée sur un tir de la bleue de Philippe Bastian (0-3 à 9'34"). Les deux équipes se craignent pourtant, faisant surtout évoluer leurs deux premières lignes respectives, mais les Bas-Rhinois sont bien plus convaincants au niveau de leur placement et de leur agressivité sur le palet. Ils reviennent donc logiquement au vestiaire avec quatre longueurs d'avance, et un tiers plutôt ennuyeux, tant Colmar est aux abonnés absents.

Petit mieux en rentrant des vestiaires pour les Titans, notamment quand Kouznetsov dévie de près un lancer de Zaenker (1-4 à 26'19"). Dans la foulée, Strasbourg croit reprendre quatre buts d'avance mais le rebond de Schultz est jugé non validable (26'47"). Le jeu, jusque là plutôt pauvre en intensité, devient alors de plus en plus décousu. Strasbourg se contente avant tout de contenir les essais plutôt patauds de Colmar, qui s'obstine à lancer de longues passes en avant, occasionnant autant de dégagements interdits. Les Titans reviennent pourtant au score sur un solo de leur entraîneur (2-4 à 30'01") mais ce judas de Schultz remet le couvert, dans un trou de souris (2-5 à 32'20").

Reste le dernier tiers, où tout est encore possible... à commencer par une offrande de Baptiste Rahm, qui ne sait pas comment dégager le palet de sa zone, et surtout à qui le donne... C'est une belle passe en retrait dans l'axe pour un Stéphane Hohnadel qui n'a rien perdu de son sens du jeu (2-6 à 41'49"). Heureusement, dans la foulée, Joan Koenig exploite un très bon engagement joué rapidement par Kouznetsov et reprend le centre de près face à Rio (3-6 à 42'30"). Tout est encore possible pour les locaux, à condition de retrouver un peu de cohésion et de concentration. Loeffel redonne d'ailleurs un peu d'espoir, dans un cafouillis devant Rio, mais les arbitres estiment justement qu'il y avait trop de cafouillis pour valider (43'41").

Colmar essaie donc, de façon désordonnée et toujours aussi fébrile, à l'instar de ce tir de pénalité de Santos, qui partait en break mais que Maillot ceinture littéralement (pour la deuxième fois du match). Hélas, le Canadien manque incroyablement son contrôle de palet... en entrée de zone strasbourgeoise (50'22"). Hormis un dernier raid de Loeffel, bien trop tardif (58'29"), le reste de la partie s'enlise dans un hockey imprécis et sanctionné de nombreuses pénalités.

Au vu de ce match, la victoire et la première place de Strasbourg sont sans appel. Le hockey pratiqué par les "abeilles" noires et jaunes est discipliné, précis, agressif (dans le bon sens du terme) et nettement  plus rigoureux que celui de leurs adversaires d'un soir. À défaut d'être original, c'est très efficace. Reste à savoir maintenant les ambitions pour le reste de la saison, et la compétitivité du groupe, a priori assez haute vus la vista et les automatismes de la majorité des joueurs.

En fait, c'est tout ce qu'il manque aux hockeyeurs colmariens, qui pèchent et retombent une fois de plus dans leurs travers habituels, à savoir le manque de concentration et de discipline. La première ligne (la plus flegmatique à première vue, et sur laquelle on compte peut-être un peu trop) a été complètement muselée par la défense bas-rhinoise, contrairement à la seconde, nettement plus créatrice et audacieuse, mais manquant cruellement de réalisme. Après tout, cette défaite n'est pas non plus un désastre, la participation aux play-offs est assurée, seul reste à savoir quel sera le classement définitif (2e ou 3e) et donc contre qui se jouera le premier tour des play-offs : Marseille, Roanne ou Aubagne ? Avec un peu plus de rigueur et surtout de concentration, les Titans peuvent espérer franchir un cap de plus, ce qui serait une belle récompense.

 

Colmar - Strasbourg II 3-6 (0-4, 2-1, 1-1)
Samedi 29 janvier 2012 à 18h00 à la patinoire de Colmar. 400 spectateurs.
Arbitrage de M. Koenig et Mme Arnold.
Pénalités : Colmar 20' (4', 2', 14'), Strasbourg 10' (4', 2', 4').
Tirs : Colmar 16 (4, 7, 5), Strasbourg 38 (12, 12, 14).

Évolution du score :
0-1 à 03'09" : Schultz assisté de Maillot
0-2 à 04'20" : Maillot assisté de P. Bastian (inf. num.)
0-3 à 09'34" : P. Bastian assisté de Maillot
0-4 à 17'19" : Bercq assisté de Hohnadel
1-4 à 26'19" : Kouznetsov assisté de Zaenker et Q. Besserer
2-4 à 30'01" : Kouznetsov
2-5 à 32'20" : Schultz
2-6 à 41'49" : Hohnadel
3-6 à 42'30" : Koenig assisté de Kouznetsov (sup. num.)


Colmar

Gardien : Julien Hagenmuller.

Défenseurs : Eloi Lenner (C) – Sébastien Muller ; Gilles Heintz – Pierre Zaenker ; Quentin Besserer – Mikaël Tin.

Attaquants : Joan Koenig – Baptiste Rahm - Genia Kouznetsov (A) ; Maxime Loeffel – Vincent Besserer - Alexandre Santos ; Jean-Baptiste Feist – Jordan Mouget puis Xavier Dufilh à 30'01" - Benjamin Leconte.

Remplaçants : Sylvain Haenlin (G), Joris Eigelthinger.

Strasbourg

Gardien : Ludovic Rio.

Défenseurs : Laurent Blanck, Damien Brau-Arnauty, Philippe Bastian, Frédéric Bastian et Xavier Idiart en rotation.

Attaquants : Pierre Schultz – Stéphane Hohnadel - Yannick Maillot ; Yann Pflieger – Julien Burgert puis Thomas Dort à 40'00" – Romain Schmitt ; Christopher Dehan – Sylvain Quiquerez – Benjamin Bercq.

Remplaçants : Luca Casella, Pierre Bougé, Alexandre Arnold-Turnani. Absents : Marc Buchlin, Pierre Buchlin.