Slovaquie – Suisse (Belswissbank Cup à Minsk, demi-finale 1)

BelSwissBank tournament_logoBelarus, Allemagne, Suisse et Slovaquie ne se quittent presque plus. Habituées à se retrouver régulièrement sur la scène internationale, les quatre formations se sont une nouvelle fois données rendez-vous à Minsk pour se disputer la BelSwissBank Cup, dont la première édition, prévue au printemps 2010, avait purement et simplement été annulée, conséquence malheureuse de l’irruption du volcan islandais Eyjafjöll qui avait perturbé le trafic aérien dans toute l’Europe. Rien n’est venu cette année contrarier la bonne tenue de l’épreuve : ni le froid cinglant du moment ni d’éventuels tétons ukrainiens aux abords de l’aréna locale…

La première joute au programme biélorusse oppose la Confédération helvétique à la Double-Croix slovaque. L’une comme l’autre ont disputé cette saison deux tournois, et il s’avère que ce sont les deux mêmes : la Slovaquie a remporté la Deutschland Cup en novembre, les Suisses l’Österreïch Cup le mois suivant. Si les deux équipes se sont affrontées à Munich (victoire slave, 2-1), ce ne fut pas le cas à Klagenfurt. Minsk sonne donc l’heure de la revanche pour les hommes de Sean Simpson. Le tout dans un contexte d’avant play-off des championnats nationaux et de derniers rodages avant la préparation aux Mondiaux.

Justement. La Slovaquie semble avoir subi davantage que la Suisse les désagréments résultants indirectement de ces échéances. Beaucoup de clubs ont refusé de confier à la sélection certains de leurs hommes forts de peur qu’ils ne se blessent au plus intense de la saison. Le cas de Miroslav Šatan est exemplaire : alors qu’il s’apprêtait à partir avec l’équipe nationale, le capitaine des champions du monde 2002 a été prié de défaire ses valises par son employeur Slovan Bratislava, ce dernier ne voulant pas prendre le risque de voir s’esquinter le lauréat de la Stanley Cup 2009. Pourtant, le club danubien a donné son feu vert à Roman Kukumberg (au passage le plus capé de la liste) et à Tomáš Bulík, les deux autres meilleurs pointeurs des « Aigles ». Autre défection de marque, celle de Tomáš Záborský, attaquant le plus productif de SM-liiga, qui a déjà fait une croix sur les Mondiaux. Blessé, l’archer de Jokerit a prévu de se faire opérer de l’épaule dès la fin de son service en club.

L’entraîneur Vladimír Vůjtek, qui doit se passer finalement de quinze soldats initialement prévus, a donc poussé un coup de gueule dans la semaine à l’encontre non seulement des clubs récalcitrants (« Malheureusement, certains d’entre eux ne nous ont jamais libérés les joueurs. Ce n’est vraiment pas correct de leur part dans la mesure où ils font une exception pour l’équipe de Russie. ») mais aussi en direction des hockeyeurs slovaques qui se sont désistés de façon plus ou moins convaincante (« Ils me sortent l’excuse de la fatigue mais, moi, ça me fait marrer ! Kalyuzhny, 34 ans, ou le Tchèque Nedvěd, ils ne sont pas fatigués, eux, et ils sont ravis d’aller représenter leur pays ! »). Sans citer de noms, le coach a admis qu’il avait déjà fermé les portes du Mondial aux moins motivés.

La situation est moins complexe chez les Helvètes. En accord avec les clubs de NLA, Simpson a instauré la règle du « deux tournois pas plus » pour chaque joueur appelés sous les drapeaux cette saison. Si Julien Sprunger, le buteur le plus actif de la ligue nationale, est de ce fait mis au repos, le meilleur pointeur Damien Brunner est quant à lui de la partie, tout comme Victor Stancescu et Dario Bürgler, eux aussi très en verve devant les filets cette saison. Le technicien canadien de la Confédération a par ailleurs récemment rendu visite aux Suisses évoluant outre-Atlantique pour s’entretenir avec eux au sujet des prochains championnats du Monde. Le voyage s’est avéré plutôt concluant : hormis Roman Josi, toujours en piste pour les phases finales de NHL avec Nashville, les autres tauliers de l’équipe nationale ont tous montré un vif intérêt pour le projet de Simpson.

STEPHAN Tobias-110429-092Le cinquantre-troisième duel slovaco-suisse débute par un traditionnel round d’observation qui n’apporte aucune étincelle aussi bien dans un camp comme dans l’autre. Les gardiens ont pour le moment la tâche facile, les attaquants ne portant le danger que par des frappes lointaines jamais dangereuses. Les « Simpson’s » auraient pu changer la donne à partir de la douzième minute lorsque la première pénalité de la partie est sifflée contre Richard Rapáč, le jeune attaquant de Poprad qui effectue là sa première sous le maillot à la Double-Croix. L’avantage numérique est galvaudé, tout comme le double power-play slovaque qui suit à la 16e. Pas de chance pour le millier de badauds présent dans la spacieuse Minsk Aréna !

Changement de physionomie dans le deuxième acte. La Nati prend peu à peu l’ascendant sur son adversaire mais cette domination a dû mal à se concrétiser par des occasions franches. Les attaquants suisses sont souvent en position favorable mais ils balbutient le geste final. Le portier slovaque Peter Hamerlík s’interpose par ailleurs efficacement devant Damien Brunner, Kevin Romy ou Fabian Schnyder. Les Slováci sont finalement pris de vitesse sur un débordement à gauche de Roman Wick dont le centre est adroitement repris par Damien Brunner (0-1, 36'48). C’est la dixième réalisation sous le maillot rouge du joueur de Zug à qui l’on prédit de plus en plus un avenir en NHL.

Obligée d’ouvrir le jeu, la Slovaquie n’avait toujours rien offert après plus de cinquante minutes, la Suisse contrôlant bien son sujet malgré un maigre pécule. Jusqu’au moment où, sur un incroyable concours de circonstances, les protégés de Vůjtek ont pris les devants au tableau d’affichage en l’espace de… 29 secondes ! Sur un changement de lignes assez hasardeux, la Suisse déserte sa défense et Vladimír Dravecký en profite pour servir Juraj Mikúš, lequel égalise (1-1, 55'11) avant que, profitant d’un visible K-O de la défense suisse, le buteur se transforme en passeur pour Rastislav Špirko : bien que dos aux filets, l’ailier du Lev Poprad mystifie Tobias Stephan d’un back-end (2-1, 55'40).

Le gardien helvète est sorti en fin de match et comme les Slovaques sont en infériorité, la Suisse évolue à six contre quatre. Le jeu de puissance contribue à installer la rondelle dans le camp slave mais il est dans l’ensemble très mal négocié. L’égalisation n’intervient pas et le score final est définitivement scellé lorsque, à forces égales, Mikúš fait le doublé dans les filets vides (3-1, 59'45). La défaite est amère pour la Nati, dominatrice sur l’ensemble de la partie mais qui aura payé cher ses deux erreurs défensives. On ne peut toutefois pas parler de hold-up pour la Slovaquie qui a certes été heureuse en attaque mais très solide en défense. Elle se qualifie donc pour sa seconde finale en trois tournois disputés sous l’ « ère » Vůjtek.

Désignés joueurs du match : Peter Hamerlík (Slovaquie) et Mathias Seger (Suisse).

Commentaires d’après-match

Vladimír Vůjtek (entraîneur de la Slovaquie) : « L’entame a été très tactique, personne ne voulait encaisser le premier but et on a alors assisté à un match équilibré sans réelles occasions, seulement des frappes lointaines. Les Suisses ont pris le dessus dans les huit dernières minutes de la deuxième période, ils ont marqué et c’était mérité. On a réussi à retourner la situation en une minute.  On a quand même eu quelques soucis par la suite, notamment quand les Suisses ont évolué à 6 contre 4. Hamerlík a fait de très beaux arrêts, comme toujours en sélection en fait. La défense s’est montrée solide et Štefan Ružička a par ailleurs très bien joué. On doit être satisfaits de l’envie, de la discipline et de la combativité affichées par les joueurs. C’est vrai que notre hockey n’a pas été parfait mais cette équipe que nous avons-là a donné son maximum. D’autant plus que la Suisse avait son groupe complet contre nous. Peu importe qui l’on va rencontrer en finale, mais si ce sont les Biélorusses, le stade sera plein et on joue toujours mieux dans ces conditions. » 

Juraj Mikúš (attaquant de la Slovaquie) : « Il est vrai que jusqu’à la 56e minute ce n’était pas génial de notre côté. Mais les Suisses ont ensuite commis une erreur que nous avons immédiatement sanctionnée d‘un but. On a doublé la mise immédiatement dans la même position, et même si le match n’était pas encore plié, c’était flagrant que les Suisses accusaient le coup. L’équipe a été très soudée, on s’est tous entendus parfaitement et c’est également le cas en dehors de la glace. Je ne veux pas que ce que je vais dire soit mal interprété mais nous, les joueurs qui sommes ici, sommes plutôt contents qu’il y ait eu beaucoup de désistements, car sans ça nous n’aurions pas pu être du voyage avec la sélection. Nous sommes tous conscients de ça, et si nous avons une autre chance de porter le maillot slovaque, nous ne pourrons qu‘être ravis ! »

Goran Bezina (défenseur de la Suisse) : « C'est sûr qu'à 2-0 les Slovaques auraient eu du mal à revenir, à puiser dans leurs réserves. C'est encore une fois dommage de n'avoir pas su profiter de notre supériorité. C'est vraiment ce premier but encaissé qui est rageant. Avec un peu plus de concentration, nous aurions évité de nous mettre en situation difficile. Le temps que j'arrive sur la glace, je n'ai pu que tendre ma canne mais sans pouvoir gêner l'attaquant slovaque. »

 

Slovaquie – Suisse 3-1 (0-0, 0-1, 3-0)
Vendredi 10 février 2012 à 15h30 à la Minsk Arena. 1038 spectateurs.
Arbitrage de Maksim Sidorenko et Vladimir Proskurov (BLR) assistés de Valery Gotsulya et Vladimir Ruf (BLR).
Pénalités : Slovaquie 14' (4', 4', 6') ; Suisse 16' (6', 6', 4').
Tirs : Slovaquie 25 (6, 10, 9) ; Suisse 24 (8, 13, 3)

Evolution du score :
0-1 à 36'48'' : Brunner assisté de Wick et Bezina
1-1 à 55'11'' : Mikúš assisté de Dravecký
2-1 à 55'40'' : Špirko assisté de Mikúš et Miklík
3-1 à 59'45'' : Mikúš assisté de Mihálik et Miklík

 

Slovaquie

Gardien : Peter Hamerlík.

Défenseurs : Michal Sersen (+1, 2') – Ivan Baranka (C, +1, 2') ; Kristián Kudroč (A, +1) – Richard Stehlík (+1, 2') ; Ján Tabaček – Vladimír Mihálik (+1, 2') ; Ivan Švarný – Milan Hruška.

Attaquants : Vladimír Dravecký – Roman Kukumberg (A, -1) – Štefan Ružička ; Michel Miklík (+2) – Juraj Mikúš (+3) – Rastislav Špirko (+1) ; Marek Hovorka – Mário Bližňák – Adam Lapšanský ; Marcel Haščák (2') – Tomáš Bulík (2') – Richard Rapáč (2').

Remplaçant : Július Hudáček (G).

Suisse

Gardien : Tobias Stephan (2').

Défenseurs : Tim Ramholt (-1) – Robin Grossmann (-1) ; Mathias Seger (2') – Julien Vauclair ; Timo Helbling (2') – Patrick Von Gunten ; Félicien Du Bois (-2) – Goran Bezina (-1, 2').

Attaquants : Dario Bürgler (-1) – Kevin Romy – Gregory Sciaroni ; Victor Stancescu – Michael Liniger – Matthias Bieber ; Fabian Schnyder (-1) – Ryan Gardner (+1, 2') – Thibaut Monnet (-1) ; Roman Wick (-1) – Andres Ambühl (-1, 2') – Damien Brunner (-2, 4').

Remplaçant : Leonardo Genoni (G). En réserve : Juraj Simek (A).