Épinal - Rouen (Ligue Magnus, 23e journée)

À la pêche au gros !

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En cinq jours, les Dauphins se seront frottés à ce qu'il se fait actuellement de mieux dans le hockey français. Mardi, ils ont rallié Dijon avec une petite idée derrière la tête : celle de gâcher la fête dans une patinoire de Trimolet bondée pour célébrer ses héros, revenus victorieux de Bercy. Des Ducs insolents de réussite ces derniers temps… mais encore sur leur nuage après cet exploit retentissant. Il y avait donc un coup à jouer mais les Spinaliens, sans démériter, ont tout de même dû s'avouer vaincus (4-5).

Déçus mais pas abattus, les hommes de Santino Pellegrino voient maintenant débarquer le ténor rouennais. Eux qui (hormis Chamonix) n'ont encore accroché aucun "gros" à Poissompré (ils s'en étaient pourtant fait une spécialité l'an passé) accueillent des Dragons n’ayant décidément pas le temps de souffler. Engagés sur tous les fronts, les patineurs des bords de Seine ont enchaîné les matchs (douze en un mois) et les finales en ce début d’année, raflant au passage leur première Coupe continentale au terme d’un éreintant week-end européen.

Cet effort a pesé sur des organismes surmenés, rendant les Normands plus prenables que jamais. Ce dont Grenoblois et Strasbourgeois n’ont pas manqué de profiter ; leur infligeant deux lourds revers en préambule d'une finale de Coupe de France perdue à Bercy. Un rendez-vous raté par Fabrice Lhenry, blessé aux adducteurs trois jours auparavant, mais tout de même présent à l'échauffement aux côtés de Sebastien Ylönen, son jeune suppléant.

Le fils du grand Petri, titularisé mardi face à Caen (8-2), profite de l'indisponibilité prolongée du vétéran pour à nouveau garder le filet rouennais. Certains y voient un heureux présage, une faille dans une défense grand format, où culminent les Manavian, Alén, Demén-Willaume et Werenka (Janil, toujours convalescent, n’est pas là). Autant de gros morceaux à bouger, derrière, que de talents à surveiller, devant. Il n’y aura pourtant rien à craindre de Julien Desrosiers ce soir. L’ailier franco-canadien, en délicatesse avec ses adducteurs, étant ménagé par Rodolphe Garnier… et remplacé, au côté d’Anthony Rech et Jean-Philippe Paré, par l’indispensable Ilpo Salmivirta !

S’il est un ancien Spinalien gardant un fort capital sympathie auprès du public, c’est bien lui. Ilpo Salmivirta, que beaucoup ici regrettent encore, trois ans après son départ en Normandie, est resté dans le cœur de nombreux supporters. Mais depuis qu’il arbore ces couleurs jaunes et noires, le Finlandais n’avait connu que les frimas du "hangar" provisoire. C’est donc sa première, ce soir, dans cette nouvelle patinoire de Poissompré, évidemment pleine à craquer… en espérant  le plus bel exploit spinalien de l’année !

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Épinal pète le feu… Rouen beaucoup moins

Plus d'une fois surpris par les Dauphins, les Dragons savent qu'à Épinal, il vaut mieux rapidement se mettre à l'abri. Et qu'une victoire passe forcément par une entrée en matière réussie. Sauf que l'ICE marque sur sa toute première attaque. Une montée initiée et parachevée par un Michal Petrák étrangement démarqué dans l'axe, sur un bon service de Ján Plch côté droit. Le Tchèque ne se fait pas prier pour loger la rondelle en hauteur, hors de portée d'un Ylönen n’ayant suffisamment pu se décaler (1-0 à 00'37").

 

 

 

Voilà les champions de France en titre cueillis à froid, mais bien décidés à vite recoller pour ne pas voir le piège se refermer. Et ils sont bien près d'y arriver, bien aidés il est vrai par tous ces palets perdus par les défenseurs spinaliens dans la zone de vérité. Seulement, la finition fait défaut aux Normands et notamment à leur capitaine, Carl Mallette, qui peine à régler la mire. Même à bout portant...

Une obstruction de Stéphane Gervais (01'16") amène la première pénalité de la soirée. Le cinq majeur rouennais, articulé autour de l'axe Paré-Mallette-Guénette-Thinel, est installé, cherchant le décalage et la grosse frappe de Werenka. Mais le vétéran canadien (naturalisé autrichien) rechigne à dégainer… avant qu'un contrôle manqué, devant Plch, ne permette aux locaux de se dégager. C'est reculer pour mieux sauter : Marc-André Thinel se faufilant en zone offensive, usant de sa dextérité pour rejoindre le coin gauche et remise en arrière vers Antonin Manavian, à la pointe. Le slap de l'international n'est pas cadré mais Guénette, à l'affût du rebond contre la bande, parvient à le répercuter dans une cage vide (1-1 à 02'31").

Rouen a remis les pendules à l'heure et ne relâche pas l'accélérateur. Une pression aussi infructueuse que ce break d'Anthony Rech, qui s'était pourtant habilement joué de Stéphane Gervais avant d'échouer sur Loïc Lacasse (07'26"). Mais les Dragons, s'ils se procurent de bonnes occasions, ne parviennent pas à les mettre au fond. Et laissent ainsi passer leur chance...

Car ce soir, le travail apporte le résultat et les Vosgiens, qui vendent chèrement leur peau, commencent à se procurer les meilleures opportunités. Ján Šimko contourne la cage pour mieux servir Fabien Leroy, entre les deux cercles d’engagement. Le capitaine spinalien vise la lucarne mais sa reprise appuyée heurte le montant (09'19"). Leroy est dépité... mais le meilleur, pour lui et ses coéquipiers, est encore à venir. Car l'arrière-garde rouennaise n'est pas souveraine, au point d'être de plus en plus souvent débordée. Et cette fois, le bon travail préparatoire de Šimko profitera à Mäntylä, qui parvient à s'infiltrer pour ajuster Ylönen d’un joli revers côté mitaine (2-1 à 12'56").

Comme dans un rêve…

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Un vent de folie souffle sur Poissompré et Jimi Santala, pénalisé d'un cinglage (14' 01'), amène le premier powerplay lorrain de la partie. Stéphane Gervais, bien décalé par Ján Plch, y va d'un slap rasant relâché par Sebastian Ylönen. Oublié par la défense, Petrák se montre le plus prompt à exploiter cet énorme rebond, au nez et à la barbe d'un Manavian insuffisamment réactif (3-1 à 14'16"). On croit rêver !

Les hommes de Rodolphe Garnier, au bord de la rupture, ratent ensuite un deux contre zéro (Paré et Mulle, qui se présentaient seuls devant Lacasse) et passent à un poteau du quatrième sur cette passe aveugle de Toby Lafrance vers Yannick Offret (14'51"). Là encore, Sebastian Ylönen et toute sa défense étaient complètement pris de vitesse…

Peu inspirés, les Dragons ont maintenant perdu tout contrôle sur ce match. À tel point que leurs fortes individualités n'ont plus rien d'impressionnant face à des Spinaliens survoltés. Mais coup sur coup sanctionnés sur un dégagement raté de Loïc Lacasse, qui s'envole par-dessus les plexis (18'06"), et le forecheck d’un Boisclair envoyant valser Santala dans l'arrondi (19'39"). 

De retour des vestiaires, toujours en supériorité numérique, les visiteurs assiégent la défense adverse. Thinel trouve Mallette dans le slot mais le tir du capitaine est contré au départ par la crosse de Mäntylä (21e) avant que Paré, décalé par Mallette au second poteau, ne voit sa reprise tutoyer le premier poteau (21e).

Ces deux pénalités, bien tuées par des Dauphins, montrent qu'Épinal peut compter sur sa défense pour repousser son assaillant. Des Rouennais incapables de passer la vitesse supérieure et largement dominés dans les duels, ce qui est suffisamment inhabituel pour être signalé. Des Rouennais à qui rien ne réussit. Pour preuve ce palet récupéré par Ján Plch en désavantage numérique, qui voit Toby Lafrance prêt à s'échapper, dans le dos de la défense. Aussitôt mis sur orbite, le Québécois file en breakaway mais rate le palet au moment de tirer. Une belle occasion de loupée, pense-t-on, d'autant que Jimi Santala revient pour tenter d'écarter le danger. Mais le contre est favorable à Lafrance... et le puck franchit une nouvelle fois la ligne fatidique (4-1 à 26'33") ! Un but incroyable, qui en dit long sur le degré de passivité d’une défense aussi fébrile que son jeune gardien…

Qui l’eût cru ?

On en est à se demander, dans les travées de Poissompré, à quelle sauce l'ogre insatiable du hockey français sera mangé ! Une question qui ne reste pas longtemps sans réponse : Ján Plch, en supériorité, ressort le palet vers Stéphane Gervais. Posté en entrée de zone, le Franco-Canadien arme un lancer des poignets à mi-hauteur. Sebastian Ylönen, déjà en papillon (et surtout gêné par l'écran de Petrák), ne l'a pas vu arriver (5-1 à 31'23"). Rouen est sonné…

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La valeur intrinsèque de ses fortes individualités ne suffisent pas aux Dragons pour concrétiser leurs rares temps forts. Surtout que Loïc Lacasse, dans un bon soir, sort les arrêts qu'il faut... quand il faut. Sebastian Ylönen, livré à lui-même, ne peut pas en dire autant et s'incline une sixième fois. Devant Ján Šimko cette fois, plus rapide qu’Alexandre Mulle et résistant au retour d’Antonin Manavian pour glisser le puck entre les jambières d'un Ylönen clairement pas à son affaire (6-1 à 35'18"). Qu'en aurait-il été avec Fabrice Lhenry devant le filet ? Ça, nous ne le saurons jamais...

La démonstration tourne à l'humiliation pour des Normands impuissants, qui ne sont que l'ombre d'eux-mêmes. Comme s'il n'y avait plus de jus dans le moteur rouennais, qui a tant tourné en ce début d'année. À moins que cette déroute ne soit imputable à l'excellent match des Dauphins et plus particulièrement d'un énormissime Niko Mäntylä. Une longue ouverture de Marc-André Thinel lance François-Pierre Guénette et Carl Mallette dans un deux-contre-un avorté par le Finlandais (37e). Qui n'en est pas à sa première passe interceptée ce soir, loin de là...

Étonnamment imprécis, les hommes de Rodolphe Garnier déjouent en cette fin de deuxième période et enchaînent les mauvais choix à l'exception de cette passe en retrait de Jean-Philippe Paré, depuis l'arrière de la cage, vers un Jimi Santala faisant aussitôt parler la poudre. Mais Lacasse, bien dans son match, tend sa botte pour repousser l'essai du relanceur finlandais (39e).

Le RHE 76 n'a plus rien à espérer de ces vingt dernières minutes, si ce n'est marquer pour rendre l'addition moins salée. Chose faite par Jean-Philippe Paré, réceptionnaire d'un palet dérobé à Fabien Leroy, derrière la cage, par Ilpo Salmivirta (6-2 à 40'58"). Une réalisation anecdotique : Rouen ne donnant jamais l'impression de pouvoir revenir dans la partie, se montrant trop approximatif pour ébranler un édifice spinalien consolidé par la bonne tenue de Loïc Lacasse devant le filet. Un gardien dont la mitaine ôte la lucarne à "Captain Carl" (46'21")...

Ce troisième tiers s'inscrit dans la continuité des deux premiers pour des Rouennais s'empêtrant dans un jeu toujours aussi stéréotypé. Et se dirigeant, doucement, vers une quatrième défaite d'affilée sur la route après Grenoble (1-4), Strasbourg (1-5) et Bercy...

D'ordinaire, ce sont les supporters spinaliens qui font les déplacements pour rien, à l'Ile-Lacroix, d'où les Dauphins sont plus souvent revenus corrigés que gagnants. Mais cette fois, ce sont les partisans normands qui ont tristement regagné leurs contrées, affligés, on s'en doute, par la prestation de leurs favoris. Ce nouvel accident de parcours cache t-il un malaise plus profond ? Seule certitude, le prochain retour de Fabrice Lhenry fera beaucoup de bien à une défense complétement à côté de ses patins.

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Il y a fort à parier que n'importe quelle équipe de Ligue Magnus suffisamment déterminée serait venue à bout de Dragons aussi fantomatiques. L’usure physique et mentale, compréhensible après un tel mois de janvier, n’excuse pas la légéreté de certains cadres supposés. Pas tant Marc-André Thinel, sorti en cours de partie (adducteurs ?), que Carl Mallette, inexistant ce soir. Néanmoins, ce succès peut être savouré sans modération par des Dauphins séduisants, qui ont su profiter des largesses adverses, exacerbées par l’extrême faiblesse d’Ylönen devant le filet.

Un vrai feu d’artifice !

Oui, les boys de Pellegrino se sont conjugués au presque parfait, se montrant supérieurs dans tous les compartiments du jeu et notamment dans l’envie. Et comme au bon vieux temps, l’inoxydable Ján Plch en a mis plein la vue à des Dragons trop souvent dépassés par les événements, y allant d’une récolte de quatre points pour asseoir son rang de meilleur compteur spinalien du moment.

Avec 38 points (12 buts et 26 assists en 23 matchs) dans sa besace, le maître à jouer spinalien a dépassé Mallette et Thinel au classement des top-scoreurs pour se retrouver au pied du podium, derrière les intouchables Gascon, Riendeau et autres Castonguay ! Quant à Stéphane Gervais, redevenu incontournable en supériorité numérique, il participe plus activement au pointage. Cela se voit : le Franco-ontarien a repris confiance en son shoot… au point de tenter de plus en plus souvent sa chance. Et ça paye !

L’association Lacasse-Lafrance-Boisclair fut loin de peser autant sur les débats que ce trio Šimko-Petrák-Plch, visiblement pas encore bon à jeter aux orties. Placés devant leurs responsabilités par un staff regrettant leur trop faible rendement, Ján Šimko et Michal Petrák ont parfaitement répondu aux attentes en étant partie prenante d’un exploit qui fera date dans l’histoire du hockey spinalien. Ni plus, ni moins !

Commentaires d’après-match (dans Vosges-Matin) :

Santino Pellegrino (entraîneur d’Épinal) : « On a travaillé très fort et on a dominé les trois périodes. Le score aurait pu être plus élevé. J’aurais aimé un 17-4 par exemple comme ils nous ont mis… »

Rodolphe Garnier (entraîneur de Rouen) : « On est fidèle à ce que l’on fait sur la route depuis quelques matchs. Épinal en a voulu un peu plus que nous. Pourtant, on a eu nos chances. L’absence de Fabrice Lhenry nous fait très mal car il était très bien. Seb (Ylönen) a du mal à digérer Bercy donc cela rend le match facile pour l’adversaire. Maintenant, on doit aussi mieux jouer défensivement. »


Épinal - Rouen 6-2 (2-1, 3-0, 0-1).
Samedi 4 février à la patinoire de Poissompré. 1 484 spectateurs
Arbitrage de Bruno Colléoni assisté d’Anne-Sophie Boniface et Sébastien Geoffroy.
Pénalités : Épinal 22’ (8’, 8’, 6’) ; Rouen 16’ (6’, 6’, 4’).
Tirs : Épinal 27 (11, 9, 7) ; Rouen 34 (11, 15, 8).

Évolution du score :
1-0 à 00'37" : Petrák assisté de Plch
1-1 à 02'31" : Guénette assisté de Manavian et Thinel (sup. num.)
2-1 à 12'56" : Mäntylä assisté de Šimko
3-1 à 14'16" : Petrák assisté de Gervais et Plch (sup. num.)
4-1 à 26'33" : Lafrance assisté de Plch (inf. num.)
5-1 à 31'23" : Gervais assisté de Plch (sup. num.)
6-1 à 35'18" : Šimko assisté de Leroy et Mäntylä
6-2 à 40'58" : Paré assisté de Rech et Salmivirta

Épinal

Gardien : Loïc Lacasse.

Défenseurs : Niko Mäntylä - Fabien Leroy (C) ; Mikko Jortikka - Stéphane Gervais ; Nathan Ganz - Armando Scarlato.

Attaquants : Ján Šimko - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Chad Lacasse - Toby Lafrance - Maxime Boisclair (A) ; Kévin Benchabane - Yannick Offret - Guillaume Chassard.

Remplaçants : Mathieu Perrin (G), Guillaume Papelier. Absents : Peter Slovák (péroné), Erwan Agostini (genou).

Rouen

Gardien : Sebastian Ylönen.

Défenseurs : Juha Alén - Darcy Werenka (A) ; Richard Demén-Willaume - Jimi Santala ; Antonin Manavian - Nicolas Lehericey.

Attaquants : Marc-André Thinel (A) - François-Pierre Guénette - Carl Mallette (C) ; Ilpo Salmivirta - Jean-Philippe Paré - Anthony Rech ; Teemu Elomo - Loïc Lampérier - Alexandre Mulle.

Remplaçants : Thibault Maggi (G), Quentin Berthon. Absents : Fabrice Lhenry (adducteurs), Julien Desrosiers (adducteurs), Jonathan Janil (fracture de l'index).